Mo's blog

Des choses à dire...

29 octobre 2007

J'ai enfin vu Brokeback Mountain

C'est l'un des nombreux paradoxes qui traversent toute vie : le cinéma exerce sur moi une fascination inversement proportionnelle à ma fréquentation des salles obscures. Cette constatation révèle sans doute certaines vérités sur moi-même. Au delà de la non maîtrise de l'environnement extérieur (une salle trop chaude ou trop froide, l'inconfort éventuel des sièges ou encore le bruit de pop-corn du voisin), je dois concéder une impatience qui s'accommode mal d'horaires prédéterminés et de l'impossibilité de pouvoir suspendre le temps lors de mes moments de distraction trop nombreux. Sans signifier mon point de vue sur le film, je consulte régulièrement le temps écoulé depuis le début d'un film (et donc celui qui reste à venir, comme s'il me tardait de passer à autre chose quand bien même je prendrais plaisir à le voir). Je suis en quelque sorte victime d'une réalité que je pourrais dénoncer par ailleurs : l'asservissement à la consommation rapide et aux séquences de hobbys plus courtes et la difficile concession à la lenteur permettant de prendre un recul bienvenu. J'en suis conscient et je me bats contre cette nature qui colle si bien à ma génération influencée par la jouissance immédiate (qu'internet prolonge indiscutablement).

A ce titre, le succès prodigieux des séries (auquel je succombe souvent) ne doit guère étonner. Certes, la qualité est désormais au rendez-vous et certaines séries déploient une évidente puissance formelle ou narrative (telle qu'elle peuvent prétendre aux titres d'œuvre). Mais plus commercialement parlant, ne tirent-elles pas avantage de la durée courte des épisodes et de la présence de personnages récurrents (qui dispense de s'identifier à de nouvelles figures) pour devenir le standard paresseux de consommation cinématographique. Bien sûr, pour beaucoup de gens, cela reste une distraction mais le triomphe des séries ne rend-il pas encore plus difficile la plongée dans des formats plus longs et plus audacieux ? Si je peux encore m'expliquer l'attraction pour une série habilement construite comme 24, comment ne pas voir dans Prison Break par exemple la concession à de la pure distraction, tirée d'ailleurs en longueur et accaparant de nombreuses soirées, au détriment forcément d'autres choses. Nous sommes dans une société d'abondance de tout (de loisirs comme de blogs) et notre choix imprime notre option face à la gestion de cet univers d'hyper-offre.

C'est peut-être d'ailleurs cette prise de conscience qui génère une angoisse chez moi : celle de ne pas pouvoir profiter de toutes les opportunités, de forcément gâcher quelque chose en n'y prenant pas part. Cette inflation réclame des choix sereins, sans regret et quiconque n'y parvient pas en souffre.
La raison a cependant ses vertus en tentant, dans la mesure du possible, de recadrer son esprit dans un champ idéologique idéal qui lui corresponde. J'essaie ainsi de réintroduire davantage d'art, de point de vue, de sens en imposant par exemple le long métrage au c
œur de mes soirées.

Avec décalage, je découvre en DVD les films qui ont parfois fait l'actualité au cours des derniers mois, voire des années auparavant. Avec ce délai, je perds une matière pour participer au débat public mais je peux également poser un avis dégagé du contexte médiatique. A tête reposée, j'ai pu me faire une idée de certains films qui avaient déclenché polémique ou avis contrastés (je n'ai ainsi toujours pas compris la quasi-unanimité qui a entouré l'indigent Amélie Poulain). Récemment, L. et moi avons regardé Brokeback Mountain, dont nous avions repoussé la vision de peur de découvrir un film trop sentimental fleur-bleu. Il a au contraire emporté toutes mes réticences.

