04 février 2007
Un souffle de vie
L'aspiration au repos du corps et de l'esprit
justifie tous les reports, toutes les désertions du monde.
L'évasion recherchée avec les vacances se
profilant maintenant à l'horizon ne pouvait se résumer à un éloignement géographique.
Après avoir résolu certains problèmes (la méthode coué est ici d’application),
la mise à distance de désagréments futurs inévitables s'est imposée comme une
urgence non négociable.
Il fallait laisser au temps soudain reconquis le soin de régénérer les
batteries, de créer un espace de liberté intérieure paré de légèreté, d'estime
de soi, d’aventures afin de mieux appréhender les hostilités à venir.
Inévitablement, le tableau devait s'accompagner d'une charnelité
retrouvée. L'envie sur le fonds était
loin d’atteindre la cime des désirs dont l'expression extatique tend à se
produire à la puissante luminosité estivale. Une part de cette résolution
visait en outre à donner satisfaction à L. dont les préoccupations sur l'effacement trop
rapide du temps convolent volontiers avec les miennes.
Une première opportunité s'est présentée
d’elle-même, sans effort particulier. Pourquoi donc chercher la
complication ? Je
redoutais cependant une approche trop ouvertement sexuelle qui ne s'adapterait
guère à mes états d'âme actuels. Une volonté de performance au service du seul
plaisir, un travail besogneux dont le jouissance finale ne comble que les
hormones.
Etrangement, il s'est installé entre nous une forme de complicité détachée, une
mise en perspective - au détour de la parole - du rapport déçu entre la
théorie sexuelle et son application. Entre deux étreintes, nous avons disserté
du mode d'activation de nos désirs sans chercher à répondre ensuite à cette
substantifique moelle. Dans cette proximité suspendue se révélait, au gré des
mots, le fossé qui nous en séparait. Les plaisanteries, les rires, les gestes
doux se sont entremêlés dans une légèreté foisonnante. Le statut de notre
relation se déplaçait dans le mouvement : nous réalisions la finitude de
l'expérience d'amants tout en ouvrant la voie plus audacieuse et incertaine de
l'amitié. Et avec le panache de l'instant consumé jusqu'à son terme, nous
avons expurgé une dernière fois nos corps de semences inutiles avant de nous
adresser un prometteur et incantatoire « à bientôt ».
Le bonheur et la beauté de l'instant se dévoilent parfois à la marge de
l'action.
Deux jours plus tard, c’est un bel
éphèbe qui se livra entre nous deux à un abandon total de sa personne. Je ne nierai
pas l’excitation réelle qui fut la mienne mais elle se trouva rapidement
parasitée par un brouillage émotionnel suscité par la forme de l’acte autant
que par le lieu. Pourquoi donc cette affirmation de liberté – que je pourrais
mettre en exergue comme un symbole de réussite - parvient-elle à me
rebuter ? L’investissement sexuel total tutoie peut-être implicitement la
notion de risque que je ne supporte plus. De surcroît, la visée de cette
quête se détourne du champ de mes aspirations profondes. Enfermés dans un rôle
d’objet, obligés de tenir notre rang au service d’un plaisir maximal, nous sommes
l’intermédiaire interchangeable d’un dessein personnel et non plus le socle
d’un échange humain intense, spécifiquement dédié à la figure de l’autre, de
l’ordre plus de l’affectif que d’une transcendance orgasmique en fusion. Ce
garçon eut beau ensuite manifester des gestes de tendresse, d’attachement, le
ressort principal était cassé.
Lors des heures qui ont suivi, j’ai éprouvé davantage le vide laissé par la
relation vécue deux jours plus tôt, dont l’inaboutissement des fantasmes
personnels s’inscrivait comme infiniment plus humain.
Ces derniers jours, en réinvestissant mon existence d’un souffle de vie, j’ai constaté à quel point je me sentais fragile pour l’instant. A fleur de peau, envahi par le manque affectif que réveillent les lendemains de rencards, moi le solitaire, qui n’ai parfois (souvent) besoin que d’une âme à mes côtés pour survivre, j’ai envie de serrer des gens (des hommes plus volontiers) dans mes bras pour leur exprimer mon affection. La pudeur m’en empêche et l’absence est douloureuse. Mais il est drôlement agréable de ressentir cette part d’humanité qui me rappelle que « oui, j’en fais aussi partie».
09 août 2006
Cet arabe qui t'excite
Après d’ardents regards échangés, il m'attire sur la piste d'un geste décidé, plonge une main dans mon jeans, il a clairement l'intention de me baiser. Plus prompt généralement à mesurer la mutation érectile des émois suscités, le partenaire séducteur n'a cette fois d'égard que pour sa face opposée, si peu habituée à se voir ainsi honorée. Quand à mon tour je tente de me positionner à sa suite, il oppose d’emblée une fin de non-recevoir à mon invite. Chasse gardée pour préserver son honneur mâle, dans une sexualité où le terme anal se confond chez lui avec unilatéral. Faute de compatibilité, le jeu ne pourra durer bien longtemps, je dois en profiter sur le moment. En insérant ma main à l'intérieur de son jeans serré, je réalise le fantasme ultime jamais espéré. Je l'introduis par le même biais dans tous ces trainings qui avaient échauffé mon esprit durant toutes ces années. Refermer le creux de ma paume sur cette queue circoncise, vigoureuse sans être massive, relève d'un accomplissement en soi dont la jouissance liquide et solitaire peut attendre quelquefois.
