14 août 2007
Etain, rien d'éteint

C'est
l'honneur des chiffres ronds ou peut-être ici de l'apparition du double
chiffre. 10 ans. Un tiers de ma vie grosso modo, celle qui compte. Un
sentiment de fierté lié au chemin parcouru et à la réussite sociale (à portée
illustrative?) germe peut-être dans mes pensées mais l'envie de contourner les
sillages de la normalité me taraude.
10 ans
d'une intimité réduite symboliquement à nos deux êtres mais qui exploserait
dans son confinement intrinsèque. Nos rêves, nos désirs débordent constamment
la surface étouffante du couple qui elle-même prévient de l'asphyxie du mode
solitaire. Régulièrement, nous nous éprenons de nouvelles chimères, nous
balisons de nouvelles directions, ici ou ailleurs, ensemble ou dans une
trajectoire individuelle, dans les tréfonds d'un rêve inachevé ou l'ébauche
d'un projet en gestation. Des paysages, des visages, des horizons, des âmes,
des mots, des sourires transcendent nos vies, les prolongent, les densifient,
les réalisent.
La
structure bicéphale s'ouvre à tous les ports avant de retrouver sa jetée
originelle, figure familière rassurante. Irrémédiablement je me retourne pour
guetter ses pas, sa présence, les marques de tendresse et d'affection qui
guident mes audaces, stimulent mon ambitieux programme de déconstruction de toute
situation trop figée. Je me déploie à son contact et nulle autre façon ne
pourrait ainsi y contribuer. Je partage avec lui un même destin, parcours un même voyage
et il est le seul avec qui je puisse l'entreprendre.
Dans quelques heures, nous rejoindrons sans doute le lieu qui consacra la fin de nos célibats. Nous imaginerons le parcours accompli, seul, à deux ou avec les protagonistes de notre aventure. Nous éprouverons ce lien puissant qui ne recule que devant le respect de nos libertés respectives. Je tiendrai à nouveau cette main qui ne me lâche pas, bienveillante et protectrice sous des dehors dispersés. A cet instant, dans une dilution de l'espace-temps, notre histoire ne redoutera plus qu'une date, le jour où l'un de nous haïra la mort.
13 mars 2007
Célibat ou le coeur bat
Il s’agit peut-être d’une impression
prématurée mais j’ai éprouvé, récemment et pour la première fois, le sentiment
de m’être affranchi d’une certaine dépendance vis-à-vis de la vie à deux. Une
forme d’émancipation personnelle, d’autonomisation qui modifie de facto mon
rapport au couple et ouvre la voie à des choix sans doute plus purs, plus
authentiques.
Cette perception nouvelle ne signifie
pas pour autant que j’ai intégré la dimension émotionnelle de la vie de
célibataire. La semaine dernière, L. à l’étranger pour raisons
professionnelles, je me suis retrouvé seul à la maison. Des journées à errer
dans mon propre univers, certes prêt à m’ouvrir aux autres, à l’information, au
matériel fictionnel écrit ou télévisuel, mais envahi au final par un lourd
sentiment d’être délaissé affectivement.
Comment un célibataire parvient-il à
gérer une telle situation dans la durée ? Je m’avance sans doute trop
rapidement en formulant cette question. Tout le monde ne fonctionne pas comme
moi et je manque par ailleurs résolument de recul et d’expérience dans ce
domaine.
Beaucoup de gens qui n’ont pas choisi volontairement d’être seul sont
probablement animés par un réflexe de l’ordre de la survie conditionnant leurs
réactions émotives, moins extrêmes que la mienne. J’imagine également que le passage au célibat réclamerait une
très logique période d’adaptation pour recomposer sa façon de vivre, de
percevoir les choses avant de dégager de nouvelles perspectives.
Cette nouvelle vie deviendrait-elle
alors le réceptacle d’expériences exaltantes car inattendues, le préalable
idéal à une sensibilité des plus intenses, à la créativité la plus
fertile?
Ou serait-elle seulement cette étape
intermédiaire vers la vie à deux toujours tant recherchée ou dans le pire des
cas, un lent et désespérant cheminement vers la mort ?
Je me sens bien démuni à propos de cette réflexion où je laisse transparaître
pas mal de naïveté sans doute. Je perçois néanmoins au fonds de moi un fervent
partisan de la vie de couple. Que ce soit pour ressentir la force constante
d’un échange affectif (souvent implicite d’ailleurs) ou pour égayer un
quotidien bien triste lors du retour seul chez soi le soir ou au moment de
fermer la lumière sans pouvoir souhaiter bonne nuit. Un peu comme si la
présence d’un autre (qui est naturellement bien plus que le rôle auquel je le
confine ici) attestait de notre matérialité dans ce bas monde, y justifiait
notre présence, en fournissait l’essence même.