Je suis étonné de la présentation qui fut faite du film. J'avais souvent entendu parler d'une histoire d'amour universelle, plus accessoirement homo, d'un film sans "propagande" (sic). Brokeback Mountain est pourtant bel et bien un film politique qui dénonce, avec tact certes, la force paralysante des valeurs morales des sociétés conservatrices face à l'homosexualité (cette histoire singulière, dans les magnifiques décors montagneux du Wyoming, est transposable à bien d'autres lieux encore de nos jours). Il réussit à nous prendre les tripes devant ces trajectoires gâchées. La véritable réussite du film réside à mon sens dans cette approche déchirante des effets du temps. Les rencontres périodiques des deux protagonistes traduisent la lente déchéance d'une vie quotidienne qui ne répond pas à leurs attentes et finit par altérer le plaisir des retrouvailles. La légèreté des premiers moments semble laisser la place à des moments, qui sont certes des bouffées d'oxygène, mais qui apparaissent figés, dans une pâle reconstitution des instants initiaux. Ang Lee semble nous rappeler que l'amour se décline sous deux aspects: le fonds (une fois que l'on aime quelqu'un fortement, ce sentiment est en quelque sorte éternel) et la forme (la vigueur d'un amour doit s'entretenir pour pouvoir le vivre en pratique). Et finalement seul le second appartient véritablement à la vie (le premier étant de l'ordre du transcendantal).

Dans le noir de la pièce, L. et moi nous sommes rapprochés à l'issue du film. Il y avait ce sentiment de déchirement face à la perte de l'être aimé qui demeure à chaque fois émouvant et transposable (l'universalité se trouve là sans doute) mais aussi la volonté de conjurer l'histoire du film. Personne ne peut bien heureusement nous empêcher de vivre notre union. Si ce n'est nous et l'incertitude de nos parcours individuels qui plane au sein du couple, peut-être de manière plus aigüe en ce moment. Lorsqu'on ne se forge pas un avenir individuel précis (comme c'est le cas pour nous deux, sur le plan professionnel et à propos de notre environnement géographique et social), on rend de facto les fondations du couple plus mouvantes. Loins de ces enjeux, Ellis et Jack peuvent alors nous servir à ouvrir ces yeux-là.

Ps: des deux acteurs du film, je n'avais retenu que le nom de Jake Gyllenhaal dans le brouhaha médiatique. Suis-je le seul à préférer Heath Ledger?

Posté par Morrissey à 19:38 - Musique, Films, séries - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2006

Le coup de coeur pour Emily

  "une rose pour Emily"  : Barbara Carlotti

Puisque la vie continue contre vents et marées - Pour un L. retrouvé.

Quelques jolis mots tristes - Dans un délicat emballage vocal.

Posté par Morrissey à 18:48 - Musique, Films, séries - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mai 2006

Culte: Les frères Larrieux

La culture française ne m’a jamais totalement convaincu dans les domaines littéraires ou cinématographiques. Si je devais sélectionner des oeuvres qui m’ont particulièrement  impressionné, je me tournerais spontanément vers des films américains, voire asiatiques et des romans anglo-saxons. Et pourtant l’impulsion d’en parler sur mon blog surgit après la vision d’un long métrage francophone.

Le cinéma français, qui peine tant à trouver sa place dans divers genres comme les films policiers, noirs, d’horreur, d’aventure, science-fiction s’est facilement retranché (engoncé ?) dans la tradition nationale du film d’auteur, théorique et il faut le dire parfois rébarbatif.

Dans une analyse sans doute un peu simpliste, on pourrait affirmer qu’il s’agit de trouver un nouveau souffle à la Nouvelle Vague qui avait révélé tout de même des réalisateurs importants (de Godart à Truffaut en passant par Rohmer), les lester du poids d’une certaine culture intellectuelle.
Dans cette optique, les films des frères Larrieu apparaissent comme une bouée de sauvetage. Leurs films aériens et aérés, drôles et enlevés, émouvants et jouissifs pourraient devenir l’étendard du renouveau de ce cinéma français.

« Un homme, un vrai » surpassait à mes yeux bon nombre d’œuvres dites classiques du ciné français et la vue récente de « Peindre ou faire l’amour » vient confirmer cette impression.

Les multiples plans de paysages qui parcourent leurs films installent une atmosphère, un décor spécifique, toujours magnifique tandis qu’en parallèle, ils veillent à filmer au plus près les gens, leur sensibilité (avec eux, il nous est loisible de croire encore à la beauté de l’humanité) sans héroïsme, ni cynisme, à suivre la vie de bourgeois moyens sans approche sociologique, ni même psychologique.

Les films nous emmènent par la main, ne respectant jamais une linéarité du scénario, nous désarçonnant constamment par des virages, des gestes ou mots subtils, tantôt touchants, tantôt drôles, voire désopilants.

