23 avril 2007
Humeurs post-Prague (part 2)
Vers Prague, il a fallu tout d’abord
se décider à partir. Et de choix il en fut question, ne fut-ce qu’un instant
et malgré les réservations, avec cette
douleur à l’aine qui me tenailla dès le matin du départ, me faisant craindre
une appendicite - tout en subodorant une nouvelle manifestation physique des
méfaits de la nervosité accumulée ces derniers jours.
Nous débarquons à samedi midi dans
une ville ensoleillée. Dans l’hôtel 5 étoiles que nous nous sommes
gracieusement offerts pendant deux nuits, nous bénéficions d’une chambre
familiale double et d’un bain à bulles qui se révélera salvateur pour soulager
les douleurs musculaires nées d’efforts de marche dont je suis ordinairement
peu coutumier.
Situé idéalement dans la jonction
entre la nouvelle et la vieille ville, en contrebas du Champs-Elysées
local, l’établissement nous ouvre diverses destinations à portée de main :
la déambulation tranquille dans les charmantes ruelles du Prague ancien ou le
repos tranquille dans le joli parc
vallonné Riegrovy sady. Sans programme précis, c’est le temps lumineux qui nous
guide vers ces options, nous éloignant par corollaire de l’intérieur de musées
ou monuments.
Le
soir, nous décidons de prendre le pouls de la vie nocturne sur place. Nous nous
dirigeons tout
d'abord vers le Termix. Dans ce bar-boîte pas très grand, je réalise que
la culture gay semble bel et bien universelle, une musique dance
commerciale alternant avec des extraits musicaux des DVD de Kylie ou Madonna.
Chose fort étrange dans cet endroit, les toilettes se prolongent par une
dark-room, assez peu prévisible. On ne s’y presse pas, la drague semblant
s’accomplir d’abord à l'extérieur. Cette présence se justifie-t-elle dans une
copie du modèle occidental ou s’agit-il du seul lieu de consommation charnelle
pour les jeunes praguois vivant chez des parents peu ouverts sur la sexualité
de leur fils ?
Nous nous rendons ensuite au Valentino, un club spacieux,
disposant de deux salles ainsi qu’un bar à front de rue et pourtant pas cher
puisque l’entrée y est gratuite et le prix des consommations tout-à-fait
modique. Une population jeune et assez délurée s’y concentre dans une ambiance
sympathique. La dimension sexuelle constatée ailleurs se confirme : les
pisspots dans les toilettes disposent d'un miroir situé à une hauteur ne
mettant en exergue que la partie du corps dénudée pour l’occasion. A la fois
drôle, tentant…et perturbant pour qui veut pisser vraiment (L. adore et je
reconnais un caractère bien amusant à cette disposition). Un jeu qui pourrait
rester frustrant sans une dark-room où n'attendent pas toujours les garçons les
plus sexy mais, encore une fois, il n'en suffit que d'un. Le nôtre, ma foi fort
jeune et d’origine rom sans doute, traduira dans son comportement un sens aigu
du respect (et l’inexpérience probable du peuple tchèque quant aux
trios ?) lorsque, proches l’un de l’autre, il me demandera si L., situé
quelques mètres plus loin, est bel et bien mon boyfriend, confiant ensuite son désir de ne pas créer
de tension au sein du couple. Dans un contexte plus calme et détendu que la
dernière fois en pareil endroit, j’y retrouve de pleines sensations et oublie
les désagréments récents. De quoi clôturer une soirée étonnante car inattendue
devant la diversité et la qualité des endroits offerts et la spontanéité des
praguois.
Nous
consacrons le lendemain essentiellement au repos, allongés sur la pelouse du
parc, constatant alors avec plus d'acuité l’occidentalisation résolue des
jeunes praguois(es). Cela fait maintenant près de 20 ans que la chute du communisme
est consommée, à l’époque dans une Tchécoslovaquie déjà moins stricte que
d'autres régimes et que les ado ou jeunes adultes n’ont donc jamais connue.
Souriants, contrairement à leur réputation slave, ils m’apparaissent aussi
franchement séduisants, autant d’ailleurs les garçons que les filles, fines et
élancées comme si la minceur était un gêne national (Sarkozy l'importera-t-il?).
Le
soir, avant de retourner nous coucher, nous cherchons à prendre un dernier
verre. Olivier m’invite à nous rendre dans un bar apparemment connu pour être
un nid à escorts (ah oui, bien entendu, Prague et ses Bel Ami). Nous
arrivons dans un espace assez vide où, mis à part deux à trois hommes aux
cheveux blancs, se retrouvent quelques jeunes au milieu d’une piste de danse.
Les mêmes garçons qui se succèdent pour des spectacles avant d’être
éventuellement loués pour qui le souhaite, à des prix de 300 à 500 EUR la nuit.
Je me sens mal à l’aise dans cet endroit, comme si j’endossais un rôle de
pervers. Je ne condamne pas ces riches hommes libidineux (je ne sais quelle
attitude je pourrais adopter à leur âge même si je suis conscient que mon
sentimentalisme souffrirait sans doute de l’intérêt exclusivement pécuniaire de
ce type de contact), ni même ces jeunes hommes de 18 à 23 ans maximum dixit la
direction dans sa brochure (je ne pourrais simplement pas livrer mon corps sans
porter ensuite la trace de ce passage, ce que réalise ces garçons sans état
d’âme, conservant ailleurs leur vie d’hétéro pour la plupart d’entre eux).
Après une pause pipi, je constate qu’un garçon s’est placé à côté de L. Je
l’avertis que s’asseoir, c’est risquer de devoir déjà payer. Il est temps de
rentrer se coucher.
Le
reste du séjour se déroule harmonieusement, sous une chaleur croissante. Lundi,
nous traversons le fameux Pont Charles pour découvrir les hauteurs et le
célèbre château surplombant la ville avant de profiter du soleil en terrasse le
long de la rivière réverbérant sa luminosité chatoyante.
Le lendemain, alors que L. dispense un séminaire (objectif initial du déplacement
dans la capitale tchèque), je couronne ce city-trip réussi par un peu de
shopping, moins dans les magasins de marque (aussi chers que dans nos pays) que
dans l’une ou l’autre enseigne slave réservant de temps à autre une opportunité
à saisir.
Prague,
une ville résolument à découvrir, susceptible de plaire à tous de par la
diversité de son offre (me voilà reconverti en commercial pour agence de
voyage !).
Pas
toujours inspiré, j’ai pris ça et là quelques photos disponibles dans
l’album-photo ci-joint (diaporama musical disponible).
