Mo's blog

Des choses à dire...

20 septembre 2006

Laura

Dans l'évocation de ses vacances, chacun surligne l'un ou l'autre de ses souvenirs les plus enthousiasmants en fonction du degré d'importance qu'il attribue aux activités entreprises à cette occasion: la fête entre amis, la sortie en boîte, la découverte d'un panorama magnifique, le repos sous le soleil. Si je me retrouve un peu dans chacune de ces catégories, l’attraction la plus sensible réside probablement dans la saveur des rencontres agrémentant le séjour.
Celle de type sexuel s'affirme comme la plus percutante dans la mesure où elle nous confronte plus rapidement avec l'intimité d'autrui. Sans toucher forcément à une vérité absolue (tout le monde ne s'y dévoile pas de la même manière), l'acte révèle de multiples informations sur l'individu qui laisse échapper parfois certaines émotions qui n’auraient pu être mises à jour dans d’autres circonstances (leur perception constitue sans doute l'essence de ces rapprochements, au delà de la recherche plus mécanique du plaisir).
L'absence d'une dimension sexuelle ne condamne pas pour autant tout autre type de rencontre (bien heureusement !). Dans l’ultime post sur mes dernières vacances, je tenais à ne pas passer sous silence la rencontre avec Laura que j'avais réduit injustement en danseuse topless précédemment.

Sortir en pleine journée peut apparaître comme une incongruité totale. Le clubbing ibizien réserve cependant quelques-uns de ses meilleurs moments lors de ces "party" où filtre parfois en abondance la luminosité extérieure, à l'instar de ce samedi matin au Space où s'est pressée la toute grande foule.
La musique finit par emporter mes réticences quant à cet horaire inhabituel. Pendant trois heures, je me fonds dans le rythme ambiant d'où je puise une pure joie de danser. 
Je peux difficilement isoler le plaisir du bon son de celui des yeux. J’observe autour de moi le bout de chair, le regard qui pourra satisfaire cette quête esthétique - l’étape de séduction ne revêtant souvent qu'un intérêt secondaire dans un endroit où je m’amuse. Je repère bien ce bel italien qui n'en finit pas de papillonner dans la boîte avec sa meilleure amie. Positionné derrière eux sur des marches, j'accueille jovialement le contact visuel initié par cette fille, je réponds à ses sourires de plus en plus francs. Après tout, quoi de plus normal de manifester son bonheur de vivre? Pas totalement naïf, je décèle une part de séduction dans sa gaieté partagée et je ne cherche pas directement à m’en dissocier. Au fonds, elle est plutôt jolie et la proximité avec son bel éphèbe d’ami me donne une raison supplémentaire de ne pas fermer de porte. Un black l'aborde cependant quelques minutes plus tard avant de lui adresser bientôt un baiser sur les lèvres. Je rigole intérieurement de la rapidité avec laquelle je me serais fait souffler l'opportunité si j'avais été hétéro.

Nous finissons par quitter la boîte pour rejoindre la plage, théâtre de nos retrouvailles le lendemain. Dans l’eau de mer agréablement chaude, elle s’adresse rapidement à moi dans un anglais langoureux : « I recogniiiiiize you ». Des citoyens londoniens apprends-je mais aussi des milanais d’origine. Sur insistance de Laura, nous nous donnons rendez-vous pour prendre un verre le soir dans la vieille ville.
Dans ce bar en plein air, je peux enfin converser avec Lucio. Notre échange me conduit cependant au constat d'une compatibilité impossible. Notre présence ne paraît d'ailleurs guère ravir ses amis italiens, très froids envers nous, dans un ethnocentrisme tranchant totalement avec l’ouverture des allemands.
Je me retourne vers Laura bien plus aimable. Les regards qu’elles me jettent deviennent brûlants, elle m’explique qu’elle n’a trouvé, lors de la soirée de la veille, qu' une seule personne à son goût. Naïvement je parle de son ami black mais elle avoue l'avoir embrassé du bout des lèvres, presque avec dégoût. Elle insiste sur un garçon avec qui elle a échangé des regards et qui n’a pas osé l’aborder. Conscient désormais de l'identité de l'individu, je plonge pieds joints dans le jeu de séduction tout en m’étonnant de ses espoirs. Je l’ai rencontrée dans une boîte gay à plus de 50%, nous nous sommes retrouvés sur une plage gay et le bar où nous discutons l’est tout autant. Comment une fille à pédé peut-elle encore envisager un virage de cuti inversé ?
Une forme de tendresse particulière n'en finit pas de traverser son visage, expression très différente de celle rencontrée chez les mecs. Peut-être cette sensation différentielle m'est-elle propre, au vu de la dimension sexuelle forcément absente que j'y attribue. Le trouble m'assaille dans tous les cas.
Avant notre départ, elle me lance un dernier regard intense et sans équivoque, m’obligeant à tirer au plus vite les conclusions qui s’imposent. Même si je prends plaisir à cette démarche séductrice inattendue, je dois l'avertir de l’inanité de ses espoirs. Sa noble réaction, entre déception et gentillesse non feinte, ne parvient à effacer en moi un arrière-goût de tristesse devant l’impossibilité de donner une suite à cette gamme inédite de sentiments, regrettant quelque part pour la première fois ma stricte homosexualité.

