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J’aurais pu fuir, nier, m’indigner, j’ai juste failli pleurer. Je ne pouvais y échapper. Je lui fais penser à son meilleur ami, ce n’est donc pas si grave. J’ai cherché du réconfort dans ses yeux pour apaiser mes craintes face au monde inconnu qui devrait tôt ou tard s’ouvrir à moi.

 Samedi soir, milieu de la nuit. Je déambule dans les rues surpeuplées de ma ville de province, les traditionnelles fêtes de Wallonie battent leur plein. Je parcours divers endroits en compagnie de mes coéquipiers de basket et de leurs proches. Je parle calmement à la copine d’un de mes coéquipiers, Stef, avec qui j’entretiens d’excellents contacts. Je me sens à l’aise en sa présence, elle témoigne à mon égard d’une attention particulière, semblant déceler et rechercher plus que d’autres la sensibilité derrière ma timidité. Son attention me valorise et m’attire vers elle. Quelques mois plus tôt, j’ai même acquis la conviction qu’il s’agissait de mon style de fille. Une jolie mulâtre, des yeux perçants, encore et toujours un caractère bien trempé.

Il fait doux comme septembre nous le réserve dans ses meilleurs intentions. Rien ne laisse transparaître le souffle tourbillonnant autour de nous, ni moins encore présager la bourrasque qui va s’abattre sur moi. Stef a interrompu notre conversation et me conduit en marge de mes camarades. Postée face à moi, elle me regarde fixement dans les yeux et m’adresse cette phrase dont les mots vont rapidement s’entrechoquer dans ma tête: « je me suis demandée si tu n'étais pas homo…».

Au milieu de cette foule, dans ces ruelles sombres et animées, le brouhaha des voix proches, et lointaines s’est soudainement arrêté, le monde à mes côtés s’est résolument figé. Je n’ai qu’à réactiver mes défenses, elles m’ont préservé de toute remise en cause depuis des années. Lui rire au nez, m’indigner, fuir, refermer le chapitre. En l’espace de 5 secondes, mon cerveau a toutefois emprunté un autre virage. Il a saisi la brèche et profite du chaos ambiant pour une échappée solitaire. « Tu as peut-être raison », lui dis-je, les larmes aux yeux. Elle me dit qu’elle ne veut pas me faire pleurer, qu’elle cherche juste à m’aider.
Je ne sais pas ce qui m’a poussé à lui dire oui, ou plutôt je le sais trop bien. Ce désir pour les garçons, cette tentation qui court depuis des années. Intermittente mais régulière et qui s’est réveillée pas plus tard qu’en début de soirée, lors de mon match.

18.00, la partie a débuté, je dois prendre en défense le distributeur de l’équipe adverse. 20 ans, un petit mètre quatre-vingt, un physique très avenant (cheveux blonds et  yeux bleus), un visage fin qu’un petit bouc rend plus viril et original Cette simple assertivité de l’apparence extérieure m’impressionne. J’en suis incapable, ma coiffure n’a pas changé depuis mes jeunes années et l’attention que je porte aux vêtements reste inscrite dans une ligne on ne peut plus classique. Cette audace dans l’affirmation de soi m’attire autant que ce physique que je voudrais approcher. Les contacts inhérents à notre directe opposition me poussent à effleurer sa peau. Mes mains qui se posent de temps à autre sur lui signifient davantage qu’une simple tactique défensive, sans pour autant me distraire de la mission sportive qui m’est assignée.

Le plus troublant reste toutefois à venir. Les vestiaires ne comptent qu’une seule rangée de douche pour les deux équipes, l’équipe visitée laissant le soin aux visiteurs de les y précéder. Je me suis rhabillé et me poste devant le miroir pour me recoiffer. Par l’entrebâillement de la porte, j’aperçois deux à trois joueurs de l’équipe adverse. Pas encore mon adversaire direct mais tout de même un de ses coéquipiers, mignon et au corps finement musclé. Je n’ai pas le temps de réaliser l’excitation qu’il me procure que le jeune garçon au bouc vient prendre place à son tour dans les douches. Ces deux garçons au physique parfait me font tourner la tête. Je dois pourtant rester vigilant face à mes coéquipiers qui pourraient me repérer. Je ne peux détourner mes yeux devant le spectacle offert, ces mains qui répandent le savon sur leur corps et leur queue fièrement exhibés. Je voudrais les rejoindre, partager ce moment définitivement érotique. L’échange est bien entendu impossible, il ne reste en ce lieu que mon désir voyeur face à ces corps séduisants et au final un caractère inassouvi.

 Et ce soir, elle et moi, au milieu de la foule, au milieu de nulle part. « Je me suis demandée si tu n'étais pas homo car tu ressembles très fort à mon meilleur ami » avait-elle ajouté. Dans la manière d’être, pas efféminée mais pas totalement virile non plus. Cette façon d’être distant face aux autres pour préserver une intimité secrète, de quitter les douches toujours en premier comme si j’avais à craindre une situation embarrassante.
Le fantasme du début de soirée s’est produit seulement 6 ou 7 heures plus tôt. L’évidence ne pouvait être masquée. La concomitance de ces deux réalités rendait impossible leur déconnexion. Stef a enfin annexé une légende à mon désir.