Mo's blog

Des choses à dire...

28 avril 2006

Un printemps suspendu

Printemps, saison du bonheur. Chacun retrouve goût aux ballades citadines, les garçons ont rangé vestes et gros pulls pour dévoiler leurs muscles saillants sous un T-shirt coloré, les filles retrouvent l'aplomb de se promener en jupe légère. Les désirs circulent dans une furia post-hivernale, les sentiments amoureux (ou leur impression) affleurent au premier émoi.

Au milieu du guet, j'écoute, lis, observe, m’amuse et reste à l'affût des opportunités sans encore participer vraiment à la valse des corps en partage.
Je me souviens d' histoires qui ont jailli lors du printemps mature: la violence des sentiments avec Nezz il y a deux ans (je me sens enfin en mesure d'en parler, très bientôt), les désagréments d'une dark-room infernale il y a un an.
Ces expériences me préservent aujourd’hui de me lancer à corps perdu auprès des tailles fines et aguicheuses mises en pâture par leur propriétaire, à me jeter bite en avant dans le cirque si tentant des bestiaux en rut.
Je n'éprouve même pas cette impression d'ultimatum m'incitant à mordre à pleines dents chaque expérience souhaitée et disponible - avant que la profondeur des rides ne rappelle cruellement la réduction progressive du champ des possibles.

En embuscade, je me contente d’une connexion on-line sur certain sites et d'une réponse sélective à certains messages. Je prends un peu de hauteur et vois défiler en contrebas des ombres empruntant la pente raide conduisant à une rencontre avant qu’elles ne se ravisent et dévalent à toute allure le chemin inverse pour s'en éloigner sans doute à tout jamais.

Il s'appelle Ben, étudiant en physique à Anvers. Forcément jeune et beau (en parlerais-je sinon?). J’avais repéré son profil il y a un an. Nous avions échangé quelques mots sans rien concrétiser. Je n’arrivais pas à cerner ses envies, devant son jeu de charme initié par quelques photos dévoilées, seulement suivi d’une curiosité quant à l'intérêt qu'elles pouvaient susciter. Quelques jours plus tard, il avait supprimé les photos de son torse nu. L'expérience avait vécu.
Aujourd’hui, elles ont réinvesti son profil. Je devine leur signification implicite, ce goût du jeu probable qu'elles engagent. Je ne me trompe pas, il a retrouvé l'audace de sa démarche séductrice sans perdre pour autant sa prudence de sioux.
Relativement disponible en ce dimanche après-midi, je m'amuse à le draguer. J’argumente les raisons qui le pousseraient à nous rejoindre, je tente de percer le ressort psychologique de ses attentes. S'il s'agit de l'attirer, ce sera moins par des images que par des mots susceptibles de l’impressionner. Obligé de poursuivre son étude et d’interrompre notre conversation, il amorce son retour spontanément à peine deux heures plus tard pour confirmer sa venue future, dans une ou deux semaines.
L'attente n'est jamais bonne conseillère. Le doute s'est sans doute installé à nouveau chez lui  au fur et à mesure que le désir s’est dégonflé tandis que j’ai perdu patience suite à ces longues discussions au charme rompu. J’ai également constaté dans nos échanges cette dimension affective le rapprochant de Nezz, qui m’attire et à la fois me repousse -  par mesure de prudence.
Tout cela prend un ton trop solennel, de moins en moins immédiat. Quand je commence à trop réfléchir, la fin de l’aventure est proche.
Quelques jours plus tard, il m’avoue être tombé amoureux par internet d'un mec localisé… en Gambie. Il a 20 ans, je l'avais aussi oublié…