Lors de notre ultime sortie avant notre départ de l'île, je lui adresse à distance quelques signes d'au-revoir. Lovée dans les bras d’un amoureux de vacances enfin déniché, elle me répond par deux à trois sourires consécutifs d'une douceur apaisante infinie, comme si les plages blanches du livre de notre rencontre distillait malgré elles le parfum de nos sentiments diffus dont l’expression platonique ne saurait tarir leur mystérieuse opacité dans le champ de ma mémoire.

(oui, les commentaires sont déjà rouverts. Jonas, tu m’as convaincu)

Posté par Morrissey à 17:54 - Histoire de Vacances - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 septembre 2006

Never can say goodbye

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Assis dans le jardin, le regard dirigé vers un ciel sans nuage, je savoure la douceur apaisante d’un septembre prometteur. L'heure est au repos à l’ombre des coups de butoir d'un soleil enchanteur dont je peux aisément me passer désormais. Un livre en main, je dévore les pages d'un roman à peine effleuré durant les vacances quand subitement un vestige de celles-ci s'échappe de mes mains. Un bout de feuille qui s'envole, mu par un coup de vent aussi brusque que l’âpreté d’un retour au travail. Il se laisse porter par un nouvel élan. J'ai beau m'arracher de mon siège, tendre vainement une main, il s'enfuit irrésistiblement. Je ne veux pas abandonner la lutte. Ce papier incarne plus que les maigres informations reprises dessus, toute une histoire qui ne peut s'éteindre par l'effet d'une brise capricieuse.

Ce soir-là, je dansais presque par réflexe sur une musique terne et sans frisson, dans un enthousiasme ambiant plutôt mou. A l'Anfora, on y danse, on y danse mais on y vient sans doute encore plus par souci de rencontre. On se dévisage d'un air bon enfant, on cherche à se sentir moins seul, dans quelques minutes, quelques heures peut-être .
J'observais cet italien au visage fin et aux déhanchements raides tandis que je devinais derrière moi les contorsions sulfureuses presque ridicules d'un compatriote, qui avaient su en leur temps susciter des réactions plus chaleureuses de ma part. L’année précédente, après une communion de quelques heures, le silence avait fini par s'installer quand nous lui avions avoué que nous ne souhaitions plus reproduire l'intimité créée le soir de notre rencontre. 
Mes coups d'œil sans espoir et un tracklisting mièvre avaient fini par tarir mes aspirations à danser mécaniquement et j'avais accueilli le petit geste de L. invitant à le rejoindre avec un soulagement manifeste.

Il me signala l'arrivée du beau blond que nous avions reluqué (avec un certain retour de sa part) dans un bar une heure plus tôt. Sans complexe, je le suivis d'un pas décidé lorsqu'il rejoignit les toilettes. Je m'installai à ses côtés sans la moindre envie de l’imiter dans sa démarche. La mienne cherchait à établir le contact. Il dut percevoir ma présence mais ne détourna pas la tête. Je le fixai longuement dans l'espoir qu'il relève la tête ne serait-ce qu'un instant pour pouvoir lui sourire et engager une conversation. Mais sa timidité lui avait intimé de conserver la tête basse. Il s’éclipsa bientôt sans détour dans les profondeurs de la boîte. Ses épais muscles brachiaux censés me renseigner sur sa personnalité affirmée m’avaient manifestement trompé et l'approche directe de mon irruption dans son intimité m'avait peut-être, sans doute, disqualifié à ses yeux.

Déçu mais nullement désemparé, je retrouvai L. dans une pièce intermédiaire séparant la main room de l'étage. Il flirtait dans l'atmosphère une sensation que d'autres jolies têtes viendraient se réfugier dans ce cocon de chair humaine sexuellement compatible. L'une d'entre elles s'arrêta sur la chaise voisine. Rarement la jeunesse et la solitude se retrouvaient de pair dans ce lieu. La proximité miraculeuse de cette combinaison n'imposait plus qu'une évidence: l'aborder. Quelques années plus tôt, j'aurais hésité longuement, trituré mon esprit pour me pousser vers l'allant, avec pour seul résultat l'âcre sueur du stress né d'une cogitation interminable suivie d'un raidissement devant le départ définitif de la silhouette étrangère à tout jamais. La timidité au placard, la témérité en étendard, je ne devais pas tarder à m'avancer vers lui. 