"Cet arabe qui t'excite". Il avait suffi à L. de ces quelques mots pour m'offrir à l'époque ce roman - qui s'écartait en fin de compte totalement du sujet présumé par le titre. L'accroche marketing avait néanmoins fonctionné. Elle en appelait à la fascination éprouvée par de nombreux gays pour le rebeu, pas celui prêt à entreprendre une danse du ventre sur un air de raï mais bien le kem en training ou jeans moulant, au corps mince et sec, à l'attitude virile et au langage abrupt, prêt à improviser un slam à tout moment.
Un désir qui dépasse le physique du personnage pour se focaliser sur son attitude, incarnation d'une masculinité sans faille, relent d’un machisme inhérent à la culture arabe, dans une fascination de cette différentiation culturelle qui produit dans le même temps des tensions en Occident (un sens de l'honneur à préserver à toute épreuve,…).
Une forme de transgression implicite semble également accompagner la tenue d’un tel échange. Il subsiste en effet au sein d'une large frange de nos populations un sentiment de distance irréconciliable avec la population arabe, tant sur le plan de la symbolique culturelle que de son identification à une classe sociale inférieure, plus populaire et non fréquentable, de nature à rendre tout contact (a fortiori sexuel) sulfureux.
Chez certains, un désir entièrement tourné vers cette dualité fait émerger un fantasme sexuel puissant (exploité dans le porno), une fixation ancrée sur l'allure et l'apparat du jeune beur qui se prolonge de manière prévisible dans l'acte sexuel au cours duquel celui-ci s’adjuge de facto le pouvoir – fonction majeure de la dynamique sexuelle entre mecs.
Je dois avouer ne pas rester insensible à ces poussées de virilité manifestées par l’un ou l’autre de ces lascars, cette attitude qui ne veut rien lâcher à une quelconque forme de féminité, apprentissage de longues années d'identification à ses frères de sang.
Cette érotisation relève cependant davantage du fantasme que d'une recherche concrète de satisfaction sexuelle. Le fondement de ce désir comporte en effet également la crainte, le malaise face la rigidité quasi obséquieuse du refoulement de toute sentimentalité. Pour permettre ne serait-ce qu'un seul premier contact, il faudrait que je quitte le costume de garçon bien élevé ou à l'initiative trop déroutante pour endosser le rôle du convoitable, à disposition des envies extérieures. Une sorte de rendez-vous improbable.
Mais puisque cet été m'éjecte de mon profil de dragueur pour me confronter à des propositions déroutantes parfois tentantes, la rencontre avec cet arabe qui m’excite est devenue soudain plus réaliste, comme dans l’épisode parisien exposé en introduction.
Face à cette situation nouvelle, la représentation de mon image aux yeux d’autrui prend soudain une allure bien différente: ainsi j’incarnerais pour eux cette blondasse docile, bottom héroïque des productions pornos américaines. Comme si au travers de mon corps longiligne ou derrière les traits fins de mon visage se dévoilait irrémédiablement le menu-phare de mes pratiques sexuelles. Peut-être faut-il y voir un lien de cause à effet entre cette catégorisation tronquée et l’absence de toute concrétisation, dans ce que je pourrais nommer une (agréable) erreur de casting….
16 mai 2006
Nezz (4/4)
Les jours passent sous le règne de l’option du silence. Nezz n’apparaît plus sur Internet. Je me sens blessé au plus profond de ma chair. Jamais je ne pensais pouvoir éprouver ce type de sentiment en dehors de l’amour pour L. Je culpabilise également. Nous lui avons trop donné : notre temps, notre corps, notre mental, notre cœur, des pulls que nous ne mettions plus et une image idyllique en miroir dont le reflet révèle seulement sa solitude une fois le trajet du retour accompli.
L’espoir de transmission pour faire sens à ma vie s’évapore. J’avais tant d’émotions à décharger, ma vie représentait un poids si lourd que j’avais besoin de ressentir sa résonance sur d’autres.
Mais si ce choix ne me convient pas, je suis bien obligé de l’accepter.
Trois mois plus tard, un sms me parvient. « Bonjour. Je pense qu’il est presque temps qu’on se revoie. Gros bisous. Nezz ». Exalté par ce message, je commence à imaginer les retrouvailles, non sans une certaine crainte. Notre communication s’est exprimée jusqu’alors davantage par le corps, ne serait-ce qu’en raison de la différence de langue maternelle. Parviendra-t-on à faire vivre la relation sur de nouvelles bases ? Un équilibre est-il encore possible ? Pourrais-je le prendre encore dans mes bras sans avoir peur de ranimer des souvenirs et des sentiments?
Mes interrogations demeurent cependant sans fondement, une suite concrète à ce message tardant à se manifester. Je profite des festivités de Noël pour lui adresser mes meilleurs vœux mais ceux-ci restent sans réponse. A l’occasion de la nouvelle année, je tente ma chance par le biais du téléphone. Trois, quatre sonneries, il décroche. Mon cœur bat à mille à l’heure. « Nezz c’est moi ». Un silence suivi d’un bip bip répétitif : il a raccroché. Je n’aurais pas dû, il est visiblement encore trop tôt pour lui. Ce rejet produit en moi une désagréable impression de petite mort, de disparition d’une âme sœur.
Il faudra attendre plusieurs longs mois - un an après notre rencontre initiale - pour obtenir de ses nouvelles. La teneur du mail qu’il nous adresse me bouleverse. Il ne va pas mieux, il pense continuellement à nous, imagine en permanence nous apercevoir en rue. Les idées les plus funestes transitent dans son esprit quant à l’avenir de notre couple. Il voudrait tant le voir se briser pour pouvoir vivre avec l’un d’entre nous. Même s’il me confie (et je le crois aisément) qu’il ne s’agit pas d’un sentiment réfléchi, le désespoir de cette confession me perturbe au plus haut point. La belle histoire vire au drame, aux sentiments sordides. Il n'y a plus rien à préserver en l'état. Les mots fermes de ma réponse doivent l’atteindre comme une gifle sur chaque joue pour bousculer définitivement ses pensées. Je ne l'envisage pas comme une invitation au silence définitif. Secrètement, je continue à espérer la réaction que les mois écoulés auraient déjà dû réserver. Le temps ne presse plus, il est devenu facultatif dans notre histoire.