Dans « Un homme, un vrai », c’est l’irruption de la comédie musicale au début du film ou la puissance émotive de la scène finale de retrouvailles.
Dans « Peindre ou faire l’amour », c’est un ustensile qui tombe à terre, sur lequel on marche sans y prendre garde, dévoilant le cœur adolescent qui s’empare du couple Azéma-Auteuil devant la perspective de renouveler une expérience échangiste,. Cette justesse dans les moindres détails nous prive de toute idée de jugement sur un sujet casse-gueule. Quand bien même j’expliquais récemment à quelqu’un, avec un brin de dédain, que l’échangisme me paraissait une pratique foncièrement hétéro-bourgeoise, je suis resté bluffé par la manière légère et intelligente des frères à exprimer l’émoi sans rien expliquer, à remettre le sexe à une place très conforme à sa réalité :  du désir qui se partage dans une finalité de plaisir, à l’image d’un apéritif sur une terrasse, d’une ballade en forêt, de peindre ou de s’amuser entre amis.

Ou de voir un de leur films…

Posté par Morrissey à 15:28 - Musique, Films, séries - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 janvier 2006

Un petit tour au festival gay de Bruxelles

Le 20ème festival du film gay de Bruxelles s’est clôturé ce week-end.
Une édition qui ne restera pas parmi mes souvenirs les plus inoubliables de l’année. Ceux qui ont rejoint, au moins une fois, les travées du Botanique ces 10 derniers jours comprendront aisément les réserves vis-à-vis de cet événement. Des ennuis réguliers dans les projections, des places mises en vente tardivement, une sélection de film sans le moindre appréciation cinéphilique.
Le festival semble en outre irrémédiablement figé. C’est le rendez-vous d’une vieille garde qui revient chaque année comme d’autres allument leur télé en début d’après-midi pour regarder Derrick. Ce manque de renouvellement peine à séduire les jeunes, grands absents de cette manifestation.
Peut-être certains d’entre eux préfèrent-ils la version alternative, le Pink Screen en mai. 
Le festival est également davantage un rendez-vous institutionnel et associatif, un mouvement beaucoup plus développé en Flandre qu’en Wallonie ou à Bruxelles.
A moins que tout simplement les jeunes ne se reconnaissent pas dans les manifestations de culture gay (au contraire des sorties étiquetées gay).
Par ailleurs, y a-t-il un intérêt à se pencher sur l’état d’un cinéma dit gay pendant plusieurs jours ? Quand c’est moins la qualité du film que son sujet qui prime, il ne faut pas s’étonner de voir apparaître un sous-cinéma gay dont le succès sera limité à sa diffusion ou non dans les festivals internationaux sans aucune portée au-delà.
Chaque année, je sélectionne de moins en moins de films.  Et le compteur s’est limité au chiffre 3 en 2006.

« 20 cms ». L’histoire d’un transexuel , Marietta, gêné par ces 20 cms qui en font fantasmer beaucoup et qui souhaite ardemment les faire disparaître pour se sentir enfin femme à part entière.
Un film inégal, qui a tendance à en faire trop, principalement dans des petites scènes musicales, nombreuses et trop longues, ne se greffant jamais dans l’histoire et coupant sans cesse le rythme d’un récit qui apparaît au final décousu. Si l’on fait abstraction de ce défaut, on peut suivre avec plaisir cette histoire à la fois drôle et dramatique, fort attachante grâce essentiellement à l’actrice principale, Monica Cervera, formidable, qui tient le film à bout de bras et diffuse un air de gaieté dans ce joli film minoritaire. A voir aussi pour le générique de début et de fin du film: Adamo chantant en espagnol!

Deux jours plus tard, rendez-vous pris avec Madame H. Nous pensions avoir droit à son nouveau spectacle, nous avons été bernés : il s’agissait seulement d’un film qui tourne autour de son personnage : « the sex of Madame H ». Si son spectacle précédent s'avérait assez drôle dans sa volonté de remettre en cause les représentations de la sexualité, en fidèle élève du mouvement queer, le film - avant tout celui de deux réalisateurs gays - ne présente pas le moindre intérêt.
Lors de la présentation, Madame H. a bien osé parler de film expérimental pour prévenir par avance le téléspectateur désemparé. Mais ce genre de terme est surtout utilisé pour rejeter toute idée de critique. A part quelques moments drôles finalement très rares, nous avons dû supporter durant une heure des pitreries ni drôles, ni intéressantes. Quand on aborde un sujet comme la sexualité, il convient tout de même d'y mettre un minimum de forme pour convaincre.  Le film se termine au contraire sur une impression persistance de mauvais goût. Voir Madame H sous toutes les coutures, c'est comme imaginer regarder Christine Bravo dans un film porno… On peut parler de tout mais quant à tout montrer, sans le moindre recul, ni la moindre élégance de représentation, il y a un pas malheureusement franchi par des petits branleurs.
La mode du « queer » balancée à toutes les sauces devient parfois assez énervante. Comme s’il suffisait de se revendiquer « queer »  pour faire « genre ». Ce mot semble devenu synonyme d’alternatif, sans la moindre profondeur, ni même parfois l'authenticité liée au concept originel.