Ces mots me sont infiniment
personnels mais en jetant un coup d’œil par la fenêtre aux maisons voisines, je
devine tout de même les larmes cachées derrière des rideaux qui ne protègent en
fait que de l’image de solitude que renverrait leur intérieur.
05 mars 2007
Une simple mélodie
Si je te paraphrasais, je dirais qu’il s’agit d’une
mauvaise passe. J’utiliserais plutôt le terme de tensions de mon côté.
Je comprends ton désarroi, tu n’as
rien vu venir et tout ce qui se passe émane de ma propre initiative. Je ne reconnais
aucune faute ni à l’un, ni à l’autre. Je porte juste un constat. Nous savons
d’ailleurs que la vie à deux est un exercice permanent de questionnement sur le
bien-fondé de cette union et sur la forme qu’elle doit adopter.
Pour tenter de se comprendre, nous
cherchons ces derniers temps un espace adéquat de communication. Devant
l’abondance de signes parfois trompeurs, de mots mal réfléchis qui accompagnent
(et plombent) l’expression orale, nous dialoguons essentiellement par écrit. Je
connais la chanson, avec ce blog, même si les articles ne te sont jamais
vraiment destinés.
Pour alimenter notre point de vue,
nous piochons aussi à l’extérieur les avis des uns et des autres. Ma psy m’a
apporté à ce titre un éclairage intéressant. Selon elle, l’amour ne pourrait pas s’exprimer dans un couple
fusionnel. Le partenaire y serait considéré comme un prolongement de soi,
englobé dans son propre espace. Il ne serait ainsi pas possible de l’aimer en
tant qu’autre que soi. Le véritable amour se matérialiserait au contraire par
la décision d’entrer dans un projet de vie commun - alors qu’on pourrait très
bien vivre seul, conjonction de deux univers dont certains aspects restent
inaccessibles à l’autre.
Cette vision ouvre aussi la voie à des
perspectives alléchantes (intellectuellement) dans la manière d’imaginer le
couple, en créant de nouvelles formes de vie en commun, davantage sur mesure,
comme par
exemple des partenaires n'habitant pas forcément la même ville, voire le même
pays ou au contraire partageant le même appartement tout en s'autorisant des
aventures affectives extérieures.
Choisir
ces cas extrêmes, où les frontières entre l'amour, l'amitié, la cohabitation
deviennent parfois plus floues, traduit sans doute le léger doute qui m’habite
quant à l’authenticité du lien entre les conjoints dans certaines de ces
configurations.
Cette conception du couple, je la trouve finalement très adulte. Avec l’âme
adolescente qui persiste au fonds de moi, j’y vois avant tout de la raison, de
la mesure et probablement un déficit apparent d’émotionnel. C’est bizarre
d’ailleurs ce paradoxe entre mon (notre) côté réfractaire à l’aspect fleur
bleue d’une relation et notre vision assez empreinte de romantisme du
couple dont la beauté résiderait dans cette complicité fière, puissante et
rassurante, cette force inscrite l’intérieur de soi qui accompagnerait chacune
de ses démarches.
Je ne
peux cependant pas (plus ?) nier les difficultés relatives à la dimension
fusionnelle. Elle se heurte notamment à la notion de liberté individuelle dont la nature
anarchique tend à déborder le cadre institué entre les deux parties.
Evidemment, certaines personnes se satisfont d'une vie de famille classique où
le partenaire (et les enfants) comble(nt) l'essentiel de leurs attentes. Mais
lorsqu’on considère le quotidien sous l'angle d'un questionnement, d’un
renouvellement constant de ses désirs, par pure ambition existentielle (ainsi
devrais-je définir la mienne), le dilemme finit par se poser.
Aujourd’hui, je profite encore de ma jeunesse et je m'étonne même d'être
visiblement toujours dans ce qu'on appelle la force de l'âge, cette maturité
physique et mentale qui plaît d’ailleurs à de nouvelles catégories de
personnes. Je voudrais que ce moment dure, que cette réalité s'inscrive avec
vigueur dans ma mémoire. Que cette période constitue une deuxième adolescence –
ou remplace la première pour être plus exact – avec l'occasion de vibrer à
satiété des privilèges qui me sont offerts. Le temps presse, je voudrais aimer,
me faire aimer, approcher ces visages et ces corps attractifs avant qu’ils
ignorent même ma présence. Qui se souviendra de nous sinon tous les passagers
de notre existence?
De tels désirs relèvent parfois du narcissisme pur, d'une cure renforcée de
confiance en soi ou simplement d’un romantisme affectif, bien plus fort et
durable que le sexe (tu as bien raison, le plaisir sexuel est surfait).