L’image physique de Nezz s’épuise peu à peu dans ma mémoire. Certains soirs, touché par une émotion impromptue ou emporté par un brusque sentiment de solitude, une force insondable me rattache toutefois à lui, à son énergie sentimentale vivace. Mes pensées se veulent communicatrices. Dans la cour des miracles, je veux croire en une possible télépathie.
Janvier 2006. Un pseudo inconnu se connecte sur msn. J’ouvre la fenêtre de discussion et vois apparaître dans le coin droit une photo au visage familier. Nezz y porte des cheveux un peu plus longs. Je ne sais trop pourquoi mais ce changement me rassure d’emblée.
Je lance la conversation, il me répond avec enthousiasme. Il n’a pas osé écrire après mon dernier mail. Il m’affirme qu’il va mieux. Il étudie à Bruxelles tout en vivant à Gand avec sa sœur. Côté vie privée, il n’aime pas sortir dans le milieu gay mais a néanmoins connu une relation discontinue avec un garçon.
Même s’il n’a pas atteint l’exploitation maximale de ses potentialités, même si son parcours est encore chaotique, son histoire semble en marche. Et dans sa quête d’harmonie, j’ai l’impression de ne plus pouvoir traverser sa vie. Tout comme il me paraît difficile de tracer une nouvelle ligne pour une relation future. J’appartiens au passé. Une expérience inoubliable, me confirme-t-il encore. S’il en a souffert, il a repéré une voie possible à son destin et c’est celle-là qu’il compte emprunter un jour. Cette confession me déleste instantanément du poids du devoir qui pesait encore sur mes épaules.
Un bout de chemin commun qui marque une existence. Des destins qui se vivent séparément mais dont le carrefour momentané lie à jamais les protagonistes. Un intérêt réciproque sans doute inaltérable, comme un membre de la famille dont on aime recevoir des nouvelles sans le fréquenter. Oui, comme une famille. Si nous n’avons passé que quelques heures ensemble, elles avaient un facteur million dans leur valorisation.
Nezz a posé son regard ailleurs. A défaut de dévoiler un cheminement, mon objectif aura saisi sa source et balisé sa finalité. Pour le meilleur et rien que pour le meilleur, du plus profond du coeur.

14 mai 2006
Nezz (3/4)
Le week-end suivant, l’atmosphère de félicité semble nous avoir abandonné.
Le progressif désintéressement de L. vis-à-vis de cette relation en surligné pèse sans doute sur mon jugement. Une crainte a dû faire jour au fonds de lui devant le sentiment conscient ou non de la rivalité représentée par Nezz, cet être qui m’offre ce que lui n’est pas en mesurer de me fournir. Je le constate plus distant à son contact, moins impliqué. Il a mûri cet éloignement et m’adresse de biais un message d’irrévocabilité.
Si je m’accroche encore aux petits gestes comme le prendre dans mes bras, le laisser se tapir sous mes aisselles comme un chaton insécurisé, un premier signal d’un retournement de tendance retentit dans le relatif silence des râles. La magie quitte peu à peu le sexe, aussi bien exécuté fut-il. L’étape ultime de notre fusion corporelle est restée à quai. Je pourrais approcher au plus profond l’intensité de son désir, remuer ses tripes, imprégner leur vibration sur toute la surface de son corps, alimenter et maîtriser sa jouissance avant de la faire exploser. Pénétrer un univers qui appellerait d’autres visites vu la relative brièveté du passage. Je ne le peux pas, il est encore trop tôt. En imposant une limite à nos échanges charnels, j’ôte à notre relation une potentielle addiction des plus puissantes.
Ces revers m’incitent à accélérer la prise de conscience de l’essentiel. Le poids des années permet de reconnaître, mieux qu’à 18 ans, que l’affection mobilisée ne mutera pas en Amour et ses majuscules, cette somme de moments vécus ensemble qui créent une tension, une présence, un lien insécable de l’ordre de celui créé au fil des années avec L. et auquel Nezz ne peut se substituer ni aujourd’hui, ni demain (ne serait-ce que par le chemin vers la maturité lui restant à accomplir).
J’ébauche déjà une recomposition indispensable de la relation nous unissant : une amitié tendre, traversée d’un paternalisme bon teint. La figure de tuteur que je me suis assignée par le truchement de nos destins m’impose à ce titre devoir et responsabilité. La recherche du plaisir propre s’efface au profit de celui de Nezz. Son dévouement, son abandon immédiat n‘exigeait pas en soi une telle réciprocité mais la beauté de cet investissement suscite en moi une quête d’altérité à la grâce supérieure.
Nezz peut rejouer mon destin en offrant, conjointement, par sa personne, l’image du petit frère que je n’ai jamais eu, voire le fils que je n’aurai sans doute jamais. Je l’interprète comme un cadeau précieux dans la mesure où il détourne mon attention de mes problèmes pour m’entraîner dans une tâche altruiste : j’entrebâille à son attention une porte de la vie derrière laquelle l’attend, je l’espère, une liberté d’être, d’aimer, de se sentir fier de soi et de son existence. Une responsabilité énorme accrue par le sentiment d’une mission symboliquement décisive pour l’ensemble des jeunes gays cherchant à s’affirmer et à trouver leur place au sein de la société (ne faut-il pas rappeler un taux de prévalence du suicide 10 fois plus élevé au sein de la population des jeunes homosexuels ?). Essence même de la lutte associative de terrain, chaque combat individuel renvoie implicitement à une dimension collective.
