31 janvier 2008
L'impasse
L’humeur gaie, le ton
ironique, la phrase assassine dans un propos facétieux…
Sors de ces mots, tu es en train de
rêver.
Je peine à écrire en ce
moment. Je voudrais me montrer davantage tel que je le suis au quotidien, introduire
plus de légèreté autant dans la forme que dans le fonds. Mais il semble que
l'écriture chez moi soit seulement associée à une face de ma personnalité, la
partie contestatrice, réflexive, un brin déprimée. En ce moment, je ne voudrais
pas me lire, dès lors je m'abstiens ou relance d'anciens chantiers. Peut-être
règne-t-il une fin de parcours autour de cette expérience virtuelle et je la suscite
à force de ne plus entretenir le moindre contact direct. Je suis absorbé par un
quotidien qui me réserve pourtant autant de temps libres qu'auparavant, quasi
autant d'états d'âme et de tristesse aussi.
Probablement manque-t-il
l'aventure pour conter des événements notables.
Sans doute parviens-je à engloutir mes peines dans l'espoir d'un lendemain
réparateur (et ça marche plutôt bien – certains jours, je pleurerais
volontiers, sans raison mais je n'y réussis pas et le lendemain, mon coeur
semble avoir oublié la raison de cette brisure passagère).
Prendre distance avec ce
blog me confronte en tout cas plus crûment à l'absence de créativité et cette
vérité me pèse encore et toujours. Je demeure persuadé que je ne profite pas de
l'énergie motrice de mon âge et que je vais finir par le regretter. C'est une
ritournelle sans fin, qui ne mérite pas de commentaire - au fonds je dois m'en
prendre à moi-même.
Il me suffit de fermer les
yeux. Demain est un autre jour. Même s'il sera peut-être trop tard...
05 janvier 2008
Je hais Janvier
Janvier est le pire mois de l’année. Il succède à décembre-apparence,
artifices et autres cadeaux à n’en plus finir, à l’issue duquel nous finissons
lessivé par l’arrêt brutal de son outrance consumériste (que les soldes
cherchent toutefois à prolonger quelques jours durant). Privés des fantaisies
et de la tonalité légère des fêtes (même au travail, l’ambiance est différente
aux alentours de Noël, comme si nous autorisions
chacun de nous à redevenir le petit enfant qui chérissait cette période magique),
nous retrouvons par ailleurs notre quotidien fadasse au gré des journées
blafardes de ce mois terriblement long et si peu lumineux.
A chaque fois, je supporte mal janvier (sentiment de
déprime ou envie de transfigurer le train-train habituel – à l’instar de l’an
dernier où il fut le prélude à une recherche d’émotions extra-conjugales). En
ce début d’année, j’ai substitué aux phobies gravitant autour de la mort (avec
dans leur dernière version, l’effroi devant de potentiels mélanomes sur le
corps de mes proches) des peurs plus directement liées à la sensation de vie.
La crainte de ne plus pouvoir éprouver la liberté physique et des expériences
humaines intimement liées à la jeunesse, l’angoisse de ne plus pouvoir
s’extasier devant un événement, une rencontre ou une œuvre d’art quand le
sentiment de finitude s’adosse à l’existence.
Pour bien commencer 2008 (enfin soyons exact pour terminer
2007 sans regret), je me suis occasionné en outre lundi dernier un torticolis
bien méchant, dont la première manipulation ostéopathique n’a pas calmé les
douleurs musculaires.
A cet épisode malheureux s’apparentait peut-être inconsciemment le désir de ne
pas rentrer travailler, retrouver ces collègues avec qui je n’ai souvent rien à
partager et ce boulot qui me paraît si dérisoire au regard des enjeux existentiels
profonds, de la recherche éperdue d’émotions racées significatives.
Mais cette façon positive d’appréhender l’événement ne saurait occulter le mal
bien indisposant qui m’empêche de passer des nuits paisibles et régénératrices.
Rien n’est jamais fortuit. En cette période, je ne peux m’endormir sur le
ventre - ma position favorite (je ne dévoile rien de sexuel, je vous assure)- et
peine à trouver le sommeil. Lorsque je ferme les yeux, la vue virtuelle de mon
plafond est remplacée par l’irruption de mon image déformée sur une courte
scène, mon corps atomisé, rabougri et perdu devant un rideau pourpre d’une longueur infinie menant jusqu’au ciel. J’y
incarne sans malice la posture du nain dans les fantasmes lynchiens et n’y trouve
aucune ressource sublimant mes pensées. Dans ma position usuelle de sommeil, je
parviendrais à tourner le dos à cette vision, à mes soucis, à la pénombre extérieure
pour me laisser entraîner dans un abîme plus reposant, souterrain et sans limite.
Avec le secret espoir d’aboutir dans l’hémisphère opposé et son climat actuel enchanteur.
Au-delà de ce constat réitéré chaque année sans la moindre inflexion, j’en
dresse un second tout aussi symbolique d’une forme de paralysie dans ma vie :
j’aspire à repartir travailler pour retrouver un équilibre.
Et il paraît que nous sommes libres…
17 décembre 2007
L'entre-deux
C'est une évidence, je
raconte assez peu ma vie en ce moment. Les événements impulsent l'écriture et peu
de choses m'ont incité à m'étendre sur ce blog. Je me suis installé ces derniers
mois dans une forme de sagesse, à la fois subie et désirée.
J'expérimente probablement,
à l'instar de mes amis, les questionnements liés à cette jeunesse qui nous
abandonne sans pour autant nous entraîner définitivement vers l'âge mûr. Je me
pose sur le bas côté, en équilibre instable entre ces deux pôles. A l'évidence,
je ne peux plus prétendre appartenir à cette jeunesse flamboyante, innocente, insolente
à laquelle tout peut être pardonné. Physiquement, je ne peux plus apparaître ce
jeune premier, cette figure angélique où le blond des cheveux traverse le poupon
des joues et s'épouse à l'éclat du teint. Mentalement, je mesure le fossé
qui me sépare désormais de cette génération aux illusions romanesques et à l’esprit
fêtard, vecteurs du réenchantement du monde. En somme, je vieillis. Plus
encore, je deviens blasé à certains égards. Peut-être ne s'agit-il que d'un
passage avant de retrouver (qui sait?) un regain de jeunesse. Après tout, nous
sommes en automne et je m'assimile facilement au climat ambiant.
