Mo's blog

Des choses à dire...

21 mars 2006

"Here You Come Again" (Une Vie antérieure part 9)

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Si le basket n’absorbait plus autant mon énergie depuis l’année de perfectionnement intensif en sport-études, il n’en constituait pas moins pratiquement ma seule activité en dehors de chez moi. Après avoir intégré l’équipe B de mon club pendant un an, je ne pus continuer à jouer dans cette équipe la saison suivante en raison du changement de catégorie.

Je dus me tourner pour la première (et dernière) fois vers un autre club cette année-là, rejoignant pour l’occasion un camarade de sélection provinciale. Nous participions à un championnat couvrant l’ensemble de la Belgique francophone. Ma nouvelle équipe manquant indéniablement de talents pour ce genre de confrontations, nous nous cantonnions dans un rôle de pure figuration dans la compétition, flirtant même avec les profondeurs du classement.

Tout le stress des matches au sommet disparu, je m’adaptai rapidement à cette évolution en me reposant majoritairement sur mes acquis. Pendant que d’autres, ailleurs dans le pays, travaillaient dur aux entraînements pour améliorer leur niveau, dans un esprit de motivation  et d’émulation, je me contentais d’entretenir ma condition physique, sans que jamais personne ne me pousse à en donner davantage. En l’absence de défi, tout objectif de dépassement de moi avait été rangé au placard. La rupture avec mes aspirations élitistes était définitivement consommée.
Le seul changement significatif se résuma à un nombre : 12, le nombre de cm gagnés au cours de l’année. Etrange simultanéité : c’est au moment où je parvins à combler mon déficit de taille vis-à-vis de mes adversaires, m’offrant ainsi de nouvelles perspectives de développement, que je tirai en pratique un trait définitif sur mes ambitions de haut niveau.

La saison suivante, je décidai de réintégrer mon club de coeur. Je sautai la dernière étape dans la catégorie des jeunes en rejoignant directement la compétition adulte. Je venais d’atteindre à l’occasion de mon 16ème anniversaire l’âge minimum requis.
Je ralliai d’abord l’équipe « réserve » pour m’acclimater aux changements sous-jacents : je ne devais en effet plus affronter des adversaires de mon âge, au physique quasi similaire et doués techniquement mais bien des joueurs à la robustesse parfois bien plus impressionnante, bourrés d’expérience et de sens tactique avec lesquels ils compensaient parfois leur déficit technique.

Mon apprentissage se déroulant plus que rapidement prévu, je fis quelques incursions en cours de saison au sein de l’équipe première. Je cumulais alors deux matches consécutivement, une endurance que mon jeune âge supportait aisément. Je dus par contre m’habituer à jouer devant de belles assistances avec une pression beaucoup plus forte - d’autant que je ne disposais plus du statut de star de l’équipe. Un stress supplémentaire désagréable pour un garçon timide et peu confiant mais aussi une source de défi, une injection d’adrénaline particulière qui détourne son existence d’un long fleuve tranquille, ce à quoi ma sagesse en dehors des terrains pouvait me conduire par ailleurs.

L’année suivante, fort d’une première expérience réussie, j’intégrai l’équipe première à temps plein. Je retrouvai soudain une forme d’ambition qui m’avait manqué lors des dernières années, d’une ampleur toutefois plus modeste puisqu’elle se limitait à m’imposer dans cette équipe en devenant un pion essentiel sur l’échiquier.
Je poursuivis progressivement mon écolage durant deux saisons. Jusqu’à ma blessure à l’aube de la troisième, lors du premier match d’avant-saison...

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26 janvier 2006

"Et Dieu créa la femme" (une vie antérieure Part 8)

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Dans la dernière ligne droite avant les études supérieures, le choix des options scolaires tend à s'affiner. La tradition élitiste locale préconisant l'orientation "mathématiques fortes", je suivis le mouvement, avec d'autant plus d'aisance que nous nous accordions plutôt bien les chiffres et moi.
Pour cette rentrée, je pris la résolution de me remettre en selle après une année en dilettante durant laquelle, anesthésié par le confort du retour à la maison j’avais accumulé un retard conséquent dans de trop nombreuses matières. Il est probable que le brave Ernest, voisin lointain à l’ouïe défaillante, ait perçu l’énorme soupir de soulagement poussé, un soir de début juin, à l'annonce de l’annulation des examens de fin d'année, grève des enseignants oblige. J'avais été quitte pour un avertissement et j’en tirais prudemment les conclusions.

Sophie (voir l’épisode 6) entretenait pour sa part une relation plutôt difficile avec les maths et son âme plus littéraire la conduisit logiquement à privilégier cette option.. A peine croisés, nos chemins commençaient déjà à se séparer. Ne fréquentant plus les mêmes cours, nos contacts s'espacèrent naturellement. Cet épisode ne devait toutefois pas être rangé dans la case "souvenirs d'école". Sophie m’avait permis de découvrir l’amitié et je ne pouvais assimiler notre relation à une rencontre fugace oubliée l'année suivante. Ce que j’avais partagé avec elle, je ne parvenais pas à le vivre avec les autres. Mes sentiments demeuraient intacts et elle semblait également soucieuse de donner une suite à nos contacts passés.

L’intégration au sein de ma nouvelle classe se déroula sans anicroche. Je réalisai rapidement que la fin de récréation avait effectivement sonné. Les ambitions flottaient allègrement dans les esprits déterminés de mes camarades de classe. Leur sérieux s’accompagnait cependant d’une dose certaine de bonne humeur qui, par chance, était affichée par de fort jolis minois.

Au fil des jours, j'appris à connaître l’un de ces propriétaires. J'avouais déjà un faible pour les caractères bien trempés et dans ce domaine, j'étais bien servi avec Anne qui manifestait un puissant désir de réussite. Quelque peu rigide au premier abord, elle parvenait à s’ouvrir davantage une fois les premiers liens créés. De ses grands yeux bleus se dégageait alors un regard vif dont l’intensité traduisait la considération qu’elle portait à son interlocuteur.
La révélation de mon attirance ne survint que quelque mois plus tard, au moment où Anne se mit à sortir avec un autre garçon de la classe. Je les voyais se bécoter ici et là dans les couloirs, dans les locaux avant les cours. Subitement, je devins envieux de ce garçon et je désirai cette fille, sous l'emprise d'une attraction irrésistible pour ce flirt parfait, jusqu'alors seulement identifié à la télévision.

Cet éveil à la gente féminine aurait pu servir de déclic pour initier une aventure identique mais je ne pouvais m’affranchir de mes doutes, de ma timidité maladive, de ma crainte irraisonnée de la réaction d’autrui (« et si je m’avérais gauche dans la démarche ? »). A ma décharge, pas mal de filles avaient déjà opéré leur propre choix tandis que les autres, célibataires, ne me plaisaient pas. En fin d’année, je commençai toutefois à apprécier les discussions avec la charmante Laurence, silhouette élancée, peau pâle et longs cheveux noirs.