19 avril 2007
Humeurs pré-Prague (part 1)
C’est toujours comme ça. On se
hasarde à revendiquer une réussite et le contraire se produit aussitôt, comme
si les lois de la modestie veillaient au châtiment rapide du fautif. Le péché
commis n’était pourtant pas bien lourd, j’avais tout au plus affirmé mener une
vie équilibrée. Je n’avais pas menti mais certains forces du passé se font un
plaisir de resurgir au moment où on oublie même leur souvenir, s’infiltrant
d’abord en douceur dans les arcanes de la pensée avant de tisser leur toile et
d’apparaître en surface.
Lors de cette soirée bruxelloise
renommée, j’étais venu chercher, dimanche passé, l’enivrement dans de furtifs
passages en dark-room. Malgré quelques épisodes passés malheureux, j’aime y
respirer cette atmosphère animale où les sens imposent leur primauté au
détriment de toute convenance sociale. Tout semble possible dans cet espace où
l’excitation tutoie volontiers la crainte. Un ami ne nous a-t-il pas révélé y
avoir été violé l’année dernière ? Avant de faire aujourd’hui son retour.
Attraction fatale.
Je ne débarque pas pour autant dans
une succession de corps attractifs. Je peine même à en dénicher un à mon goût.
J’ai pu observer récemment combien certains garçons jeunes et sexy
s’abandonnaient aux bras d’hommes qui l’étaient bien moins (j’utiliserais
parfois même le terme repoussant pour ma part). Mon explication hésite entre
une notable différence quant au goût ou l’hypothèse d’une satisfaction, dans
leur cas, beaucoup plus facile quant au physique (en simple reflet de la misère
sexuelle touchant même cette catégorie de personnes ?). Je reste de mon
côté sans doute influencé par l’idée d’un sexe sale, héritée de mon
éducation puritaine. Je mesure aussi qu’à l’instar d’un ami, l’amant révèle une
image de nous-même. Prisonnier quelque part de la mienne, je sais également que
je dois me respecter en répondant moins à des besoins qu’à des désirs à la
hauteur de mes ambitions.
Dans la foule se pressant dans ces
couloirs glauques et étouffants, il n’en suffit parfois que d’un. Plus
déterminé sur le fonds mais plus timide sur la forme, L. me laisse prendre les
rennes d’une initiative auprès d’un grand mec mignon dont le profil sur
internet faisait état d’attributs avantageux (qui n’y reste pas
insensible ?).
Installé contre un mur, il se fait
vaguement tripoter par une de ses connaissances qu’il repousse mollement. Ce
manque d’abnégation dans le rejet limitant mes chances d’échec, je m’approche
de lui et place rapidement ma main dans son entrejambe tout en cherchant à attirer
son regard dans la semi-pénombre. Le contact visuel établi, il y répond en
glissant ses doigts le long de mon torse avant d’atteindre les boutons de mon
pantalon tandis que les miens enserrent sa queue large et désormais bien dure.
Il approche ensuite sa tête de la mienne et cherche à m’embrasser. Je prends
plaisir à ce contact désormais plus intime, exclusivement choisi, auquel L. va
bientôt participer plus activement. Je suis cependant distrait par des mains
étrangères qui n’arrêtent pas de se porter sur moi, que j’évacue tant et plus
avant de ne repousser que celles dépassant les limites de l’acceptable. Je sais
qu’une fois engagé dans ce genre d’endroit, il n’est pas possible d’emmener
l’élu ailleurs, je dois me contenter de cette situation agréable, excitante
mais aussi dérangeante par ce partage d’intimité parfois non souhaité. Je bande
mais mollement même lorsqu’il cherche à me sucer dans une descente en apnée
courageuse dans cet espace surchauffé et peu aéré.
Peu importe que nous jouissions sans lui, désemparé par la perte de son
téléphone dérobé par des mains baladeuses bien peu scrupuleuses, j’accepte
difficilement cette incapacité à pouvoir rester pleinement opérationnel. La
puissance dégagée par ce jeu sexuel en est atténuée, ma virilité ébranlée, la
perfection que je cherche à incarner aux yeux des autres -et donc surtout des miens - écornée. Les heures passent, l’esprit tente de se
détacher de ce sentiment, sans succès réel. Cette faille en ouvre-t-elle
subrepticement inconsciemment une autre ?
Mardi soir, je tombe malade. Une
angine que la fatigue peut expliquer. Je pourrais me réjouir de cette pause qui
m’éloigne du travail où ma motivation a connu de meilleurs jours. Avec les 3
jours de maladie octroyés, je bénéficie même d’une semaine entière puisque nous
partons ensuite, L et moi, 4 jours à Prague.
La confiance mise à mal quelques jours plus tôt a
toutefois créé une brèche. Au fur et à mesure que la
température extérieure augmente, croît le degré de culpabilité liée à mon
absence au travail et ce scénario presque idéal qui peut paraître louche
aux yeux de mes collègues.
J’envisage de folles conséquences
quant à la situation actuelle que l’on jugera forcément préméditée: elle
pourrait peser sur l’appréciation de mon travail et me conduire, qui sait, un
jour au licenciement. Au bout des choses s’impose cette peur de me retrouver
sans travail (avec la perte de certains acquis), de ne pas rebondir, si ce
n’est peut-être dans un emploi sous-payé et exigeant, empiétant sur mes
libertés. La machine s’est emballée, sous l’influence d’un
inconscient issu de l’histoire familiale paternelle.
Vendredi, veille du départ, nous
devons nous rendre à l’anniversaire d’une amie. Je me fais violence pour m’y
rendre jusqu’au moment où L, répondant à une de mes remarques, m’assène que je
n’ai rien fait pendant trois jours. Je lui avais parlé de cette culpabilité et
il s’est permis d’en jouer. Je ne l’accompagnerai pas ce soir. Mon isolement
sera ma punition pour soulager mon crime. A la déception, voire la colère de L.
qui ne voit pas que les réflexes du passé moins présents aujourd’hui subsistent
encore parfois.
Je voudrais presque annuler ce voyage que je crains de ne pas pouvoir apprécier. N’ai-je pas entendu différents sons de cloche que je pourrais qualifier d’inquiétants sur Prague? C’est une ville culturelle (cela signifie-t-il ennuyeuse en tant que non-initié à l'histoire de l'art?) où les gens sont froids, pas très beaux (enfin surtout les filles dixit un hétéro); on s’y ennuie à mourir le soir (dixit un gay) ; les bars sont remplis d’escorts, toucher c’est payer (dixit un autre). Tout est déjà réservé, il va falloir juger sur place.