Un sourire slovène répondit à mon initiative. Matteo livrait à ce monde qui lui était inconnu des yeux pétillants d'une candeur sans âge. Je compris rapidement que son anglais assez basique risquait de réduire les possibilités de discussion. Bientôt les silences se multiplieraient et nos chemins se sépareraient. Le lien devait se créer autrement. Il fallait attaquer, le tenter, le temps T, en engageant un sujet plus graveleux, une main sur son genou.
T + 2 minutes, je l'embrassais. T + 5, L m'imitait. T + 10, nous visitions un bref instant la dark-room. T + 30, nous étions réunis dans notre chambre d'hôtel. J'avais laissé L. et Matteo traverser le hall avant de les rejoindre quelques minutes plus tard dans la chambre, non sans une montée d’adrénaline. Alors que j’appuyais sur le bouton de l'ascenseur, le réceptionniste, français, m'avait adressé une mise en garde à laquelle je ne m’attendais plus "vous direz à votre ami que je les ai laissés entrer exceptionnellement. Et cela reste entre nous car j'en ai refusé d'autres ce soir." Je m'étais éclipsé la queue entre les jambes, pris sur le vif comme un petit enfant ensuite réprimandé par une autorité morale.
T+2 heures, Matteo inscrivait d'une écriture soignée son adresse e-mail sur un bout de papier qui me servira ensuite de marque-page pour on bouquin pendant le reste du séjour.

Quelques lettres sur un feuillet de 5 cm sur 2 qui s'échappe toujours un peu plus de ma vue et de ma main.  L'hypothétique suivi régulier de notre relation ou l’idée encore plus farfelue de braver les pistes enneigées de Maribor ne peuvent effacer l’impression que c'est notre histoire qui s'envole en quelques secondes.
Le sentiment léger et soyeux d'une telle rencontre ne semble pouvoir persister que par la réussite de l'épreuve ultérieure, prolonger ce contact dans le temps, dans une manière d'atténuer la brutalité du désir-objet qu'a pu représenter son corps à nos yeux.
En brisant malencontreusement la chaîne des réactions postérieures, je romps cette étape de transfiguration de l'approche sexuelle en une aventure humaine supérieure (qui n'aurait par ailleurs pu l'être sans sa dimension charnelle préalable).

L'évaporation dans les airs de ce lien de proximité virtuelle tutoie la surface de ma couche de sentimentalité en la fissurant. En l’espace d’un instant, une indicible part d'éternité s'est dissoute dans le ciel.

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10 septembre 2006

Une idée déjà ressassée : parler des vacances pour les prolonger. Bien que dans le même temps se dispute l’évidence qu’elles ne se racontent  pas. L’outrance de la vie ibizienne tout autant que des réactions polémiques qu’elle suscite devrait m’inciter à les conserver comme un jardin secret. Les mots et le sélection des souvenirs rendent difficilement compte de la pluralité des émotions ressenties dont l’agréable arrière-goût ne peut qu’être violé par des remarques, silences ou impressions extérieures.

Etonnerais-je quelqu’un en signalant que je suis devenu au cours de ces 12 jours un vrai clubbeur qui s’ignore dans sa vie bruxelloise et retrouve de sa verve à l’étranger ?

N’offenserai-je pas tout un chacun en regrettant dès mon retour le côté glamour de certaines soirées et des gens en général, à l’image de ces très sexy italiens hétéros-chochottes ?

Impressionnerais-je quelqu’un en relatant les recherches protéiformes de mes désirs de séduction, la nouveauté résidant sans doute dans une dimension parasexuelle, à l’instar de la participation momentanée à ce jeu de drague initié par une pulpeuse italienne, danseuse topless à Londres (la satisfaction narcissique cachant ainsi mieux l’échec d’un rapprochement avec son très beau meilleur ami gay, désespérément non sexuel) ?

Intéresserais-je quelqu’un en confiant que mes réserves en vigueur sur le plan sexuel depuis de long mois ont volé en éclat - sans tomber toutefois dans d’hasardeux comportements à risque ?

Rassurerais-je le moindre lecteur en évoquant un échange de mails à l’issue de chacun de ces contacts?

Rencontres sexuelles ou non, directes ou seulement visuelles, ces chemins qui se percutent remplissent d’un doux souvenir, parfois éphémère, la mémoire des vacances. Enfermé dans les contraintes ennuyeuses et stressantes du train-train journalier, je respire en ces lieux la  brise de liberté dont le souffle sur les tempes convoque autant le bonheur du dépaysement qu’un sentiment de pure détente. Je dépasse mes réticences et mes limites sans menacer mon éthique personnelle, je profite des dons de la nature et de mes propres constructions au cours des années pour frôler de temps à autre les arcanes de la plénitude - en concédant avoir  succombé de temps à autre à l’excès de vagabondage et aux sirènes performatives, déjà vite oubliées sur le plan des souvenirs.