A vrai dire, la femme qui m’impressionna le plus à cette époque était sans nul doute notre professeur de français. Excellente enseignante appréciée de tous les élèves, elle dégageait un charisme fou dès qu’elle prenait la parole de sa voix grave, souvent prompte à asséner quelques vérités bien senties.  La quarantaine sexy, bronzée, en (mini-)jupe la plupart de l’année, cette femme de pouvoir exerçait une réelle fascination sur nous, étudiants studieux d’une ville de province bourgeoise. Elle incarnait un autre monde, une liberté de pensée et d’agir. A titre d’illustration, elle continuait à se rendre en boîte de nuit et je ne fus pas particulièrement surpris de la voir danser sur un podium lors d’une soirée de fin d‘année - même si cela nous paraissait « anormal », en comparaison de la vie plus rangée de nos parents.

Je ne pouvais me départir de voir en elle une bombe sexuelle quand bien même l’acte avec ce genre de femme ne m’effleura jamais l’esprit. Son aura contribua cependant hautement à la tendresse que j'éprouve pour les femmes qui osent braver la misogynie ambiante pour affirmer qu’elles sont libres et sans tabou sur le sexe (bien qu’elle-même n’en fit jamais étalage).

Un jour, lors d'une de ses digressions que nous appréciions tant,, elle nous expliqua qu’elle aimait beaucoup Lambert Wilson, ajoutant ensuite, désolée, qu’il était « pédé comme un phoque », ce qui s'avérait souvent le cas des beaux mecs. Si cette remarque pouvait sonner comme de l’homophobie, je ne l’ai jamais envisagé sous cet angle. Elle incarnait trop à mes yeux LA liberté, ce "concept-de-vie" que je n’ai retrouvé plus tard qu’au sein du milieu gay.

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19 novembre 2005

« My Lady Story » (une vie antérieure Part 7)

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Une soirée de fin juin.

Dans la salle de bain familiale, je me prépare à une grande première: une sortie en boîte de nuit. Loin d'être un rendez-vous attendu depuis des années, cet événement s’est décidé un peu par hasard. Ma sœur, de 3 ans mon aînée, m'invite à l'accompagner pour une soirée-phare du club le plus proche. A l'affiche, une sensation de ces derniers mois: les "Confetti’s". Mais oui, "this is the sound of C…This is a new style of music". Une occasion pareille ne se refuse pas…

Comme tout novice, j'éprouve un doute sur la tenue de circonstance. J'hésite entre un jean brun ou beige. Sûrement pas un bleu, je n'en possède d'ailleurs pas. Voir tout le monde porter ce même pantalon sans goût, ni imagination m'énerve au plus haut point. Non pas que je suive particulièrement la mode mais je trouve sur ce sujet un débouché idéal à mon souci de ne pas m'assimiler à la masse.

Je me décide pour le pantalon brun que j'assortirai d'un T-shirt blanc, en toute simplicité.
Avant de partir, je coiffe une dernière fois ma mèche blonde et prends soin de me vaporiser d’un soupçon de Cacharel - bien que je n'apprécie guère l'odeur, trop forte, trop virile pour ma frêle corpulence. Mais un cadeau maternel ne se refuse et avec ce parfum, je ne passerai pas totalement inaperçu.

C'est moins l'excitation que la nervosité qui accompagne mes premiers pas dans l'allée qui mène au "dancing" - un mot qu'aime à employer ma grand-mère. Je pousse un soupir de soulagement quand le sorteur m'autorise à entrer. Je fêterai mes 16 ans le mois prochain mais il n'est pas si éloigné le temps où je parvenais encore à bénéficier des réductions pour enfants de 12 ans ou moins.

Je pénètre enfin en ce lieu dont le nom à lui seul revête une consonance spéciale, presque mythique dans notre histoire familiale depuis qu'il fût le théâtre de la rencontre entre mon père et ma mère 20 ans plus tôt. L'espace se révèle plus petit qu’imaginé. Une cave aménagée en somme, dont les voûtes constituent l'essentiel du charme. Le DJ joue une musique sans surprise, dans la pure tradition « dance commerciale ». Je me sens néanmoins rapidement désorienté au milieu de cette foule plus âgée. La timidité me fige tel un bloc de glace congelé. Je ne m’autorise aucun déhanchement, préférant me contenter d'observer les gens déambuler devant moi.

Ma soeur et ses copines ont l’air de beaucoup s’amuser tandis que je feins mon enthousiasme en leur adressant quelques sourires forcés. Pris dans une tempête de mouvements corporels dont le souffle vient me fouetter les tempes, je me sens aussi seul que Kylie sans Jason en cet endroit. Je voudrais me faire tout petit, devenir un "mini-pousse", du nom de ce dessin animé que je regardais à la télévision quelques années plus tôt. Désemparé, je m'isole contre un mur dans un coin sombre et reculé. Je peux y vivre mon ennui dans une certaine quiétude.

Après quelques minutes d'observation désinvolte, je sens un regard se poser sur moi. Pas n'importe lequel : celui d'un homme! Petit, doté d'une fine moustache, proche de la trentaine (sans certitude, l'âge se révélant accessoire pour décrire ce type de physique), il ne cesse de me dévisager. Tétanisé, je me demande ce qui est en train de m'arriver.

L'attente se poursuit durant de longues minutes avant qu'à petits pas, il ne s'approche de moi. Ma respiration irrégulière s'interrompt même lorsqu'il finit par s'adresser à moi d’un accent local prononcé:

"Vous voulez danser avec moi, mademoiselle?"
- « Pardon? », dis-je en détachant mon visage de la pénombre.
- « Oh, excusez-moi! » me répond-il avant de s’enfuir précipitamment..

Soulagé de ne pas avoir été considéré comme un homo et dragué comme tel, je tente de reprendre peu à peu mes esprits. Il ne subsiste bientôt que la gêne d'avoir été pris pour une fille et l’envie de disparaître d'un coup de baguette magique.

Et en effet ce soir-là, mon esprit largua les amarres bien avant que la masse corporelle ne quitte les lieux, emportant avec lui ses espoirs déçus, ce souvenir tenace.

Pour devenir un homme, je devais encore patienter quelques temps...