Au départ, il y a eu cette
réaction devant l'écueil de mon opération dentaire. Angoissé face aux
désagréments potentiels, je me suis imposé un recul vis-à-vis de cette vie trépidante
axée sur la séduction permanente (et ses récurrentes remises en question
qu'elle m'imposait) ainsi que sur l'urgence de profiter du moindre événement,
boosté par le décompte inéluctable des occasions subsistant au sein de cet
univers.
J'ai pris conscience qu'en 10 ans, j'avais tout de même pour le moins rattrapé
cette adolescence que je n'avais jamais consommée. Plus que n'importe quel
jeune n'a pu sans doute le faire durant la période normalement appropriée. Je
ne peux encore m'affirmer guéri de cette idée, mais j'ai accueilli cette pause
avec soulagement. Et quand le danger dentaire a semblé s'éloigner, je n'ai pas
vraiment cherché à mettre fin à la parenthèse amorcée.
La transition vers cette phase censée m'assurer une meilleure tranquillité ne
s'est pas déroulée sans mal pour autant. J'ai abandonné L. au trip que nous
partagions et le clash entre nos deux conceptions s'est cruellement fait
ressentir à quelques reprises. Le sentiment amoureux en a chassé les pièges,
jusque maintenant du moins. Un nouvel équilibre devra sans doute s'établir dans
le temps.
Tout cela ne signifie pas
que je reste enfermé chez moi, que j'adopte une posture solitaire ou purement
bourgeoise. La sortie demeure présente,
sans doute un peu moins qu'avant, moins intensément aussi. L'expérience m'amène
aussi à privilégier plus que jamais la mesure.
Il y a plus d’un mois de cela, l'envie m'est venue de profiter d'un samedi soir
dans l'un ou l'autre bar. Nous y avons passé un excellent moment et je me suis
senti heureux de percevoir au travers de certains regards que je pouvais
encore plaire. Une touche minime qui me suffisait en soi. Lorsqu'un jeune
garçon aux traits fins magnifiques s'est installé à mes côtés autour de la
petite piste de danse, ce n'est pas mon instinct sexuel qui s'est réveillé (je
suis un brin démotivé sur ce plan) mais bien l'attraction du jeu de drague. Je
n'ai pas hésité à le frôler, j'ai observé son attitude, sans le moindre
mouvement de recul. J'ai étendu mon bras droit le long du corps. Son bras
gauche en a fait de même. Cette proximité ne pouvait être anodine. Mon
auriculaire a saisi le sien. Nous avons brièvement dansé ensemble. Je l'ai
dirigé vers L. pour qu'il participe au jeu avant de l'inviter à rejoindre les
dark-rooms aux étages. Toujours sans grande envie mais je me sentais redevable
vis-à-vis de L. de cette quasi-abstinence imposée depuis quelques temps et qui
avait créé quelques tensions entre nous. Je ne pourrais pas nier non plus que
la concrétisation sexuelle ne semblait que le moyen de rendre réel, palpable ce
rapprochement (dans le miroir d'une vie, on ne se souvient que du flirt
totalement accompli). L'endroit portait bien son nom, sombre. Trop à mon goût.
La chair fraîche a attiré des visiteurs non désirables. J'ai observé leur
profil dans le noir, animé d'un sentiment de répulsion. Distrait par ces
présences inopportunes, je bandais mal. J'ai fini péniblement par jouir. Du
sperme étranger à nous trois s'est retrouvé sur mon t-shirt. Je l'ai enlevé
d'un mouvement rapide de la main. J'ai constaté ensuite que mon pouce
présentait une blessure. J'ai pensé au risque même infime de transmission du
virus et cette idée n'a pu disparaître de la tête. Mon angoisse s'est catalysée
dans le sentiment du sexe sale (produit par l'endroit, les gens aux alentours
et le bon vieux puritanisme judéo-chrétien). Les maladies qui se sont succédé après
cette période m’ont paru refléter la justification de mes craintes.
J'avais renoncé au sauna, à certaines pratiques en dark-room; voilà, à présent,
le principe même du sexe dans ces endroits qui bat de l'aile. Trop de questions,
trop d'inquiétude pour si peu de plaisir.
L’esprit tend à reproduire
certains schémas de pensée. Sur d’autres sujets, je me suis mis à envisager le
pire dès qu’une brèche s’est installée dans mon cerveau (comme lors de l’envoi
par fax d’un document confidentiel vers un mauvais numéro). Manifestement, je
cède trop souvent à un phénomène que l’on pourrait caractériser de phobique. Ma
psy m’a suggéré la prise d’un antidépresseur pour les combattre. J’ai bien
tenté durant deux jours mais les effets secondaires m’ont fait reculer. Nausées,
état vaseux, voire euphorique, dangereux en somme - sans encore connaître les
troubles sexuels que l’on annonce si fréquents. On ne soigne pas un mal par un
autre mal. Au fonds (même durant ces périodes où mes phobies se déploient dans
les méandres neuronaux), je ne me sens pas assez mal pour me sentir obligé de
me faire aider chimiquement. Sans préjuger de l’effet à plus long terme de ma
décision, je n’ai pas encore eu à regretter d’avoir cru en ma capacité de réagir seul,
spontanément.
Quand les idées noires s’évacuent,
la chasse aux plaisirs - programme existentiel de base - peut reprendre ses
pleins droits. Et me confronte à nouveau avec les hésitations d’un mode de vie
modifié.