J‘ai consommé cette drogue existentielle, j’ai plongé dans un mirage mais ce grand saut constitue le terreau même des dépassements de soi, certes peu intellectuels mais furieusement sensitifs, ni meilleurs ni moins bons, juste en phase avec sa propre légèreté.

En écrivant ces mots, je romps ma démarche bloguienne d’une mélancolie fine à partager, je l’atomise et l’expédie un peu plus dans le cul-de sac de sa banalité confidentielle. Je n’écris souvent que par dépit. Je devrais me taire.

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24 août 2006

Penser, questionner, s’épancher sur une idée, une dynamique de vie pour donner du sens. Mais lorsque l'intellectualisation prend le pas sur la fluidité du cours de certains événements, on finit par maudire cette nature réfléchie qui nous colle à la peau.
Il y a toujours le grain de sable qui vient gripper la mécanique, ce doute ou cet ennui qui menace de mettre fin prématurément à une démarche (de la sortie la plus banale à la considération d’une période plus longue) alors qu'elle ne demande sans doute qu’à vivre jusqu’à son terme.
Ainsi aurais-je dû idéalement me détourner du message prodigué par le climat aoûtien de cette année – qui en appellait déjà aux comportement de mi-saison à mesure que le teint hâlé s'évanouissait de notre visage - pour prolonger au maximum l’été (dont la seule manifestation encore tangible fut l’éclosion de puces à l'éradication pour le moins difficile, merci les démangeaisons, putain de chat !).

Alors que se rapproche le départ pour Ibiza (ce samedi), subsiste la crainte de ne plus pouvoir intégrer un rythme de vie abandonné depuis fin juillet. La durée de notre séjour (12 jours) m'autorisera, espérons-le, une décontraction qui ignorera le poids sacré des minutes qui défilent trop vite en pareille occasion.

Je me sens toutefois un peu plus rassuré depuis le week-end dernier où prédomina la patience, la sagesse de ne pas succomber aux décisions hâtives, en se laissant flotter par le cours malléable du temps, de l’après-midi jusqu’en toute fin de soirée. Avec au final la satisfaction d’avoir été jusqu’au bout des choses.

Tout doucement - même si la théorie ou l'illusion ne se confond pas toujours avec la réalité - Ibiza redevient peu à peu ce fantasme d'un flux ininterrompu d'épisodes variés et enchanteurs.

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20 août 2006

Another vertigo

Dans le silence pesant d’un intérieur sans charme, je parcours la salle à manger d’un pas lourd pour rejoindre le salon. Je m’installe sur le sofa. Télécommande en main, j'allume la télévision. Je zappe frénétiquement à la recherche d'un intérêt ténu dans la montagne de programmes à disposition du téléspectateur lambda que je représente à cet instant. La pression régulière de la touche "+" semble pouvoir se répéter à l'infini sans qu'une once de curiosité ne m'incite à suspendre le mouvement. Dans cette vaine recherche d'une distraction passagère à mon ennui placide, je finis par tomber sur une image étrange, une sorte de film amateur. Un homme converse avec une femme avant de se rapprocher de l’avant-plan, d’un air quelque peu absent. Son expression se fige durant de longues secondes.
L’index sur le bouton off, je fais disparaître en un éclair les silhouettes de l’écran. Le silence a repris ses droits. Je ferme les yeux.

Les visages communs et inquiétants (ou inquiétants car communs ?) des protagonistes de la bande vidéo restent gravés dans la mémoire de mon champ visuel. Ce style d'images de vidéosurveillance, un genre en soi, semble annoncer par leur nature - une pixellisation laborieuse dans un monde où le développement technique s’est sans cesse affiné - l’idée d'un drame en cours, d'une catastrophe imminente, une vision d'horreur à laquelle notre esprit s'est déjà préparé.
Cet homme et cette femme seraient-ils sur le point de perpétrer un acte violent? Attendent-ils leur complice venant de commettre un forfait quelque part, la vidéo attestant alors d’avis de recherche ou dévoilant le modus operandi ? A moins que, dans les secondes qui suivent cette scène, ils endossent, à leur corps défendant, le statut de victimes d’un accident dramatique ou d’un acte de déséquilibré ?

Mon esprit brasse d'une imagination singulièrement fertile tous les scénarii possibles en imprimant une touche de gravité à cette suite d’images, à la fascination croissante.
Dans ce contact bref entre deux personnes, ce regard vide aspiré par la caméra, s'écoulent à peine quelques instants, une poignée de secondes d’une tension palpable, précédant l'événement fatal. Le visionnage de cette scène, dans un souffle court, la respiration en apnée,  donne l'impression de pouvoir la figer et d’ainsi l'interrompre, l'infléchir, la transformer.