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06 août 2005

"Ma meilleure amie" (une vie antérieure Part 6)

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Après mon année d'internat sportif, je décidai de ne pas réintégrer mon ancien établissement afin de rejoindre une école mixte. Pour un changement souhaité, il fut radical : je me retrouvai dans un univers presque exclusivement féminin. Dans mon année, il y avait 10 garçons en tout et pour tout  et 5 dans ma classe (un record inédit pour l’institut). Je ne me sentais pas proche d’eux. La plupart se connaissait déjà depuis plusieurs années et nous ne partagions pas les mêmes centres d’intérêt.
La présence anormalement élevée de garçons ravissait les filles et je fus accueilli avec beaucoup d’égard et traité avec un maximum d'attention. Tout-à-fait ce dont j’avais besoin après l’année émotionnellement douloureuse que je venais de vivre. Désormais, je disposais d’un double cocon: d’une part à l’école avec cette compagnie féminine et d’autre part à la maison. Une fois sorti des cours, je rentrais pour regarder quelques séries frivoles à la télé, au travers desquelles je vivais par procuration les flirts adolescents qui me fascinaient mais semblaient étrangers à mon histoire (je me rappelle que j’aimais m’identifier au héros de cette série « Sauvé par le gong », un petit blondinet qui draguait les filles sans relâche). Je me réjouissais le soir d’être au chaud chez moi. La simple évocation que je me retrouvais au même instant l’année d'avant dans ma petite chambre au sein de ce sinistre bungalow suffisait à me mettre de bonne humeur.
Cette protection constituait un refuge dans lequel je me baignais. J’aurais pu décider de vivre comme un adolescent "normal" : me rendre au cinéma avec des amis, commencer à sortir en boîte,… Rien de tout cela. J’avais l’impression d’avoir livré un tel combat l’année précédente que j’avais droit à de la quiétude et de l’isolement dans un environnement familier. Le monde extérieur, cet ennemi, je ne pouvais plus l’affronter que pour le strict minimum: je me contentais de l’école et du basket comme seuls contacts externes. Rester le soir à la maison me redonnait les forces nécessaires pour affronter les événements vécus à l’extérieur.
La seule évolution notable au cours de cette année s’appela Sophie. Nous étions dans la même classe. Elle aussi pratiquait du basket. C’est par cet intermédiaire que nous étions entrés en contact. Rapidement, les discussions débordèrent sur d’autres sujets. Nous parlions de tout et rien, c’était la première fois que je prenais du plaisir à parler longuement avec quelqu’un sans penser qu’un problème allait intervenir. Je me rendais compte qu’une relation avec une fille pouvait s’avérer moins concurrentielle qu’avec un garçon. Je me sentais peut-être moins impressionné en leur présence. Les filles me paraissaient plus attentives, plus sensibles, plus promptes à se confier que les garçons, tenus de faire les durs pour exister. Ce contact nouveau avec le sexe féminin constitua pour moi une découverte dans l’approche de mes relations sociales. J’initiais, sans le savoir, un comportement propre à pas mal de jeunes gays : s’entourer de filles pour former son cercle d’amis.
Notre entente faisait jaser et quelques filles nous jalousaient. Les rumeurs me mettaient mal à l’aise car je n’éprouvais pas aucun sentiment amoureux pour Sophie. Je la voyais comme une amie mais elle ne m’inspirait pas le moindre désir. Si les choses s’avéraient parfaitement claires pour moi, sans doute était-ce moins le cas pour Sophie. Elle m’avouera plus tard qu’elle avait souvent difficile à distinguer amour et amitié au niveau de ses sentiments. Mais elle avait suffisamment d’intelligence pour comprendre que notre relation amicale constituait la meilleure chose qui puisse se passer entre nous. Très proches entre les cours, nous nous voyions relativement peu en dehors du cadre scolaire. La relation en l’état me plaisait et j’étais sans doute ennuyé qu’on puisse voir en Sophie ma copine. Pour moi, le flirt ne constituait pas l’aboutissement de sentiments réciproques mais seulement un jeu destiné à prouver à soi-même que l’on peut plaire à quelqu’un de mignon et aux autres que l’on peut former un joli petit couple. Dans cette vision confinée à l’apparence, Sophie ne représentait pas cet idéal.

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01 juillet 2005

"La fièvre dans le sang" (une vie antérieure Part 5)

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Après une année d'exil, j’aspirais à un retour à la normale mais une marche-arrière n'est sans doute ni souhaitable, ni toujours désirée.

Mon retour ne semblait pas faire que des heureux parmi mes anciens coéquipiers. Certains considéraient mon départ pour le sport-études comme une trahison, un abandon (du moins dans la version officielle). Je ne souhaitais pas vivre dans une atmosphère malsaine. Un petit vote eut lieu pour connaître l’état d’esprit exact de mes anciens camarades : deux personnes sur huit s’opposaient à mon retour. Je ne fus pas surpris d’apprendre que ce refus émanait de deux joueurs évoluant à une place identique à la mienne. En mon absence, leur temps de jeu en avait été de facto augmenté et ils ne souhaitaient pas perdre cet acquis. Il me paraissait difficile de vivre avec ce rejet (même partiel) et de me battre au sein d’une équipe dont certains me témoignaient une hostilité. Une alternative se présenta à moi avec l’équipe B composée de joueurs âgés d’un an de moins. Ceux-ci voyaient d’un bon œil que je les renforce : à 15 ans, une différence d’un an est conséquente sur le plan physique. J’évoluai donc tout au long de la saison avec cette équipe et nous nous comportâmes très correctement en terminant à une jolie 4ème place.

Pendant ce temps, mes anciens coéquipiers réussissaient une excellente saison en devenant champion provincial. Ce titre permettait de participer au championnat inter-provincial visant à déterminer le champion de Belgique de la catégorie. Le règlement avait pour particularité d’autoriser le regroupement des joueurs des différentes équipes d’un même club dans la même catégorie : j’étais donc statutairement sélectionnable pour disputer ce tour final. L’entraîneur de l’équipe championne, appuyé par les deux leaders de l’équipe, manifesta son désir que j’y participe. Mon retour ne s’effectuant que pour une courte durée et le défi me paraissant attractif, j’acceptai de rejoindre mon ancienne équipe pour cette compétition qui se déroulait en élimination directe sur un terrain neutre. Nous devions affronter au premier tour l’équipe championne de Flandre Orientale, une province traditionnellement plus forte que la nôtre. La tradition ne se démentit point avec un défaite à la clé ce jour-là, à la suite d’un mauvais match. Certains coéquipiers s’étaient avérés trop stressés et d’autres avaient étalé leurs limites. Le plus intéressant se produisit cependant là où tout semblait terminé : l’après-match.

J’attendais avec une certaine curiosité le passage par les douches. Pour la première fois depuis deux ans, je retrouvais mes anciens coéquipiers. Comme sans doute tous les jeunes garçons à la puberté naissante, j’étais curieux d’observer l’évolution physiologique de mes camarades dans un souci de comparaison : leur système pileux était-il déjà avancé ?  Et surtout, comment la nature les avaient-ils pourvu ? Après le match, je pénétrai en premier dans les douches. Rapidement Sylvain me rejoignit.