Toute cette période
précédant Noël m’évoque une conception très artificielle de vie, remplie de
cadeaux, de guirlandes et de mirages décoratifs. Je ne pourrai assurément pas
me fondre dans une vie bourgeoise que nos salaires peuvent aujourd’hui nous
permettre avec notre expérience professionnelle et l’absence d’enfants à élever
(et dont je profite certes à différents niveaux : plaisirs de la table ou
vestimentaires en tête). J’ai besoin de découvrir la lumière ailleurs, ne
serait-ce qu’une lueur. Qui peine parfois à se manifester. Trouver le champ dans
lequel me réinvestir exige de nouveaux questionnements, de nouvelles recherches et le recyclage peut-être
de vieilles recettes. Je reste par exemple disponible pour une relation
sexuelle ouverte à un tiers, dans des circonstances toutefois bien définies. Le
confort rassurant d'une chambre, la tendresse dans les gestes, la confiance
dans les yeux et dans les actes, le plaisir de partager notre lit une nuit malgré
la chaleur suffocante d'une telle disposition. Et aussi de manière
sous-jacente, la curiosité d’une expérience humaine totale. C’est sans doute ce
dernier argument qui m’a guidé à accepter un rendez-vous qui ne préfigurait pas
la réalisation des conditions idéales que je m’étais fixées. Mais c’est déjà une
autre histoire.
24 septembre 2007
Un peu de poudre svp
8 heures 30. Comme lors d’un examen
oral, je patiente fébrilement dans la salle d’attente. Derrière cette
porte, je ne devrai cependant démontrer aucune aptitude particulière, je
resterai simplement spectateur passif de mon destin. Dans un peu plus d’une heure,
je connaîtrai le sort réservé à mes dents. Trois des quatre incisives
supérieures menacées d’extraction. Au delà du pur aspect médical, l’esthétisme
se place au centre de la problématique.
Depuis quelques jours,
je frémis aux conclusions de cette chirurgie exploratoire. J’ai amené avec moi
ce petit appareil présentant en son extrémité 3 dents provisoires. En cas
d’extraction, il offrira une solution de fortune pour quelques (longs) mois, le
temps de digérer l’infection, reconstituer une surface osseuse suffisante
(peut-être par l’entremise d’une greffe ultérieure). Cette période de latence
potentielle m’effraie. Avec en toile de fonds, les affres de tout un pan de mon
passé, psychologiquement chargé.
J’avais à peine 11 ans.
Ce vélo qui ne s’arrête pas, ma bouche qui heurte cette barre métallique, le
sang qui coule, l’ivoire des dents qui s’éparpille dans un même mouvement. Et
plus tard, ce sourire impossible, ce complexe insoluble à l’adolescence et qui
devra attendre mes 30 ans pour être pleinement résolu. Je pouvais alors me
sentir fier de ma nouvelle dentition. Tout me semblait soudain permis. Rire
sans retenue, aborder les gens, les draguer même. J’avais sans doute gagné une
part d’assurance et de maturité au fil des années mais ces nouvelles couronnes
constituèrent un déclic. Je pouvais enfouir les images du passé dans les
tourments révolus de mon adolescence.
Espoir déçu. Quand une infection
surgie de nulle part se déclara il y a quelques mois, le ciel parut me tomber
sur le tête. Tout retour en arrière me paraissait impossible, j’en avais assez
bavé. Je ne pouvais supporter toute détérioration même minime, même
temporaire. J’ai tenté de repousser au plus tard le geste médical qui
s’imposait. Après l’été. Et comme tout prend une fin…
« Comment allez-vous ? »,
me demande le médecin à mon entrée dans le cabinet. Mon expression doit
traduire une forme classique d’inquiétude à ses yeux. « Vous êtes mort de
trouille, c’est ça ? », ajoute-t-il dans une exagération destinée à
partager mon angoisse.
Depuis quelques jours, j’ai anticipé
le pire. Mon esprit a tenté de s’habituer à l’inconfort psychologique de cette
transformation que je ne doute plus inéluctable. Et la confusion s’est emparée
de moi.
Avant hier, désireux d’effectuer un
retrait d’argent, je me suis rendu à un distributeur bancaire. Après avoir
introduit mon code secret, mon nom s'est inscrit sur l’écran dans un message de
bienvenue. C'était bien de moi dont on parlait, dans un respect pour la
personne sociale accomplie que je représente en tant que client. Une identité
pleinement reconnue mais dont j'ai soudain mesuré qu'elle se désagrégeait sous
le poids du doute et de la déconsidération. Elle s'effritait la seconde suivant
la lecture de cet écran censé célébrer l’exaltation de soi.
Le trouble s’est ensuite diffusé aux
yeux du monde extérieur. Le même jour au soir, j’arrivai en dernier dans la
salle d'attente de mon médecin. Nous étions encore quatre à attendre notre
tour. Questionné par une dame ne parvenant plus à se souvenir de l'ordre de passage,
un homme d’une soixantaine d’années lui expliqua qu'il devait succéder à
l'autre dame présente dans la pièce et qu'elle-même passerait dès lors en
dernier devant le praticien. J'avais disparu du dispositif, j’étais
pourtant présent mais manifestement déjà invisible aux yeux des autres. La
vérité éclatante de l’évaporation de mon identité prenait forme.
Lors de ces instants où
l’esprit comateux s'égare dans un coin brumeux de la conscience, je m'imagine
perdre pied au sens littéral du terme. Mes jambes se révéleraient incapables de
reproduire les mouvements classiques de la marche, dans un moment d'amnésie
cognitive ou de dérèglement cérébral soudain. Ces pas qui s'articulent malgré
tout relèvent du miracle. Je me meus par la magie insensée d'un organisme en
état de fonctionnement malgré ses nombreux ratés observés.
Il suffisait donc de cela à la base,
de la possible extraction d'une infime partie de mon corps pour déposséder tout
mon être de sa substance, de sa vigueur, de sa fougue, de son attraction et
pour le dire au plus court, de sa valeur.