L’empreinte cutanée que je veux imprimer à cette histoire passe assurément par cette transformation en marche dans ma tête. Il me devient d’ailleurs plus difficile d’envisager le sexe avec lui, une forme d’interdit incestueux a pris le dessus. Il semble de son côté y attribuer une dimension primordiale et je ne sais comment lui expliquer.
Le programme de deux week-ends suivants va nous éloigner de lui. Je réalise que ce break imposé contribuera à l’élaboration de bilans. Des sentiments divers vont fermenter et nul ne peut imaginer la manière dont ils s’exprimeront lors de nos retrouvailles. Je m’attends à le revoir à ma soirée d’anniversaire, lors de laquelle je compte le présenter à mes amis, l’intégrer dans mon monde et concrétiser la mutation que je souhaite impulser à notre histoire.
Il ne viendra pas. Malgré les excuses quelconques formulées par mail, je suis déçu de cette absence. L’esprit préoccupé par d’autres idées, je ne devine pas l’existence d’une raison plus profonde, prête à éclater une semaine plus tard.
Après un silence d’une semaine, Nezz se connecte sur le net. Il ne tarde pas à me dévoiler l’objet de son éloignement récent. Les mots n’étonnent sans doute que des protagonistes trop engagés et aveuglés par leur naïveté mais ils me touchent et désorientent la configuration de mes pensées.
Il m’explique qu’il n’en peut plus : il est tombé amoureux de nous deux. Durant notre séparation, notre image lui revenait sans cesse, sculptée dans des rêves qui se prolongeaient une fois éveillé. Cet amour, celui qu’il a cherché à donner, à recevoir depuis tant de mois, d’années s’est transformé en pire cauchemar, celui d’un but inaccessible, d’une histoire vouée à sa perte, d’une place impossible à trouver au milieu de nous. Il vit désormais un enfer, découvre la réalité de la déception amoureuse face à laquelle le silence et l’éloignement deviennent les seules solutions.
L. qui découvre les mots sur l’écran appuie une main ferme sur mon épaule en signe de soutien. Je ne veux pas le perdre ainsi. Je tente de convaincre Nezz d’une rencontre dans un lieu moins signifiant pour l’aider à transformer ses sentiments. Ma requête désespérée n’est qu’une bouée jetée au hasard dans l’étendue d’un océan.
05 mai 2006
Nezz (2/4)
Le lendemain matin, je reconduis Nezz à la gare avant de rejoindre mon travail. Son image plane sur la moindre de mes initiatives de la journée. L’empreinte sexuelle s’impose assez logiquement mais c’est cette fois l’ampleur qui me trouble. Ce week-end ne s’est pas déroulé de façon banale, il s’est assurément passé quelque chose. Je dois coucher sur papier ces idées, cet émoi. Le soir, j’en confie le brouillon à L. pour exorciser les craintes. D’abord celle d’une menace pour l’équilibre de notre couple. Ensuite celle de l’échec que j’estime inéluctable de cette relation naissante sous la forme actuelle. Il y aurait trop à perdre, pour lui ou pour nous. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Je me mets à douter de l'idée de le revoir. Le moment fut tellement magique qu'il pourrait être atténué en le prolongeant. Et si je ne gardais que cette image forte, cette sensation de plénitude en tête?
Le temps porte conseil, dit-on. Les interrogations se sont effacées au profit du doux souvenir du bien-être et de l’envie impatiente de le revoir. Je ressens un manque dans la distance qui sépare nos corps. Il viendra à nouveau dimanche prochain, j’en soupire de bonheur.
Je m’abandonne face à ce visage souriant, ce corps glabre, cette peau suave que je découperais volontiers pour me l’offrir en coussin. La douceur de son derme semble se superposer naturellement à la pureté de sa personnalité, attentionnée et avenante. Je prends en main cet agneau en porcelaine conscient de sa valeur inestimable et de sa fragilité.
Le sexe toujours aussi parfait prend une dimension encore supérieure. Enhardi par notre réceptivité, il déploie l’étendue de sa fougue juvénile, assimilant avec une fulgurance incroyable les leçons que notre petite expérience lui prodigue involontairement. Le plaisir accompagne ses coups de langue sensuels et ses mises en bouche énergiques.
Les corps une fois apaisés, il se plonge dans nos bras. Il m’apprend à redécouvrir la banalité d’une caresse, d’un baiser loin d’une quelconque stratégie.
Parvenir à éprouver une telle sensation après avoir partagé physiquement l’intimité de bon nombre de garçons mesure la spécificité de cette rencontre. Je ne peux nommer ces sentiments si étranges que convoque la compagnie de ce môme d’à peine 19 ans. Je perçois seulement ce baume de tendresse qui m’a envahi à son contact, celui que je ne peux obtenir de L., ou ne peut lui donner, engoncés dans nos jeux de pouvoir. Il comble un des manques de notre couple, il s'est immiscé sans le savoir dans une brèche en occupant une place pacificatrice. Ce complément soudain met en lumière en ce jour l'impression d'avoir déniché la pièce manquante d‘un puzzle.