Je connaissais Sylvain depuis mes 6 ans. Nous fréquentions la même école primaire. C’est d’ailleurs à partir de ce moment que notre équipe de basket s’était constituée par l’intermédiaire de notre instituteur, amateur de basket, et de mon père, entraîneur d’un club sportif. Grand et bien bâti, Sylvain était le caïd, la grande gueule, le chef de bande. A l’école, il disposait toujours d’une cour, autour de lui, composée de garçons impressionnés par son charisme. La plupart de mes coéquipiers du basket en faisait partie. Il menait ce petit monde à la baguette en organisant dans la cour de récréation toutes les activités qui lui plaisaient.
Son statut de star à l’école aurait pu logiquement lui permettre de devenir le leader naturel de l’équipe de basket. Mais ce ne fut pas le cas : j’étais celui-ci. J’occupais une place stratégique sur le terrain : c’est par mon poste de meneur que transitaient la plupart des ballons. De plus, si Sylvain possédait un talent certain, je surpassais légèrement le sien. Il constituait un excellent lieutenant. Avec un autre « grand » de l’équipe, nous formions le triangle angulaire de l’équipe. Son instinct de gagneur le préservait sans doute de toute tentative pour remettre en cause ma place au sein de l’équipe.
Je ne figurais pas parmi ses suiveurs à l’école. Je demeurais en effet relativement indépendant et mon statut de leader de l’équipe de basket ne pouvait sans doute pas s’accommoder de concessions de ce style à l’école. Nous étions en quelque sorte en compétition et cette concurrence interdisait toute relation d’amitié. Si je m’amusais parfois en dehors de l’école avec le troisième leader de l’équipe, je ne retrouvai qu’une seule fois Sylvain en dehors du contexte sportif ou scolaire.
Si nous ne fûmes jamais proches, nous demeurions sans animosité l’un envers l’autre. Bien au contraire, nous nous respections. J’admirais son côté charismatique, sûr de lui, capable d’emmener les autres dans sa foulée. Lui devait sans doute apprécier mes qualités sportives, mais aussi cette résistance, le fait que je sois le seul de l’équipe à lui tenir tête en dehors du terrain. Durant ces années, certains doutes m’envahirent de temps à autre. Je me demandais s’il n’allait pas un jour profiter de son pouvoir sur les autres pour réaliser une sorte de mini-coup d’état. Mais j’avais obtenu, cette année-là, la confirmation de sa loyauté : par deux fois, il s’était montré favorable à mon retour dans l’équipe. J’avais hautement apprécié ce geste.
Depuis que j’avais rejoint l’équipe pour ce match unique, nous nous étions à peine adressés la parole. La distance entre nous semblait s’être encore accentuée et muée en une sorte de timidité réciproque. Parmi mes équipiers, il s’agissait sans doute de celui dont l’évolution physique m’intriguait le plus. Il était resté beau mec, mince, avec des épaules carrées toujours impressionnantes.

A ma suite, Sylvain entra donc dans ces douches communes. Nous nous échangeâmes un bref regard. L’atmosphère, silencieuse, devint rapidement lourde. Il fallait sans doute briser la glace mais aucun de nous ne parvenait à entreprendre cette démarche libératrice. Je cherchai, par toutes les moyens, un motif pour engager la conversation mais aucun son ne pouvait sortir de ma bouche. Le seul bruit émanait du clapotis de l’eau résonnant sur le sol et nos corps. Je me sentais gêné, je n’osais pas me positionner face à lui. Lui non plus. J’avais peur de le regarder, je ne voulais pas être traité de voyeur. Je profitais des quelques instants où il ne semblait pas me voir pour jeter un coup d’œil dans sa direction. Je sentais bien qu’il en faisait de même. Au bout d'un moment , je me décidai finalement à découvrir la vérité sur la partie de son anatomie qui m'était jusqu'alors encore inconnue. Je descendis progressivement mon regard jusqu'à son entrejambe. La vue qui s'offrit soudain à moi me plongea alors dans une stupéfaction totale: sa bite était droite, complètement perpendiculaire à son corps. Malgré une expérience en la matière particulièrement limitée, je compris immédiatement qu’il bandait. Son érection ne devait certes pas être totale mais il était manifeste qu’il bandait. Rapidement, un tressaillement parcourut mon corps. Cette situation soudaine et inattendue me troublait. Je connaissais la timidité que Sylvain témoignait à mon égard, l’émotion particulière quand il me parlait mais je ne pouvais me douter que derrière ce sentiment se cachait aussi une certaine forme d’attirance envers moi. Cette vision inédite m’excita sans doute rapidement même si aucune manifestation concrète ne se produisit sur le moment. C’était la première fois que je ressentais un tel trouble en direct pour un garçon et le plus étonnant rétrospectivement réside sans doute dans le fait qu’il ait été consécutif au témoignage d'un désir à mon égard.
Il est difficile de déterminer le délai qui s’écoula entre cette révélation et l’arrivée des autres joueurs,  suivi du départ précipité de Sylvain vers les vestiaires. Le temps me paraissait suspendu. J’aurais voulu prolonger ce moment indéfiniment, pour pouvoir en profiter au mieux, peut-être lui donner une suite naturelle sans pour autant définir laquelle. Sur le chemin du retour, je n’arrêtai pas de repenser à cet épisode. Je n’attendais qu’une chose : rentrer au plus vite à la maison pour satisfaire ce désir qui inondait mon corps.

A cette époque, j’étais encore fort immature sur le plan de l’émancipation sexuelle. Je percevais bien un désir en moi mais il ne me traversa jamais l’esprit qu’il puisse être de nature homosexuelle, ni même que quelque chose de concret puisse avoir lieu avec Sylvain. Je n’imaginais pas partager une expérience sexuelle avec un garçon tout simplement. Cela n’existait pas dans la nature. Comme tous les jeunes mecs de mon âge, je me branlais et que l’objet du désir prenne la forme d’un corps de mec plutôt qu’une nana ne changeait rien. Comme tout le monde, je regardais les films pornos de Canal + en brouillé et peu importait que j’observe davantage le mec et sa bite que la fille. L’acte ne concernait toujours qu’un homme et une femme (voire deux). Aucune autre combinaison n’était imaginable dans la réalité. Alors que tout était possible sur le plan du fantasme. Ainsi, j’aimais regarder le tennis en pensant que le perdant deviendrait l’esclave sexuel du vainqueur à l’issue du match: il serait obligé de le sucer et de se faire prendre. Mais cela restait du pur fantasme, les tennismen ne font pas l’amour entre eux après le match. D’ailleurs, j’entendais les gens autour de moi asséner cette vérité : « le fantasme n’est pas fait pour être réalisé ». Durant ces premières années d’adolescence, le désir pouvait donc à mes yeux s’exprimer en total décalage par rapport à l’acte réel. Je ne percevais pas qu’il puisse constituer le moteur de l’acte sexuel ou le révélateur de mes pratiques sexuelles futures. Le fantasme véhiculait l’idée d’une liberté totale, contrairement à l’acte qui prenait une forme parfaitement normée (ce que la vision du porno avait tendance à confirmer). Le désir n’était que le résultat de mon imagination adolescente, immature, qui finirait par disparaître à l’âge adulte, période à partir de laquelle l’homme ne se branle plus mais fait l’amour en pénétrant une femme.