Un profil de nature a priori fort similaire peut émaner d'une personnalité totalement différente. Si Ben était une thèse, Andy serait son anti-thèse. Les idées bien en place, il sait précisément ce qu’il recherche et ne s'embarrasse pas d'arrondir le sens des messages que lui dicte sa libido. Avec lui, les délais d’attente avant une rencontre ne se comptent ni en jours, ni en semaines mais bien en minutes. Cette « désintellectualisation » idéale de l’approche ne me détache pas toutefois pas d’une recherche de quelques informations à son propos. Je dois minimiser le risque lié à l’acte (et le sentiment éprouvé postérieurement) en choisissant des partenaires qui m'inspirent confiance.
Je me contente de questions très vagues, dont les réponses me guideront, du moins je l’espère. Je ne suis pas déçu.
Il m’annonce de but en blanc qu’il aimerait être « double-fucked ». Oui, c’est bien ça, « en même temps ». Cette représentation peut légitimement exciter l’œil extérieur plutôt voyeur, avide d’une imagerie de dépossession qu'une telle scène induit. Quant à en être l’acteur… J'apprends qu'il a déjà réalisé cette expérience à 3 reprises (à 20 ans? Waw).
Je suis curieux de connaître ses limites. Il poursuit. Il adorerait qu’on l’attache et utilise à notre guise sa bouche, son cul, sa bite.
Cette évocation du bondage me refroidit définitivement. Je pense - peut-être à tort - que les mecs pratiquant ce genre de pratiques ne trouveront pas leur compte dans un sexe plus soft tout comme je crains d’être entraîné dans un jeu que je ne maîtrise pas et qui ne me plaise pas ni sur le moment, ni surtout après.
De plus, si la lutte de pouvoir constitue un moteur de l’excitation sexuelle, connaître le programme à l’avance en affecte la portée. Je ne me retrouve pas le moins du monde dans  cette théâtralisation normée.

Je continue mon chemin - au tour du suivant ! - sans grande conviction. Si ce n'est celle, sournoise, d’une érosion de mon activité sur le marché sexuel. Non tant par les premiers effets de l'âge si redoutés mais bien par le trop plein d’intellectuel et son corollaire, le sentiment d’angoisse qui finit par absorber l'essentiel de mon énergie hormonale.

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25 avril 2006

Identité (3): (homo-)citoyen

Le long de l'allée caillouteuse, à l'abri d'un regard parental réprobateur, elle prend congé de sa moitié avec la tendresse des premiers jours amoureux.
A une petite dizaine de mètres, en léger contrebas, Jo n'a pas perdu une miette de la scène.

Bientôt, il accueillera les voisins d'à côté d'un air malicieux et le sourire en coin avec un effet d’annonce alléchant : « J'ai quelque chose à vous raconter ». Une fois la surprise éventée, chacun s’accordera sur la raison probable de ce « virage de cuti » : elle a trouvé refuge aux bras d’une femme forcément à la suite de sa récente déception amoureuse.

Décidément, le petit village paisible semble connaître une curieuse concentration d’homosexuels ces derniers temps. Quelques 100 mètres plus loin, un serveur d'une trentaine d'années, à l’identité sexuelle affirmée, ramène dans sa décapotable l'un ou l'autre jeune garçon.
Lorsqu’un jour, il accueillera sur le siège passager le fils d’un collègue de Jo, celui-ci, à l’œil toujours aussi aguerri que sa langue, n’hésitera pas un instant à livrer cette information à son ami et le mettre en garde. Il s’étonnera d’ailleurs de la réaction d'ouverture que peut manifester un père, il est vrai naturiste. Pour ce dernier, chacun choisit les amis qu'il souhaite et puis n’a-t-il pas retrouvé quelques jours plus tôt une culotte féminine dans le studio de son fils ? Il préfèrera cependant taire cette information à Jo pour le confronter plus tard à ses préjugés.
 

France a 18 ans quand elle s'accroche sans passion à sa première amourette lui assurant de s'extirper de la maison familiale et de l’atmosphère froide et pesante qui y règne. Toute sa jeunesse durant, elle a souffert de l’absence d'amour paternel. Rien d’aussi douloureux ne pourra advenir à l’occasion de cette union.
Le mariage ne se révèlera bien sûr pas des plus heureux sans se terminer toutefois dans l'impasse que de telles circonstances auraient laissé présager. La venue au monde de trois enfants et leur relative indépendance auront ménagé la survie du couple et veillé à sa longévité.
Une fois l’éducation de ses enfants achevée, France consacrera son temps à l'aide des plus démunis pour compenser sans doute les carences affectives accumulées tout au long de sa vie. Un dévouement à autrui d'inspiration christique. Une "sainte" dira ma mère.
Mais à l'instar des hauts dignitaires catholiques, les idées de solidarité, partage et amour du prochain concèdent leur limite lorsqu'elles font face à "l'anormalité". On rit du pédé, on le dénigre dans un élan soudain très peu fraternel.
 