Cet émoi sentimental s’impose à soi d’autant plus que le couple présente
(forcément) certaines faiblesses et qu’il a (logiquement) perdu l’étincelle de
sa genèse. Ces sentiments indicibles de légèreté qui en rythment les premiers
mois. Ces pépites dans les yeux de l'autre, les nôtres en les croisant. Cette
indécision face à l'inconnu dont on ne connaît pas par cœur les faits et les
gestes, ni le mode de pensée. La joie de vivre l'intensité d’une aventure
affective. La reconnaissance vibrante de plaire.
Face au tourbillon émotif que la nouveauté génère, je pourrais renoncer à tout
notre acquis et succomber à ces coups de cœurs en me laissant transporter de
l'un à l'autre (au risque de constater l’échec de ne pas m'être arrêté un
jour), me tenir au contraire à distance
de ce que certains nommeront de la poudre aux yeux en cherchant alors des
substituts (de l'art, du sexe?) ou bien cumuler les deux dans un accord partagé
au niveau du couple.
Au fonds, cette dernière option sous-tend le glissement du couple fusionnel
vers le couple de type plus adulte exprimé ci-dessus. Cette transition semble
pour le moins complexe dans la mesure où la jalousie, la possessivité font
partie intégrante du couple unitaire tandis que le doute s’installe sur
la capacité de pouvoir aimer l’autre de la même manière en changeant ainsi les
règles (avec l’impression sans doute fausse de reléguer l’autre comme un simple
refuge, en bafouant l’exclusivité sentimentale qu’il est censé incarner).
Une porte s’est ouverte
aujourd’hui (nous connaissions les risques de certains de nos choix) et il est
difficile pour moi de la refermer sous peine de perdre la sensation de liberté
(qui n’apparaît que lorsqu’on prend conscience des limites sous-jacentes). Je
voudrais pouvoir ressentir ces autres flux émotionnels, parfois même sans le
contrôle de ton regard, imaginer un horizon de possibles au sein même de
la configuration du couple et non uniquement en dehors.
Tous
les désirs ne peuvent se réaliser, j’en suis conscient. Je voudrais juste
transformer aujourd’hui certains sentiments en amitié forte et sans doute
courte, au moins dans la forme intense qu'elle peut prendre actuellement. Me
laisser guider par ce souffle, l’éprouver, le malaxer pour en sortir une forme
acceptable et honnête pour tous avant que le temps ne ternisse l’aura des
premiers instants.
La vie
est courte et je voudrais qu’elle m'emmène au bout du chemin, dans sa nébuleuse
douceur. J’aimerais connaître la
sagesse mais elle ne m'appartiendra sans doute jamais, réservée à d’autres. Je
ne peux dès lors détourner mon regard de ces champs de liberté. Ne me demande
pas de prendre position pour l’une ou l’autre solution radicale, il n'est pas
question pour moi d'effectuer de choix de ce type et je serais prêt à tout
briser pour ne pas le poser (une affaire de respiration avant tout).
Laisse-moi porter cette bougie jusqu'à ce qu’elle se soit entièrement consumée.
Ne crains rien pour toi, pour nous, ta petite mélodie résonne encore en moi -
on ne se lasse pas si vite des bons refrains même imparfaits. J’ai
d’ailleurs déjà accompli un choix, le seul qui compte vraiment, celui de
partager ma vie encore avec toi. Il sera bien temps demain de constater où
notre destin nous mènera.
09 février 2007
Personne n'est parfait
Si
l'émotion traverse nos vies, que devons-nous faire de son trop-plein ?
Il arrive à certains moments de se laisser absorber par une fragilité
intérieure, dans une période que l’on pourrait qualifier de mélancolique où
affleurent les sentiments les plus divers dans une exacerbation radicale.
Décentré de son équilibre émotionnel, on y expose son cœur à vif et cette
anarchie affective peut provoquer des remous qu’il n’apparaît plus possible de
maîtriser.
N’est-il pas préférable de vivre cet état seul, en arrachant les émotions en
simple spectateur de scènes de la vie quotidienne ou de la création artistique,
plutôt que s'immiscer dans l'arène humaine plus participative ?
L'envie de vivre le contact interpersonnel sous un jour plus intense
stimule autant qu'elle ne fait peur. Une forme de défense vise à nous protéger
des retombées incertaines en reculant face à cet investissement.
Et quand une pression externe contraint à nous extraire de cette bulle
intérieure, nous pénétrons dans un champ de couleurs plus vives qu’à
l’accoutumée, à l’acoustique renforcée amplifiant le moindre battement de cœur, propulsé au centre d’une toupie dont la vitesse de
rotation excessive finit par nous faire tourner la tête.
Mon
immersion vient de durer une semaine. Je me suis senti tour à tour excité
sexuellement, ému, brièvement serein, de nouveau sous l’emprise du désir. J'ai
deviné, inquiet, l’ombre de la mort en côtoyant la luxure. J'ai cherché à
renforcer la balance d’émotion positive. Je m'y suis perdu, plongé dans un trip
émotionnel qui m'a rapidement dépassé. J'ai aimé, j'ai aimé l'être. J'ai tenté
de reculer tout en avançant, j’ai perdu tout contrôle, j'ai pris peur, j'ai
fui. J’ai entendu la souffrance, j'ai pleuré. Longuement. Avant de m'endormir.