12 avril 2007
Le bonheur en (dis)continuité
Je réponds rarement aux commentaires laissés sur
mon blog (que je considère cependant avec intérêt). Le dernier en date,
détournant une de mes phrases pour souligner une certaine confusion dans ma
vie, n'aurait suscité aucune réaction de ma part sans l'écho des propos récents
d'un évêque intégriste belge, pour qui les homosexuels ont rencontré un
blocage dans leur développement psychologique normal. Cette remarque, moins anodine de sous-entendus que
la première, m'interroge sur l'image que je pourrais véhiculer avec mon blog.
En exposant ma vie et mes questionnements, ne contribuerais-je pas à ce
rapprochement moraliste entre homosexualité et douleur, souffrances,...?
Je ne sais pas si l’impression rejaillit des
articles que je poste ici mais je pense mener une vie d'ensemble plutôt
équilibrée avec (pour citer le principal) une relation globalement épanouie
avec mon partenaire, un travail pas inintéressant et suffisamment lucratif pour
mener diverses activités et humer d’autres atmosphères. Je me trouve très loin
de cette image d'inaccomplissement inhérent à mon identité sexuelle qu'évoquent
des excellences religieuses. A vrai dire, la grande différence qui nous sépare
consisterait dans la certitude inébranlable que renferme leur discours.
Peut-être n'ont-ils pas atteint une maturation psychologique suffisante pour
réintroduire dans leurs pensées la notion du doute, de remise en question dans
l'approche de l'expérience humaine.
Pour ma part, je ne m'estime pas être arrivé au bout du chemin, à l’affût de
nouvelles expériences qui me guideront pour avancer dans la vie - seule sans
doute la mort arrêtera un jour ce processus.
Cette conception me différencie-t-elle d’ailleurs tellement du commun des
mortels?
Si d'un côté ma vie prend de temps à autre des
contours pratiques fort éloignés de Mr et Mme tout le monde, je n'ai jamais
l'impression, d'un autre côté, de tutoyer la marginalité. Ainsi mon blog, à
l'image de ce que je suis, ne recèle pas cette force de transgression, de
dépassement de l'existence, qui fonde de nombreuses grandes oeuvres
artistiques. A titre d'exemple, les films de Gus Van Sant tentent de traduire
cette expression alternative en puisant dans la réalité concrète de ses acteurs
le terreau de ses longs métrages. Il parvient ainsi à y insuffler une
insouciance libertaire, une légèreté à la fois enivrante et effrayante par le
flirt qu’elle entretient avec la mort - à l'image de River Phoenix, magnifique
en narcoleptique n'en finissant pas de s'évanouir dans My own private Idaho
et qui s'effondrera définitivement peu de temps après à la suite d’une
overdose. Ainsi ne suis-je pas
fait: par relatif équilibre ou plus sûrement par peur, il y a des barrières que
je ne franchis pas.
Je me retrouve dès lors au milieu du guet: à la fois
dans une trame classique d'existence mais émaillée de quelques discontinuités
ça et là. Ces dernières tout comme les interrogations, les problèmes que je
soulève dans mes articles relèvent de l’ambition particulière que je porte à la
jouissance de l'existence. Je cherche régulièrement à (mieux) satisfaire
certaines envies (qu'un manque a parfois pu éveiller), et ce en dépit d'un
certain bon sens de temps à autre. Je ne peux me contenter de ce que j'ai
engrangé au fil des années. Le chemin vers le bonheur ne peut s'apparenter à
une longue ligne droite sur laquelle nous naviguons sans effort une fois
l'essentiel acquis.
Bien sûr, la réussite ne fleurit pas forcément tout
au long de ce parcours. Il est difficile d'articuler les différentes cordes
d'un arc et je contracte parfois certaines formules pour aboutir au résultat
final. Ainsi en est-il sans doute de l'amitié, perdue parfois dans d’autres
jeux de séduction. Et dont les manquements subsistent alors invariablement. Ce fut le cas récemment
lorsque, parmi le groupe d'amis ayant été voir ce film, je fus le seul à
apprécier la fragilité tout en retenue des "Témoins" (je pensais à
tort que la structure narrative assez classique faciliterait l'appréciation).
Je n'ose imaginer pouvoir partager dès lors le plaisir d'un film comme
"Rois et Reines", ambitieux, protéiforme (où tout n'est donc pas à
prendre) et( réservant quelques moments forts de cinéma - comme la découverte
des derniers écrits du père de l’héroïne, révélation inattendue, d'une noirceur
de représentation sans doute jamais atteinte et dont l'émoi solitaire m'oblige
à l'insérer au travers d'un article de ce blog.
Cette absence de complicité artistique n'est pas anodine. Cette distance
renferme en son sein une différence profonde dans l’approche émotionnelle de
l’existence – et donc dans le partage de préoccupations similaires (mon blog
serait donc bien cela, l’expression d’un versant émotionnel trop inaudible dans
la « vraie » vie).
Au final, si je ne conteste pas que cette quête d'embellissement de
l'existence - d'éclairs élégiaques à la consolidation de certains plaisirs plus
simples - se déploie à l'intérieur d'un tonneau de Danaïde, je ne m’en
formalise pas non plus outre mesure. Vieillir demain sans sagesse sera - qui sait ? - ma part de marginalité.
05 avril 2007
Relier son passé
C'est mon sujet-phare ces derniers temps: l'amitié et sa gestion ou
quelle place accorder à autrui dans sa vie face à la distension de certains
liens passés ?
Alors que l'illusion d'une amitié personnelle avec S. s'est effacée,
j'hésite encore sur la forme à donner à la relation résiduelle. J'ai tenté le
silence et, comme il me le rendait bien, j'ai cru l'affaire bouclée. Un échange
de messages laconiques plus tard, je l'ai croisé en ville par hasard (nous
rendant tous les deux mal à l'aise). Cette rencontre fortuite m'a détourné de
l'envie de rompre toute forme de contact avec lui. J'oscille entre la volonté
d'une distance protectrice des déceptions futures me paraissant inévitables et
le désir de ne pas refermer (immédiatement) le chapitre. Peut-être cela
passera-t-il par une relation intermédiaire, pacifiée où les contacts, certes
lâches dans le temps, ne ressemblent pas pour autant à une relation entre de
vagues connaissances. Similaire en quelque sorte à celle entretenue avec Nezzy (http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/05/03/1810321.html).