La montée en vrille de mes sentiments subit une première gifle lorsqu’il se retourne longuement vers L. Mis à l’écart, abandonné à mon statut de spectateur jaloux, je ressens cette complicité comme la perte d’un amour qui se dilue chez l’un et chez l’autre. Autant cette relation à trois peut générer un adjuvant affectif (comme une deuxième flèche à l’arc), autant il produit en retour une impression d’abandon dans ces moments où, dans un mouvement de boomerang , les deux flèches viennent transpercer notre cœur bien exposé dans l’aventure. L’incertitude s’installe, la peur rôde, l’insécurité domine, d’autant plus fort que l’attraction est puissante. Ma fragilité trime dans ce jeu de massacre où saignent mes blessures passées, trop fraîchement refermées. Durant la semaine qui suit, je me sens obligé de leur confier la douleur de cette scène. Je cherche à en minimiser la portée de peur que l’un d’entre nous en précipite les conclusions. J’ai trop besoin de cette attention, de cette chaleur des corps, de ces sentiments électriques mis en jeu qui me replongent dans le côté pur du contact humain et éjectent de mon esprit la souffrance, cet apparat de la mort qu’il convient de taire quand nos vies ne méritent pas encore de l’approcher. En présence de Nezz, je transperce la couche des bleus à l’âme pour rechercher l’azur éclatant de l’océan de mes émotions, dont l’assèchement récent a creusé des sillons difficilement cicatrisables. Nezz est un peu notre Tadzio à nous, cette blondeur angélique qui fait tourner la tête de Dirk Bogarde dans le « Mort à Venise » de Visconti.
Dans le film, la mort rôde dans les rues de Venise et trouve un point de chute imparable sur cet homme dont le délire inassouvi n'a d'autre issue que sa disparition physique.
Pétris de certitude par l’accomplissement physique de notre fascination (qui nous distancie de facto des rêveries et fantasmes inachevés de notre équivalent filmique), aveuglés par la jeunesse et la vivacité puissante de nos sentiments, nous voulons ignorer qu'un tel destin, d’une nature plus symbolique, plane sur notre aventure. 
03 mai 2006
Nezz (1/4)
Un samedi soir, début mai 2004.
Je rentre d'une de mes premières sorties depuis mon séjour hospitalier de fin février aux stigmates intérieurs encore bien prégnants (http://morrissey.canalblog.com/archives/2004/12/29/980751.html). Je m’efforce de retrouver mes repères biologiques aux petites heures du matin.
3.00, une heure fort raisonnable mais encore impossible à imaginer quelques jours plus tôt. Une première victoire dans ma lutte pour dompter cette apathie persistante. La soirée, agréable, s'oubliera vite mais mon retour dans le monde de la nuit a livré ses premiers effets en réactivant mon métabolisme et des sens un peu endormis.
Comme à mon habitude, je ne peux me résoudre à rejoindre immédiatement mon lit. Plus fort que la fatigue physique, le bouillonnement mental réclame du temps avant son accalmie. Je dois en outre appréhender la solitude du retour au silence. Je cherche à prolonger encore un peu la sensation de promiscuité des corps et de la chaleur humaine ambiante en consultant certains profils sur le net. Une étape transitoire pour se détacher progressivement du vide ressenti avant de plonger, seul, dans les méandres insondables de la planète rêve.
Je reçois un premier message (à moins que ce ne soit moi qui l'ai initié?). Il est jeune, très jeune même, 18 ans. Une situation moins déstabilisante qu'elle n'en a l'air. Le passé nous a déjà mis au prise avec des garçons de cet âge bien que souvent nous ne l'ayons appris que plus tard. La marge avec notre tranche d'âge privilégiée est finalement infime.
Ses photos évoquent une nature rêveuse, avec ces cheveux dans le vent qui semblent avoir échappé au dernier rendez-vous du coiffeur. D’autres clichés le font apparaître ludique, voire plus lubrique sans doute que je ne l’avais imaginé.
Sans appréhension apparente, il est disposé à venir le lendemain par train, de Gand ou ses environs.
La simplicité de la démarche annihile tout approfondissement de la réflexion. Rendez-vous pris.
Le lendemain, par une après-midi ensoleillée, un jeune homme à la fraîcheur inspiratrice débarque à la maison. Je suis fasciné d'emblée par la beauté, la poésie et l’évasion auxquelles nous invite son visage. Son prénom demeurant insaisissable lors des présentations orales, il me convie à lire l'inscription sur son sac-à-dos. Ainsi s’appelle-t-il Nezz.
Le printemps imprime sa joie de vivre en cette journée dominicale, lâchant ses premières bombes sur la morosité des mois antérieurs. Nous descendons au jardin pour prendre un verre et échanger un premier contact docile. Chaque amant potentiel cache un personnage dont la psychologie m'intéresse et cette recherche s'intègre parfaitement dans notre démarche. Elle constitue même pour moi une motivation, un moyen de dépasser l’aspect purement sexuel de la rencontre.
Je découvre au grand jour ses magnifiques yeux bleu-lagons d'une profondeur à apaiser toutes les colères du monde. Quelque peu intimidé, il tente quelques bribes de paroles en français, non sans mal. Parfois balbutiante, notre conversation demeure toutefois compréhensible pour l'essentiel.
Après lui avoir exprimé ma surprise quant à sa venue, il m'avoue le caractère exceptionnel de sa démarche. Il compte seulement 3 expériences sexuelles dont deux avec le même garçon. Des souvenirs peu mémorables qui l'ont conduit à l'abstinence durant de longs mois. La dernière fois, son partenaire ne s'est même pas retourné pour le saluer à son départ. Il a pris sa décision par pur instinct, persuadé au fonds de lui que tout se passerait bien avec nous.