Maman, n'aie plus honte des points de vue rétrogrades de tes voisins ou de ta meilleure amie.
Ose leur faire face et annoncer clairement que le garçon qu'ils voient débarquer de temps en temps en ma compagnie partage non seulement mon appartement mais aussi ma vie et qu’ensemble nous faisons l’amour (bon tu peux éviter cette précision, tu ignores déjà que je ne me contente pas de lui). 

Ils imagineront un moment la représentation sexuelle d'une telle union avant de ne plus y faire attention tout comme ils ne cherchent pas à deviner en permanence l’activité sexuelle de leurs connaissances. 

Ils se souviendront (ou peut-être veilleras-tu à leur rappeler ?) que depuis deux ans en Belgique, nous sommes susceptibles de nous marier (et c'est seulement une volonté commune qui nous en préserve). Et que depuis la semaine dernière, la possibilité d'adopter un enfant nous est désormais légalement ouverte. 

Plus que jamais citoyen à part entière et reconnu comme tel…

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20 avril 2006

Une Vie antérieure part 10 : "le Sud"

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Pour fuir la grisaille et la pluviosité de notre plat pays, bon nombre de compatriotes tentent de lui substituer un climat plus méditerranéen. Le sud de la France représente à ce titre une destination familiale privilégiée de par sa proximité géographique et culturelle et l'assurance d'un soleil fringuant.
Mes parents n’ayant jamais affectionné l'art de la pirouette, nous prîmes nos quartiers pendant 13 mois au sein d’un petit village provençal, situé entre Arles et les Beaux de Provence et joliment dénommé Paradou.
Un souci de concision m’oblige à préciser que j’ai pu assister aux transformations progressives de cette petite commune d’à peine 1200 âmes en y séjournant seulement lors de chaque juillet de mes 6 à 18 ans, pour nos vacances d'été.

En rejoignant la même destination de villégiature, nous menions en quelque sorte une seconde existence sociale, parallèle à celle des 11 autres mois et vécue sous forme d'un temps contracté. Les rares événements agitant le landernau local se déroulaient comme s’ils avaient eu lieu pendant la nuit et étaient ignorés au réveil. Comme partout ailleurs, certaines personnes déménageaient, d’autres expiraient une ultime fois mais en aucune manière je n’expérimentais la matérialité de ces moments dans la mesure où ils ne faisaient plus actualité à notre arrivée. Les évolutions s'imposaient à nous dans une aseptisation effrayante, renforçant l’image d’une vie locale figée, vouée entre deux parties de pétanque, sous un soleil de plomb et un ciel bleu azur, au respect de la tranquillité des petits vieux.

Le repos s’imposait comme le maître-mot des vacances aux yeux de mes parents, optique n'enchantant guère l’ado au caractère nerveux et à la nature sportive que j’étais. Les seules activités qui agrémentaient mes journées se résumaient, après un lever tardif, à regarder le tour de France à la télé (voire à l'une ou l'autre occasion sur les routes quand il traversait une région voisine), à se rendre chaque après-midi, en compagnie de ma sœur, à la piscine voisine (à l’exception des quelques fois où nous comblions les 70 km nous séparant de la plage) et à jouer au tennis avec mon père en début de soirée (avec une courbe de résultats s’inversant au fil des années). Le soir, nous effectuions parfois quelques déplacements dans les villes voisines (Arles ou St Remi) avec, dans mon chef, pour principale motivation d'y déguster une banana-split (oui, le fameux dessert que sert…).
Devant ce systématisme, je ne conserve en mémoire que peu de souvenirs prégnants qui s’incarnent, comme souvent, au travers de quelques visages marquants.

Ainsi en va-t-il de notre premier voisin, discret, voire effacé, dont les petites-filles joviales habitaient la Réunion. Ou de ces commerçants de l’épicerie du village propriétaires, dans une zone résidentielle, d’une grosse villa scindée en deux, une partie dédicacée à la vie durant la période hivernale et l'autre occupée lors de saisons plus chaudes. Un jour, je m’étais amusé à changer les prix de deux articles dans leur magasin. Ma culpabilité rétrospective fut atténuée lorsque j’appris l’année suivante qu’ils fraudaient la TVA.