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04 janvier 2005

"Michaël" (une vie antérieure - Appendice)

Ca et là, dans mes souvenirs d'enfance, d'adolescence, Michaël s'est retrouvé en bonne place.

J'ai déjà abordé notre parcours identique, notre amitié impossible vu nos caractères antagonistes (moi l’intraverti, lui l’extraverti, le boute-en-train). Je le respectais comme adversaire et l'admirais pour son assurance, son insouciance.
Je l'ai trouvé mignon dès le premier regard et je l'ai toujours considéré ainsi par la suite. Je me souviens qu'à 15 ans, lors d'un match de sélection provinciale, il se promenait fièrement à poil dans les douches et les vestiaires. La nature l'avait bien pourvu. A cette époque, mon retard de puberté me complexait. Michaël incarnait à mes yeux un certain idéal physique. Ce jour-là, à l’aube de ma sexualité balbutiante, il m'avait excité. Le désir, ou l’envie de ce que l'on n'est pas (ou n'a pas).

Les années ont passé. Notre passion pour le basket s'est progressivement effilochée, lui sans doute encore plus vite que moi. Nos rencontres en adversaires sur les terrains se sont raréfiées. A moins que ce ne soit la saveur de nos rivalités d'adolescents qui avait disparu.
Nous nous croisions le plus souvent par hasard, en spectateurs d'un autre match de basket. L'occasion de nous adresser un petit bonjour. Sans plus. Nul besoin de prendre de nos nouvelles : le "milieu" du basket s’en chargeait. Tous les faits, des plus saillants aux plus anodins, se propageaient à la vitesse de l’éclair.

J'ai ensuite quitté ma ville « biologique ». Il est l'un des rares joueurs que j'ai rencontrés par la suite, ne serait-ce que par hasard. Ironiquement, c'était à chaque fois dans un stade de football, pour assister au match de notre équipe favorite. L'année dernière, dans les tribunes, il est passé devant moi et m'a fait la bise pour me saluer. J'avais perdu de vue cette coutume sportive (adolescente) de s'embrasser quand on se connaît un minimum. Nous nous sommes contentés de ce geste. Il n’y avait rien à dire de plus. Nous n'avions pas encore atteint l'âge de ressasser nos souvenirs.

J'ai reçu ensuite quelques nouvelles le concernant par l'intermédiaire de mes parents qui venaient de renouer un contact plus étroit avec les siens. Il travaillait au Luxembourg, il était toujours célibataire. Sa mère était devenue quasiment aveugle depuis sa chimiothérapie pour soigner un cancer du sein. Des rayons mal dirigés, une erreur médicale jamais reconnue.

Il y a un peu plus d'un mois, j'avais à nouveau aperçu sa silhouette aux alentours du stade avant un match.

Dimanche 3 janvier 2004. Un conducteur perd le contrôle de son véhicule sur la chaussée. La voiture percute un arbre. Le chauffeur et son passager sont éjectés. Ils décèdent instantanément.

Fin de parcours. Il s'appelait Michaël. Il allait fêter ses 31 ans dans quelques jours.

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10 décembre 2004

"Daniel" (une vie antérieure Part 4)

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Rétrospectivement, je pense que je devais représenter à cette époque une proie idéale pour un pédophile malveillant. Le manque affectif permanent que je ressentais malgré l'attention portée par mes parents (surtout par ma mère plus proche naturellement que mon père), ma sensibilité à fleur de peau transformaient tout contact avec autrui en source potentielle de chaos affectif. Pour m'adresser une remarque sans me blesser, il fallait veiller à y mettre toutes les pincettes d'usage. Certaines personnes y parvenaient mieux que d'autres et percevaient les dégâts qu'un commentaire ou une remarque négative pouvait causer en moi. Elles m'inspiraient alors un sentiment de sécurité. C'était notamment le cas d'un de mes profs qui témoignait souvent de bienveillance à mon égard. Un soir, il nous a raccompagné dans le bungalow. Il semblait ami avec l'éducateur. Il n'y avait que deux à trois élèves à qui il donnait cours parmi nous. Une fois le moment venu de rejoindre nos chambres, il m'accompagna jusqu'à la mienne. J'ai éprouvé un certain malaise, comme s'il violait mon intimité. Même s'il ne s'est rien passé, son regard particulier ce jour-là m'a perturbé. Il s'agissait peut-être simplement d'un regard qu'un père poserait à son fils mais je ne pouvais m'empêcher de rapprocher ces yeux de ceux d'un des assistants de l'équipe nationale de basket deux ans plus tôt.
Daniel était petit, gros, laid, assez gauche et timide. Il se montrait très gentil et prévenant envers nous. Il nous avait pris, Michaël et moi, plus spécialement sous sa coupe. Un jour, la veille d'une compétition, Michaël est allé dormir chez lui. Au cours de la nuit, il a senti un souffle, une présence, quelqu'un qui l'effleurait. Il a allumé la lumière. Daniel se trouvait au pied de son lit. Les choses en sont finalement restées là. Mes parents m'ont raconté cette histoire, sans s'indigner outre mesure vu que rien ne s'était passé. Nous étions encore loin de la frénésie anti-pédophilique récente. Lorsque j'ai appris, quelques années plus tard, le décès de Daniel d'une attaque cardiaque, je n'ai pu m'empêcher de pleurer. J'ai repensé à ce petit homme que la nature n'avait pas gâté mais qui avait de l'amour et de l'affection à donner, sans obtenir en échange ce qu'il désirait ou méritait. S'il avait choisi une voie maladroite de l'exprimer, il est toujours resté à mes yeux ce petit homme fragile, d'une gentillesse hors norme dont je n'ai jamais eu à me plaindre

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10 novembre 2004

"Je pars" (une vie antérieure Part 3)