« Je vais terminer de nettoyer
et refermer tout cela », m’annonce-t-il alors que, pris au piège comme un
gamin, je n’aspire qu’à pouvoir satisfaire un besoin pressant. Aucune dent ne
sera extraite aujourd’hui. Ma situation reste néanmoins compliquée. Deux dents
touchées par un kyste (le même qu’il y a trois ans mal traité ou une
récidive ?) qu’il a fallu enlever. Les prochains mois détermineront les
étapes à suivre. Toutes les options restent ouvertes. J’apprécie la
disponibilité et la capacité de mon nouveau parodontologue attentif aux
implications pratiques de toute décision médicale. Je devrais par ailleurs me
sentir soulagé d’avoir conservé ma dentition intacte pour l’instant mais la
sensation qu’il ne s’agit peut-être que d’un répit modère un éventuel
enthousiasme. L’incertitude d’une conjoncture défavorable est parfois aussi
difficile à gérer que l’événement survenu effectivement. La durée considérable
du processus (jusqu’à deux ans) vient en outre de troubler mon planning.
Peut-être devrais-je entreprendre les opérations décisives à des moments moins
propices, comme avant l’été par exemple.
En attendant, je ne peux plus
reporter tous mes problèmes sur ces fameuses incisives. Ce statu-quo dentaire
me prive de toute externalisation de mes soucis.
J’avais prévu de me raser les cheveux
ou du moins de les raccourcir fortement pour signaler indirectement aux yeux
des autres un changement intérieur et endosser un autre corps. Cette démarche
n’a plus vraiment de raison d’être. Je me retrouve aujourd’hui seul face à
moi-même et mes interrogations. Retrouverais-je désormais par miracle toute ma
valeur ? M’autoriserais-je à récupérer
l’aisance du trentenaire accompli ?
Ma confiance n’a cessé de (se) décliner ces derniers jours sous toutes les
formes possibles et imaginables sans s’arrêter sur son mode le plus abouti,
l’appréciation de soi en toute circonstance. Cramponné au reflet incertain
de mon image extérieure, parviendrais-je un jour à croire que derrière les silences
de jugement de ce miroir, je demeure digne de ce à quoi j’aspire ?
Dans
l’immédiat, pour remonter la pente, j’userai encore de tous les artifices
encore à ma disposition en surface. Un peu de poudre (aux yeux).
22 août 2007
Temps dense
Nous évoluons dans une société de
l’entertainment. Nous lisons Voici, Nothomb ou Rowling, nous ne loupons sous
aucun prétexte le foot ou la quotidienne de la Star'ac à la télé, nous
choisissons Camping ou le dernier X-men dans les rayons dvd du vidéo-club, nous
écoutons Bob Sinclar ou Christophe Willem sur notre lecteur mp3, nous passons
nos journées à envoyer des sms à des potes ou semi-inconnus avant de leur fixer
rendez-vous à la terrasse d'un café lors d'une plage libre. Nous maximisons
notre temps en fonction de ces diverses activités dans un pur but de
distraction, en veillant surtout à fuir cet horrible état qu’est l’ennui.
Cette attitude, particulièrement
représentative de la génération des teenagers, prévaut aussi chez le
post-adolescent (célibataire) : nous nous rendons à la gym trois fois par
semaine, prenons un abonnement UGC, overbookons notre agenda bien à l’avance
pour contourner une variante de l’ennui, la solitude (et l'angoisse du résultat
d’une telle confrontation).
L’emploi
volontaire du « nous » vise à ne pas polémiquer ici à propos de telle ou telle attitude culturelle et de loisirs (bien
qu'il y ait sans nul doute des raisons de s'exprimer à ce sujet). Tout le monde
peut se retrouver au moins partiellement dans cette énumération. Je ne tiens
d’ailleurs pas à disqualifier le divertissement en tant que tel. Nous en avons
tous besoin et celui qui s’en dispense se révèle sans nul doute profondément
ennuyeux. Je regrette seulement que le besoin permanent d’entertainment
conduise au remplissage incessant du moindre temps libre disponible. Cette idée
n'est pas aussi anodine qu'il n'y paraît. Elle produit par son imposante
évidence une norme faussée de qualification de l'existence qui nuit sans doute
à la compréhension du rapport à soi et avec les autres.
Combien de fois n'ai-je pas
entendu une remarque du genre "Tu ne fais rien de ton dimanche",
de la part de mon cher et tendre (avec l’assentiment forcément éclairé d'amis
communs) pour le simple fait de rester à la maison. A la place, implicitement,
j’aurais pu me rendre au parc, me promener en forêt, me retrouver en terrasse
d'un bar, activités devenues un temps systématiques et qui ne me procurent plus
guère d'élan de joie.
Dans mon intérieur, je me repose tout d'abord de la soirée de la veille (on
n'évaluera jamais assez les bienfaits du repos sur l'humeur, le moral, la
condition physique, l'éclat du teint,…), je succombe à la distraction du net
(ni plus, ni moins dérisoire que les autres occupations dominicales), je finis
par m'ouvrir des plages pour la réflexion, l’écriture de mon blog, la lecture
de magazines instructifs ou de romans facétieux et je réactive enfin l'envie de
me remettre en mouvement dans le futur. Le dimanche est au fonds symptomatique
: dégagé des contraintes commerciales et professionnelles, il dévoile une forme
de philosophie de vie personnelle.
Sous certains dehors, mes loisirs
ne s'éloignent guère de ceux de mes amis grondeurs. Nous concevons, à un moment
ou un autre, l’idéal par un bon bouquin, un film captivant ou une rencontre
particulière mais je ne peux me contenter en permanence du seul divertissement.