Un souvenir plus émotif me rattache à notre voisin d’en face. Avec sa femme, il tenait la librairie du village. Ancien chauffeur de taxi à Grenoble, victime d’un braquage au cours duquel il reçut une balle dans la tête, il s’en était sorti par chance, non sans certaines séquelles: le projectile toujours logé dans son crâne avait altéré une partie de sa motricité. Ayant perdu toute utilité productive, il dépannait dans la librairie que le couple avait reprise à la suite de ce malheureux fait divers. Le reste du temps se résumait pour lui à attendre la prochaine partie de pétanque. Il avait fait son choix devant le fameux dilemme « tu tires ou tu pointes » : à la précision méticuleuse du placement, il préférait l'éclat viril d'un "carreau". Plutôt doué, il s’avérait aussi peu contrôlable pour ses coéquipiers : lorsqu’il loupait la cible, il ne pouvait s’empêcher d’enchaîner les autres tirs au mépris de l’aspect tactique et de l’avis de ses partenaires.
Chaleureux et affectueux, il me surnommait le "petit immigré", sans doute moins par la teinte brunâtre prononcée de mon bronzage que par la poussière recouvrant mon corps à force de me rouler par terre à la suite d’une défaite. Sa bonhomie se doublait d’une générosité touchante. Un soir, il déclencha, à notre surprise, un feu d’artifice à l’occasion de la fête nationale belge.
Un malheur dans une vie ne suffit sans doute pas. Un jour de février, mes parents apprirent que sa femme l’avait quitté pour un autre homme. Son infirmité l'obligea à retourner vivre dans sa Corse natale non loin de sa fille. Mes parents parvinrent à obtenir son adresse afin de prendre de ses nouvelles et lui manifester notre soutien dans cette épreuve. Dans sa lettre de réponse, il vociférait sur cette « salope » qui l’avait trahi avant de se muer en philosophe de la vie, nous adressant au passage à chacun un petit mot rempli d’affection. Sa prose touchante témoignait d’un talent que nous ne lui connaissions pas jusqu’alors. Chaque année, nous échangeâmes nos bons vœux. Jusqu’au mois de janvier, 3 ans plus tard, où notre lettre nous revint, avec pour seule mention : retour pour cause de décès. Cette révélation froide conclut ainsi notre relation avec Maurice.

L’énumération de petits flashs du passé pourrait se poursuivre mais cette liste demeurerait de toute manière bien maigre, au regard du temps passé là-bas. Je maudissais mes parents de ne pas privilégier un type de vacances procurant davantage d’animations, par exemple ce camp de vacances en Ardèche qui m'aurait parfaitement convenu - même si je mesure aujourd'hui davantage la contrainte financière d’un tel choix.
L’espace de deux à trois jours, en visite chez des amis, nous expérimentâmes également la vie de camping près de St Tropez. Je compris rapidement qu'à 16 ans, je ne pouvais déjà plus supporter ce style de vacances. Je me sentais en insécurité sous ces tentes, indisposé par ce soleil qui frappe dès les petites heures du matin, incommodé par ces barbecues réguliers où les pommes de terre cuisent trop. D’un autre côté, je vibrais devant tant de monde et de mouvements autour de moi. Je devinais le soupçon de sensualité inhérente à cette réduction de la sphère intime, tout aussi fascinante que flippante.
En traversant le cours de mon adolescence sporadiquement dans cette région, je découvris par ailleurs que les garçons du Sud étaient plus avancés sexuellement que chez nous. A la piscine, je les entendais discuter de leur expérience sexuelle dès leur 13 ou 14ème année, ce qui me paraissait inconcevable à mon âge et sans doute pour beaucoup de mes camarades. J’observais leur spectacle de séduction d’un œil interrogatif, fasciné par tant d'audace et d'aisance.

Loin de l'effervescence d'une telle existence, je me contentais du silence et du ciel bleu infini de Paradou. Peut-être est-il né de là, ce sentiment de finitude lorsque je me retrouve pendant plusieurs jours face à un soleil franc sans l'ombre d'un nuage. Il n’est peut-être pas si anodin que la langue française utilise le même mot pour désigner climat et notion de durée. Comme si le temps (chaud en l’occurrence) finissait par effacer, atomiser le tempo de la vie. Ce temps qui n’en est plus un, qui s’évapore lentement, similaire à une agonie paisible, s’assimilant déjà à la mort lorsqu’il s’étire trop longtemps.