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Après cet épisode estival, est venu le temps de la rentrée scolaire. Une rentrée particulière, dans une nouvelle école, un changement radical que j’avais provoqué quelque peu malgré moi vers la fin du mois de juin précédent.
J’avais alors passé des brefs tests sportifs pour rejoindre le sport-études basket organisé par les dirigeants d’une équipe de division 1. Mon père m’avait suggéré cette possibilité de perfectionnement et l’idée m’avait paru intéressante. Je pouvais continuer à vivre chez mes parents et jouer dans mon club tout en m’entraînant tous les soirs avec des entraîneurs et joueurs de qualité. Comme je n’avais jusqu’alors connu que des réussites sur le plan sportif et scolaire, je reçus comme un coup de massue ma non-sélection. J'avais été la victime, à l'instar de Michaël (qui avait lui aussi tenté sa chance), d’intérêts supérieurs: les dirigeants du sport-études s’étaient montrés réticents à participer à la formation d’un joueur qui n’appartenait pas au club et avait peu de chance d’en changer.
J’aurais pu en rester là mais mon orgueil avait été blessé. Je ne pouvais admettre ce verdict quand bien même des raisons subjectives avaient gouverné cette décision. Mes réussites passées m’avaient mis une pression tellement excessive sur les épaules que je ne pouvais assumer l’idée d’un échec - notamment vis-à-vis de mes coéquipiers dont certains manifestaient çà et là quelques signes de jalousie (qui se confirmeront plus officiellement, peu de temps plus tard). Il me fallait trouver une porte de sortie honorable et assez rapidement elle se profila au travers du (quasi) seul autre sport-étude basket en région francophone à l’époque, qui m’accueillit les bras ouverts. Comme dans toute démarche orgueilleuse, je devais quelque part en payer le prix. En l’occurrence, il se matérialisa dans l’obligation de rejoindre une école située à plus de 60 km de chez moi avec, comme corollaire, une vie en internat.
Pour la première fois, je devais quitter durablement le cocon familial dans lequel je me réfugiais chaque soir jusqu’à alors pour rejoindre une nouvelle vie faite de cours le jour, d'entraînements de basket les soirs du lundi au jeudi pendant 1h30 avant de rejoindre le bungalow et une petite chambre froide pour y passer la nuit.
Cette situation nouvelle se révéla difficile à vivre. Jusqu’alors, je pouvais me désigner comme un solitaire mais toujours au sein d'un environnement affectif familial. En internat, avec l'effacement de la couche de protection autour de moi, j’ai découvert la solitude, j’ai souffert d’un manque affectif évident. La plupart des autres pensionnaires avaient été placés par leur entourage pour raisons disciplinaires ou familiales (je me rappelle de ce garçon élevé par ses grand-parents qui n'arrêtait pas de jeter l'anathème sur sa mère, cette « salope » qui l'avait abandonné, et qui au retour du nouvel an, revint émerveillé de l’avoir retrouvée). La pension constituait souvent une punition pour tous ces jeunes garçons. En écoutant mon seul orgueil, je m'étais puni moi-même.

Sportivement parlant, l'apprentissage ne s’avéra guère plus évident. J'étais le plus jeune, le plus petit et le plus frêle de tous les participants aux entraînements. Je devais me frotter (au sens figuré du terme, beaucoup plus rugueux) à des castards de 18 ans. Tâche pour le moins difficile quand on n’a pas encore entamé sa puberté. Cette situation m’embarrassait particulièrement au moment des douches. Certains mecs s’y exhibaient fièrement. Je les scrutais avec une certaine envie, celle de devenir moi aussi fier de mon corps. La sensation de malaise vis-à-vis de mon retard physiologique prédominait sur toute idée de désir.

C’est finalement en classe que mon intégration me parut la plus facile. Mon statut de « premier de classe », vis-à-vis duquel il existe toujours un certain respect, fut un allié précieux pour me rapprocher des autres bons élèves de la classe - qui ne m'ont jamais témoigné de jalousie. Parmi ceux-ci figurait Gérald avec qui je m’entendais bien (malgré qu’il ait préféré le foot au basket). Gérald avait compris que pour devenir amis, il fallait passer un cap, partager des moments communs. Au cours d’un voyage en car vers Paris, il me proposa de passer deux jours chez lui lors du congé qui suivait. Cette proposition m'honora - vu la distance que je me forçais à mettre dans toute relation interpersonnelle. Mais très vite, la peur m'envahit : celle de me retrouver à nouveau dans un milieu inconnu et donc a priori hostile, la crainte de m’y sentir mal à l'aise et d’ainsi donner l'impression que je ne valais pas la peine d'être invité. Le manque de confiance en moi constituait un obstacle insurmontable pour créer des relations d’amitié. J’évitais les relations trop proches de peur qu’on ne remarque ma vacuité. La hantise d'un rejet s’avérait toujours plus forte que tout désir de contact plus intime.
Paniqué, je ne trouvai rien d'autre pour que Gérald ne m’invite pas que de me moquer de lui tout au long du trajet. La démarche porta ses fruits : il se mit à pleurer et il n'aborda plus jamais le sujet par la suite.

Cette année demeura à mes yeux la plus marquante, la plus déroutante de mon adolescence. J'y vécus d’un côté de grands moments de solitude et de l’autre quelques fulgurances de bonheur dans cette vie de communauté. Comme si l'imprévu pouvait surgir à tout moment et ainsi réserver des découvertes intéressantes, enrichissantes. Le défi auquel j'étais confronté au sein de cet internat, dans cette confrontation directe avec un monde sans protection, consistait à accroître ma résistance vis-à-vis de l’environnement extérieur souvent hostile à mes yeux et m'ouvrir aux opportunités de découverte du monde.
Ce départ loin de chez moi aurait pu constituer un virage et un nouveau départ dans ma vie. Il n’a finalement représenté qu’une parenthèse de ma vie. Très tôt dans l'année, je m'étais résolu à retourner vivre chez mes parents, au grand dam de la direction du sport-études, toute heureuse de trouver à travers moi l’image d’une possible réussite dans la combinaison sport et études (ce qui était très rare, voire quasi inexistant).
Le poids de la solitude, de l'insécurité affective s’était avéré trop lourd à porter pour moi. Par ailleurs, je pris conscience pour la première fois de ma vie que ma motivation pour le basket n'était pas illimitée: s'entraîner tous les soirs avaient fini par me lasser, je n'y prenais plus autant de plaisir. Je n'étais ni cet acharné prêt à tout sacrifier pour le basket, ni ce battant capable de tout braver pour réussir. Sur le plan sportif, il s'agissait là bien d'un tournant.

