11 novembre 2004
Coup de gueule: contre la galanterie
Féministe convaincu, s'il y a une chose que je ne supporte, c'est la galanterie.
Cet héritage de siècles passés me paraît totalement désuet aujourd'hui. Dans le cadre de l'égalité de droits, je ne comprends pas trop ce qui justifie cette "primauté" (très circonscrite d'ailleurs) accordée à la femme : au nom de quoi est-elle encore appliqué (la bienséance - que doit certainement respecter Buttiglione ?; le romantisme rococo?).
Pour ma part, je préfère la courtoisie : si l'occasion se présente (c'est avant tout une question de feeling et de circonstance), je laisse passer devant moi indifféremment un homme ou une femme.
Une explication supplémentaire: ce matin, en arrivant au boulot, je me retrouve devant l'ascenseur en compagnie d'un homme et une femme. L'homme hésite à entrer d'abord, puis se ravise et laisse passer la femme devant lui; il me jette un regard et finalement entre dans l'ascenseur avant moi. En sortant à son étage, il adresse un salut uniquement en direction de la femme.
La preuve par l'absurde : on peut être galant et goujat. Vive la courtoisie !
20 octobre 2004
Sexe en 2004
Quelques événements récents...
1. Interdiction du dernier film de Michaël Winterbottom au moins de 18 ans et donc impossibilité de l'exploiter en salles, en raison de la présence de "scènes de sexe non simulées".
2. Un élu bruxellois démis de ses fonctions pour avoir soutenu un film porno gay en y participant (habillé). Le président de la section bruxelloise de son parti affirme qu’ils auraient agi de manière identique si un hétéro en avait fait de même.
Une seule et même logique : le sexe dérange.
Confiné à son cercle intime, le sexe est désormais toléré (seuls quelques fondamentalistes, malheureusement encore trop nombreux de par le monde, cherchent encore à régir la vie sexuelle des individus). Mais une fois exposé sur la voie publique, aux yeux ou simplement à la lecture de tous, il continue de susciter des désapprobations.
Le sociologue Eric Fassin affirmait dans son dernier livre qu’aux USA, puis en Europe, les problèmes de société ont été abordés ces dernières années sous le prisme de la question sexuelle (au sens large du terme). Il semble manifeste qu’aujourd’hui on veut changer la direction ou l’origine des débats. Peu de réactions sinon de quelques initiés aux deux faits divers. Le débat sur ces questions est clos. Les conservateurs sont satisfaits, les modernes n’osent plus trop bouger (l’influence de l’élection US ?).
Mais quel est donc ce problème ?
N’oublie-t-on pas que le sexe déborde l’acte ? Un homme pense au sexe toutes les 7 minutes paraît-il. Le désir n’a pas pour frontière le seul acte sexuel; il est partout : dans la rue, dans le métro, au supermarché, sur les affiches publicitaires, à la télé ou dans Libé, sur un blog,…
On pense bite, cul, oral, anal, gorge profonde, fessée, sourire, bonheur, plaisir, jouissance,…
Oui mais aussi chez certains, une gêne, une répulsion, voire une schizophrénie.
Au nom de ceci, on interdit cela.
D’une part, on oublie de dénaturaliser certains comportements produits par un héritage culturel sans cesse rappelé (ex : les femmes sont plus casanières que les hommes, plus coureurs). D’autre part, on continue de concevoir le désir comme un apprentissage culturel (sinon pourquoi interdire de parler d’homosexualité dans certaines écoles ?), ignorant qu’il est avant tout le résultat d’un développement personnel souvent inconscient.
Pourquoi penser que regarder un film avec une scène de sexe explicite va modifier forcément négativement l’adolescent spectateur. Au nom de quoi voir une bite, une chatte va-t-il (elle) le perturber ? Pourquoi une belle scène de sexe ne nous ferait-elle pas ressentir la force du plaisir d’un acte sexuel, comme une scène dramatique peut témoigner d'une émotion triste ?
