Voici donc les vacances terminées. Depuis mon retour, j'ai pensé n'avoir rien à écrire avant d'y songer puis d'encore me raviser. Au fonds, en me rendant dans une même destination pour un même profil de vacances, je pourrais faire appel à un simple copier-coller des autres années. Et pourtant ce serait admettre qu'elles sont répétitives, prévisibles, ce que je ne conçois pas comme tel. A chaque fois la tonalité du vécu diffère. Les habitudes se modifient en fonction des circonstances (la chambre occupée, l'état d'esprit, le temps, les événements - comme la période de carnaval cette année et tous ces jeunes canariens incroyablement beaux circulant dans les rues) et bien sûr les rencontres.

Libidineuses forcément à GC. Certains additionnent jusqu'à trois ou quatre mecs par jour. Conscients de cette réalité, j'ai affirmé à L. au début de séjour (uniquement sous le ton de plaisanterie?) que nous ne reviendrons plus à GC le jour où nous nous chopperions une chaude pisse. Loin de moi, les objectifs chiffrés de mes congénères, prime plutôt une exigence pseudo-qualitative (croire maîtriser tous les critères théoriques de l’homme idéal reste une chimère). Cette année, il y eut au moins de la nouveauté. Jamais nous n’avions baisé avec un anglais. Heureusement, ce ne fut pas le genre oxfordien, au langage policé et à l'allure pincée mais le sexy lad avec sa grosse chaîne autour du cou, buvant de la bière, un brin vulgaire (mais pas trop tout de même). Deux jours plus tard, dans l'effervescence d'un samedi dense, nous nous sommes retrouvés avec trois autres garçons sans l'avoir cherché, dans un élan presque naturel, un déroulement pas glauque le moins du monde, s'éprouvant même comme la réalisation d'un fantasme que la raison en d'autres temps aurait repoussé.

Et puis il y a les autres. Laurent, par exemple, avec qui nous avons dragouillé au début du séjour, avant de nous rendre compte qu'il était en couple. L'entrée en scène de sa moitié m'a échaudé, ne m'empêchant pas de converser ou danser en leur compagnie mais en veillant à refermer à temps la porte car non, ça n'allait pas la faire. Les gens ne le comprennent parfois que trop tard et peu parviennent à ne pas en tenir rigueur. Durant la suite de la semaine, Laurent, magnanime, s'est échiné à expliquer sa joie de nous avoir rencontrés, à créer des liens ignorant superbement le message non verbal de son conjoint. Les promesses de maintien d'un contact ont été répétées, reportées jusqu'à la soirée finale lors de laquelle il m'explique qu'il s'en va sans état d'âme. Un discours en anti-thèse du mien. Moi avec des pincements au cœur face aux souvenirs, ceux-là même qui servent ou serviront de baume au vieillissement, qui donnent sens par la matérialisation consciente du mouvement, de la participation à une aventure commune par opposition aux langueurs éternelles et sans mémoire du repos final. Des souvenirs qui dépassent ma propre personne en incluant d'autres figures. Me rappeler de leur présence, c'est leur offrir une place dans la dynamique existentielle, c'est les substantialiser par delà l'effervescence de la foule dans laquelle nous semblons noyés. En renonçant aux souvenirs, Laurent m'a exclu de sa mémoire, a nié la réalité signifiante de mon existence. Nous nous sommes finalement quittés sans échanger une quelconque coordonnée. Rideau, enfin pout moi souple et léger, volontiers entrouvert, connecté avec les ombres tapies derrière le décor – j’ai vécu donc j’existe.