Son aplomb m’étonne autant qu’il me séduit. Je m'imagine volontiers à sa place. Le destin a forgé mon histoire, d’autres circonstances auraient indéniablement ménagé une autre issue. La forme que prennent ses premiers pas dans la vie gay exprime symboliquement l’une d’entre elles et j’ai l’impression de devoir veiller à ce bon déroulement comme je me l’appliquerais à moi-même. Je ne peux en outre pas trahir la confiance témoignée en venant ainsi jusqu'à nous.
Constatant sa nervosité, je lui demande s'il est angoissé. Il me répond qu'il est excité. Je pense qu'il se trompe de terme mais il m’en confirme la signification en d'autres mots. Nous ne pouvons qu'en rigoler et, à l’écoute de son désir, y répondre immédiatement.
Le soleil a envahi la chambre. Je contemple son corps, un peu trop maigre à mon goût mais d’une douceur agréable au toucher. L'excitation évoquée ne tarde pas à se vérifier. Il jouit très rapidement. Les hormones, dit-il. Il nous avait d’ailleurs prévenu à l'avance, nous avons veillé à passer au plus vite par cette étape (à son âge, on recharge vite de toute façon).
Il met une application rare à provoquer notre plaisir, le sien semblant déjà totalement acquis. Son abandon est total. Il a décidé de nous confier les clés de cette aventure, responsabilité lourde bien que logique en tant qu’aîné. Il en va de ces rencontres étonnantes où l'osmose prend forme par miracle. Son investissement y est pour beaucoup, nous accompagnons sa démarche.
Lorsqu'en fin de course, il se blottit contre moi, je n'ai pas le réflexe de bouger. Avec lui, je n'éprouve pas cette gêne de partager, au-delà d'un acte, une intimité souvent réservée au couple. Je me sens bien à ses côtés. Quelques caresses, de la tendresse. Je profite de cette rareté.
Nous passons l'après-midi à accueillir le soleil sur nos peaux blanches, à discuter, à regarder Ab Fab. Il a soif d'apprendre. Il semble à la fois mature dans la direction qu’il souhaite impulser à sa vie et tellement novice dans la concrétisation pratique. Il ne semble connaître ni l'amour, ni les contours d’une vie à deux. Constat troublant autant qu’émouvant.
En fin de journée, nous refaisons l'amour. La tendresse de nos échanges des dernières heures s’y traduit de manière aiguisée. Il restera loger ce soir, sa place réservée entre nous deux.
Cette après-midi, cette soirée, cette nuit, j'ai soudain oublié l’apocalypse de mes récentes idées noires. Dans le lent chemin de ma convalescence un ange voluptueux a surgi…
"On the day that you were born
The angels got together and decided
To create a dream come true
So they sprinkled moondust in your hair
Of gold and starlight in your eyes of blue" ("Close to You" - The Carpenters)
28 avril 2006
Un printemps suspendu
Printemps, saison du bonheur. Chacun retrouve goût aux ballades citadines, les garçons ont rangé vestes et gros pulls pour dévoiler leurs muscles saillants sous un T-shirt coloré, les filles retrouvent l'aplomb de se promener en jupe légère. Les désirs circulent dans une furia post-hivernale, les sentiments amoureux (ou leur impression) affleurent au premier émoi.
Au milieu du guet, j'écoute, lis, observe, m’amuse et reste à l'affût des opportunités sans encore participer vraiment à la valse des corps en partage.
Je me souviens d' histoires qui ont jailli lors du printemps mature: la violence des sentiments avec Nezz il y a deux ans (je me sens enfin en mesure d'en parler, très bientôt), les désagréments d'une dark-room infernale il y a un an.
Ces expériences me préservent aujourd’hui de me lancer à corps perdu auprès des tailles fines et aguicheuses mises en pâture par leur propriétaire, à me jeter bite en avant dans le cirque si tentant des bestiaux en rut.
Je n'éprouve même pas cette impression d'ultimatum m'incitant à mordre à pleines dents chaque expérience souhaitée et disponible - avant que la profondeur des rides ne rappelle cruellement la réduction progressive du champ des possibles.
En embuscade, je me contente d’une connexion on-line sur certain sites et d'une réponse sélective à certains messages. Je prends un peu de hauteur et vois défiler en contrebas des ombres empruntant la pente raide conduisant à une rencontre avant qu’elles ne se ravisent et dévalent à toute allure le chemin inverse pour s'en éloigner sans doute à tout jamais.
Il s'appelle Ben, étudiant en physique à Anvers. Forcément jeune et beau (en parlerais-je sinon?). J’avais repéré son profil il y a un an. Nous avions échangé quelques mots sans rien concrétiser. Je n’arrivais pas à cerner ses envies, devant son jeu de charme initié par quelques photos dévoilées, seulement suivi d’une curiosité quant à l'intérêt qu'elles pouvaient susciter. Quelques jours plus tard, il avait supprimé les photos de son torse nu. L'expérience avait vécu.
Aujourd’hui, elles ont réinvesti son profil. Je devine leur signification implicite, ce goût du jeu probable qu'elles engagent. Je ne me trompe pas, il a retrouvé l'audace de sa démarche séductrice sans perdre pour autant sa prudence de sioux.
Relativement disponible en ce dimanche après-midi, je m'amuse à le draguer. J’argumente les raisons qui le pousseraient à nous rejoindre, je tente de percer le ressort psychologique de ses attentes. S'il s'agit de l'attirer, ce sera moins par des images que par des mots susceptibles de l’impressionner. Obligé de poursuivre son étude et d’interrompre notre conversation, il amorce son retour spontanément à peine deux heures plus tard pour confirmer sa venue future, dans une ou deux semaines.