Au travers de certaines de ces activités, je cherche à puiser du sens, de la
densité au milieu de l'imperturbable mécanique temporelle ainsi qu'à dessiner
un nouvel espace de liberté au sein de nos vies trop balisées. Le
matériel (la rencontre humaine) et l'immatériel (la rencontre d’une œuvre artistique ou intellectuelle) finissent par
converger vers ce même but, sans hiérarchie de valeur. Je n'installe pas l’être
humain sur un piédestal indétrônable (avouons-le - sans tomber dans une
misanthropie réactionnaire - les déceptions seraient alors fort nombreuses)
mais l'appréhende dans une perspective affective, délassante ou enrichissante
du même ordre que celle induite par un article, un roman, un film ou une
chanson. La découverte d'une oeuvre peut s'avérer aussi agréable, émotionnelle
et décisive que l'ébauche d'une nouvelle relation amicale (même si, à intensité
égale, la flamme d'un contact humain brillera toujours davantage). Soyons
clair, je ne préconise pas d'adopter, dans les relations humaines, une attitude
utilitariste au cynisme larvé. L'échange humain n'est heureusement pas toujours
justifié par l'intérêt que nous pourrions en retirer (ne serait-ce que par altérité,
amour ou affection envers ses proches). Mais la disponibilité à l'autre (en
dehors du contexte précis d'une urgence) ne doit pas forcément primer sur toute
autre affectation de son temps et il n'est en rien indécent d'envisager un
repli momentané sur soi, au sein de son espace intime.
Au fonds, je tâche de conserver en
mémoire l'attitude de notre récent ami argentin Emmanuel , sa façon de
percevoir le monde sous un angle du temps recomposé, de laisser son corps et
son esprit voguer au rythme de ses attentes sans succomber perpétuellement à
l’emprise de l’événement. Je l’ai expérimenté cet été, lorsqu’il faisait
beau (le soleil participe au tableau, je ne saurais trop m’en souvenir) :
accueillir la chaleur lénifiante sur sa peau, compléter une grille de sudoku
(détente et défi intellectuel combinés), lire quelques pages d’un roman sur
l’évasion comme celui qu’il m’a conseillé ("Marelle" de Julio
Cortazar). Lors de ces instants, le temps ne se compresse pas dans l’intensité
d’un événement central à participer mais s’étire tantôt dans une éloge de
l’oisiveté, du repos du corps, tantôt dans la plénitude d’un moment magique ou
d'une douce rêverie.
Par sa rencontre et son prolongement littéraire, Emmanuel m’a discrètement invité à oser goûter un autre mode de vie que j'adoptais jusqu'ici dans la culpabilité. Je suis loin d’être parvenu au bout du processus (et peut-être ne le veux-je pas non plus totalement). Je me laisse vite emporter par la puissance d’une manifestation que je m'interdis de manquer, je reste animé par la quête de sensations immédiates. Mais je m’autorise dernièrement davantage ces moments de conquête spirituelle de liberté, détachés du rythme du monde qui m’entoure. Un peu comme si je consentais enfin à pouvoir vieillir, rompant alors avec l’urgence de vivre à tout prix une jeunesse dont le temps m'est sérieusement compté.
02 août 2007
Le compte est bon
L'organisation
d'une soirée d'anniversaire constitue un instantané instructif des relations
entretenues avec son cercle de connaissances. Le processus se déroule en
plusieurs étapes: il y a tout d'abord la sélection entre les gens invités et
ceux qui ne le sont pas (ou plus), ensuite la distinction entre ceux dont la
présence s'impose ou mérite au contraire réflexion et enfin la (dé)composition
finale entre ceux qui se rendront à la soirée et ceux qui se feront porter
pâles (avec une différence entre les bonnes et les mauvaises raisons
invoquées).
Dans la
première catégorie, il s'agit moins d'un choix que d'une constatation. L'amitié
connaît un certain turnover inévitable. Il est peu probable de grandir avec des
amis et de vieillir avec les mêmes. Avec ces personnes, le chapitre est clos
depuis quelques mois ou années. Leur ombre ne plane que sur les photos des
précédentes éditions.
La
deuxième catégorie témoigne déjà de doutes émis à propos de la relation.
Naissante et incertaine quant au bien-fondé de sa poursuite ou amorcée il y a
déjà certain temps avec une invitation qui relève alors du test et/ou d'une
(des) dernière(s) tentative(s) de la relancer. En ne daignant même pas
répondre, deux personnes ont montré le chemin futur de notre relation, une
rupture irrémédiablement consommée, sans plus aucun état d'âme de mon côté.
Avec
les autres absents, excusés ceux-là, on peut échapper à l’une ou l’autre
déception bien que chaque cas mérite analyse.
Une de
mes plus vieilles amies, en pleine mutation professionnelle, a perdu un peu le
fil des contacts ces derniers temps et se trouvait à l'étranger tandis qu'une
autre n'a pu se lever depuis Paris, victime d'une gueule de bois. Dans les deux
cas, les circonstances exceptionnelles sont venues justifier leur absence. Il
serait intransigeant de leur en tenir rigueur.
Un
couple d'amis a également privilégié un dîner apparemment prévu avant la
fixation de la soirée. Une raison en soi suffisante mais le doute viendra me
tirailler quand l'un des deux ne se déplacera même pas pour me saluer (se
contentant d'un banal geste à distance) dans le bar où nous avons finalement
terminé la soirée.
Si une
amitié se juge sur la satisfaction retirée d'une relation (dans une dimension
émotionnelle, affective, festive ou intellectuelle), elle se jauge sur des
nuances permettant d'évaluer l'importance qui y est accordée par
l'autre. Le constat décisif se débusque parfois sur un comportement anodin en
apparence mais révélateur sur le fonds.
Je connais mes propres attitudes et je suis dès lors conscient qu'il faut
donner à l'amitié une souplesse suffisamment large devant les impondérables de
la vie qui nous rendent moins disponibles, qui nous isolent du monde extérieur.
La faiblesse, l'accaparement d'une tâche ou d'une préoccupation peuvent habiter
chacun de nous.
Dans des conditions plus générales et dénuées de raisons exceptionnelles,
l'amitié suppose toutefois d'effectuer, au sein de ses temps libres, des choix
au bénéfice de l'autre et particulièrement à certains moments symboliques
(l'anniversaire en fait partie) qui constituent l'instant de vérité sur le sens
de la relation.