Le dernier film devait constituer pour moi le moment le plus attendu avec la diffusion « d’Odete » du réalisateur du magnifique « O Fantasma ». J’avais rarement vu un film saisir aussi bien le désir. En choisissant des acteurs non professionnels, J.P. Rodrigues parvenait à dégager une authenticité remarquable. Un vrai auteur qui n’avait pas peur de désarçonner son public dans  sa dernière partie plus difficile d’accès.
J’avais déjà loupé « Odete » quelques mois plutôt lors d’une séance unique et comme le film n’est pas sorti en Belgique (le sera-t-il un jour ?), cette séance s’imposait à mon programme. Mais voilà que j‘apprends que la match de foot de mon équipe favorite a été déplacé à la même heure. Et comme chez moi, supporter mon équipe prime sur (presque) tout…

Sans le vouloir, j’ai remplacé cette dernière séance par un film regardé en DVD ce vendredi : « Crustacés et coquillages » et de Ducastel et Martineau. Le souffle de l’été rempli de joie de vivre, de légèreté et d’humour. De la poésie aussi comme cette magnifique scène à la gare entre Mathieu (Jacques Bonnaffé) et Beatrix (Valeria Bruni-Tedeschi, trop belle et émouvante comme à chaque fois). Le rythme joyeux et vagabond de la ballade en vélo de Beatrix est interrompu par la sonnerie de son Gsm . Elle se rend à la gare où quelqu’un l’y attend. Lorsqu’elle l’aperçoit, le temps se suspend et une onde de sensualité irrésistible se dégage sans même que les corps ne se touchent. L’amant peut faire irruption dans l’histoire.
Je n’ai pu m’empêcher de filmer cette splendide scène avec mon appareil-photo et vous la mettre à disposition ci-dessous. Même si le temps limité ne peut clairement saisir la discontinuité de cette scène dans la structure narrative du film, elle contient néanmoins suffisamment de force pour éprouver un peu de bonheur pendant 40 secondes. A vous faire aimer le cinéma à tout jamais….

http://s56.yousendit.com/d.aspx?id=0992TI4WRE0Y41ECO0YBAFKORJ

Posté par Morrissey à 19:14 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 janvier 2006

La saga Star Wars (2): comment je me suis rattrapé

J’ai donc débuté mon trip Star Wars par les épisodes 1 et 2 (le troisième étant trop récent pour être diffusé à la télévision).en éprouvant bien des difficultés à rentrer dans ces histoires. Peu intéressants en soi, assez lents et visuellement plutôt moches, ces deux opus m'ont surtout permis de comprendre un peu mieux l'histoire générale (par une formation intensive prodiguée par L.). L'histoire familiale des Skywalker constituant le nœud central de la série (au delà des aventures proprement dites), j’ai reporté mon attention sur les épisodes les plus anciens (4 à 6, considérés comme meilleurs).

Épisode 4. Rempli de charme dans un style très "old-school". On assiste aux premiers pas de la résurrection de l’esprit Jedi à la suite d’une succession d’événements fortuits. La révélation de cette genèse introduit une proximité immédiate avec le spectateur et éveille naturellement notre curiosité. Le scénario repose ensuite essentiellement sur l’épopée aventureuse de Luke et ses nouveaux amis avec un certain plaisir au rendez-vous grâce à un rythme enlevé, sans temps morts, qui conserve un visage très humain (un élément auquel je reste sensible, on ne se refait pas).