Quand j’entends aujourd’hui des connaissances ou collègues évoquer leurs vacances régulières dans le Sud de la France, l’idée d’y acheter une seconde résidence ou y passer leur retraite, je ne parviens pas à saisir l’idylle qu’ils entretiennent avec cette région. Paradou me rappelle certes quelques jolis moments mais s’est aussi lentement transformé en Enfer dans mon esprit. Les vacances idéales prennent maintenant volontiers la forme d’un anti-Paradou, dans des capitales ou des lieux animés, là où le bruit rappelle que le monde tourne encore autour de moi, que je suis au cœur de la vie et non (déjà) à sa marge.

Posté par Morrissey à 19:41 - Une vie antérieure (récit d'adolescence) - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2006

L'art du souvenir (1) : Divines Pâques

  "Something for the week-end" :              Divine Comedy

Avril 1996.

Pour les plus âgés des étudiants, les 15 jours de vacances de Pâques n’évoquent plus la période de détente de leurs jeunes années (dont le point d’orgue consistait dans la recherche des œufs dans le jardin) mais consacrent le début des choses sérieuses par ce mini-blocus qui annonce trois longs mois difficiles jusque fin juin. Derrière la contrainte, l’opportunité d’une prise de conscience à point nommé pour avancer dans les matières les plus délicates.

Cette année, un beau soleil printanier accompagne mon étude, inondant le bureau de ma chambre. Je ne peux m’empêcher l’une ou l’autre après-midi de rejoindre la cour en contrebas orientée plein sud pour réviser mes cours. La technique se révèle peu efficace mais combine adroitement la bonne conscience d’étudier et le bonheur des premiers rayons de la saison imprimés sur la peau.

Le retour de la luminosité agit comme un baume au cœur que je prolonge dans une allégresse inédite en actionnant le lecteur de CD dans lequel a pris place ma dernière acquisition.

La voix de Neil Hannon se fend d’un guttural « Hello. How about a little kiss ? » sous les rires hystériques de quelques jeunes filles sous le charme. La chanson s’emballe alors dans un torrent pop irrésistible. « Something for the week-end » ou l’invitation à rouler à tout vent, la musique à plein régime.

Le morceau est suivi d’un non moins élégiaque « Becoming more like Alfie » agrémenté de quelques coups de trompette enchanteurs.

Je passe en boucle cette paire de chansons assurant à cette mini-session studieuse un caractère soudain plus léger, une décontraction des plus agréables.

Aujourd’hui, lorsque le soleil franc et massif s’invite au (début du) printemps, il me conduit instantanément vers les compositions dandy de Divine Comedy. Lesquelles, dans un contexte a priori hostile, avaient su préserver intacte la beauté épicurienne du printemps naissant.

Posté par Morrissey à 04:55 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2006

L'art du souvenir: intro

S'il est un terme que j’ai adoré honnir depuis bien des années, dans une posture bien arrimée à mes convictions, il s'agit bien du vocable « nostalgie » avec les relents passéistes et le discours réactionnaire qu'il produit idéologiquement.

Jusqu'il y a peu, je pouvais sans doute très facilement me détourner des souvenirs du passé puisqu'ils renvoyaient à des coquilles vides ou de vagues moments peu propices à une quelconque réminiscence. Indéniablement, le cours de ces dernières années m'a procuré davantage d’occasions de pouvoir jeter ensuite un regard dans un rétroviseur teinté (enfin) de pincements au cœur et de sourires en coin.

