06 février 2008
Une vie antérieure part 19 : « Une déclaration »

J’aurais pu fuir, nier, m’indigner, j’ai juste failli pleurer. Je ne pouvais y échapper. Je lui fais penser à son meilleur ami, ce n’est donc pas si grave. J’ai cherché du réconfort dans ses yeux pour apaiser mes craintes face au monde inconnu qui devrait tôt ou tard s’ouvrir à moi.
Il
fait doux comme septembre nous le réserve dans ses meilleurs intentions. Rien
ne laisse transparaître le souffle tourbillonnant autour de nous, ni moins
encore présager la bourrasque qui va s’abattre sur moi. Stef a interrompu notre
conversation et me conduit en marge de mes camarades. Postée face à moi, elle me
regarde fixement dans les yeux et m’adresse cette phrase dont les mots vont
rapidement s’entrechoquer dans ma tête: « je me suis demandée si tu n'étais pas homo…».
Je
ne sais pas ce qui m’a poussé à lui dire oui, ou plutôt je le sais trop bien.
Ce désir pour les garçons, cette tentation qui court depuis des années.
Intermittente mais régulière et qui s’est réveillée pas plus tard qu’en début
de soirée, lors de mon match.
Le plus troublant reste toutefois à venir. Les vestiaires ne comptent qu’une seule rangée de douche pour les deux équipes, l’équipe visitée laissant le soin aux visiteurs de les y précéder. Je me suis rhabillé et me poste devant le miroir pour me recoiffer. Par l’entrebâillement de la porte, j’aperçois deux à trois joueurs de l’équipe adverse. Pas encore mon adversaire direct mais tout de même un de ses coéquipiers, mignon et au corps finement musclé. Je n’ai pas le temps de réaliser l’excitation qu’il me procure que le jeune garçon au bouc vient prendre place à son tour dans les douches. Ces deux garçons au physique parfait me font tourner la tête. Je dois pourtant rester vigilant face à mes coéquipiers qui pourraient me repérer. Je ne peux détourner mes yeux devant le spectacle offert, ces mains qui répandent le savon sur leur corps et leur queue fièrement exhibés. Je voudrais les rejoindre, partager ce moment définitivement érotique. L’échange est bien entendu impossible, il ne reste en ce lieu que mon désir voyeur face à ces corps séduisants et au final un caractère inassouvi.
Le
fantasme du début de soirée s’est produit seulement 6 ou 7 heures plus tôt.
L’évidence ne pouvait être masquée. La concomitance de ces deux réalités
rendait impossible leur déconnexion. Stef a enfin annexé une légende à mon
désir.
Commentaires
Très belle photo d’une trouée de lumière entre ciel et terre, ces moments fugitifs rarement saisissables, des apparitions.
Au passage je retiens le propos, « elle cherche juste à m’aider » à t’aider pour quoi ?
Lui as-tu posé la question ? Je traduis sa pensée dans le sens de libérer ta parole donc devenir ta confidente. Supposition.
J’ai quelques difficultés à retrouver des pensées d’une époque correspondant à votre âge, il y avait trop d’interdits, trop de tabous et je crois que ça n’entrait pas dans les conversations filles-garçons ; l’avenir était en partie tracé par les parents et malheur à qui en dérogeait.
J’aimerais bien des récits vrais d’adolescence d’un homme né en 45-46 ayant eu les mêmes attirances, je crois que l’amour à taire devait être encore plus douloureux.
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