A mon
réveil, après 6 jours d’apnée dans cet espace chimérique, j'ai émergé. J’ai
aperçu la sortie et ses deux issues, dans un décor où l’éclat des couleurs
chaudes avait cédé le relais aux teintes blafardes. Le vent soufflait dans mon
dos, prêt à m’aspirer de nouveau mais bien emmitouflé, j’ai résisté tant bien
que mal. J’ai gardé les yeux rivés sur cette bipolarité. Je n'ai pas bougé, je
n’ai pas eu peur d’attendre le crépuscule du 7ème jour avant de rejoindre la
voie que j’avais décidé d’emprunter.
L. se
trouvait là, raide, inexpressif, presque indifférent dans un réflexe d’animal
blessé. J'ai amorcé le dialogue, j'ai tenté - sans succès - de réformer avec lui
la vie qui nous attendait derrière cette porte. Qu’importe, j’avais fait mon
choix. Poursuivre cette vie globalement heureuse, bien que percée par cette
faille éternelle, issue du passé et que le temps n'a jamais pu effacer, cette
irréconciliable brisure qui contamine tout partage de tendresse au point de
vouloir l’éprouver dans les bras d'autres garçons par temps de mélancolie.
J’ai préféré renoncer à cet autre chemin où
se dessinait à l’arrière-plan l’esquisse d’une silhouette troublante et
émouvante, à la jeunesse soudain trop angoissante. Je risquais de perdre cette
force que L. me transmet au quotidien, ce halo de vie positive qu'il éclaire en
permanence même quand je voudrais qu'il l'éteigne avec moi à certains moments.
J'ai
fermé les yeux. J'ai pris sa main. Nous avons regardé devant nous. Des vacances
tout d’abord, avant un nouveau bout de chemin à l’horizon désormais plus
incertain.
27 septembre 2006
Impression post-vacances (fin enfin!)
Comment organiser la vie à deux après des vacances à Ibiza?
Cette question, posée de l'extérieur, ne s'est pas réellement imposée en interne. Non par manque d'à-propos (bien au contraire), mais l'expérience accumulée au fil des années préserve des interrogations inquiètes et place toute sa confiance au processus souterrain mis en place naturellement au sein du couple.
Sans doute plus qu'ailleurs (mais à l'exception des voyages romantiques, n'est-ce finalement pas le cas de beaucoup de destinations de vacances en couple ?), l'environnement ibizien, ensoleillé et fêtard, apparaît comme un appel au plaisir solitaire, invitant chacun à jouir de ses charmes, en parallèle, sans fusion opérable.
N'est-on pas venu chercher le soleil (à l'effet hâlé toujours rafraîchissant pour le corps et reposant pour l'organisme), les sorties (et la joie personnelle de danser sur une musique à son goût, dans une réelle ambiance festive) et les opportunités de séduction (quête toujours foncièrement individuelle)?
Lors des premiers jours suivant le retour, chacun s'est retrouvé seul face à son vécu et au sentiment de rupture inéluctable de son quotidien.
Une première agrégation s'opère cependant déjà lors de l'évocation des souvenirs à l'attention de ses amis.
Puis au fil des jours, on se retourne plus volontiers l'un vers l'autre. On débusque une parcelle d'harmonie dans le jardin intime partagé avec son partenaire et les visages caressés du regard ou les corps effleurés durant le séjour paraissent soudain si étrangers, si dispensables. On réalise que toute cette part de plaisir vécue presque innocemment n'aurait pu se produire sans l'autre, sa présence, son assentiment, une confiance réciproque. Que le bonheur pur, sans les complications de l'affectif toujours plus fragile lorsqu'il doit s'assumer seul, résulte aussi de cette complicité tacite à vivre individuellement le souffle vibrant du cours des événements.
Certains couples privilégient la liberté en leur sein par l'éloignement, l'accomplissement de leurs envies, leurs désirs dans leur pré-carré respectif. En privilégiant une proximité récurrente, il nous a fallu intégrer ce souci d'évasion dans le champ de notre espace commun.
Une ouverture à l'individualité qui finit tôt ou tard, sans peine, ni reproche, par se confondre en une unité sincère.
Constater lors de l'une de ces retrouvailles, d'un œil attendri, un minuscule trait de vieillissement sur le visage de sa moitié. Et par cette faiblesse touchante soudain décelée, imaginer tout aussi inopinément que vieillir ensemble puisse constituer un bonheur à ses côtés.