L'attente n'est jamais bonne conseillère. Le doute s'est sans doute installé à nouveau chez lui au fur et à mesure que le désir s’est dégonflé tandis que j’ai perdu patience suite à ces longues discussions au charme rompu. J’ai également constaté dans nos échanges cette dimension affective le rapprochant de Nezz, qui m’attire et à la fois me repousse - par mesure de prudence.
Tout cela prend un ton trop solennel, de moins en moins immédiat. Quand je commence à trop réfléchir, la fin de l’aventure est proche.
Quelques jours plus tard, il m’avoue être tombé amoureux par internet d'un mec localisé… en Gambie. Il a 20 ans, je l'avais aussi oublié…
Un profil de nature a priori fort similaire peut émaner d'une personnalité totalement différente. Si Ben était une thèse, Andy serait son anti-thèse. Les idées bien en place, il sait précisément ce qu’il recherche et ne s'embarrasse pas d'arrondir le sens des messages que lui dicte sa libido. Avec lui, les délais d’attente avant une rencontre ne se comptent ni en jours, ni en semaines mais bien en minutes. Cette « désintellectualisation » idéale de l’approche ne me détache pas toutefois pas d’une recherche de quelques informations à son propos. Je dois minimiser le risque lié à l’acte (et le sentiment éprouvé postérieurement) en choisissant des partenaires qui m'inspirent confiance.
Je me contente de questions très vagues, dont les réponses me guideront, du moins je l’espère. Je ne suis pas déçu.
Il m’annonce de but en blanc qu’il aimerait être « double-fucked ». Oui, c’est bien ça, « en même temps ». Cette représentation peut légitimement exciter l’œil extérieur plutôt voyeur, avide d’une imagerie de dépossession qu'une telle scène induit. Quant à en être l’acteur… J'apprends qu'il a déjà réalisé cette expérience à 3 reprises (à 20 ans? Waw).
Je suis curieux de connaître ses limites. Il poursuit. Il adorerait qu’on l’attache et utilise à notre guise sa bouche, son cul, sa bite.
Cette évocation du bondage me refroidit définitivement. Je pense - peut-être à tort - que les mecs pratiquant ce genre de pratiques ne trouveront pas leur compte dans un sexe plus soft tout comme je crains d’être entraîné dans un jeu que je ne maîtrise pas et qui ne me plaise pas ni sur le moment, ni surtout après.
De plus, si la lutte de pouvoir constitue un moteur de l’excitation sexuelle, connaître le programme à l’avance en affecte la portée. Je ne me retrouve pas le moins du monde dans cette théâtralisation normée.
Je continue mon chemin - au tour du suivant ! - sans grande conviction. Si ce n'est celle, sournoise, d’une érosion de mon activité sur le marché sexuel. Non tant par les premiers effets de l'âge si redoutés mais bien par le trop plein d’intellectuel et son corollaire, le sentiment d’angoisse qui finit par absorber l'essentiel de mon énergie hormonale.
16 mars 2006
Misère misère
Dimanche
La période actuelle me laisse peu de place pour l'écriture et les réflexions approfondies. Ainsi va la vie dans ses tourments, ses torrents d'inflexions.
Je m'abstiens d'alimenter mon blog de billets inutiles ou d'articles ébauchés par le passé mais dont l'idée ne correspond pas à mon état d'esprit du moment (une corrélation me semble nécessaire).
Mes temps libres ne sont consacrés à rien de bien créatif: délassement (toujours le foot), projet de salle de bain enfin entré dans une phase de concrétisation, préparation d’un quizz musical pour une prochaine soirée à la maison. Et je dois aussi ajouter par honnêteté que depuis quelques jours une envie de sexe occupe également mes pensées.
Vous pourriez naturellement évoquer à ce propos l’avantage d'être en couple. Les choses ne sont cependant pas si simples. Le quotidien tue le désir, première victime du sentiment d'emprisonnement dans la monotonie que notre vie de tous les jours finit par générer. La question, plus grave, sur l'abandon de toute sexualité se posera sans doute le jour où les vacances ne permettront plus de ranimer quelque échange charnel.
Parler de sa sexualité revient à aborder l'intime de l'intimité, crispant encore davantage toute impression d'impudeur. Néanmoins il s'agit d'un élément essentiel sur lequel peut se jouer le destin d'un couple. Evoquer sa vie sans cette dimension revient à couvrir seulement une semi-réalité (un choix respectable mais tronqué), jusqu'au jour de l'annonce-surprise d'une rupture que personne n'aura vu venir.
Notre chance réside sans doute dans l'équilibre que nous avons atteint au travers d'occasionnelles relations à trois. Bien que le choix initial n'ait pas été entériné pour compenser un quelconque manque de sexe entre nous, il a lissé toute diminution naturelle du désir.
Pour autant il ne s'agit pas d'une solution "bite sur lit" (le « clé sur porte » de la drague gay) quand on ne fréquente pas (ou plus) les lieux de rencontre à finalité sexuelle. Qui peut d'ailleurs se targuer d"une sexualité totalement épanouie (au sens de satisfaite à toute occasion)?
Les choses semblent pourtant si simples en apparence: les partenaires potentiels ne manquant pas, il suffirait de se rendre sur un chat, se plaire respectivement et hop l'affaire est jouée.
C'est sans compter sur les aléas de la nature humaine: de tergiversations en reports, la conclusion devient incertaine. Il n'y sans doute rien de pire que de se donner rendez-vous... dans 3 jours.