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"Un homme, un vrai" (une vie antérieure Part 2)

Il existe sans doute autant de portes d’entrée de l’adolescence qu’il n’ y a d’adolescents. Il serait certes possible de l’aborder par un biais plus objectif, par exemple la puberté. Vu son déclenchement tardif chez moi, je situerais subjectivement le point de départ de mon adolescence à un événement personnel bien précis :  mon premier baiser.
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Les filles ne m’avaient jamais intéressé jusque mes 14 ans. Pendant mes années primaires, j’entendais mes copains de classe et de sport en parler (sans pour autant vraiment passer à l’acte). Avec l’éveil de la puberté, ce sujet revint encore davantage dans les discussions, avec les premières expériences (juste des petits flirts) que chacun s’empressait fièrement d’étaler en public. Inévitablement, une scission virtuelle se formait entre ceux qui avaient déjà embrassé une fille et les autres. A qui l’on posait la question fatidique: « tu es déjà sorti avec une fille ? ». Répondre non, c’était s’exposer à être traité de puceau, de coincé, de peureux, bref de tout sauf un vrai mec. Chez les ado, les relations de pouvoir jouent aussi intensément que chez les adultes et les aventures amoureuses constituent un élément important de légitimité (le chef de bande dispose toujours d’une belle fille à ses côtés et apparaît obligatoirement comme un séducteur). Le mensonge n’a jamais vraiment fait partie de mon univers. Comme tout le monde, j’ai menti mais je me suis toujours senti mal à l’aise face à lui. Je me rappelle avoir triché cette année-là lors d’un petit examen de biologie. J’avais très mal préparé ce cours et la matière ne me passionnait pas. Mon voisin, lui, voulait devenir médecin ou vétérinaire. J’avais donc profité, lors de cette rare fois, de ses connaissances. Ce souvenir finalement très anodin resté dans ma mémoire illustre le mal-être que j’entretenais déjà avec le mensonge. Il ne me paraissait dès lors pas possible de continuer à répondre oui à cette question sans être en phase avec moi-même. Je devais donc m’intéresser aux filles et surtout sortir avec une d’entre elles.
Je n'en rencontrais cependant guère à cette époque, pénalisé par la non-mixité de mon école et accaparé par le basket lors de mes temps libres. Ma sœur (de 3 ans mon aînée) se révéla une excellente entremetteuse. Au courant de mon intérêt soudain pour les filles, elle me vanta la beauté de la sœur de sa meilleure amie et me procura sa photo - tout en envoyant la mienne en échange. Anne-Sophie paraissait une jeune fille mince et jolie. Elle aussi me trouvait mignon, semblait-il. Elle constituait visiblement un choix idéal. Sous la pression de nos sœurs, nous nous échangeâmes quelques lettres dans lesquelles nous parlions un peu de nous, de notre désir de rencontre. Bizarrement, une relation virtuelle s’ébauchait à l’image de celle entretenue par des célibataires d'une agence matrimoniale ou même des internautes dans l’attente d’une rencontre "en chair et en os". Je conservais la photo et les lettres d’Anne-Sophie dans un cahier scolaire. J’avais parfois envie de les exhiber en classe, juste pour frimer mais je préférais rester discret tant que rien ne s’était passé entre nous. Il fallut attendre l’été pour que je finisse par la rencontrer lors d’un dîner à la maison avec nos parents respectifs.

A leur arrivée, je découvre une Anne-Sophie conforme à mes attentes, peut-être un peu plus grande, et ma foi fort jolie. Nous nous échangeons quelques regards timides, sans oser nous parler. Pendant la première partie de la soirée, elle joue d’ailleurs son indifférente. Ce premier contact en chair et en os paraît mal engagé. C’est au moment où l’ennui me gagne que j’entends soudain ses parents me proposer de les accompagner pour passer quelques jours chez eux. Comme une sirène d’alarme, cette demande m’inquiète : je me sens bien dans mon petit cocon familial et tout séjour à l’extérieur me met mal à l’aise. Je ne peux toutefois plus reculer et me résous à accepter cette invitation.

Je dispose désormais de temps pour arriver à mes fins. Mais l’impatience me gagne. Je ne veux pas laisser traîner les choses. Au plus vite je l’embrasse, au mieux je me sentirai.

A la fin du repas, plus détendu, je propose à Anne-Sophie de rejoindre ma chambre. Je lui fais écouter un peu de musique, nous discutons de quelques banalités. L’exiguïté du lieu a beau nous rapprocher physiquement, je ne sais trop comment faire le premier pas, braver ma timidité. Lorsqu’elle s’assied sur mon lit à mes côtés, je sens le moment propice. Je lui mets un bras autour du cou pour ensuite tenter de l’embrasser. Pauvre de moi. Ma démarche maladroite provoque chez elle pour seule réaction un rire sarcastique: je fais preuve d’un manque cruel d’originalité à son goût. Certes elle a raison : je ne dispose d’aucune expérience en la matière. Et manifestement, il en va tout autrement pour elle : elle me confie qu’elle a déjà embrassé bon nombre de garçons. Je sens la pression augmenter sur mes frêles épaules et comme souvent en pareil cas, je bats en retraite. Sa froideur, son manque de soutien me font regretter d’avoir répondu favorablement à leur invitation. C’est contrarié que je quitte la maison en fin de soirée en compagnie de sa famille.

Le lendemain, sous le soleil plombant du mois d’août, ma bonne humeur est revenue. Anne-Sophie multiplie les initiatives pour rendre mon séjour agréable. Je découvre les moindres recoins du village où ses parents ont élu domicile.

Au cours de l’après-midi, de retour dans la demeure familiale, nous nous amusons comme des ados de notre âge, avec au programme, une course-poursuite dans le jardin. Quand vient mon tour de la prendre en chasse, Anne-Sophie rejoint la maison, traverse différentes pièces pour aboutir dans un grenier illuminé par les rayons de soleil jaillissant au travers d’un vélux.

Réfugiée dans cette pièce sans issue, je la pense prise au piège. Elle rigole et va se coucher sur le lit situé dans le coin. Le contexte lourd de nos premiers échanges a complètement disparu. La légèreté du moment confère un certain romantisme propice au baiser. Le piège s’est désormais refermé sur moi. La mésaventure de la veille m’a cependant plongé dans le doute. J’hésite à saisir cette perche. Incertain, je m’approche d’Anne-Sophie, lui demande si elle veut que je l’embrasse. Rassuré par sa réponse, je pose mes lèvres sur les siennes avant d’appliquer consciencieusement les conseils précieux prodigués par ma sœur. La sensation physique de ce contact buccal me rappelle le jeu de « langue contre langue » pratiqué quelques années plus tôt avec ma sœur : une sorte d’électricité assez désagréable. Le baiser, ce moment magique du cinéma, revêt pour moi une forme assez dysharmonieuse. Il touche enfin à sa fin mais je ne la sens pas rassasiée. Surpris, je lui demande si elle veut recommencer. Au total, nous nous embrasserons à trois reprises, avant que je ne me relève et que nos activités ludiques ne se poursuivent.

Je ne sais pas si c’est l’expérience négative du baiser ou la perspective de devoir assumer une relation avec elle (sans doute les deux), toujours est-il que s’est rapidement imposée l’idée que je devais tout stopper immédiatement. Le courage me manqua ce jour-là pour lui dire que j’avais obtenu ce que je voulais et qu’il fallait en rester là. Je me prétendis malade pour échapper à une situation devenue incontrôlable. Le lendemain matin, mes parents vinrent me rechercher.

