La présidence Sarkozy annoncerait-elle une nouvelle ère judiciaire?
Avec la récente loi sur la rétention de sûreté (et sa rétroactivité recherchée), le citoyen doit désormais s’improviser médium. Un nouvel adage lui est imposé : "nul n’est censé ignorer la loi…future". Une bien étrange conception de l’état de droit au delà du projet répressif lui-même intenable et par ailleurs bien dangereux dans l’esprit qui l'entoure.
Parlons-en des pédophiles, ceux à qui s’adressent majoritairement ce texte législatif . Le héraut de cette lutte menée en Belgique il y a dix ans durant l’affaire Dutroux, qui fut l’avocat des parents de Julie et Mélissa, vient d’être mis en examen pour détention d’images pédophiles, avec le retentissement que l’on imagine. Les plus grands pourfendeurs d’une déviance ne lutteraient-ils donc pas contre leur propre nature, leur engagement étant censé répondre à un conflit interne intenable ?
Ces deux faits se rejoignent pour une réflexion quant à la volonté d’une maîtrise sociale du désir.

Avant toute chose, on peut regretter qu'un seul mot (pédophile) recouvre toute une panoplie de situations foncièrement différentes. La désignation d'un tel vocable conduit de nos jours son auteur à l’opprobre sans laisser de place à la nuance. Nous vilipendons de la même manière une personne éprouvant un désir voyeur envers un mineur et l’individu qui le (la) viole, voire l'assassine.
La justice dans sa pratique quotidienne tend heureusement à distinguer ces différentes situations mais son application ne nous dispense pas de nous interroger sur les questions sous-jacentes que la répression résolue de la pédophilie interdit d’envisager.
Ainsi, une personne majeure (de 17 ou 18 ans) qui a une relation avec un(e) ado de 14 ou 15 ans commet une infraction envers la loi sans que cela ne me semble poser un réel problème d’un point de vue moral. L’âge est une donnée généraliste du législateur visant à protéger le plus grand nombre mais parfois, cette règle fige certaines réalités particulières.
Nous pouvons pousser cette interrogation plus en avant avec d'autres situations.

Le passage à l'acte avec un mineur est bien entendu la plupart du temps répréhensible dans la mesure où l'adulte profite de la naïveté d'un enfant/ado ou joue sur son autorité et/ou sa force pour parvenir à ses fins. Il peut cependant exister des situations exceptionnelles plus complexes où certaines expériences juridiquement pédophiles ont été totalement consenties, voire même désirées par le jeune (j’en ai entendu pas mal autour de moi). Si la psychanalyse est parvenue depuis Freud à démontrer l'existence d'une sexualité dès le plus jeune âge, cette révélation a sans doute induit des manoeuvres de contrôle social de ces pulsions immatures (cachant parfois des désirs légitimes mais jugés pervers aux yeux des gardiens de l’éducation) comme en atteste le peu de relais de cette réalité dans les médias.

Autre catégorie faisant l’objet d’une traque inlassable des autorités (et sans doute plus que n’importe quelle autre grâce aux preuves technologiques sous-jacentes –compensant l’impossibilité de mettre à mal les agressions domestiques bien plus nombreuses), les acheteurs d'images pédophiles adoptent des comportement que nous pouvons juger moralement et juridiquement condamnables dans la mesure où ils entretiennent l’offre (et donc l’abus d’enfants). Mais quel avis poserions-nous si l’individu est possesseur d'images glanées ça et là sans contrepartie financière? 

Certaines organisations ultra-catholiques ont tenté ces dernières années d’interdire des œuvres d'art contemporain mettant en scène des enfants dans le plus simple appareil, en affublant du terme de pédophile les organisateurs ou (dans une explication plus mesurée) considérant les oeuvres comme une vitrine pour les pédophiles. Derrière cette idée se cache l'idée fallacieuse (car niant l'inconscient des individus) que c'est l’offre qui crée le désir des individus, argument repris ailleurs pour vilipender toute expression de l'homosexualité dans les médias. Soyons clairs, si pour quelqu’un de progressiste, la censure d’œuvres (ou de média) n’est pas acceptable et à ce titre la vue d’un enfant nu dans ce cadre ne peut être vu comme révulsant, il faut alors admettre que nous ne pouvons pas contrôler les désirs. Rien ne pourra empêcher un individu d’avoir un désir, qu’il soit homosexuel, fétichiste (lesquels ont été récemment plus ou moins acceptés comme des comportements non déviants) ou zoophiles, pédophiles (que nous considérons comme déviants, cette dernière étant même devenue la perversion majuscule de notre temps).

Tout être humain porte en lui des désirs déviants (ou leur germe). Pas seulement d’ordre sexuel d'ailleurs, l’envie de meurtre qui nous a sans doute traversé l’esprit un jour dans un moment de colère en est par exemple un autre. Dans ce dernier cas, nous admettons aisément la frontière existant envers la tentation et la matérialisation et il est communément admis que c'est une démarche raisonnée qui nous empêche de passer de l’autre côté, celui de la transgression. Il en va de même à mon sens pour les désirs sexuels. Prenons l’imagerie du sexe sans capote, qui s'est considérablement accrue depuis l’émergence du sida devant la prédominance du discours de prévention qui  établi sans le vouloir le non-safe-sex comme une forme de transgression. Certains passent à l’acte mentalement avec le visionnage de films pornos bareback (qui se sont d'ailleurs généralisés avec pour effet pervers que la transgression est devenu la norme, avec le risque associé pour les acteurs et les jeunes spectateurs en raison du relapse qu’il peut favoriser), tout en veillant à contrôler leurs éventuels désirs de relâchement dans la vie quotidienne devant le risque fait à soi ou à autrui (dans le cas de la personne séropositive).
En somme, l’être humain dispose toujours d’une part consciente qui oriente au final son comportement. Le risque qui pourrait se profiler à l’avenir serait de condamner le désir par anticipation d’un quelconque acte en prétendant pouvoir contrôler l’inconscient humain par la répression alors que seul le comportement est à même de devoir être judiciarisé.
C’est pourquoi à la question de savoir s'il faut condamner un pédophile qui aurait conservé des photos d’enfants partiellement dénudés glanés ça et là sur internet, à la télévision ou dans des magazines ordinaires, sans contribution au marché économique, je répondrais par la négative.

Dans le prolongement de cette idée, la loi sur la rétention de sûreté tout comme le projet de contrôler les enfants dès 3 ans sont des tendances lourdes et dangereuses qui font craindre un contrôle de l’esprit humain avec les dérives que cela sous-tend : le projet mené à terme pourrait remettre en cause des acquis en matière  de liberté individuelle (et qui sait de réactualiser la liste des désirs jugés déviants en y incluant par exemple le désir homosexuel).