La déception de la réponse apportée par un(e) autre ne vise pas à transformer
ce dernier en coupable, l'attitude adoptée révélant simplement l'évolution
tangible d'un échange bi-(multi-)latéral et incitant à moduler l’investissement
futur en conséquence.
Tournez
manège !
25 juillet 2007
Obsession

Ce
n'est certainement pas la fascination du pire mais sans doute bien du meilleur.
L'objet de préoccupations récurrentes, quand l'être entier se retrouve submergé
de signaux focalisant l'attention dans une même direction. Mon blog pourrait
d'ailleurs se circonscrire à aborder un même thème.
Par exemple totalement dédié à l'autre. Pas n'importe lequel, forcément
masculin, jeune, beau et déroutant. Point désincarné par l'interface d'un
écran, absolument proche, intime, de l'ordre presque de la possession. L'esprit
absorbé et conquis, je pourrais ne pas m'arrêter d'écrire en soulignant sa
flamboyance, en célébrant son énergie, en concédant une attirance increvable de
l'ordre de l'obsession (pas tant pour cet être unique que pour la collection
d'individus visés par les éloges successives).
Obsession.
Le mot est lâché. Il pourrait caractériser la nature des sentiments assaillant
mon cerveau à un rythme plus ou moins régulier.
J'aime la répétition, j'ai besoin de ressasser les points culminants d'un
événement récent. Je les revis, les repense, les interprète parfois (avant de
les exposer souvent ici). La rareté des instants magiques y contribue sans
doute. Il faut rappeler, remâcher, réinvestir ces champs parcourus pour tutoyer
l'exaltation des sens. S'y abandonner a posteriori, autant voire plus que
lors de leur survenance. Un instant ébahi par la puissance d'une milli-seconde,
il s’agit d’en prolonger indéfiniment la sensation au risque de côtoyer la
frontière de la folie, de la prison mentale qu'une obsession sous-tend.
Cette réminiscence sacralisée témoigne peut-être de l'impossibilité d'une
reproduction fréquente. On se répète à défaut de vivre suffisamment et/ou
intensément le présent, entouré de barrières protectrices (fine est la
frontière entre l'extase et la souffrance, entre la grâce et le néant) ou gavé
d'exigences particulières destinées à maintenir intacte la pureté des instants
qui en valent vraiment la peine.
Ce mode
de fonctionnement s'inscrirait volontiers comme un développement récent de ma
personnalité, influencée par le bilan d'une adolescence à rattraper,
l'imprégnation d'une identité sexuelle ou le partage d'une philosophie de vie
hédoniste avec mon partenaire. Et pourtant…
Cette nature compulsive ne se terre-t-elle pas depuis bien plus longtemps dans
un creux de mon cerveau?
N'avais-je
pas 15 ans à peine quand se déclencha ma fascination pour les images du maître
de l'obsession, Brian De Palma? N'ai-je pas connu avec lui le même trouble
d'admiration inlassable devant l'œuvre de Hitchcock, puis son prolongement dans la
répétition – magnifique - des figures de l'œuvre du grand Alfred au sein de
certains de ses propres films traversés par une perversité insidieuse. Le
rythme suffoquant de Pulsions (Dressed to kill), l'atmosphère cotonneuse
d'Obsession (tiens donc…), l'érotisme vulgaire de Body Double n'ont cessé de me
hanter sans même avoir revu ces films durant une dizaine d'années. Leur nouveau
visionnage ne fera qu'amplifier le mouvement, réimprimant en mémoire, de
manière presque maladive, certaines scènes inoubliables.
Cette identification s’inscrit sans nul doute aussi dans la
spécificité des thèmes fétiches du réalisateur : le dérèglement de la
structure sociale (familiale) derrière un romantisme de façade (espéré mais
jamais atteint), l'attraction irrésistible vers l'inconnu (aux contours
pourtant parfois menaçants), la sensation palpable de la mort symbolisée par ce
sang rouge vif (que Hitchcock n'a jamais pu exposer à l'écran, faute de
couleurs) et décuplée par une mise en scène magistrale insistant sur le
basculement, la fraction de seconde violente séparant la vie de son terme, le
bonheur du drame, souvent sous les yeux d'une présence extérieure (la nôtre en
quelque sorte) tentant - sans succès – d’influer sur le cours des événements.
Au fonds, ne chercherais-je pas à
reproduire dans mon existence - notamment par le biais des rencontres avec
d'autres garçons - l'émoi originel provoqué par ces films?
07 mai 2007
Flesh
Cela
doit s’appeler un coup de blues. Une
période où tout vous énerve, où rien ne trouve grâce à vos yeux en l'absence de
toute perspective attirante.
Au
travail tout d'abord. La nouvelle configuration au sein de mon service est plus
paisible depuis le départ de fauteurs de trouble mais l'ensemble manque
désormais aussi d'ambiance. Les seuls contacts réels que j'entretiens avec mon
entourage se limitent à deux personnes dont l'une est presque devenue mon chef
en pratique. Même si je ne le vois pas comme tel, il s'installe forcément une
distance de sa part et de la mienne. La fonction en elle-même m'a fait perdre
des responsabilités et l'attrait de la nouveauté ne peut compenser le sentiment
d'avoir perdu une marge d'autonomie dans le travail quotidien. Les pieds de
plomb me guettent trop souvent lorsque je me rends le matin au bureau. Il
reste, me direz-vous, à envisager peut-être un changement, une nouvelle
fonction mais ça c'est une autre question.
A vrai
dire, tout le monde m'énerve en ce moment. Je ne supporte pas le côté
conventionnel des gens qui m'entourent au travail, leur style de vie qui me
semble à des années lumière de mes préoccupations (n'a-t-on pas besoin d'une
part d'identification dans la vie?). Je voudrais fuir en direction d’un autre
environnement sans savoir précisément lequel (le drame de ma vie).