La surprise de ce film réside à mon sens dans l'approche de Dark Vador. Il apparaît dès les premières scènes du film, sans susciter un traitement spécifique. Personnage parmi d'autres, il ne revêt jamais vraiment l'image mythique qui lui est aujourd'hui consacrée. La scène de lutte avec Obiwan s’avère d’ailleurs relativement plate et n'offre pas le sentiment d'un combat "historique" (qu'il constitue pourtant en réalité). Je pense donc que c’est sans doute le foin médiatique consécutif à cet épisode qui a dû conduire à l’édification du mythe de Dark Vador, dont la présence est plus manifeste par la suite avec une symbolique forte autour de cet anti-héros.

Episode 5. Très agréable récit d'aventures à l'ancienne auquel se greffent assez subtilement l'aspect formation de Luke (qui rappelle l'excellent Spiderman de Sam Raimi) et la recomposition du puzzle familial. Une vrai réussite avec un Dark Vador à la hauteur de son mythe et des personnages secondaires (encore) correctement dessinés. Mon préféré.

Episode 6. J'attendais cet épisode avec impatience pour l'explication finale entre Luke Skywalker et Dark Vador. Celle-ci se révèle l'unique moment intéressant du film. Quelle déception! La  série est vraiment gâchée par ce remplissage grotesque: les scènes inutiles se tirent en longueur (de la libération de Han Solo à l'invasion de "nounours" au concept infantilisant). La photographie est en outre très moche et les rapports amoureux entre Léa et Han Solo apparaissent complètement débiles (cet épisode serait-il sous l’influence d’Indiana Jones, réalisé trois ans plus tôt ?).

A court d'inspiration, Lucas délaisse le coeur de l'histoire et quand il l'aborde, il loupe complètement son approche. Quelques exemples parmi d'autres.

Alors que la mort de Yoda maintient un suspense sur le lien entre Luke et Léa, celui-ci s’éteint immédiatement dans la scène suivante sans ressort dramatique digne de ce nom. Que dire alors de la scène, vraiment très mauvaise, où Luke confie le secret à Léa?

L'explication finale entre Luke et Dark Vador devait elle aussi souffrir de ce gâchis. Lucas abandonne très vite, trop vite le côté obscur de Dark Vador pour faire apparaître le doute alors qu'il aurait sans doute dû garder son statut bien plus longtemps pour rendre le retournement final vraiment conséquent. Deux regrets aussi dans cette dernière partie.

Alors qu'il aurait gagné à rester majoritairement dans l'ombre pour entretenir la sensation d’un pouvoir « profond », le visage de l'empereur apparaît trop clairement sous la forme d'un masque en carton-pâte qui rappelle plus l'amusant Freddy Kruger que l'ombre maléfique de la mort.

De même, s'il est assez logique de Dark Vador demande à Luke d'enlever son casque, il aurait sans doute mieux valu que son visage de face reste secret (quitte à le montrer de profil) pour permettre à Luke d'être le seul à avoir vu une dernière fois son père (moi personnellement le voir de face m'a vraiment déçu, comme si j'attendais cela avec impatience mais le soufflé devait retomber assez vite vu que ce visage ne peut rien nous évoquer). L'audace aurait pu pousser Lucas et son équipe à embarquer la caméra dans l'œil de Dark Vador pour observer le visage de Luke au moment où il expire une dernière fois, dans une dramatisation extrême et poignante ainsi que dans une invitation à nous identifier un instant au personnage de Dark Vador, qui nous ressemble finalement quelque peu avec ses colères, ses rancunes et son esprit de vengeance.

Il me restait enfin à regarder l'épisode 3, l'ultime tourné. Celui où la saga des Skywalker reprend pleinement ses droits et ne se dilue plus dans des histoires annexes à l’intérêt accessoire. L’essentiel de la trame repose sur Anakin Skywalker et sa lente transformation en Dark Vador. Cette fois, Lucas parvient autant scénaristiquement que dramatiquement à faire prendre la sauce. Si le film ne fait guère preuve d’audace en terme de réalisation et pêche inévitablement par l’absence de mystère face à un destin connu, on se laisse embarquer avec plaisir dans le déroulement des événements. On a beau connaître le destin de la plupart des protagonistes, on n’en demeure pas moins captivé et ému par la chute des Jedis (jeunes et vieux) et la plongée d’Anakin vers les forces du mal. Le film se termine par une scène d'anthologie dans un décor de feu, dont la réussite contraste avec le décor général des épisodes les plus récents. L'usage numérique offre certes des possibilités mais sa beauté plastique demeure pour moi sujette à caution, notamment dans le ressenti des couleurs. Je reste nostalgique du "vintage" à ce niveau....