Si je m'étais juré de ne jamais rien regretter au cours de mon existence, la réalité n'eut cesse de contredire cette disposition. Certains événements auraient manifestement pris une tournure différente si j'avais opté pour une solution alternative. Si j’avais patiemment attendu la fin de l’embouteillage plutôt qu’emprunter un itinéraire plus rapide, j’aurais évité le sinistre total de mon véhicule. Si je ne m'étais pas rendu au bar ce soir-là, je ne l’aurais jamais rencontrée. A contrario certains choix anodins m'ont peut-être préservé d'un désastre, qui sait?

Je décide de quitter la maison. A pied, je rejoins le centre commercial voisin pour récupérer un recommandé. Une longue file s’est formée dans le bureau de poste. Alors que j’attends patiemment mon tour, j’observe une dame d'âge moyen visiblement embarrassée face au système de défilement des numéros aux guichets.
Je me dirige vers elle pour lui en expliquer rapidement le principe avant de rejoindre ma place initiale dans la file. Mon tour approche. Un mètre devant moi, en hauteur, j'aperçois une caméra qui me fixe. Mon image apparaît sur l'écran de contrôle voisin. Je dévisage ce regard sans vie face à la caméra. A l'arrière-plan se tient la dame à qui je viens de fournir les renseignements. Une impression de déjà-vu me traverse l’esprit. Cette scène ressemble en tout point à celle entrevue à la télévision une demi-heure plus tôt.

Emporté par le flux des événements, angoissé par le drame inexorablement en mouvement, je prends peur, perds pied, ferme les yeux, prie pour que rien ne se passe durant les instants qui vont suivre.
Mon rythme respiratoire s’accélère. Une pointe féroce transperce la membrane pour s’enfoncer au plus profond du coeur. Je peine à inspirer. Mes jambes lâchent prise face au poids de mon corps. Je m'effondre à même le sol.
L'oppression s'amplifie. Des ombres s'affairent autour de moi. L'écho de voix lointaines brise le silence infini dans lequel je plonge.
J'entrevois le visage de ma mère, celui de Sarah. J'assiste à ce phénomène indéfinissable qui consiste à ressasser, lors de ses derniers instants, le film de sa vie. Une existence sans relief ponctuée d'un divorce récent à 55 ans. Une personne m'applique une compresse sur le front. Je ne suis plus rien, seul, sans descendance, déprimé à la veille de la retraite. Une main ferme saisit mon avant-bras, une oreille se pose sur ma poitrine. Si je ne suis personne, pourquoi deviendrais-je soudain célèbre à l'aube de ma mort ? La douleur s’évacue enfin. Le flou de mon champ visuel cède peu à peu sa place à une forme plus réelle, le regard bienveillant d'un jeune homme, son sourire rassurant.

Deux minutes plus tard, je peux me redresser. Le brouhaha s'est estompé autour de moi. Le médecin de fortune me raccompagne jusqu'à la sortie du centre commercial. Il insiste pour me reconduire jusqu'à mon domicile. Je décline l'invitation, je veux marcher seul, à l'air libre.
Lentement, je déroule une jambe devant l'autre le long du large trottoir de l'avenue, toujours hanté par le souvenir de cette obscure vidéo.
Arrivé à bon port, je m’affale sur le canapé. Dix minutes plus tard, animé de l'envie irrésistible d'allumer le téléviseur, j’actionne la touche Power de la télécommande. Sans succès. Je vérifie les connexions multiples à l'arrière du moniteur. Aucune explication tangible ne justifie cette défaillance. Dans le miroir offert par l'écran éteint, j'aperçois mon portrait déformé. Je souris et me fends d’un rire qui, cet après-midi-là, déchira le ciel.

Posté par Morrissey à 19:07 - Fiction - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 août 2006

Les yeux en amande

papa

Quelle vérité se cache donc derrière le voile impénétrable de ses lunettes, me suis-je souvent demandé?
Des yeux en amande, tout d’abord, mieux discernables lors de ses jeunes années, quand il abîmait ses coudes sur les bancs de l’école.
Ils n'expriment aujourd'hui que peu de choses, si ce n’est de très communes manifestations de joie, de colère ou, dans leur opacité, une souffrance physique régulière depuis deux ans. Un passage difficile pour soigner sa prostate, suivi bientôt d'autres douleurs plus sournoises, dorsales, cervicales, à l'incommodité continue. Elles réclament de lourds efforts pour sourire, tromper le mal, cette gêne qui ne laisse aucun répit. Vieillir n'est pas aisé. Il se tait, se terre quand il souffre. A sa place, j’irais crier mon désespoir mais lui ne lâche rien, ne traduit verbalement pas la moindre de ses angoisses ou de ses déprimes, conscient des ravages que peut générer l'expression de quelques mots à la face du monde, spécifiquement celui qui l'entoure. Certaines vérités trop dramatiques ne se dévoilent pas.