A l’heure où tout un chacun, anonyme ou célèbre, s’épanche dans les médias (on assiste à une effusion parfois beaucoup plus crue des sentiments), on peut se demander quand aura lieu l’interdiction de Voici, ou d’émissions du type « y a que la vérité qui compte » pour des raisons pornographiques (beaucoup plus "choquantes" à mes yeux) vu que l'on n’autorise pas certains à faire parler leurs corps ou celui des autres, voire encore à cautionner la libération de ces corps.
Dans le cinéma, l’interdiction du porno a créé les conditions pour l’émergence d’une industrie de basse qualité, répondant à des intérêts purement financiers. Certains auteurs tentent de sortir de l’anonymat le sexe explicite pour lui redonner de la noblesse. Le cinéma permet bien d’exprimer tout un panel d’émotions, d’aborder tous les sujets, toutes les situations : pourquoi lui est-il interdit de montrer le plaisir, d’exposer la montée progressive du désir. Le cinéma peut susciter des larmes, pourquoi pas le désir ? Une image, une scène ne structure pas le désir, il ne fait que le révéler.
Sans doute que la libération du désir fait peur, comme s’il était susceptible de révolutionner le monde, de remettre en cause les fondements de la société, ébranler nos valeurs. Et c’est vrai, le désir c’est l’abolition de frontières mais des frontières purement mentales. La raison est toujours là, mise en rapport. N’a-t-on jamais éprouvé le désir de tuer à un moment ou l’autre ? Pourtant seule une infime partie passe à l’acte. Le désir sexuel est sans doute encore plus sulfureux, de telle façon qu’il faut absolument le contrôler, le normer en le cachant et davantage encore quand il s’agit d’images dont le pouvoir suggestif est de facto déstabilisateur. On oublie ainsi qu’on souffre parfois plus de l’absence d’images que de son trop-plein…
Les mêmes réactions hostiles apparaissent à la seule évocation du sexe. Même sur des chats/blogs gays, il arrive d’entendre parler du sexe (vu sous l’angle de one-shot ou, en tout cas, en dehors du contexte amoureux) comme d'une expérience potentiellement destructrice ou de réduire la personnalité d’un individu à la façon dont il en parle, sans trop tenir compte de ce qu’il affirme par ailleurs.
Considérer le sexe comme un domaine privé, intime et non divulguable est un choix totalement respectable. Le problème se pose quand l’évocation publique du sexe libre est associée à de l’artificialité, voire même par certains à de la bestialité.
L’expérience sexuelle fait sans doute partie des sensations les plus enivrantes de la vie. Parler de sexe est donc somme tout naturel : c’est un moyen d’encore profiter d'un souvenir passé (l’évocation d’une expérience sexuelle positive permet de prolonger l’état de bien-être qu’elle a provoquée) et de satisfaire d'une certaine manière sa soif de sexe sans devoir l’entreprendre.
Car il est clair qu’on aimerait sans doute tous (ou quasi tous) avoir plus de sexe. On manque parfois de temps, parfois d’opportunité. Les expériences sexuelles impliquent de temps à autre aussi trop de charges affectives pour les vivre sereinement. L’intimité abandonnée dans l’acte sexuel rend cette expérience spécifique, à la fois beaucoup plus excitante, revigorante mais plus déstabilisante si elle est perçue négativement. Tout le problème pour l’individu consiste à mettre en accord son désir et sa sensibilité. Le sexe dépend naturellement de son propre désir et du comportement du partenaire mais aussi du degré de ses attentes et de l’état émotionnel dans lequel on l’aborde.
Finalement le sexe demeure bel et bien une expérience, avec toutes les incertitudes qu’un tel terme implique. Une expérience qui vaut la peine d'être vécue.