15 janvier 2006
Un vendredi hivernal
Un vendredi froid et triste comme seuls peuvent nous le réserver janvier et février. Ce soir, L. se rendra à la fête de nouvel an de son employeur. Sa présence en fin d’après-midi perturbe mes prédispositions anticipatives : mon esprit s’est déjà préparé à une soirée solitaire. A peine m’a-t-il rejoint dans la voiture qu’il s’engueule avec un flic, évitant de peu une contravention. Le calme escompté vire à l’aigreur d’estomac. Il veut parler boulot, je souhaite me contenter d’un silence assisté. Un soupçon de conflit larvé traverse les deux heures qui précèdent son départ. Je me suis réfugié sur le net. Il estime que je le délaisse. Certes je l’évite mais au fonds de moi, j’aspire à de l’échange affectif. Le moment ne paraît cependant pas opportun avec lui.
Le baiser furtif avant son départ sonne faux et ne parvient pas à combler la distance. Je l’aperçois de dos, la main sur la poignée. Je ne réagis pas, laissant échapper l’opportunité d’un rattrapage sur le pas de la porte. Je respecte la fatalité de ces moments où les ondes se brouillent et dont la seule issue consiste à renoncer à chercher la fréquence. En attendant que les câbles, dans une résurgence du souvenir de leurs liens passés, se reconnectent par magie pour assurer une fluidité propice aux échanges.
20 minutes plus tard, le premier en souffrance, je lui envoie un message. Une demande impossible à formuler en sa présence quelques instants plus tôt et que je m’autorise par le biais du langage écrit. Je lui confie mon humeur en quelques mots : « Dis-moi que tu m’aimes ». La réponse se fait attendre. Peut-être n’a-t-il pas entendu la sonnerie.
Je traverse une de ces périodes où le plaisir des sorties, le défi des rencontres, le goût de l’espoir ont cédé leur place à la crainte du contact externe, à l’écran de fumée noire sur tout projet à court terme, à ce besoin infini d’affection, de marques de reconnaissance.
Je tente d’échapper au vide angoissant d’une soirée mal engagée. J’envoie un court texto à un ami dont je suis sans nouvelles depuis une dizaine de jours. Sans réponse, je cherche une présence ailleurs. Sur le net forcément. Je chatte en conservant le masque de la sérénité et de la jovialité. Je ne réclame pas le moindre apitoiement.
Le moment paraît idéal pour rêvasser devant un épisode de Six Feet Under. Je connais le chemin - je l’ai déjà emprunté - menant vers la magnificence des émotions tristes et intimes, cette plongée dans la psychanalyse des sentiments humains que mon cœur grand ouvert, assorti d’une empathie évidente, peut assimiler sans trop de peine. Il convient juste de jouer le jeu, d’aller au devant de sa fragilité pour entrer en contact avec ces personnages, leurs sentiments complexes, un peu les nôtres.
Moins d’une heure plus tard, je me poste à nouveau devant mon PC. L’ami à qui j’ai écrit un message s’est connecté sur msn. Je me demande s’il m’évite en ce moment. Je m’engage néanmoins dans une conversation brève et banale. Je suis prêt pour une fois à m’épancher sur mon état d’esprit. J’attends d’abord une réponse qui puisse en donner le coup d’envoi. Elle ne vient pas. Occasion ratée. Tristesse et désolation. Comme une mauvaise pioche, un choix du casting qui tourne au vinaigre. Veut-il vraiment de mon amitié, souhaite-t-il me confier la sienne ?
Je tente d’ignorer ces interrogations douloureuses en écoutant quelques morceaux mélancoliques. J’ai appris par le passé à en éprouver un certain plaisir. Je cherche une voix complice pour la circonstance. Je tombe aisément sur celle de Peter Walsh des « Apartments ». Avec elle, je peux faire sauter les verrous du contrôle social de l’âme. Son timbre parvient à déchirer l’artifice du bien-être, extirper les failles de l’être pour laisser la douce tristesse s’exprimer enfin sans barrière.
Un double bip retentit. Un message de 5 mots. « je t’aime mon amour ».
Même s'il ne comprend pas vraiment mes vagues à l'âme, je ne me sens plus tout-à-fait seul…
29 décembre 2005
Noël : Acte 3
Depuis quelques jours, à l'approche des fêtes et de ses traditionnels présents, je me suis progressivement habitué à admettre cette vérité : cette année sera consacrée moins au bonheur de recevoir des cadeaux qu'à celui d’en donner. Point de subite révélation mystico-catho, juste une simple envie altruiste dans le prolongement de mon état d’esprit actuel. Le cadeau commun de mes parents que j’ai proposé plaira davantage à L. et celui venant de ma part à son attention sera plus conséquent qu’habituellement: je lui offre une bonne partie de nos vacances d’hiver au soleil.