Depuis notre rencontre, trois ans se sont écoulés. Nezz aura bientôt 22
ans, le même âge que S., j'aurais presque tendance à l'oublier avec les
souvenirs figés.
Plus ou moins tous les 6 mois, nous nous croisons sur le net. Il me donne de
ses nouvelles, se livre sans ambages. Avant-hier, il m'a rapidement confié
quelque révélation fort intime. Tout naturellement, il me fait confiance. Je
lui réponds tel que je me vois pour lui, en grand frère. Cela ne le dérange
pas, j'en suis sûr même si d'un autre côté, nous sommes, L. et moi, aussi autre
chose pour lui. C'est peut-être pour cette raison que je n'ose pas envisager un
contact direct. Lors de vœux de nouvel an, il avait conclu son message en évoquant la possibilité de
se revoir cette année. Il se sent désormais prêt pour cela probablement. Je le
suis peut-être moins, en proie à une série de doutes.
Je crains de brouiller ses pistes à un moment où il se cherche encore. De
contrarier la douceur du souvenir passé avec lui, lequel demeure pour moi comme
un îlot sacré, une représentation concrète de la foi en la magie humaine. J'ai
peut-être aussi peur de ne pas savoir gérer, articuler entre toutes les parties
la relation après cette rencontre - d'autant que les événements récents avec S.
pourraient refroidir la réaction de L. face à cette décision de retrouvailles.
Enfin, je demeure inquiet face à ma réaction émotionnelle. Je suis en paix avec
mes sentiments à son égard aujourd'hui et j'hésite à devoir remettre cet
équilibre en question devant la recherche de perfection que je ne manquerai pas
d'associer à notre rencontre et le risque sous-jacent d'être déçu et d'en
souffrir. N'ai-je pas d'ailleurs récemment décidé avec trop d'entrain, trop de
volontarisme que S. serait un ami idéal? La réussite des relations
interpersonnelles ne s'accomplit que dans leur légèreté d'approche.
Avant-hier, j'ai profité de l'heure tardive pour clôturer la conversation avant
qu'il ne puisse poser une éventuelle question sur une rencontre future.
Aujourd'hui, je me demande si, ce faisant, j'ai maîtrisé, préservé le
déroulement harmonieux de mon existence ou brisé le cours d'une vie en mouvement aux sensations par essence incontrôlables.
01 avril 2007
Billet de mars

Une chasse au sorcière obligeant la population à
déclarer sa collaboration avec la police secrète communiste. Une volonté
d’interdire aux enseignants de parler d’homosexualité et donc d’homophobie.
Nous sommes en Pologne. Nous sommes en Europe. Est-ce l'absence de constitution
européenne qui empêche les droits individuels d'être respectés au sein du
territoire européen?
Nous pouvons en tout cas être fier de voir émerger dans notre
europe occidentale des films comme l'émouvant et très beau film de Téchiné
"Les Témoins", sorti récemment, qui aborde avec rigueur et maestria fictionnelle
l'émergence du sida dans les années 80 (j'y reviendrai peut-être
ultérieurement).
La campagne française pour les
présidentielles est bel et bien lancée. Il est désormais plus clair de juger Ségolène Royal dont les prestations publiques se sont sensiblement améliorées après certains
tâtonnements qui avaient introduit le doute sur ses compétences. Mieux
préparée, elle semble mieux aborder les problèmes et ses interventions trouvent
désormais une expression plus enjouée que le rythme monolithique de ses
premiers passages en public. Son programme se décline en
de nombreuses idées manifestement de gauche, au
rang desquelles figure notamment la mise sur pied d'une véritable concertation
sociale entre syndicats (qu'elle veut plus forts) et patronat avec arbitrage
éventuel du gouvernement. Un système qui fonctionne en Belgique et permettrait
de sortir des oppositions continuelles et ferait peut-être naître une tradition
de compromis parfois bien utile pour la paix sociale.
Evidemment, certaines idées convainquent moins (sa conception sur le traitement
de la délinquance juvénile) et sa posture très mitterrandienne de suivre avant
tout son intuition peut provoquer quelque pensée malheureusement définie ainsi
que le risque que le parti ne fasse pas bloc autour d'elle.
Si le ralliement autour de sa personne peut s'accélérer au
cours de cette campagne, il semble cependant encore difficile pour une bonne
partie de la population de saisir pleinement sa personnalité, empêchant ainsi
une forte identification, indispensable pour un vote massif en sa faveur. J'y
verrais peut-être une explication dans le paradoxe suivant. S. Royal incarne la
modernité par sa simple condition de (jolie) femme candidate à l'élection
présidentielle ainsi que par sa volonté de réformer la façon de faire la
politique (démocratie participative, volonté de rétablir le dialogue à tous les
niveaux, décentralisation accrue). Mais elle représente dans le même temps une
forme de traditionalisme, visuellement exprimé par sa posture physique assez
rigide et hérité par son éducation familiale dont elle s'est
certes largement affranchie mais finalement pas totalement. Cela se traduit par
des idées symboliquement assez vieille France de placer la famille (et l'école)
au centre de son programme et des fondements de notre société ou encore la
façon de mater la délinquance des mineurs et l’exaltation de la nation (dans
une posture très différente de Sarkozy certes mais à la symbolique très
évocatrice).
Le décalage entre ces deux perceptions antagonistes brouille sans aucun doute
les repères d'une frange de la population : elle insinue un certain doute
auprès de la gauche progressiste (et l'aversion des libertaires comme Michel
Onfray) par son image parfois trop conservatrice et déstabilise par certaines
de ses options jugées tantôt trop audacieuses, tantôt trop autoritaires
l'électorat plus centriste.
Ségolène
représente cependant à mes yeux aujourd'hui la seule issue pour empêcher le
pays de basculer à droite et pour un certain temps. La machine de guerre de
l'UMP risque de verrouiller toute possibilité de changement et Nicolas Sarkozy,
une fois élu, pourra compter sur son populisme pour favoriser sa réélection.
Avec les dangers connus que sa politique pourrait créer (désordre social et
dans les banlieues, un conservatisme éthique isolant la France des autres
grands pays européens sur ces questions, une Europe libérale et sans
possibilité de transformation radicale impulsée par la France à ce niveau,…).