Dans son couple, il assure le pôle quiétude face aux traits d'anxiété de son épouse. Autant elle ne peut gérer tout trop-plein émotionnel, autant il paraît armé d'un bouclier pour faire face aux blessures et contrariétés infligées par le cours de l'existence. Il s'en est accommodé, blindé par une enfance compliquée au cours de laquelle il cacha bien vite ses yeux en amande sous d'épais verres foncés. Il s'érigera en muraille, figure d'autorité solide pour ses enfants, leur témoignant de son amour par une disponibilité sans faille davantage que par d’impudiques attentions affectives.

-      Et toi tu penses à la mort?
-      Oui, tout le temps

Dans sa sérénité d'homme de conviction aux coups de sang passagers, sont apparues ces douleurs répétées, tourments de suite intériorisés. Et quand, à l’occasion d’une discussion entre amis, il s'exprime sans carapace, d’une parole brute, révélatrice, le mal prend soudain racine au plus profond de l'âme. Sans parvenir sans doute à diluer ses propres blessures, ces mots fragiles innervent le corps de ses proches - ce dont il avait toujours voulu les préserver.

Le monde ne s'est pas pour autant écroulé. Il m’intime juste de garder les yeux - forcément un peu les siens
à l’air libre et grands ouverts.

Posté par Morrissey à 20:42 - Histoire de Famille - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 août 2006

Vous avez dit sexe?

Ne pouvant mieux exprimer un sentiment commun (à laquelle ne dérogent que de rares exceptions), je préfère reprendre les mots exprimés par Thomas dans son journal  (www.popeletronic.be, rubrique journal de Thomas):

"Avec le temps, nous avons posé le choix réfléchi de nous autoriser des relations extraconjugales. (...)
De mon côté, je ne prends pas un plaisir particulier à ce type de relation. Il ne me convient tout simplement pas. Et je ne m'y adonne qu'à de très rares occasions, quand le désir animal, brutal, prend le dessus. Finalement, ce qui me procure un intense plaisir, ce que je recherche, c'est l'ébauche d'une relation. C'est toute cette phase de rencontre, de séduction, d'échanges, de don de soi. Dès qu'il y a du sexe qui intervient, la relation perd une très grande part de son intérêt, de sa saveur. Je constate, par la pratique, que je m'en désintéresse très vite. "

Ceci est sans doute aussi une réponse à ton dernier commentaire, Marie,  quant à la propension à parler "d'échange de fornication" : j'ai rarement connu un été sexuel aussi peu dense que celui-ci. Mais rien ne peut m'arrêter de parler désir, séduction,... - attitude très masculine ou très gay, c'est selon.

Posté par Morrissey à 19:50 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 août 2006

Cet arabe qui t'excite

Après d’ardents regards échangés, il m'attire sur la piste d'un geste décidé, plonge une main dans mon jeans, il a clairement l'intention de me baiser. Plus prompt généralement à mesurer la mutation érectile des émois suscités, le partenaire séducteur n'a cette fois d'égard que pour sa face opposée, si peu habituée à se voir ainsi honorée. Quand à mon tour je tente de me positionner à sa suite, il oppose d’emblée une fin de non-recevoir à mon invite. Chasse gardée pour préserver son honneur mâle, dans une sexualité où le terme anal se confond chez lui avec unilatéral. Faute de compatibilité, le jeu ne pourra durer bien longtemps, je dois en profiter sur le moment. En insérant ma main à l'intérieur de son jeans serré, je réalise le fantasme ultime jamais espéré. Je l'introduis par le même biais dans tous ces trainings qui avaient échauffé mon esprit durant toutes ces années. Refermer le creux de ma paume sur cette queue circoncise, vigoureuse sans être massive, relève d'un accomplissement en soi dont la jouissance liquide et solitaire peut attendre quelquefois.

"Cet arabe qui t'excite". Il avait suffi à L. de ces quelques mots pour m'offrir à l'époque ce roman - qui s'écartait en fin de compte totalement du sujet présumé par le titre. L'accroche marketing avait néanmoins fonctionné. Elle en appelait à la fascination éprouvée par de nombreux gays pour le rebeu, pas celui prêt à entreprendre une danse du ventre sur un air de raï mais bien le kem en training ou jeans moulant, au corps mince et sec, à l'attitude virile et au langage abrupt, prêt à improviser un slam à tout moment.

Un désir qui dépasse le physique du personnage pour se focaliser sur son attitude, incarnation d'une masculinité sans faille, relent d’un machisme inhérent à la culture arabe, dans une fascination de cette différentiation culturelle qui produit dans le même temps des tensions en Occident (un sens de l'honneur à préserver à toute épreuve,…).
Une forme de transgression implicite semble également accompagner la tenue d’un tel échange. Il subsiste en effet au sein d'une large frange de nos populations un sentiment de distance irréconciliable avec la population arabe, tant sur le plan de la symbolique culturelle que de son identification à une classe sociale inférieure, plus populaire et non fréquentable, de nature à rendre tout contact (a fortiori sexuel) sulfureux.