Le jour J est arrivé. L. nous a rejoint ce dimanche. Je brûle d'impatience de lui offrir cette biographie de Nina Simone qui dissimule à l'intérieur le petit mot révélant la véritable nature du cadeau. J'ai voulu rester discret, seule ma mère est au courant mais sans y porter attention immédiatement, toute ma famille s’est réunie pour surveiller le déballage.
En découvrant la teneur de mon geste, L. semble gêné. Il se contente de me remercier du bout des lèvres. Tout au long de la soirée, il gardera ses distances. Le lendemain soir, il m'avouera son éternelle difficulté à pouvoir remercier avant d'avancer une explication plus judicieuse sur son comportement. Il lâche plusieurs mots. Je n’en retiens qu’un, le plus blessant : "humiliation". Je m'étais apprêté à partager sa joie, me voilà confronté à des raisonnements psychologiques que j'avais totalement occultés. Tout un pan de notre relation, de sa personnalité s'exprime dans ces murmures de désapprobation.
Bien que la situation actuelle s'en écarte inéluctablement, il subsiste de manière implicite dans nos inconscients respectifs une représentation paternaliste de notre relation telle qu'elle a pu exister durant les premiers mois de notre union: dans sa tête, il occupe le rôle de celui qui transmet et je demeure celui qui reçoit.
Dans une forme de prolongement, il paraît vexé que ce soit moi (et non lui) qui lui offre le plus gros cadeau, plus particulièrement devant ma famille, moins « aisée » que la sienne. Anormal à son goût. Lui qui aime parader avec un brin de snobisme en semant ça et là dans les discussions quelques indices sur le luxe qui a accompagné (ou accompagne toujours) la vie de sa famille, se sent touché dans son égo.
Il pousse le bouchon (trop loin, Maurice !) jusqu'à affirmer qu'il préfèrerait ne pas partir en vacances que d'accepter ce cadeau qui l'oblige selon lui (dans un élan irréfléchi d'indépendance) à devenir redevable de quelque chose. Dans son esprit, j'ai indirectement voulu m’adjuger la main-mise sur notre relation de pouvoir, avec la perspective de négocier à ma convenance toute une série de conflits via ce biais monétaire.
Je me sens vexé et immensément déçu par sa réaction. Je me retrouve dans le peau de celui qui doit se justifier pour un geste de pure générosité. Je voudrais juste qu’il prenne ce cadeau pour ce qu’il est : un acte de foi dans notre couple, une preuve de solidarité qui s’exprime aujourd'hui dans un sens avant, qui sait, d'intervenir plus tard dans l'autre.
Devrais-me lui confier, par pure provocation, la visée finale de mon entreprise: la convoitise de son héritage familial, comme dans les meilleurs soaps? Une façon de nous remettre à niveau non pas dans l’altruisme mais bien par la vilenie des relations sociales intéressées.
Je me résous à prôner la patience. Il s'y fera. Seul le fonds subsistera au final même si la forme aura été gâchée.
Au diable toute résolution de l'année nouvelle nous concernant. Les mots imprévisible et conflictuel resteront arrimés à notre coque. Une barque qui tangue de temps à autre en eaux troubles mais qui dispose d’un gouvernail encore solide…
2006, here we come!
19 août 2005
Coquelicot
Quiétude.
Un mot auquel j’aspirais depuis quelques temps et dont j'ai enfin pu mesurer la portée depuis jeudi soir. Un usage sans doute momentané mais après tant d’angoisse, il me convient. Un peu d’inertie, un certain sens du retrait que j'emprunte avec une légèreté tellement bienvenue.
Puisqu’il faut tout de même s’armer de projets pour vivre, nous nous sommes attelés ce week-end à l’amorce de travaux domestiques. En planning depuis quelques mois, ils n’avaient pas connu de véritable avancée. Le timing paraissait enfin opportun pour y remédier. Nous voilà donc partis samedi chez Ikea.
Alors que nous déambulons, le caddy plein, dans les dernières allées du magasin, j’aperçois devant moi 3 mecs, gays de toute évidence. Je jette un coup d’œil dans leur direction, ils en font de même. Leurs têtes se retournent avec une telle constance que nous nous en amusons. J’ai tellement entendu parler de techniques de drague dans des endroits publics que je matérialise (enfin!) un peu mieux ce dont il s’agit. Sans doute nous manque-t-il encore le mode d’emploi car toute tentative de contact autre que visuel nous apparaît impossible, malgré les œillades appuyées du plus jeune et plus mignon du groupe.
Le lendemain, nous fêtons nos 8 ans de couple. Après le resto, nous avons programmé de sortir. Un vaste choix s’offre à nous en cette veille de jour férié. Nous pourrions nous replonger dans l’ambiance de notre premier baiser mais nous nous en abstenons. Il faut dire que cet endroit fut aussi le théâtre de ma récente mauvaise expérience. Je ne me sens pas prêt à y retourner et je n’en éprouve d’ailleurs aucune envie.