La mémoire, technique magique dans sa capacité à distinguer le bon grain de l'ivraie, ne mobilise jamais un souvenir par hasard. Son activation est induite par un fait présent sous l’action délibérée de l’individu ou parfois plus subrepticement via une connexion subite et involontaire entre l’information actuelle et un élément du passé.
Le mécanisme le plus subtil pour réveiller ce dernier réside sans doute dans la sensation olfactive. Celle-ci
 exerce un pouvoir de fascination euphorisant dans la mesure où elle imprègne non seulement notre corps mais aussi instantanément et sans détour notre cerveau (c'est le seul sens dans le cas).
Elle joue notamment un rôle non négligeable dans le cadre de la relation amoureuse, en convoquant inconsciemment dans notre mémoire le souvenir du firmament de la passion amoureuse ou du désir. Il est saisissant de constater que ce pouvoir peut traverser de nombreuses années avant de réapparaître dès que les premières effluves entrent en contact avec notre muqueuse nasale. Je me rappelle encore de certains arômes de parfum (une sensation d’odeur plus que l’odeur elle-même d’ailleurs parfois) liés à un premier émoi amoureux ou les premiers instants avec L. Lequel me reproche parfois indirectement de ne pas m’imbiber d’assez de parfum, car, contrairement à ses ex, il ne peut rattacher à mon image aucune senteur particulière - ce qui constitue pour lui une perte dans l'univers mental forcément protecteur de sa mémoire.
L’odeur recèle la saveur du souvenir passé, et par-delà la douceur d’un sourire, l'émotion d'un bonheur fugace mais encore prégnant. Une sélection mémorielle basée sur le seul plaisir. Une manière de prolonger ce qui fut, tenter de rendre présent, l’espace d’un instant, une image spectrale parsemée d’êtres qui comptent ou ont compté dans sa vie.
Cette sensation olfactive ne se limite pas seulement à l'évocation des êtres mais rend également palpable l'atmosphère de certains lieux (ah cette saveur particulière des maisons de grand-mère). Une odeur a priori désagréable comme la fumée de cigarette exaltait mes sens lorsque je rejoignais les travées du stade de foot. Elle revêtait pour moi, peu habitué aux environnements de fumeurs, une signification particulière en évoquant mon retour au sein d’une "famille" que je ne pouvais pas fréquenter aussi assidûment que souhaité, à la fois rassurante et dépaysante, é
trangère et refuge.

Autre moyen de remémoration venant spontanément à l’esprit, le culte porté à un objet. Sans dénier la possibilité d'un usage circonstancié et empreint d'une simple vertu de respect (pour un défunt par exemple), j’y vois néanmoins une manière de réactiver le passé en permanence au risque de verser dans une nostalgie morbide. Autant l’odeur est diffuse, surgissant au gré d’un vent favorable et s’évadant à la manière d’un songe trop vite dissipé, autant l’objet apparaît figé, s’imposant à soi (ou aux autres) avec toute la lourdeur de sa matérialité. Je conçois parfois l’enfer comme un intérieur rempli de souvenirs (photos,…) du temps passé, de personnes disparues dans un respect plus dévolu à la mort qu'à la vie.

Plus concret qu’une odeur, plus transcendant qu’un objet, le son musical génère à mes yeux le plus puissant stimulus pour ranimer un souvenir, que celui-ci porte sur un événement (la perception de vacances réussies s’incarne volontiers dans une chanson-phare : Spiller à Ibiza, Kylie à GC) ou une personne (de « Suspicious Minds » pour Daisy à « J’ai pas 20 ans » pour Denis). La qualité de la chanson importe peu, elle représente juste le symbole de la prise de conscience d’un instant de bien-être, d’évasion ou de partage.
Cette connexion s’imprime d’autant plus aisément que la faculté d’un morceau à exister, émouvoir en tant que tel, en dehors de toute idée du souvenir permet de cumuler les plaisirs.
Là aussi cependant guette la menace de ne plus écouter que des chansons qui se rattachent au passé. Comme toujours, tout se joue dans la nuance.

Tous ces mots un peu creux (sur un sujet méritant davantage de précision et d’approfondissement) pour introduire une nouvelle série de billets, consacrés à cette relation-concept très spéciale entre la musique et le souvenir (intitulée « L’art du souvenir »), ou une autre façon – peut-être plus ludique –d’encore parler de moi.

Posté par Morrissey à 11:07 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 avril 2006

Identité (2): l'art de la fugue

A ceux qui s'adressent à moi trop sérieusement, je réponds délibérément avec légèreté.
A ceux qui entretiennent avec moi des conversations anodines depuis trop longtemps, je lance soudain des questions suscitant leur intelligence.

A ceux qui m'estiment prétentieux, je suggère la (re)lecture de mon blog.
A ceux qui m’envisagent comme un petit garçon fragile, j’adopte un ton de « self-confidence ». 

A ceux qui me rangent parmi les romantiques, je décris la saveur du toucher d'un corps finement musclé en sueur dans un sauna.
A ceux qui me prennent pour un serial-fucker, je détaille l’émoi des rencontres avec Nez ou Tone.