Le surlendemain avait lieu un tournoi de basket. Je revoyais ma soeur pour la première fois après mon départ. Entre deux matches, je lui racontai fièrement que je l’avais fait, j’avais embrassé Anne-Sophie. Lorsqu’elle me demanda quand je recommencerais, je ne lui répondis pas mais dans ma tête, cette problématique ne devait plus se poser avant des années (je pouvais toujours y repenser après mes 18 ans).
Pendant que nous discutions, quelques joueurs d’une équipe concurrente me scrutaient de manière envieuse, imaginant cette jolie fille plus âgée à mes côtés comme ma copine.
Ce jour-là, sans que cela ne concerne le basket, je me sentis fort et fier…
« Un homme, un vrai ».

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01 octobre 2004

"Un monde parfait" (une vie antérieure part 1)

« On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille ». Naître sous une bonne étoile ou vivre en Occident, dans une famille unie, prendre les traits d’une jolie petite tête blonde, dotée d'un certain don pour les études (genre premier de classe) et le sport. Certes aussi mauvais perdant mais personne n'est parfait. Une aubaine pareille, on ne s’en plaint pas et pourtant…

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Studieux. Comment pouvait-il en être autrement avec des parents enseignants ?  Un environnement favorable à une réussite scolaire que je m’ingéniais à traduire en perfection.
Les professeurs formulaient à mon encontre un seul reproche: une incapacité à tenir en place. Une nervosité que je tentais de canaliser en pratiquant du basket, un virus transmis très tôt par mon père. Je lui consacrais la plupart de mes temps libres. A l’entraînement ou le plus souvent seul, dans la cour de notre maison. Je m‘amusais à rejouer des matches, m’attribuant tous les rôles de l’une ou l’autre équipe.

Malgré un déficit en  taille comparé à mes camarades (j’étais désespérément le plus petit de mon équipe), je me distinguais par ma technique de balle et ma rapidité ainsi qu'une certaine maturité pour mon âge. Le sport, quand on le pratique avec réussite, constitue une source de fierté et surtout de confiance en soi. Un élément non négligeable pour moi, l’éternel timide. Quand je me produisais sur un terrain, je ressemblais à ce comédien discret qui se lâche sur scène. Je demeurais, en dehors, régulièrement en position de retrait, souvent mal à l'aise dans le contact humain. J'acquis ainsi assez tôt un rôle d'observateur de la vie, laissant celui d'acteur à mes coéquipiers. Je les considérais parfois comme un peu « gamins » mais dans le même temps, leur côté cool, leur facilité à déconner en public, à ignorer la moquerie, à ne pas redouter le regard de l'autre me fascinaient.

Nous formions, avec quelques copains de classe, une solide équipe, remportant régulièrement les titres de champion provincial dans notre catégorie. Quelques fois par an, nous livrions quelques parties épiques face aux adversaires les plus redoutables, avec son lot d’angoisse d’avant-match et de tension nerveuse durant la rencontre.  Cette dose d’adrénaline qui, une fois injectée dans votre sang, se transforme en un goût dont la recherche vous poursuit toute la vie durant.   

Le basket me procura des joies réelles, même si rarement extériorisées. Lors de ma douzième année, j’atteins le point culminant de ma « carrière sportive » en décrochant une place au sein de l’équipe nationale de ma catégorie (titre un peu trompeur car elle regroupait des joueurs de 6 des 10 provinces belges). J'en fus même désigné capitaine, un rôle confié sans doute en raison de mon côté sage. Cette sélection me permit de voyager notamment en France et en Suisse, dans le cadre de tournois internationaux.

Parmi les 10 sélectionnés, nous étions seulement deux issus de la même province. Je rencontrais souvent Michaël comme adversaire lors de matchs décisifs de notre compétition. Notre place quasi identique sur le terrain nous obligeait souvent à des duels directs. Nous nous respections en tant que leader de notre équipe respective, sans être amis pour autant.

Notre confrontation initiale remontait à notre première année en compétition. Nous avions alors 6 ans. Nos équipes respectives avaient remporté toutes leurs rencontres et nous les accueillions pour le match au sommet. Lorsque j’entrai ce jour-là dans le hall omnisport, 30 minutes avant le début de la rencontre, l’échauffement de nos adversaires du jour avait déjà débuté. Cette mise en forme précoce dévoilait clairement leurs intentions. Avant de rejoindre notre banc, j’observai avec minutie les forces en présence. Sur base de leur course, de leur dribble, je pouvais rapidement cerner quels joueurs constitueraient un danger pour notre équipe. Mon père, qui était aussi notre entraîneur, me confirma assez vite leur principal atout : un petit blond (certes plus grand que moi) au joli minois. Une démarche et une attitude de petite star en herbe, un caractère manifestement extraverti que j’allais admirer lors des années qui suivirent. Je me focalisai sur Michaël pendant un certain temps, tâchant de jauger son niveau. Lorsque, soudain, je croisai son regard. Un trouble singulier m’envahit, un émoi dont l’écho resta gravé dans ma mémoire, sans doute à jamais.

Une expérience du même genre se produisit quelques années plus tard lors d'un stage organisé durant les vacances scolaires. Dès le premier jour, j'avais remarqué les qualités affichées par un des participants. Un excellent joueur au visage fin et harmonieux duquel ressortait un grain de beauté à la commissure des lèvres. Cette caractéristique physique exerçait sur moi une attraction étrange. Il est probable que durant les premiers jours, en renard à l'affût de sa proie (le prix du meilleur joueur du tournoi), nous nous épiâmes mutuellement dans la plus grande discrétion. Jusqu’au quatrième jour au cours duquel, pour je ne sais quelle raison, Régis se mit soudain à pleurer. Profitant de cette occasion, je posai cette fois sans gêne mon regard dans sa direction. Quand il m'aperçut au bout de quelques secondes, il se produisit un curieux événement : Régis cessa instantanément de pleurer. Je demeurai interloqué par cette réaction. Sans en comprendre consciemment la portée, ce moment resta gravé en moi. Au-delà de l'émoi provoqué par sa propre personne, j'avais sans doute perçu comme un échange: en le détournant de sa douleur, mon regard l'avait clairement troublé.

Depuis, il m’est arrivé d’interpréter ce trouble (il ne s'agissait de rien de plus à ce moment-là) comme un premier signe de désir envers les garçons. Et de me demander si la tension potentielle entre cet émoi et la « norme » qui ne l'accepte pas n'a pas traversé mon adolescence de manière sous-jacente, influençant au passage mon caractère, ma personnalité…

Posté par Morrissey à 22:38 - Une vie antérieure (récit d'adolescence) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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