Quant à Bayrou, je crois que c'est la force de persuasion des deux candidats
principaux qui laissera à distance ce dernier dans les urnes. Bayrou président,
c'est la droite au pouvoir, la mollesse de la non-action, la crise
institutionnelle profonde (il sera incapable de rallier sous sa coupe une
majorité à l'assemblée lors des législatives). Bayrou, c'est un peu l'actrice
virtuelle Simone dans le film du même nom, créée pour répondre aux attentes du
public : un candidat hors système dans une France qui n'a plus foi dans
l'institution politique, hors du clivage gauche-droite dans un contexte où un
candidat peine à se révéler compétente aux yeux du public (un peu machiste sur
le fonds) alors que l'autre fait peur. Le président potentiel Bayrou en fait
n'existe pas.
Vu que
les Verts sont cette fois inaudibles (j'aurais voté Mamère en 2002 et sans
regret même après le 21 avril), que le reste de la gauche est avant tout
non-participationniste, que le vote utile sera de toute façon bien nécessaire,
Ségo sera mon vote virtuel cette année.
Finissons avec un sujet plus léger : Gaston Lagaffe a fêté son 50è anniversaire
en mars de cette année et paraît toujours aussi jeune et surtout moderne. Il
pourrait prendre place dans n'importe quel défilé de mode actuel. Le jeans
hyper moulant, les cheveux ébouriffés, la démarche nonchalante, l'attitude
dégagée, l'esprit un brin désenchanté, il incarne parfaitement une certaine
jeunesse actuelle.
Plus grave par contre: Britney Spears va mal. En cure de désintoxication, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours. Ses ennuis ont amené son ex Justin Timberlake et son producteur Timbaland à lui venir en aide (pour éviter sans doute un "oops I dit it again"). Nous aussi mobilisons-nous pour Britney. Rasons-nous la tête par solidarité. Bon, je vous laisse la primeur de l'initiative...
29 mars 2007
My own private life 2
Mise au point:
Je n'ai jamais utilisé Internet pour blesser quiconque ou régler des comptes par ce biais. J'ai manqué de clarté sur une période récente assez trouble, notamment en n'identifiant pas nommément le principal protagoniste de cette histoire qui n'est apparu sous son initial de S. que tout récemment. Ce garçon, qui ne vient pas sur mon blog, était déjà apparu sous les traits d'un amant dans l'article du 4 février et d'une silhouette troublante et émouvante dans le trip émotionnel que nous avons partagé dans l'article du 9 février. Ce manque de précision a généré une réaction émotionnelle d'un autre S. qui s'est senti visé à tort par les articles récents. Qu'il m'en excuse.
Je
pourrais presque tenir un journal en ce moment. Ma configuration de vie
actuelle m'offre de nouveaux angles de vue, de réflexion alimentant à l'infini
- si j'en avais le temps - l'écriture. Certes, ce que j'exprime n'est pas
toujours drôle mais cela ne veut pas dire que je sois tel que j'en donne
(peut-être) l'impression. A moins que je sois moins bien que je ne le pense. La
réponse est probablement entre les deux.
Laisser
les événements, l'atmosphère ressentie prendre possession de moi, tel semble
mon but. Je ne dois bien sûr pas attendre qu'un miracle tombe du ciel, je dois
aller au devant des gens et des situations. Je m'oriente selon les désirs en
cherchant à susciter l'intérêt (ou non) des autres. Sans pression réelle, je
teste les réflexes qui me guident plus volontiers vers l'un ou l'autre ainsi
que les réponses en retour, comme pour dresser un état de mes amitiés. Cette
démarche aura au moins permis d'éclairer définitivement la relation naissante
avec S. et l'échec patent enfin déclaré.
Manifestement
cela ne colle pas entre nous ou plutôt c'est l'incompréhension qui prédomine à
chaque fois. Tous les messages ou toutes les initiatives semblent constamment
mal interprétés par l'un ou l'autre. La fluidité de la relation s'est
transformée en lourdeur éléphantesque laissant percer les premiers signes
d'agacement. Je ne suis généralement guère persévérant dans les contacts
inter-personnels quand une contrariété surgit. Quand tout va bien aussi
d’ailleurs. Je manque souvent de suite dans les idées, je marque des pauses,
crée de la discontinuité par protection, par peur, par doute aussi parfois.
Dans le cas présent, j'étais tellement convaincu d'une possibilité d'amitié que
j'ai produit des efforts conséquents, même dans l'adversité croissante de nos
échanges.
Le
constat d'échec auquel je me résigne aujourd'hui déborde le cadre même de la
relation avec S. Il remet en question ma conception toute personnelle de
l'amitié.
J'ai besoin de désirer pour me motiver à aller vers l'autre de façon régulière.
Je concevrais même volontiers l'amitié (masculine) comme une excroissance, une
version modifiée, de l'amour en quelque sorte. Je crois également au poids du
souvenir dans la constitution de l'amitié. Ce sont les moments forts vécus
ensemble qui portent haut ensuite le sentiment éprouvé pour l'autre, qui créent
ce lien durable. L'intensité des échanges partagés ensemble constitue à mon
sens le meilleur vecteur pour pérenniser une relation authentique. Cette vision
très peu normative de ce qui constitue une amitié traditionnelle serait-elle
erronée? Aurais-je donc tout faux?
Cette perception manque peut-être de caractère adulte mais j'ai besoin
d'être ému pour apprécier quelqu'un et je veux croire que l'un des éléments
fondateurs de l'amitié réside dans la place spécifique réservée à l'autre dans
la prioritisation de ses choix (dans une forme d'exclusivité, non pas bien sûr
dans la globalité de la vie de l'autre mais dans un coin particulier de son
univers).
En
écho à cet échec me revient le souvenir d'un copain d’enfance. Il avait
commencé le basket avant d'arrêter rapidement, pas assez doué et trop dilettante pour la compétition sportive. Je le
voyais essentiellement à l'école, primaire puis secondaire avant mon départ
pour le sport-études. C'est surtout lors de ces dernières années que nos liens
se sont tissés. Sa sensibilité, son caractère plutôt discret, son côté rêveur,
presque marginal ne permettait pas de l'enfermer dans un formatage bien précis
comme aimait à le faire la conservatrice ville de province où j'habitais. Les
souvenirs sur lesquels je m'appuie pour l'affirmer sont flous mais je me
rappelle d'une volonté commune de donner suite à notre amitié naissante après
mon départ de l'école. Il y a eu déclaration d'intention mais je n'ai jamais
pris la moindre initiative, me sentant totalement incapable de gérer ce genre
de relation à l'époque. Les choses ont tout de même bien changé
aujourd'hui de ce côté mais l'amitié reste un engagement complexe, à tout âge
et sans doute pour chacun de nous. A bien y réfléchir, si on
neutralise la notion du temps tantôt amplificateur, tantôt pacificateur des
sentiments, je me demande si je ne regrette finalement pas plus cette relation
que celle qui vient de m'échapper dans les tâtonnements d'une vie où tout ne
fonctionne pas toujours selon notre propre volonté.