A ceux qui s’éprennent de la beauté de mon profil sur le net, je dévoile le secret d'une photo réussie.
A ceux qui associent mon corps au qualificatif « maigre », je propose de considérer mes cuisses avec plus d’attention. 

A ceux qui imaginent que je n'écoute que de la « house music », j’avoue ma passion pour Radiohead ou Morrissey.
A ceux qui pensent que je n'aime que les disques d'auteur, je diffuse Kylie ou chantonne « Toujours pas d'amour » 

A ceux qui me jugent immature, je réplique que demeurer un adolescent le plus longtemps possible constitue un gage pour m'émouvoir encore et toujours.
A ceux qui me considèrent trop sérieux, je révèle ma passion pour le foot, les déplacements au stade, le port d’écharpe et tout et tout.

A ceux qui me jugent "trop cool", je concède ma sociabilité toute relative.
A ceux qui m’estiment froid, je ne réponds par rien d’autre que l’expression du bouillonnement de ma liberté.

Posté par Morrissey à 18:50 - Me, myself and I - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 avril 2006

Identité (1)

Un documentaire télévisuel consacré à tel ou tel pays…Trop glacé… Une photo personnelle prise sur le vif, illustrant en un instant un sentiment humain, une culture locale, une ambiance…. Une satisfaction teintée de fierté… Explicite-moi tes goûts en matière d’hobbies, je te dirai qui tu es…

Une expo sur Rubens…trop figée… Une rétrospective de photos de Nan Goldin… Déchirante d’émotion, un romantisme échevelé mêlant rires et larmes, amour et haine, douceur et violence, attachement et abandon….Touche-moi au cœur, transperce-le de ta fine lame artistique…

Une sortie au théâtre pour un classique… Du prévisible dans une ambiance feutrée… Une soirée de football au stade…Intense et à l’issue incertaine…Les filets une fois secoués, vibrons à l’unisson avec notre famille d’un soir, jouissons de cet instant magique comme dans une jack-off-party géante…

Du spinning, du body sculpt…Une fuite sans fin pour oublier détresse affective et frustrations… Confie ton énergie à l’autre et profite du sexe libérateur… Touche ma peau, laisse-moi accéder à ton ventre, à ton intimité, à l’absolu de ton être. Tu n’es plus le même, tu es un corps qui jouit, un esprit qui respire, un sourire épanoui, un organe-désir en érection. Bas les masques, enlève ta peau, ton cœur, extirpe tes tripes, fais couler ton sang, ton sperme pour renaître ensuite, plus beau, plus haut, plus fort…

Regarder le dernier Lars Von Trier … trop théorique, immatériel...Cours voir ou revoir le dernier Gondry, Araki ou un vieux Hitchcock ou De Palma.... Extasie-toi devant ce plan lumineux, cette scène mémorable…. Ancre-la dans ton inconscient. Recycle-la à l’infini jusqu’à hanter tes nuits, tes jours comme un rayon de soleil éternel…

Des heures passées près du comptoir d’un bar… A discuter plutôt sur rien que sur tout…. Le dévoilement d’un ami, de ses états d’âme, ses doutes, ses déceptions, ses envies… Authentique et émouvant… Accorde-moi ta confiance... Partageons ensemble cette communion rare et intense, dont l’instant grave d’une pierre blanche la suite de notre relation…

Eteins la télé, la radio… ce tempo qui cache sa trop régulière vacuité…Ecoute Sufjan, Antony, Dusty et les autres… Laisse pénétrer en toi une vague de mots, de sons, d’intonations vocales, fais-les chavirer au dessus de ton corps souple en lévitation, laisse tes yeux s’embuer…Tu n’es plus seul…

Travailler des heures supplémentaires pour une promotion… trop hypothétique dans un jeu de dupes où l’on finit par perdre inéluctablement un jour… Consacre ce temps à écrire ta vie, tes souvenirs, tes sentiments… Expulse cette chape de plomb qui retient ton émotivité…Livre-toi avec authenticité et un brin de distinction, accède à  ta vérité intérieure… Partage-la…

Posté par Morrissey à 18:31 - Me, myself and I - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2006

Tous les départs ont une arrivée

Puisque tout se joue désormais ici, les images se déplacent aussi...

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Posté par Morrissey à 19:01 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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