Dans la boîte qui a reçu notre préférence, nous croisons rapidement dans les couloirs un visage familier. Le hasard veut jouer les premiers rôles : il s’agit du garçon aperçu la veille chez Ikea. Le contexte semble manifestement plus propice au dialogue : il nous adresse la parole sans détour et n’hésite pas à nous draguer ouvertement.
Alors que je me réjouissais de ma quiétude récente, me voilà reparti dans l’esprit d'aventure. Je pourrais interrompre le cours des événements et évacuer ainsi tout nouveau doute potentiel. Mais ce serait oublier que notre vie s’est articulée notamment autour de ces rencontres. Y mettre fin sur un coup de tête reviendrait à remettre en question un certain équilibre au sein de notre couple.
L. pressent cependant mes doutes et m’interroge sur mes intentions. Vais-je arrêter de voyager vu les risques d’attentats terroristes, ne plus rouler en voiture pour éviter les fous du volant ? Je dois me raisonner, admettre que mes peurs confinent souvent à de la phobie. Ce garçon, étudiant en médecine, m’a l’air clean. Je ne veux pas rompre un mouvement naturel, résultat de coïncidences qui en appellent presque au destin, si loin des escapades sexuelles à l’efficacité imposée.
Je ne parviendrai sans doute pas à me détendre totalement et cet amant ne possédera peut-être pas la charge affective de Nez ou sexuelle de Alex (mais le jeu ne doit-il pas avoir lieu pour savoir s’il en valait la chandelle ?). Qu'importe, l’essentiel est de vivre, se laisser aller au gré des rencontres fugaces, sexuelles ou amicales, accueillir le flux désordonné des énergies environnantes et prendre au vol celles qui nous agréent.
Et puis les cadeaux d’anniversaire ne se refusent pas…
14 juillet 2005
Eternal sunshine?
Juillet, mois des vacances. Trop peu pour moi. Les collègues avec enfants sont absents, me laissant pour l’occasion leur part de travail. Il va de soi dès lors que le boulot accapare énormément de mon temps en ce moment. Je lance donc un appel pour l’année prochaine : personne ne peut me prêter un gosse pour l’été que j’ai de bonnes raisons de partir moi aussi ? Ou un gamin à adopter. Bon de ce côté, d’autres raisons me poussent à y voir un intérêt. Le débat en vigueur en Belgique a tendance à me rendre assez nerveux devant les arguments évoqués par les opposants à l’adoption par les couples gays et lesbiens. Mais c’est une autre histoire.
Le week-end dernier, j'ai pris un an de plus. Sans grosse fête contrairement aux autres années. Je n’en avais pas particulièrement envie et la détermination pour entamer les démarches m’a donc manqué. L. a bien tenté de mettre sur pied une soirée-surprise mais à cette période de l’année et en s’y prenant tard, l’initiative fut vaine.
Ma mère, en vacances en France, s’en est inquiétée. L’absence de fête s'expliquait forcément par une dispute avec L. L’anxiété, terreau d’une imagination fertile (je sais de quoi je parle et de qui je tiens).
Quoique. Après son coup de fil, nous nous sommes disputés deux fois. Avec pour résultat un verre cassé d’une part et un verre d’eau dans ma direction d’autre part. Il semble que la contradiction lui pose quelques problèmes tout comme mon peu d’entrain en matière d’activité domestique (je le concède mais cela vaut-il tant d’emportement ?). Un peu beaucoup en 3 jours. Mais quand on a pardonné le pire, tout cela paraît des peccadilles (même si je m’efforce de ne rien banaliser).
A ces événements susceptibles d’instaurer le doute quant à la force de notre couple s’est ajouté la péripétie « cinéma du soir ». Au programme de notre DVD : le magnifique « Eternal Sunshine of the spotless mind » de Michel Gondry. Le genre de film qui finit par vaincre vos défenses et vous submerger d’émotion. Au delà de son approche cinématographique convaincante, je me suis senti en phase avec l’idée que toute relation doit être vécue quelle qu’en soit l’issue, l’audace de revisiter les souvenirs - sans succomber à la nostalgie - par simple plaisir ou pour les détourner du sentiment négatif que des événements récents peuvent susciter. Et enfin cette vision d’une relation parsemée de hauts et de bas mais dont la force des moments forts surpasse tout autre souvenir.
A la fin du film, je me retourne vers L. pour lui demander son avis sur le film. Il m’assène soudainement : «j’ai bien aimé mais je me demande ce que je fais avec toi ». Il tente de m’expliquer : « ce n’est pas avec toi qu’on va courir sur la plage en hiver en s’envoyant des boules de neige ».
Je ne réponds pas. Oui et alors ? I am what I am. Ou plutôt, je suis ce que nous avons créé. Le produit d’une relation qui souffre sans doute de son romantisme bridé, de ses associations coupables « tendresse-faiblesse ». Comment distinguer la part naturelle (personnelle) de celle construite dans mon approche parfois distante, pudique du contact sentimental ?