26 mars 2007
My own private life
Pour la deuxième fois en 15 jours, L. est parti à l'étranger pour une semaine entière. Je garde un mauvais souvenir de cette vie récente en célibataire mais, je le sais, rien ne sert de comparer les périodes, le contexte émotif d'un jour n'étant pas forcément celui du lendemain.
Il a quitté le lit très tôt ce dimanche matin, glissant dans mon sommeil vaporeux un au-revoir à la tonalité appuyée englobant par son intensité tous ceux qu'il ne pourra m’adresser au quotidien au cours des prochains jours. Pour oublier son absence, souvent plus délicate les premières heures et lors d’un jour de week-end, j'ai décidé de dormir tard. Vers midi, me rappelant que la météo annonçait enfin un temps printanier, je me suis levé plutôt motivé.
Sur la table du salon, L. avait laissé quelques mots tendres. Une forme de déclaration qui succédait déjà à plusieurs autres au cours du mois écoulé. Jamais je n'avais été à pareille fête en près de 10 ans de relation. Longtemps, je les avais espérées dans une recherche de sentimentalité censée nous rapprocher et valoriser mon importance à ses yeux (et, par miroir, confirmer mes propres sentiments). Plus qu'un autre, au vu de nos débuts difficiles, j'avais rêvé d'entendre ces mots impudiques susurrés dans l'oreille ou les voir couchés sur papier avec de l'encre à peine sèche. Il aura fallu attendre tout ce temps et des circonstances particulières pour que la réalité rejoigne les espoirs. Le passé ne s'efface jamais mais la prise de conscience ne se révèle pas tardive, là est l’essentiel aujourd’hui.
Le voyage accélère d’ailleurs tant les émotions que les confessions par l'aura mystique qu'il distille. Il porte en lui le mystère et le rêve d'une autre vie, de nouveaux espaces, du dépaysement mais aussi le déchirement de quitter un territoire, sa propre existence et celle des proches. Derrière un au-revoir lors d'un départ vers d'autres cieux se cache un adieu potentiel, terriblement angoissant. Jacques Derrida avait joliment exprimé que par ses voyages réguliers (que la peur lui faisait concevoir comme le dernier, avant le retour espéré, un retour à la vie), il vivait en fait de résurrection en résurrection.
En début d'après-midi, j'ai surfé sur internet. J'ai laissé le poids de l'ennui m'envahir peu à peu pour que naisse le désir de bouger, de rencontrer des gens. J'ai envoyé un message à 2, 3 ami(e)s avant de rejoindre finalement l'un d'entre eux, errant dans une luminosité encore un brin hivernale. Le temps s'est écoulé rapidement, accéléré par les premiers effets de l'heure d'été. Je n'avais personne à rejoindre à la maison, aucun projet spécifique, volonté manifestée en réaction à la dernière fois où j'avais établi à l'avance quelques rendez-vous spécifiques. L'indécision laisse l'occasion de mieux répondre à ses besoins du moment.
De retour à la maison, j'ai chatté sur internet avec des connaissances, des inconnus pour combler un certain manque tandis que L. m'appelait pour signaler qu'il était bien arrivé. J'étais ainsi accompagné tant virtuellement qu'au fonds du cœur. Le vide spatial rappelle cependant certaines vérités et le moment m'a paru idéal pour donner la pleine mesure à un sentiment latent. "Tout le monde est seul", s'intitulait d'ailleurs l'épisode de Six Feet Under visionné.
J'ai toujours refusé de me transformer en pleureuse devant un film. J'ai combattu les poussées lacrymales d'abord par pudeur (puissant héritage familial), puis par peur de perdre une masculinité au moment j'associais cette réaction à une part féminine que je redoutais de trop exprimer. Enfin, aujourd’hui, je préfère les sentiments retenus ou contrastés aux effets de manche visant à exploiter la sentimentalité du spectateur pour qu'il adhère au produit. Le créateur de SFU ne peut être suspecté de jouer sur les émotions faciles alors qu'il s'est évertué au fil des saisons à afficher une complexité foisonnante et bouleversante de ses personnages. La profonde tristesse de l'épisode sans doute le plus cathartique de la série (une sorte de séance collective de relâchement des émotions face à un thème aussi fort que la mort, l'absence) n'a cessé de m'arracher des larmes.
A la fin de l'épisode, j'ai cherché à transformer la tristesse en confortable et gracieuse mélancolie en écoutant quelques morceaux planants (Phantom Limb des Shins, en écoute). J'ai poursuivi la lecture d'un roman s'inscrivant dans la même veine légère et émotionnelle avant de m'endormir en espérant y trouver la quiétude apparemment acquise. Mon sommeil fut saccadé, agité. J'ai eu l'impression de devoir lutter à plusieurs reprises pour empêcher de m'étouffer. La façade pacificatrice que je m'étais forgée avait cédé sous le poids d'un inconscient manifestement contrarié.
Quand le réveil-matin s'est mis en marche, le soleil emplissait à nouveau les espaces vides autour de moi. Je me suis levé pour aller travailler et accessoirement écrire, histoire de ne pas laisser au trouble une trop profonde avancée intérieure.
19 mars 2007
Nothing ever falls apart ?
La puissance de la raison et l'espoir volontariste de sentiments neufs s'effondrent parfois devant la réalité des émotions et leurs interférences phagocytant le vécu d'une relation.
La relation avec L. pacifiée et même affectivement réactivée (preuve du bon sens de la foi placée intuitivement en notre destin), je parviens à nouveau à mener mon quotidien sous un mode plus commun. J'ai rangé les épisodes récents dans la rubrique du passé tout en continuant à entretenir des échanges réguliers avec S. tel que j'en avais l'intention. Qualifier de réussie la mutation amicale souhaitée paraît cependant pour le moins prématuré. Derrière cette façade heureuse, cette ode à la raison triomphatrice demeure dissimulé au fonds de moi un deuil inachevé de l'histoire brièvement partagée et un sentiment rémanent d'impossibilité d'y donner une suite.