Au final, c’est donc un épisode réussi qui clôt cette seconde trilogie, après deux ratés. Soit l'exact inverse de la première trilogie. Le côté noir de ce dernier opus contraste avec la naïveté désarmante du dernier épisode chronologique qui se termine par une victoire à la Pyrrhus sur le plan artistique. Comme si sur le plan cinématographique, au contraire de l’issue du scénario, c’est bien le côté obscur qui devait l'emporter...

Posté par Morrissey à 19:18 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 janvier 2006

La saga Star Wars (1) : comment je suis passé à côté

Star Wars. Tout un monde d'évasion comme disait la pub à l'époque (à moins que ce ne soit pour les romans de collection Arlequin...).

Les premiers épisodes, réalisés en 1977, 1980 et 1983 collaient à ma tranche d'âge. Comme tout gosse de mon âge, je devais donc théoriquement en être fan. Et pourtant pas du tout. Le destin des Skywalker s’est joué sans mon concours de spectateur. Tout au plus avais-je saisi au passage l'un ou l'autre terme devenu célèbre, genre droïde ou Jedi.

Ce dernier mot évoque d’ailleurs chez moi un souvenir d‘un tout autre type que celui auquel on est en droit de s’attendre. A cette époque,  je m'amusais à composer des chansons et j'étais fier de pouvoir les présenter à ma sœur. Et une perle pop, une ! Si ce n'est que l'air m'avait été inconsciemment inspiré par une vieille mélodie vaguement entendue à la radio... J'avais notamment totalement pompé le refrain de "on the radio" de Donna Summer sans m'en apercevoir. Et parmi les autres morceaux qui avaient jailli de mon inspiration miraculeuse en figurait un au titre génial: "le retour du Jedi". Bizarrement je me souviens même de la mélodie qui, à bien y réfléchir, ressemblait au lalalala du « Chérie amour » de Steve Wonder.

Bref, j'ai été marqué par la campagne marketing de l'époque sans pour autant adhérer au produit.

Un fait qui n’a rien de très étonnant dans mon cas personnel. J'avais hérité du caractère cartésien de mon paternel et je vouais par ailleurs une passion pour les histoires policières. J’accordais à la vraisemblance de la trame une importance de premier ordre. L'univers fantastique avec ses touches de para-normalité  et ce que je considérais parfois comme des tours de passe-passe au niveau du scénario ne me convenait dès lors pas du tout.

De plus (à l'exception de Nono dans Ulysse 31), les monstres et robots me laissaient pour le moins froid. Dès mon tout jeune âge, j'ai été touché par tout ce qui se ralliait à la figure humaine ou tout du moins par l’aspect psychologique sous-jacent. J'étais ému par les aventures à la fois drôles et dramatiques de Candy, mon dessin animé préféré. Même Ulysse 31 recelait cette sentimentalité forte avec les sylphides et ces individus qui flottaient au ciel sans parler de Pénélope, plus fantasmée que réelle. Un peu plus tard, je devais devenir accro aux films retors et prondément humain du maître absolu du septième art, l'ami Hitchcock mais il s’agit là d’une autre histoire.

Si j’en reviens aujourd’hui à Star Wars, c’est bien en raison de la diffusion des épisodes de la saga à la télévision durant les fêtes de fin d’année. L’occasion était trop belle pour passer à côté. Je devais enfin tenter l’expérience…

Posté par Morrissey à 19:16 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 novembre 2005

"A history of violence" de David Cronenberg ****

83671

Après avoir lu certains bouts de critique, je m'attendais à un film assez théorique sur l'état de la violence dans la société américaine. Et là surprise, ce film est avant tout un vrai thriller au plaisir immédiat grâce à une maestria dans la réalisation (simple, sèche et efficace) et une progression narrative qui ne connaît pas de moments faibles (au contraire de beaucoup de productions du genre).

Si tout est étudié pour donner une vraie consistance à l'histoire, Cronenberg glisse habilement au détour de scènes a priori plus banales quelques images et idées fortes. J'en retiendrais deux à titre d'exemple (attention pour ceux qui n'ont pas vu le film, le charme pourrait être rompu). 