Chez certains, un désir entièrement tourné vers cette dualité fait émerger un fantasme sexuel puissant (exploité dans le porno), une fixation ancrée sur l'allure et l'apparat du jeune beur qui se prolonge de manière prévisible dans l'acte sexuel au cours duquel celui-ci s’adjuge de facto le pouvoir – fonction majeure de la dynamique sexuelle entre mecs.

Je dois avouer ne pas rester insensible à ces poussées de virilité manifestées par l’un ou l’autre de ces lascars, cette attitude qui ne veut rien lâcher à une quelconque forme de féminité, apprentissage de longues années d'identification à ses frères de sang.
Cette érotisation relève cependant davantage du fantasme que d'une recherche concrète de satisfaction sexuelle. Le fondement de ce désir comporte en effet également la crainte, le malaise face la rigidité quasi obséquieuse du refoulement de toute sentimentalité. Pour permettre ne serait-ce qu'un seul premier contact, il faudrait que je quitte le costume de garçon bien élevé ou à l'initiative trop déroutante pour endosser le rôle du convoitable, à disposition des envies extérieures. Une sorte de rendez-vous improbable.

Mais puisque cet été m'éjecte de mon profil de dragueur pour me confronter à des propositions déroutantes parfois tentantes, la rencontre avec cet arabe qui m’excite est devenue soudain plus réaliste, comme dans l’épisode parisien exposé en introduction.
Face à cette situation nouvelle, la représentation de mon image aux yeux d’autrui prend soudain une allure bien différente: ainsi j’incarnerais pour eux cette blondasse docile, bottom héroïque des productions pornos américaines. Comme si au travers de mon corps longiligne ou derrière les traits fins de mon visage se dévoilait irrémédiablement le menu-phare de mes pratiques sexuelles. Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet entre cette catégorisation tronquée et l’absence de toute concrétisation, dans ce que je pourrais nommer une (agréable) erreur de casting….

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07 août 2006

Hors-Cadre

Août, mois des grands rassemblements familiaux.
Le paternel et sa seconde épouse accueillent dans leur nouvelle demeure à Cabrières la mère de ses enfants et son nouveau conjoint. Ses deux filles, son petit-fils les ont également rejoints au détour de leurs vacances.

A ce tableau, il ne manque plus que lui, le fils aîné, la figure médiane de ce noyau dur.
Pour combler son absence, chacun appose sa signature sur une carte postale en se fendant au passage d'un petit mot. "Un seul être vous manque...".

Deux jours plus tard, le courrier atterrit dans la boîte-aux-lettres que je relève rapidement ce matin.
Pour la première fois, elle ne m'est pas adressée, ne serait-ce que par l'inscription de mon prénom brièvement accolé à celui du fantôme de cette réunion provençale.
Le signal est clair, limpide. Le rendez-vous raté il y a quelques semaines semble avoir scellé mon sort. Jouissant d'un prétexte rêvé pour s'en dédouaner, ce gommage en règle ne consacre-t-il pas l'aboutissement d'un état latent depuis toutes ces années, mon cher L. ?
 

Même si le message est subtilement distillé, j’ai la nette et cinglante impression de ne plus exister aujourd'hui pour ta famille... 

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03 août 2006

La solitude, ça n'existe pas

La scène remonte à 6 mois à peine. Accoudé sur la table de sa cuisine, j'enregistre les souvenirs de ma grand-mère retraçant son histoire familiale. Sa mémoire vive lui permet d'énumérer avec moult détails différents épisodes d'une période couvrant plus de 80 années. L'idée avait surgi un jour de l'interroger afin de pouvoir rédiger ultérieurement une série d'articles axés sur ma famille.
L'âge avancé de ma grand-mère m'avait incité à ne pas trop traîner. Les informations périssent avec le temps. Le bien-fondé de cette initiative s’est bel et bien confirmé au cours d'événements récents.

Début juillet, mes parents, qui viennent d'arriver en France pour leurs vacances annuelles, reçoivent un coup de fil de ma grand-mère. Mami, qui vit seule dans une maison de plein pied non loin de celle de mes géniteurs, affirme avoir été agressée et spoliée, notamment par sa femme d'ouvrage. Son récit empreint de certaines incohérences est jugé suffisamment préoccupant par son médecin-traitant pour la conduire à l'hôpital. Dans une entité psychiatrique, son délire se poursuit. Elle y aperçoit des chiens, se montre agressive avec les infirmières. Le premier diagnostic, peu encourageant, semble accréditer la thèse d'une démence ou d'un Alzheimer.

Sans encore imaginer une détérioration si brutale, quelques signes précurseurs auraient-ils pu éveiller notre attention au cours de ces derniers mois lorsqu'elle sombrait de temps à autre dans des obsessions particulières débouchant sur des épisodes tragi-comiques ?