J'ai pourtant personnellement pris les devants pour banaliser au maximum cette relation en la réinscrivant au sein de mon couple, sacrifiant des apartés trop entâchés d'états d'âme diffus. En renonçant à cette dernière forme d'intimité, je subis aujourd'hui la punition émotionnelle d'une telle décision. Outre mon besoin viscéral d'intensité insatisfait, je ressens comme une offense les relations étroites que S. entretient avec ses amants et futurs maris potentiels, la nôtre se perdant dans une vague amitié des plus classiques. J'en souffre le plus souvent après une rencontre dont je ressors blessé par les gifles qu'il m'adressent au détour de certaines révélations innocentes (?). Il y a de la possessivité insupportable là-dessous mais plus encore le goût amer d'un impossible échange de sentiments. La plupart des amitiés se passe sans doute de déclaration d'affection réciproque mais il semble ici impossible de m'en priver. Nous sommes allés trop loin dès le début de notre rencontre pour nous contenter aujourd'hui d'un minimum de temps partagé comme preuve irrévocable de l'intérêt pour l'autre.
Pour poursuivre notre chemin, j'ai besoin d'entendre que je compte pour lui, qu'il subsiste quelque chose de ces émois initiaux, qu'ils n'ont pas été engorgés dans l'aménagement raisonnable de la relation trouble qui nous a animés un moment. Je dirais même que c'est ce sentiment particulier noué à la base qui doit rendre le lien réel et indéfectible pour donner sens à l'amitié future en conservant intacte la pureté des instants vécus par le passé. Si ceux-ci n'existent plus dans un recoin du coeur, l'amitié aura en effet perdu de sa substance fondatrice.
Je cherche dès lors des réponses auprès de lui et je m'enlise dans les moyens pour débusquer cette vérité. Il ne me facilite d'ailleurs pas le travail. Son amour-propre l'empêche sans doute d'en parler et il se sent dépassé par la somme d'événements et de sentiments récents qui l'empêchent selon lui de réagir.
Par le passé, l'intuition m'avait recommandé la distance pour mettre un terme à une histoire impossible, d'une beauté définitivement figée. J'ai voulu pousser l'expérience plus loin et peut-être devrais-je aujourd'hui l'abandonner pour me préserver de ces petites blessures que nos rencontres m'infligent et plus encore de l'insupportable réponse qu'il me fournira peut-être un jour : je n'éprouve plus rien à ton contact. Car je finis par douter de l'authenticité des sentiments des êtres constamment trop émotifs, trop romantiques (et si peu exclusifs) qui se laissent submerger plus par la forme que le fonds. Et qui questionnent (voire battent en brèche) une de mes convictions : un puissant échange affectif ne rend-il pas immuable, immanent l'attachement futur entre les protagonistes?
13 mars 2007
Célibat ou le coeur bat
Il s’agit peut-être d’une impression
prématurée mais j’ai éprouvé, récemment et pour la première fois, le sentiment
de m’être affranchi d’une certaine dépendance vis-à-vis de la vie à deux. Une
forme d’émancipation personnelle, d’autonomisation qui modifie de facto mon
rapport au couple et ouvre la voie à des choix sans doute plus purs, plus
authentiques.
Cette perception nouvelle ne signifie
pas pour autant que j’ai intégré la dimension émotionnelle de la vie de
célibataire. La semaine dernière, L. à l’étranger pour raisons
professionnelles, je me suis retrouvé seul à la maison. Des journées à errer
dans mon propre univers, certes prêt à m’ouvrir aux autres, à l’information, au
matériel fictionnel écrit ou télévisuel, mais envahi au final par un lourd
sentiment d’être délaissé affectivement.
Comment un célibataire parvient-il à
gérer une telle situation dans la durée ? Je m’avance sans doute trop
rapidement en formulant cette question. Tout le monde ne fonctionne pas comme
moi et je manque par ailleurs résolument de recul et d’expérience dans ce
domaine.
Beaucoup de gens qui n’ont pas choisi volontairement d’être seul sont
probablement animés par un réflexe de l’ordre de la survie conditionnant leurs
réactions émotives, moins extrêmes que la mienne. J’imagine également que le passage au célibat réclamerait une
très logique période d’adaptation pour recomposer sa façon de vivre, de
percevoir les choses avant de dégager de nouvelles perspectives.
Cette nouvelle vie deviendrait-elle
alors le réceptacle d’expériences exaltantes car inattendues, le préalable
idéal à une sensibilité des plus intenses, à la créativité la plus
fertile?
Ou serait-elle seulement cette étape
intermédiaire vers la vie à deux toujours tant recherchée ou dans le pire des
cas, un lent et désespérant cheminement vers la mort ?
Je me sens bien démuni à propos de cette réflexion où je laisse transparaître
pas mal de naïveté sans doute. Je perçois néanmoins au fonds de moi un fervent
partisan de la vie de couple. Que ce soit pour ressentir la force constante
d’un échange affectif (souvent implicite d’ailleurs) ou pour égayer un
quotidien bien triste lors du retour seul chez soi le soir ou au moment de
fermer la lumière sans pouvoir souhaiter bonne nuit. Un peu comme si la
présence d’un autre (qui est naturellement bien plus que le rôle auquel je le
confine ici) attestait de notre matérialité dans ce bas monde, y justifiait
notre présence, en fournissait l’essence même.
Ces mots me sont infiniment
personnels mais en jetant un coup d’œil par la fenêtre aux maisons voisines, je
devine tout de même les larmes cachées derrière des rideaux qui ne protègent en
fait que de l’image de solitude que renverrait leur intérieur.
05 mars 2007
Une simple mélodie
Si je te paraphrasais, je dirais qu’il s’agit d’une
mauvaise passe. J’utiliserais plutôt le terme de tensions de mon côté.
Je comprends ton désarroi, tu n’as
rien vu venir et tout ce qui se passe émane de ma propre initiative. Je ne reconnais
aucune faute ni à l’un, ni à l’autre. Je porte juste un constat. Nous savons
d’ailleurs que la vie à deux est un exercice permanent de questionnement sur le
bien-fondé de cette union et sur la forme qu’elle doit adopter.
Pour tenter de se comprendre, nous
cherchons ces derniers temps un espace adéquat de communication. Devant
l’abondance de signes parfois trompeurs, de mots mal réfléchis qui accompagnent
(et plombent) l’expression orale, nous dialoguons essentiellement par écrit. Je
connais la chanson, avec ce blog, même si les articles ne te sont jamais
vraiment destinés.