Ainsi l'idée d'une violence axée sur le (simple) principe de la loi du plus fort est exprimée intelligemment dans une des scènes du film. Un soir, pendant que le fils du héros et une amie réfléchissent à leur vie future, l'ennemi intime de ce dernier l'aperçoit et se décide à aller lui donner une bonne leçon, sûr de son pouvoir sur celui qu'il considère comme une mauviette. Alors qu'il veut s'approcher d'eux avec sa voiture, il est interrompu dans sa course par une camionnette qui abrite les tueurs du début du film. Le simple regard indiquant la menace d'un plus fort que soi le ramène à la raison (scène permettant une superbe transition sur le retour des tueurs en ville et déclenchant véritablement le thriller quelques secondes plus tard).

Autre scène marquante, celle où la femme de Tom, après avoir découvert le passé de son mari, se révolte contre lui. A nouveau en proie à ses réflexes violents, Tom/Joey la retient fermement quand soudain leur dispute se transforme en relation sexuelle. Le désir n'est pas tant à l'adresse de Tom mais bien vis-à-vis de l'homme violent qu'il peut être (Joey). Un fantasme non plus gentillet (à la pom pom girl du début) mais s'articulant autour de l'attrait de la violence, voire de la douleur comme source de plaisir (une thématique de perversité sexuelle typiquement Cronenberg).

Par ailleurs, on retrouve, comme dans ses autres films, le soin de Cronenberg pour la photographie (rarement un réalisateur aura pu créer autant d'ambiance dans les espaces intérieurs, comme un bar). Il joint ici l'humour, qui flirte même avec le genre Tarantino, notamment dans la très réussie avant-dernière scène où il retrouve son frère.

Mélange de détachement, d'intelligence de mise en scène, de beauté visuelle, un grand Cronenberg dont la maturité rappelle celle de Lynch sur Mullholland Drive (le charme langoureux en moins). C’est pas peu dire…

Posté par Morrissey à 19:46 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 avril 2005

Mysterious Skin (****)

mysterious

La pédophilie fait partie de ces sujets délicats à aborder cinématographiquement.
D’une part car on peut rapidement tomber dans le scabreux (mais le très bon L.I.E. de Michaël Cuesta a ouvert la voie il y a peu en réussissant sa mise à l’écran de manière délicate et non moralisatrice).
D’autre part car il semble ne rien apporter concrètement à la réflexion à moins de vouloir choquer dans un sens ou dans un autre. Le film ne cherche en effet pas à adopter une attitude moralisatrice vis-à-vis du pédophile ou à minimiser le drame qu’il peut induire pour les victimes. D’une certaine manière, tout est déjà dit. Pourtant, l’intérêt du film est réel. Dans son esthétique, dans la manière de nouer ou dénouer le drame.
Greg Araki excelle dans sa direction d’acteurs et demeure un des meilleurs pour filmer les ados, notamment Neil (foutrement sexy celui-là) dont il exhibe le corps mais encore davantage une « attitude ». Il y a cette scène magnifique à trois dans la voiture où Neil en sort pour rejoindre l’homme à la voiture blanche. Sa démarche nonchalante, désinvolte, son marcel sexy. Sous l’œil de Eric ou Wendy (çad nous), spectateurs passionnés de la coolitude de leur camarade, celle que l’on ne pourra jamais posséder.
Araki guide aussi avec maestria son histoire : la première partie du film nous est livrée dans un mélange de légèreté et d’humour avant de nous rappeler dans un final coup de poing l’ampleur du drame. Dans celui-ci, la réalisation d’Araki tutoie l’atmosphère noire et aérienne du Mystic River de Eastwood en atteignant d’ailleurs davantage que son illustre collègue la juste mesure, quelque soit le ton utilisé : il nous épargne constamment le pathos sans pour autant ignorer la réalité des actes pédophiliques - filmés avec tact et émotion en caméra subjective, l’âpreté d’une scène de viol ou cette magnifique évocation de la souffrance liée au sida. Plus psychologique et moral que Gus Van Sant (dans Elephant), le film est aussi indéniablement tendre et romantique. Loin de vivre uniquement avec ce sentiment d’un ciel qui leur est tombé sur la tête, les personnages principaux la relèvent en cherchant (à de nombreuses reprises dans le film) leur salut dans cet infini céleste, comme dans la très jolie scène finale entre Neil et Brian, retrouvailles des fantômes de l’enfance, qui se révèle tout autant dure que bercée par l’espoir d’une rédemption par l’acceptation de son passé. Araki quitte alors le sujet de son film pour toucher à l’universel en évoquant en filigrane nos difficultés d’adolescent (ou jeune adulte) à affronter les tourments de notre passé. Bouleversant.