Dans le dernier en date, elle traita ma mère de menteuse pour je ne sais quelle raison extravagante. Consciente ensuite du mal réalisé, elle vint s'excuser auprès de sa belle-fille et pour prouver l'affection qu'elle lui portait, lui expliqua avec un sens du détail à la fois touchant et burlesque les propositions concrètes (suivies d'effet apparemment) qu'elle avait soumises il y a une dizaine d'années à mon père afin qu'il s'occupe mieux de son épouse - le basket, sa passion, accaparant la majorité de son temps. Elle lui conseilla ainsi de se rendre dans un magasin de lingerie en s'adressant à la vendeuse de la façon suivante: "madame, je voudrais la plus belle culotte et le plus beau soutien du magasin pour ma femme" (sic). Lorsqu'elle me raconta cette conversation, je ne pus réprimer un fou rire dont elle sembla ignorer l'origine.

La dégénérescence, mal inéluctable avec l'âge, mobilisera sans doute tout un pan de la recherche dans le futur, à la fois dans la lutte pour y remédier (partiellement) et pour déterminer son origine présumée. Sans fondement scientifique, je me demande cependant si une certaine dimension psychologique ne pourrait y être étrangère.

Ma grand-mère subissait jusqu'à aujourd'hui une vieillesse triste, solitaire. Une existence de plus en plus mécanique, programmée, sans surprise, où le moindre contretemps s'avère rapidement une catastrophe. Dans ce décor plat et silencieux, les périodes d'attente paraissent interminables.

La proximité géographique avec mes parents ne suffisait pas à lui apporter la compagnie dont elle avait besoin. Lors de mes rares visites, elle me retenait longuement à mon arrivée ou lors de mon départ pour me dire combien elle m'aimait, parfois les larmes aux yeux. Cette confession d'une femme qui fut si dure envers mon père (éducation rigide qu'il n'a jamais vraiment pu lui pardonner au fonds de lui) relevait autant d'un appel déchirant à partager son affection que d'une démonstration poignante d'un amour difficilement exprimé jusqu'alors. En mon absence, elle collectionnait les cartes postales que je lui envoyais depuis mes destinations de vacances. Elle les prenait en main quotidiennement et veillait chaque matin à tourner une d'entre elles pour redécouvrir un nouveau décor, à la manière de l'effeuillage d'un calendrier.
Ce minimum d'attention suffisait déjà à la rendre heureuse, illustrant sans doute le profond isolement dans lequel elle s'était enfermée, volontairement ou non. Ces gestes de tendresse traduisaient peut-être la peur d'une solitude encore plus abyssale.
La distance m'empêchait concrètement d'en faire davantage et je ne le pouvais de toute façon pas sur un plan émotionnel. Déjà en proie à mes démons quant à la question du vieillissement, l'image qui m'était offerte lors de chacune de mes visites réclamait une force intérieure puissante pour ne pas succomber à la sinistrose.

Fragilisée par la solitude, des maux divers, elle pourrait fort bien être tombée dans un état d'angoisse généralisé (généré par toutes les micro-anxiétés susceptibles de traverser notre existence). Celui-ci se formalise dans tous les domaines relatifs à la sécurité d'existence, notamment l'argent dans le cas de ma grand-mère. Une obsession - à l'origine d'ailleurs de ses délires récents - qui tient autant à son âge qu'à son vécu personnel et son ancrage au sein de la classe moyenne et populaire durant sa vie active. Au fonds, ce glissement progressif, ce lent délitement de l'esprit pourrait relever d'une explication moins médicale comme celle d'un cerveau vieilli. Victime de cauchemars et d'hallucinations nocturnes, je suis bien placé pour savoir combien il peut être difficile de se reconnecter à la réalité, de la nécessaire présence d'autrui pour se remettre dans le droit chemin de la raison. Vivre seul, être obligé de dialoguer avec soi-même peut nous enfermer dans une réalité différente dont on finit par ne plus sortir.

Une telle explication autorise sans doute une possible amélioration de son état une fois les conditions de socialisation retrouvées. Force est de constater que Mami a retrouvé aujourd'hui toute sa tête dans la maison de repos où elle a été placée. Si l'absence du médecin ne permet pas de déterminer s'il s'agit juste d'une rémission et d'autres théories plus médicales et tout aussi rassurantes peuvent justifier ce malheureux épisode (les effets de la canicule, une prise de médicaments inappropriée), elle affiche en tout cas une forme rarement observée au cours de ces derniers mois, tirant profit du service et du soutien constant prodigués sur place, qui semblent l'avoir débarrassée de tous les soucis matériels rencontrés dans son domicile.
Alors oui, vraiment, la solitude ça n'existe pas?

Posté par Morrissey à 17:54 - Histoire de Famille - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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