Personne ne trouve grâce disais-je. Même pas L. dont le nouveau départ
professionnel à l'étranger (le dernier avant longtemps) me plonge à nouveau
seul quelques jours (ce n'était certainement pas ce dont j'avais besoin). Même
pas les amis dont je sens toute la distance qui nous sépare actuellement (et
j'en suis forcément responsable car je ne cherche pas à entretenir les contacts
suffisamment). A vrai dire, même mon image, mon comportement me déplairait
actuellement si je les voyais reproduits face à moi.
De plus, les événements extérieurs ne procurent guère de réjouissance
(pensez-donc, même sans surprise, le plébiscite de Sarko m’horripile).
Que
reste-t-il à faire sinon attendre "que ma joie revienne" pour
reprendre quelques mots à Barbara?
Tiens
une autre icône gay, est morte il y a 20 ans. Dalida. Je conserve un souvenir
biaisé de son vivant. Les imitations de Le Luron empêchaient toute autre image
que celle d'une diva pathétique (je me souviens du rire qui s'empara de ma sœur et moi le jour où notre
voisine nous déclara qu'elle était sa chanteuse préférée). Si j'en parle, c'est
surtout suite à cette chanson réentendue à l'occasion de cet anniversaire.
"Il venait d'avoir 18 ans". Ce titre m'a ému en distillant un brin de
nostalgie (c'est d'un stéréotype gay affolant, je le concède). J'ai repensé
immédiatement à Nezz qui pourrait parfaitement illustrer la garçon évoqué par
ce morceau.
C'est promis, je ne viens pas vous parler à nouveau ici des traces du temps.
Même si je me rapproche à petits pas des "deux fois 18 ans" de la
chanson, je ne peux (encore?) envisager ces souvenirs sous une forme
douloureuse. Parce que je sais que cette situation, je pourrais la vivre
à nouveau à l'avenir, au moins potentiellement. Le coup de vieux et la
nostalgie réelle ne pourront s'installer vraiment qu'au moment où cette
évocation appartiendra résolument au passé, sans possibilité de la reproduire.
Et cette fois je n'y pense pas encore, ce moment n'est pas encore arrivé.
Ce qui est vrai par contre, c'est cette envie de replonger dans l'innocence
d'un regard qui s'abandonne. Pas de cette relation sexuelle où les mains, les
yeux et le reste ne revêtissent qu'une fonction matérielle de production du plaisir
(quoique, un tel moment est toujours bon à prendre, imbécile). Il s'agit
d'autre chose, d'évasion, presque de don de soi (même si la réciprocité
attendue rend ce terme inopérant en tant que tel). J'ai besoin de rêve,
d'absolu et le corps et l'esprit d'un jeune homme semblent pouvoir y
contribuer. Ne me dites pas que j'ai déjà à la maison le matériau nécessaire,
quiconque en couple depuis des années comprendra que ce dont j'ai besoin ne
peut s'expérimenter en interne. J'en ferais presque un appel désespéré aujourd'hui,
un cri de détresse qui signifie sans doute moins une simple demande matérielle
qu'une volonté de quitter les abysses d'un esprit malmené.
Quelque part, je devrais peut-être me confronter à une vérité qui se terre en moi et que je ne veux exhumer. Ou peut-être ai-je avant tout besoin d'une altérité spontanée et incisive, qui se pose face à moi à un instant où je ne suis pas capable d'aller à ses devants - laquelle pourrait prendre une forme différente de celle envisagée jusqu’ici. Mais de telles solutions, moins naïves et irresponsables, suffisent-elles à remplacer la puissance apaisante d’un baume charnel ? Poser la question, c’est (presque) y répondre.
01 mai 2007
Le Temps

Il
arrive parfois, au cours de l’existence, de se retrouver au milieu de
situations limites où l'équilibre ne semble tenir qu'à un fil. Le balancier
semble pouvoir pencher d'un côté comme de l'autre, sans ménagement (c'est
presque de circonstance à la veille d'un deuxième tour d'élections
présidentielles).
Le
meilleur semble encore pouvoir survenir quand inonde au fonds de soi la
confiance en son potentiel (quant à sa propre personne ou son travail), dans sa
capacité de séduction.
A ce titre, une petite anecdote. Après la soirée d'anniversaire organisée à la
maison lors de laquelle les garçons s'étaient déguisés en femmes, nous avons
décidé (en tout cas 8 d'entre nous) de nous rendre dans le célèbre bar à
travestis "chez maman", sans nous changer. Il est une chose
d'apparaître en femme dans un cercle privé (et certains - rares - ont
d'ailleurs refusé cette transformation), une autre est d'affronter le regard
des autres dans un lieu public. Il a fallu d'abord affronter la rue, (une
épreuve déjà difficile car inhabituelle, lors de laquelle j'ai ressenti la
crainte d'être abreuvé d'injures ou de faire l'objet d'une agression), puis
ensuite le regard des gens dans le bar. Ceux-ci avaient beau être gays à 95%,
je percevais parfois dans leurs yeux une forme d'incompréhension, voire de
mépris (qui contraste avec la douceur ou le flamme de ceux posés quand je suis
en mec). Dans ce climat insolite, nous ne nous sommes pas éternisés. Sur le
chemin du retour vers la voiture, alors que j'avais retiré ma perruque ne conservant
que le maquillage, un hétéro de base dans sa grosse voiture m'invita à
traverser à un passage pour piétons et après avoir bifurqué sur la gauche, se
retourna sur moi et m'adressa, par sa vitre ouverte, un coucou aguicheur que je
lui rendis. Totalement distrait, il buta sur une bordure du trottoir et évita
par une manœuvre
rapide un accident. Même si je me sens définitivement mieux en homme, il est
toujours intéressant de se confronter à une autre image de soi et de tirer une
certaine satisfaction par ce genre d'épisode ou en entendant les échos autour
de soi.
A côté
de ces moments gratifiants, l'esprit s'imprègne de considérations contraires.
