Ce dimanche soir, j’ai vécu un moment historique, inoubliable, devenu presque inespéré. Mon équipe de foot favorite, le Standard de Liège, est parvenue à décrocher le titre de champion de Belgique pour la première fois depuis 25 ans.

Depuis toutes ces années, les déceptions ont été régulières, les railleries permanentes de la part des supporters rivaux. Dans ces moments où certains ont pu céder au découragement, j’ai sans doute encore davantage puisé un sentiment d’appartenance à ces couleurs rouges et blanches. Et bien d’autres (plus encore que moi) ont manifesté une ferveur pour maintenir le mythe du club (sans eux, il n’existerait probablement plus). L’enthousiasme sans limite a permis le retour de l’enfer de Sclessin sous les chants d’un public chaud, latin, incomparable dans notre plat pays.

Le miracle s’est produit dimanche soir avec un scénario idéal : le match nul d’un adversaire l’après-midi autorisant à devenir champion le soir en cas de victoire face l’ennemi de toujours Anderlecht placé en embuscade, le coup d’envoi donné par Zizou (ami personnel du manager du club) et cette victoire 2-0 (acquise grâce aux buts d’un joueur ayant évolué l’année dernière chez ce rival), avant la liesse dans les rues de la cité ardente survoltée par l’exploit (le club ne disposant « plus » que du 4ème budget du championnat, deux à trois fois moindre que celui d’Anderlecht mais alignant des jeunes joueurs au potentiel phénoménal sous les ordres d’un grand monsieur).

Cet événement a généré en moi une puissance émotionnelle phénoménale. Je revois tous les moments difficiles que j’ai connus comme supporter, les bonheurs intenses glanés ça et là sans atteindre le climax de ce titre. C’est un peu comme si ma vie avait atteint un objectif, une raison, quelque chose d’inaliénable, gravé à tout jamais.
Pour certains, ce firmament (le plus beau jour de sa vie comme on dit souvent) se matérialise davantage par des événements comme un mariage par exemple. A cette occasion, les félicitations fusent, les marques de partage du bonheur se répandent.
Pour mes proches, qui connaissent mon engouement et ma passion pour le club, l’incompréhension prédomine (encore plus parmi les gays je dois avouer) et il semble leur être impossible de faire preuve d’empathie à ce sujet.
Dimanche soir et lundi matin (à l’exception des deux à trois personnes avec qui j’ai partagé le bonheur en direct), je n’ai reçu qu’un seul message visant à partager mon bonheur. Cela n’entache en rien mon plaisir (les supporters d’un club de foot, c’est aussi une grande famille, sans connaissance véritable entre eux mais avec ce lien vague, fugace mais sublimé par des instants intenses partagés dans un stade ou dans un café). Ceci vient seulement rappeler un constat (sans jugement particulier car je m’associe à cette vérité) sur la nature fondamentalement égoïste de l’être humain qui n’est probablement capable d’altruisme que par conditionnement culturel et spécialement dans les domaines qui le touchent.

Dire cela, c’est déjà estimer par nature l’inutilité de cet article en direction de ses éventuels lecteurs. Qu’importe, je vous ferai partager (ou non) ce cri de ralliement, presque possédé, d’un supporter « rouche ». C’était il y a deux ans. Sa prophétie ne s’est pas alors réalisée mais elle convient dorénavant si bien au contexte actuel…

http://www.youtube.com/watch?v=fbRRYHTiuOY