Il est vrai que côté compliqué, je suis aussi champion avec d’éternels doutes sur moi-même ou sur les questions de santé. Considérations qui peuvent m'amener à refuser une rencontre avec un mec très mignon sur le motif que je ne le sens pas sur le plan de la prévention ou par son côté performateur "je viens pour baiser ou me faire baiser". Je peux comprendre que de l'harmonie puisse découler de toute forme d'emboîtement mais il est déjà si difficile d'obtenir une fusion entre les corps (on peut passer un bon moment sans éprouver forcément un sentiment génial, qui s'avère finalement plutôt rare) que prédéfinir le programme d’un acte sexuel me paraît illusoire. En fait, toute mécanisation du sexe m'effraie par sa déshumanisation.
Alors me voilà avec mon désir insatisfait alors qu'il est à portée de main(s). Ne serais-je pas en train d’expérimenter à ma manière la misère sexuelle ?
Mercredi
Ne faudrait-il pas passer à l'action? Parmi les profils, un s'est dégagé par sa simplicité. Allons-y…
Etrange impression postérieure. Le désir s'est avéré plutôt faiblard (il lui manquait peut-être quelque chose pour exciter mon imaginaire sans que cela n'explique tout), les stigmates de la fatigue et de la tension nerveuse emmagasinés récemment se sont abattus sur moi après coup (voire même pendant), dans une fausse impression de détente et une vraie mollesse.
Ainsi donc avait persisté en moi depuis quelques jours une image, une sensation de désir alors qu'en fait il avait disparu en substance. Un timing mal ajusté. La vie est vraiment mal faite...
02 avril 2005
Blonds, bruns, noirs, roux,…
Une connaissance m’expliquait récemment que son style de mecs semble s’être brusquement modifié et cela l’étonnait.
Se poser la question, c’est chercher une explication à un des plus grands mystères humains : la formation des désirs dans l’inconscient humain.
Personnellement, je dis spontanément rester froid aux charmes des blonds car je les associe sans doute à une image de moi-même et un certain passé.
Mais en fait, à y regarder de plus près, je ne fuis qu’une catégorie de blonds. Et au bout du compte, je me retourne presque autant sur un blond qu’un brun.
Au contraire (bizarrement ?) de la couleur de la peau, la teinte de cheveux ne constitue pas à mes yeux un critère important. De manière générale, je ne me concentre pas vraiment sur un style. D’ailleurs n’affectionner que les bruns, les roux ou les blonds ou dans une autre catégorie les maigrichons ou les musclors comporte une part fétichiste (et je ne le suis guère).
Plus que le dilemme « muscle ou non », « brun ou blond (et le reste) », l’attirance surgit d’abord d’une certaine beauté qui capte le regard mais aussi et surtout d’une attitude. En tout cas, c’est clairement elle qui guide mon regard et parvient à maintenir un intérêt soutenu pour la personne.
Mais pourquoi soudainement des blonds ?
La mémoire humaine est une construction complexe. J’ai pu remarquer que quand quelqu’un avait profondément marqué mon esprit, parfois un point de détail physique réanimait le souvenir de ce pourquoi il m’avait attiré. Par la suite, je trouvais d’autres garçons intéressants car j’y retrouvais ce même trait physique. Cette constatation venait illustrer l’idée que notre désir est loin d’être naturel mais peut être consécutif à un autre antérieur.
De la même manière, vous aimez les minces et vous vous éprenez soudain d’un mec musclé (ou inversement), vous ne verrez peut-être plus un mec musclé comme un body-builder mais bien comme un amant/mari potentiel.
Vous n’avez jamais aimé les blonds ? Bizarrement vous flashez sur l’un d’entre eux et découvrez ensuite chez d’autres (blonds) ce côté sexy qui échappait à votre esprit auparavant.
De la même manière, vous allez maudire les bruns mal rasés (ou les blonds proprets) car ils vous rappellent un mauvais souvenir…
Le désir est une succession d’expériences qui interdisent de figer une conviction au profit d’une universalité de possibilités.
Comble de la virtualité
Il y a trois ans de cela, vous avez chatté avec un gars pas trop mal et assez motivé sexuellement. Mais ses photos étant trop peu claires, vous hésitez, le net vous a en effet parfois déçu. Votre doute est tel que le contact s’effiloche pour enfin disparaître. Le côté persistant de ses messages aguicheurs a même fini par vous paraître suspect.
Depuis trois ans, vous apercevez dans différents endroits, parfois accompagné de gens parmi vos vagues connaissances, un mec sexy et plutôt bien fait (le sauna ça aide…). Pourtant jamais de contact bien que cela vous aurait bien plu. La distance qu’il semble mettre vous le rend peut-être encore plus désirable.
Et soudain la chance tourne : vous le découvrez sur un site que vous connaissez bien et vous constatez qu’il vous laisse un beau sourire en consultant votre profil. Vous vous dites que c’est le moment de l’aborder et effectivement : le contact passe et se poursuit sur msn. Et là au bout de quelques minutes, vous vous rappelez de cette adresse : c’est celle de ce mec avec qui vous aviez chatté il y a plusieurs années et que vous n’aviez jamais rencontré. La réconciliation de ces deux images après tout ce temps vous procure un certain choc.
Moralité positive : sans le web, vous n’auriez sans doute jamais eu l’occasion de le rencontrer (lui étant refroidi par vos refus répétés de le rencontrer dans le passé, vous le trouvant trop distant).
Moralité négative : suite à cette révélation, votre désir peut s’être modifié : il ne s’agit plus de ce mec sexy et distant qui se rapproche de vous par magie mais bien d’un mec assez sexy (il est si bien que cela ? je ne dois m’être tant trompé il y a 3 ans) qui cherche à vous séduire depuis pas mal de temps…
Moralité neutre : un abîme sépare bien le virtuel du réel…