Je brûlerais notamment mes dernière cartouches. Ce n’est d’ailleurs pas
totalement faux au niveau de la séduction où un virage s’amorce de manière
irréversible. Si L. et moi pouvons plaire aux jeunes (ceux qui suscitent le
plus souvent le désir en nous), nous sommes peu à peu perçus dans une catégorie
spécifique, qui n’est plus celle de jeunes plaisant à d’autres jeunes mais bien
de mecs plus âgés attirant les jeunes à la recherche de maturité. Cette
constatation devra logiquement influencer ma perception de la séduction à
l’avenir, m’obligeant à la transformer sous peine de plonger droit dans le mur.
Le temps s’impose donc progressivement tel que je l’ai toujours perçu, en
adversaire résolu, susceptible de m'entraîner dans une descente en enfer, tant
physiquement que professionnellement – domaine à la base de ma crise d’angoisse
récente.
Cette idée s'imprime si puissamment en moi en ce moment que j'ai l'impression
de pouvoir tomber aujourd’hui dans un gouffre comme il y a deux ans. Mon
anxiété ne s’est pas éteinte lors d'une paisible pause de quelques jours à
Prague. Au contraire, de nouveaux symptômes de sinistre mémoire l’ont
prolongée ensuite: céphalée de tension, hyperventilation et vertiges.
S'ils n'ont plus à cette heure la même intensité que celles rencontrées il y a
quelques jours, ils ne s'effacent cependant pas facilement, principalement
lorsque je me retrouve au travail (conjugaison de fatigue et de tension).
Cette fragilité physique me fait douter de ma résistance à toute épreuve, avec
la crainte de retomber dans un trou noir. J'ai ainsi tendance à renoncer à
certaines initiatives susceptibles de me placer dans une position
d'incertitude, à activer un frein dans le contact avec autrui et avec les
événements de la vie tout court en attendant d'avoir retrouvé le calme
intérieur.
Plonger
dans la vie est un défi qui ne va pas forcément de soi, qui réclame de
l'abnégation. Curieusement, en bravant mes doutes en allant dans ce bar en
femme quelques jours plus tôt, je n'avais plus de vertiges, je me sentais
insécurisé mais fort intérieurement par la démarche aboutie.
La solution réside probablement dans un retour à la confiance en moi-même, en
la force de mon physique (au sens médical du terme), à ma capacité à affronter
le stress, à surmonter les incertitudes et les embûches en les dépassant.
C'est
ce curieux équilibre entre l'investissement et le retrait, le challenge et le
recul que je dois aujourd'hui travailler, avec une détermination à aller de
l'avant mais avec la sagesse d'écouter ce que mon corps dicte encore
aujourd'hui.
Avec le temps, nous sommes toujours perdants.
05 avril 2007
Relier son passé
C'est mon sujet-phare ces derniers temps: l'amitié et sa gestion ou
quelle place accorder à autrui dans sa vie face à la distension de certains
liens passés ?
Alors que l'illusion d'une amitié personnelle avec S. s'est effacée,
j'hésite encore sur la forme à donner à la relation résiduelle. J'ai tenté le
silence et, comme il me le rendait bien, j'ai cru l'affaire bouclée. Un échange
de messages laconiques plus tard, je l'ai croisé en ville par hasard (nous
rendant tous les deux mal à l'aise). Cette rencontre fortuite m'a détourné de
l'envie de rompre toute forme de contact avec lui. J'oscille entre la volonté
d'une distance protectrice des déceptions futures me paraissant inévitables et
le désir de ne pas refermer (immédiatement) le chapitre. Peut-être cela
passera-t-il par une relation intermédiaire, pacifiée où les contacts, certes
lâches dans le temps, ne ressemblent pas pour autant à une relation entre de
vagues connaissances. Similaire en quelque sorte à celle entretenue avec Nezzy (http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/05/03/1810321.html).
Depuis notre rencontre, trois ans se sont écoulés. Nezz aura bientôt 22
ans, le même âge que S., j'aurais presque tendance à l'oublier avec les
souvenirs figés.
Plus ou moins tous les 6 mois, nous nous croisons sur le net. Il me donne de
ses nouvelles, se livre sans ambages. Avant-hier, il m'a rapidement confié
quelque révélation fort intime. Tout naturellement, il me fait confiance. Je
lui réponds tel que je me vois pour lui, en grand frère. Cela ne le dérange
pas, j'en suis sûr même si d'un autre côté, nous sommes, L. et moi, aussi autre
chose pour lui. C'est peut-être pour cette raison que je n'ose pas envisager un
contact direct. Lors de vœux de nouvel an, il avait conclu son message en évoquant la possibilité de
se revoir cette année. Il se sent désormais prêt pour cela probablement. Je le
suis peut-être moins, en proie à une série de doutes.
Je crains de brouiller ses pistes à un moment où il se cherche encore. De
contrarier la douceur du souvenir passé avec lui, lequel demeure pour moi comme
un îlot sacré, une représentation concrète de la foi en la magie humaine. J'ai
peut-être aussi peur de ne pas savoir gérer, articuler entre toutes les parties
la relation après cette rencontre - d'autant que les événements récents avec S.
pourraient refroidir la réaction de L. face à cette décision de retrouvailles.
Enfin, je demeure inquiet face à ma réaction émotionnelle. Je suis en paix avec
mes sentiments à son égard aujourd'hui et j'hésite à devoir remettre cet
équilibre en question devant la recherche de perfection que je ne manquerai pas
d'associer à notre rencontre et le risque sous-jacent d'être déçu et d'en
souffrir. N'ai-je pas d'ailleurs récemment décidé avec trop d'entrain, trop de
volontarisme que S. serait un ami idéal? La réussite des relations
interpersonnelles ne s'accomplit que dans leur légèreté d'approche.
Avant-hier, j'ai profité de l'heure tardive pour clôturer la conversation avant
qu'il ne puisse poser une éventuelle question sur une rencontre future.
Aujourd'hui, je me demande si, ce faisant, j'ai maîtrisé, préservé le
déroulement harmonieux de mon existence ou brisé le cours d'une vie en mouvement aux sensations par essence incontrôlables.