Posté par Morrissey à 08:42 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mars 2005

Six Feet Under

6feet

Ce soir, seul devant la télé (L. s’est couché tôt miné par la fatigue et un début de maladie). Je regarde l’épisode final de la 3ème saison de Six Feet Under.
Magnifiquement beau. Magnifiquement triste.
Du PC, j’aperçois la cuisine éclairée d’un nouveau néon jaune que L. a installé ce week-end. J’ai l’impression de me retrouver dans celle des Fisher, pièce-maîtresse dans le dispositif de cette série.
La raison devrait m’empêcher de la regarder. Trop mélancolique. Trop axée sur la mort, la disparition, l’abandon. Trop en fusion avec mes angoisses.
Je me l’interdis parfois. Quand mon état émotionnel ne me le permet pas.
Aujourd’hui, je me sentais apte à la regarder. L’émotion (ou plutôt son trop plein) a fini par prendre le pas.
Mais pourquoi ce retour inlassable vers cette série?
Un désir masochiste ? Assurément pas.
La mélancolie ressentie à la vision ou l’écoute d’une œuvre ne constitue qu’un écho de notre caractère qui en est empreint au plus profond.
Pour autant qu’on ne s’y prélasse pas continuellement, elle nous laisse entrevoir la possibilité de capter la beauté dans la tristesse des événements, d’éprouver la chaleur devant la froideur des corps, d’expérimenter la compagnie dans la solitude émotionnelle. De donner sens (sang ?) à la vie malgré la mort. De révéler l’amour.
Cette série m’a rappelé combien je tenais à L. Qu’il était celui dont je ne pourrais me passer. Celui dont la séparation finale m’est la plus insupportable.
J’ai aussi découvert combien certains êtres m’avaient bouleversé. Après certains épisodes, j’ai cherché leur trace dans mes mails, sur msn. Ils n’étaient pas présents. Ils me manquaient.
Fondamentalement, j’ai constaté que mes angoisses n’étaient finalement pas tant centrées sur moi mais avant tout sur la perte des autres. Et quoi de plus beau pour une œuvre que de susciter l’ouverture à l’Autre. Corps. Ame. Vie.

Posté par Morrissey à 00:02 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mars 2005

Young Michaël

Je découvre ou redécouvre le Michaël Jackson des débuts (période Jackson 5), sidéré par cette voix lunaire capable d’embraser un morceau : le rythme funky de « I Want You Back » mais aussi (surtout?) le chant aérien de compositions plus délicates telles « Maybe Tomorrow » ou « Got To Be There ».
A trop toucher le ciel, celui-ci finit-il par tomber sur la tête ?
Je pense au destin tragique d’une autre « voix ». Il était minuit passé de quelques minutes ce jour-là. Je me mettais au lit avec l’envie d’écouter encore quelques instants de musique sur l’excellent programme du soir de RTL. La voix magique de Jeff Buckley illumine Corpus Christi Carol avant de s’évaporer dans la nuit. « Une voix s’en est allée, on ne l’oubliera jamais » lâche laconiquement le présentateur. Je ne comprends pas, pense avoir mal compris. Cette phrase ne parvient plus à quitter mon esprit. Je tente de la réinterpréter sous un angle moins dramatique, de lui donner une portée banale mais je dois me résoudre au pire. Après coup, la surprise n’en est pas vraiment une: cette voix appartenait déjà sans doute à l’au-delà. Vision mystique que seul l’art suscite chez moi.
La brillance du chant du petit Michaël échappait à toute impression de normalité si l’on considère son si jeune âge. Trop beau, trop fort, trop grand. Un firmament trop précoce, une démesure annonciatrice d’un futur forcément peu banal. Sans doute les fantômes de Thriller ont-ils définitivement pris possession de lui pour nous offrir aujourd'hui la vision d’une créature virtuelle mi-être-humain, mi-cadavre, se résumant finalement à quelques de lambeaux de peau. Il ne nous reste plus qu’à réécouter la puissance phénoménale de ses interprétations passées (en exécrant au passage Mariah Carey d’avoir massacré « I’ll be there »).

Posté par Morrissey à 10:12 - Musique, Films, séries - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2   Page suivante »