J’en viens à me poser d’autres questions. Notre couple tient-il pour de mauvaises raisons (par la peur d’être seul, par manque de courage, par facilité) ? Ma croyance en notre couple est-elle plus forte que la sienne ?
Malgré ces interrogations, je reste convaincu qu’il finira par s’approcher de moi, posera ses bras autour de mon cou et me confiera, sans nous faire face, qu’il est idiot de dire des choses pareilles, que ces petits détails ne sont finalement pas si importants. Ses réactions spontanées, je les associe à une forme d’immaturité. Sous les draps de la distance apparente se tapit un amour qui se communique mal mais dont la flamme intérieure loin de se consumer vibre encore et toujours. Enfin je le crois.
Après tout, une histoire ne livre ses vérités qu’à la fin…
09 janvier 2005
Conversation d’un soir de traffic
O: Tu ne me témoignes jamais d’intérêt : savoir comment ma journée s’est passée,…
G : Tu sais, le boulot…
O : Tu n’as jamais un petit geste, une caresse…
G : (silence) Tu as raison. Ces gestes sont devenus étrangers chez moi. Avec notre continuelle relation de pouvoir.
O : Pourtant avec N., tu l’exprimais cette tendresse.
G : Lui, il se livrait totalement, sans arrière-pensée. Un tel geste n’était pour lui ni concession, ni faiblesse. Juste un partage, un échange où seul compte l'instant. Pas un enjeu comme avec toi.
O: Tu cherches à te dédouaner...
G: Non, ouvre les yeux. Tu as souffert dans tes relations passées. Au moment où tu livrais tes sentiments à tes ex-copains, ils t’avouaient qu’ils en aimaient un autre. Tu as associé l’expression de tes sentiments à une faiblesse à l'origine de leur réaction. Comme si en leur déclarant ouvertement ton amour, en le manifestant, tu leur avais donné l’impression que tu leur étaient acquis et c’est la raison pour laquelle ils se sont désintéressés de toi. Pour toi, seule la distance permet aujourd’hui de rester désirable...
O: Tu parles de moi mais c'est toi qui n'exprimes rien...
G: J'ai dû m'habituer à ton mode de fonctionnement, m'adapter à cette relation de pouvoir pour donner une chance à notre couple. J'ai beaucoup souffert au début de notre relation et j'ai dû me protéger. Et je dois toujours t'en vouloir pour les blessures que tu m'as infligées. Je suis resté avec toi mais pour rester en phase avec moi-même, j'ai dû lâcher quelque chose envers toi, j'ai sacrifié ma tendresse à ton égard.
O: Mais quitte-moi…
G: Toujours les grands mots, noirs ou blancs.
Je n'ai pas envie que l'absence de tendresse finisse par épuiser notre amour.
Car lui, il est toujours présent, j'en suis sûr. Tu sais que l'on compte l'un pour l'autre. Quand on est loin l'un de l'autre, on se manque. Quand on entrevoit la séparation (quelque soit la forme: la rupture, la mort), on se rend compte alors de l'amour qu'on se porte. On est prêt à tout pour défendre l'autre lorsque l'environnement extérieur devient hostile. Avec toi, j'ai l'impression de mieux braver les difficultés de la vie quotidienne. Sans doute pas encore assez : quand les événements extérieurs m'insécurisent, j’aimerais retrouver à la maison la paix, le réconfort. Pas tout le temps une lutte de pouvoir. Je ne cherche pas l'effusion béate des sentiments qui ne nous correspond pas mais simplement des gestes qui permettent de se sentir moins seul.
On ne sera jamais des romantiques (Dieu merci) mais souviens-toi, au début de notre relation, de cette chanson de Jay Jay Johanson "I fantasize of you". Avant de te rencontrer, je l'imaginais bien pour l'ouverture de mon mariage (je sais, j'avais de drôles d'idées à l'époque). Pas une chanson romantico-poubelle, juste un zeste de sensualité. Tu t’en souviens?
"Every night I go to sleep and begin to dream,
the story of my dream has got the same old theme:
it’s you, baby it’s you
Turn off the light
Sit down on the coach
Pour me a whiskey too
Take off your dress, I help you with that
I fantasize on you
The scents of your skin gets to my head
As the smoke from your cigarette do
With monk in the speakers and love in your eyes
I fantasize of you
I know I’m only dreaming
Of spending my life with you
But somehow I’m still believing
It all one day come true
The ice in my glass makes my lips so cold
As I kiss you from top to toe
You beg me to stop
But I know you want more
I fantasize of you"
Après tout ce temps, l'heure des fantasmes est révolue mais quelques mots font encore écho. Tout est encore possible (ça a même commencé)