Pour alimenter notre point de vue,
nous piochons aussi à l’extérieur les avis des uns et des autres. Ma psy m’a
apporté à ce titre un éclairage intéressant. Selon elle, l’amour ne pourrait pas s’exprimer dans un couple
fusionnel. Le partenaire y serait considéré comme un prolongement de soi,
englobé dans son propre espace. Il ne serait ainsi pas possible de l’aimer en
tant qu’autre que soi. Le véritable amour se matérialiserait au contraire par
la décision d’entrer dans un projet de vie commun - alors qu’on pourrait très
bien vivre seul, conjonction de deux univers dont certains aspects restent
inaccessibles à l’autre.
Cette vision ouvre aussi la voie à des
perspectives alléchantes (intellectuellement) dans la manière d’imaginer le
couple, en créant de nouvelles formes de vie en commun, davantage sur mesure,
comme par
exemple des partenaires n'habitant pas forcément la même ville, voire le même
pays ou au contraire partageant le même appartement tout en s'autorisant des
aventures affectives extérieures.
Choisir
ces cas extrêmes, où les frontières entre l'amour, l'amitié, la cohabitation
deviennent parfois plus floues, traduit sans doute le léger doute qui m’habite
quant à l’authenticité du lien entre les conjoints dans certaines de ces
configurations.
Cette conception du couple, je la trouve finalement très adulte. Avec l’âme
adolescente qui persiste au fonds de moi, j’y vois avant tout de la raison, de
la mesure et probablement un déficit apparent d’émotionnel. C’est bizarre
d’ailleurs ce paradoxe entre mon (notre) côté réfractaire à l’aspect fleur
bleue d’une relation et notre vision assez empreinte de romantisme du
couple dont la beauté résiderait dans cette complicité fière, puissante et
rassurante, cette force inscrite l’intérieur de soi qui accompagnerait chacune
de ses démarches.
Je ne
peux cependant pas (plus ?) nier les difficultés relatives à la dimension
fusionnelle. Elle se heurte notamment à la notion de liberté individuelle dont la nature
anarchique tend à déborder le cadre institué entre les deux parties.
Evidemment, certaines personnes se satisfont d'une vie de famille classique où
le partenaire (et les enfants) comble(nt) l'essentiel de leurs attentes. Mais
lorsqu’on considère le quotidien sous l'angle d'un questionnement, d’un
renouvellement constant de ses désirs, par pure ambition existentielle (ainsi
devrais-je définir la mienne), le dilemme finit par se poser.
Aujourd’hui, je profite encore de ma jeunesse et je m'étonne même d'être
visiblement toujours dans ce qu'on appelle la force de l'âge, cette maturité
physique et mentale qui plaît d’ailleurs à de nouvelles catégories de
personnes. Je voudrais que ce moment dure, que cette réalité s'inscrive avec
vigueur dans ma mémoire. Que cette période constitue une deuxième adolescence –
ou remplace la première pour être plus exact – avec l'occasion de vibrer à
satiété des privilèges qui me sont offerts. Le temps presse, je voudrais aimer,
me faire aimer, approcher ces visages et ces corps attractifs avant qu’ils
ignorent même ma présence. Qui se souviendra de nous sinon tous les passagers
de notre existence?
De tels désirs relèvent parfois du narcissisme pur, d'une cure renforcée de
confiance en soi ou simplement d’un romantisme affectif, bien plus fort et
durable que le sexe (tu as bien raison, le plaisir sexuel est surfait).
Cet émoi sentimental s’impose à soi d’autant plus que le couple présente
(forcément) certaines faiblesses et qu’il a (logiquement) perdu l’étincelle de
sa genèse. Ces sentiments indicibles de légèreté qui en rythment les premiers
mois. Ces pépites dans les yeux de l'autre, les nôtres en les croisant. Cette
indécision face à l'inconnu dont on ne connaît pas par cœur les faits et les
gestes, ni le mode de pensée. La joie de vivre l'intensité d’une aventure
affective. La reconnaissance vibrante de plaire.
Face au tourbillon émotif que la nouveauté génère, je pourrais renoncer à tout
notre acquis et succomber à ces coups de cœurs en me laissant transporter de
l'un à l'autre (au risque de constater l’échec de ne pas m'être arrêté un
jour), me tenir au contraire à distance
de ce que certains nommeront de la poudre aux yeux en cherchant alors des
substituts (de l'art, du sexe?) ou bien cumuler les deux dans un accord partagé
au niveau du couple.
Au fonds, cette dernière option sous-tend le glissement du couple fusionnel
vers le couple de type plus adulte exprimé ci-dessus. Cette transition semble
pour le moins complexe dans la mesure où la jalousie, la possessivité font
partie intégrante du couple unitaire tandis que le doute s’installe sur
la capacité de pouvoir aimer l’autre de la même manière en changeant ainsi les
règles (avec l’impression sans doute fausse de reléguer l’autre comme un simple
refuge, en bafouant l’exclusivité sentimentale qu’il est censé incarner).
Une porte s’est ouverte
aujourd’hui (nous connaissions les risques de certains de nos choix) et il est
difficile pour moi de la refermer sous peine de perdre la sensation de liberté
(qui n’apparaît que lorsqu’on prend conscience des limites sous-jacentes). Je
voudrais pouvoir ressentir ces autres flux émotionnels, parfois même sans le
contrôle de ton regard, imaginer un horizon de possibles au sein même de
la configuration du couple et non uniquement en dehors.
Tous
les désirs ne peuvent se réaliser, j’en suis conscient. Je voudrais juste
transformer aujourd’hui certains sentiments en amitié forte et sans doute
courte, au moins dans la forme intense qu'elle peut prendre actuellement. Me
laisser guider par ce souffle, l’éprouver, le malaxer pour en sortir une forme
acceptable et honnête pour tous avant que le temps ne ternisse l’aura des
premiers instants.
La vie
est courte et je voudrais qu’elle m'emmène au bout du chemin, dans sa nébuleuse
douceur. J’aimerais connaître la
sagesse mais elle ne m'appartiendra sans doute jamais, réservée à d’autres. Je
ne peux dès lors détourner mon regard de ces champs de liberté. Ne me demande
pas de prendre position pour l’une ou l’autre solution radicale, il n'est pas
question pour moi d'effectuer de choix de ce type et je serais prêt à tout
briser pour ne pas le poser (une affaire de respiration avant tout).
Laisse-moi porter cette bougie jusqu'à ce qu’elle se soit entièrement consumée.
Ne crains rien pour toi, pour nous, ta petite mélodie résonne encore en moi -
on ne se lasse pas si vite des bons refrains même imparfaits. J’ai
d’ailleurs déjà accompli un choix, le seul qui compte vraiment, celui de
partager ma vie encore avec toi. Il sera bien temps demain de constater où
notre destin nous mènera.





