Si le fait de blogger constitue une réponse à une préoccupation, une solution à une demande intérieure forte, l'absence d'écriture constitue-t-elle un symptôme quelconque?

Sans doute non me direz-vous: il suffit de vivre les moments présents, se laisser emporter par le plaisir de vivre. Je parviens toujours à m'étonner de cette capacité qu'ont les gens même parmi des grosses têtes à évacuer le questionnement, la réflexion sur la condition humaine et sociétale. Il y a bien moyen de vivre sans barrière intérieure semblent-ils m'enseigner.
Mais après avoir goûté à l'écriture, nous savons pertinemment que nous ne n'appartenons décidément pas à cette catégorie, que le tourment ne nous abandonnera jamais et qu'il faudra accepter de le prendre avec soi tout au long de son existence.

Reste donc le silence comme symptôme à moins qu'il ne soit fin de cycle. Les deux hypothèses sont possibles. J'ai déjà beaucoup écrit et ma vie actuelle est parsemée d'événements dont j'ai pu commenter la forme. Quoique. Le questionnement sur la plongée dans une période charnière s'est intensifié depuis près d'un an. J'ai définitivement quitté la prime jeunesse à laquelle je ne parviens plus à m'identifier. Elle m'impressionne toujours, m'attire encore mais réserve aussi de temps en temps le doux sentiment d'avoir atteint un stade ultérieur. Dans bien des cas, cette post-adolescence s'exprime soit dans une naïveté (compréhensible mais dépassée à mon goût), soit dans un inaccomplissement d'ordre psychologique, affectif, voire même matériel qui ne me fait pas regretter de l'avoir quittée.

Mais cette distance ne signifie en aucune manière séparation. Je m'accroche toujours à son wagon d'une manière ou d'une autre, je tiens à y accéder. Non plus donc en élément constitutif, parmi mes semblables mais comme figure différente, assumant cette maturité, voire ce rôle de balise que je peux (nous pouvons) constituer à un moment.
J'en tire probablement un plaisir supplémentaire quant à mes défis de séduction. Plaire encore à une jeunesse (attirante - les deux doivent encore aller de pair) me rassérène face à mes incertitudes, renforce mes éventuelles victoires que représentent les conquêtes.
Cette période latente qui m'autorise encore ces succès ne saura durer éternellement et c'est sans doute cette proximité avec ce qui m'apparaît trop comme une forme de déchéance qui m'empêche tout détachement de longue durée, voire définitif.

Pourtant, une partie de moi y aspire. Cette vie rythmée de sorties, de séductions (même si elles n'occupent pas toute mon existence loin de là) génère des stress de toute forme dont les manifestations agissent directement sur mon corps (et ne pas avoir possession de son bien-être corporel, c'est perdre le contrôle de son existence) mais aussi des obligations qui ne correspondent pas toujours aux désirs intérieurs les plus profonds. Le prix à payer est parfois lourd et une forme de lassitude finit par s'installer.

Devrais-je continuer à raconter des rencontres intéressantes pour donner sens- à côté du simple plaisir-  à ma démarche par l'analyse d'un constat et la révélation de certaines vérités individuelles et donc universelles (l'accès à une intimité inviolable sans cette approche sexuelle) et par sa diffusion même seulement confidentielle?
Ou dois-je admettre qu'au bout de ma lassitude devra finir par émerger (dans un optimisme presque beat) de nouveaux projets, de nouvelles formes d'épanouissement, d'enrichissement censé m'apporter un nouvel équilibre à moyen ou long terme ? Le silence serait alors un passage obligé pour refermer une tranche de vie. Une part d'honnêteté m'y incite, une forme de modestie aussi car coucher des mots, c'est leur donner une consistance, une importance que je ne parviens plus aujourd'hui à justifier.