25 septembre 2004
"La folle"
Un sujet sensible chez les gays. La folle gêne, fait peur et est souvent ostracisée. Je n'échappe pas à la règle : j'ai difficile à me faire à l'idée que je puisse avoir un ami « folle », alors que dire sexuellement (mais ça, cela fait partie d'un domaine où la raison n'a que peu de droits au chapitre).
Cela mérite quand même une réflexion sur le bien fondé de tels jugements et de jouer sur des nuances importantes.
Quelles sont les raisons de ce « non à la folle » ?.
1. La folle est hystérique : elle doit toujours en faire des tonnes pour parler de telle ou telle situation. Tout est toujours exagéré dans son expression. Elle est artificielle, toujours en représentation (est-ce devenu son seul visage ?) et le seul fait de l'entendre génère une réaction épidermique...
2. La folle est souvent bête : ses centres d'intérêt sont limités à des sujets souvent bateaux, peu intéressants : sa dernière rupture avec un mec dont elle était tellement amoureuse (elle l'avait rencontré il y a trois jours), Mylène ou Madonna
3. La folle gêne : elle rend un image du gay caricaturale et perpétue ce sentiment du gay « cage aux folles ».
Mais reconnaissons aussi les « oui à la folle » :
1. La folle a tendance à colorer la soirée, à nous faire rire (les gens sérieux nous emmerdent tellement)
2. La folle s'assume sans ambiguïté et revendique la part féminine du gay. Elle participe à la reconnaissance de la diversité des vies gay.
3. Elle a souvent été la première à défiler, manifester pour les droits des gays quand ce n'était pas encore autant reconnu.
Sur base de ces derniers points et donc du droit à la différence, je me dois de respecter la « folle ».
Ceci dit, respecter veut-il dire que je ne peux plus utiliser ce terme ? Ne pas fréquenter de folle signifie un manque d'ouverture ?
Je pense à ce niveau que répondre à la question, c'est poser celle de la relation amicale. Nous avons le choix de nos amis et celui-ci se réalise en fonction de différents critères, dont certains sont d'ailleurs inconscients : le flux qui passe ou non avec telle ou telle personne. Mais se constituer un cercle d'amis, c'est aussi se définir soi-même. Au travers de ces autres que l'on aura choisi, on projette au monde une image de soi. « Montre-moi tes amis, je te dirai qui tu es... ».
Qu'il n'y ait pas de « folle » dans mon entourage direct peut s'expliquer par des critères plus ou moins raisonnables.
Parmi les moins glorieux, y a-t-il sans doute une volonté de se dissocier des folles pour ne pas trop montrer au monde son côté gay (il est sans doute difficile de s'assumer à 100%) et aussi se protéger de railleries, voire d'une violence qui touche davantage les hommes plus effeminés.
Autre raison plus assumée et positive : je cherche à m'entourer de gens légers et sérieux à la fois, dont les goûts et choix de vie peuvent se rejoindre un minimum avec les miens. En la présence d'amis, nous élaborons une scène de vie qui correspond le plus possible à l'idéal que l'on a en tête : d'une certaine manière, comme disait Foucault, celui de faire de sa vie une oeuvre d'art. Les rencontres entre amis (encore plus quand on est en couple et qu'on est donc au minimum 3) donnent lieu à une certaine « représentation » (l'ambiance est en fait une construction commune tacitement acceptée) dans laquelle tout le monde joue un certain rôle (que certains parviennent à remplir et d'autres pas, ce qui est inévitable au sein d'un groupe). Il ne s'agit pas de repousser le naturel de son caractère (nous restons le résultat d'une construction sociale), de nier la diversité des êtres ou de se fermer à l'inconnu (bien au contraire) mais il faut trouver dans l'autre cette flamme incandescente qui donne l'impression que l'autre va aider à l'élaboration d'une vie conforme à son idéal. La «folle» dans la définition négative ci-dessus n'a pas sa place dans ma vision idéale, au contraire du côté « camp » que l'on peut retrouver chez tout le monde (qui d'ailleurs peut dire qu'il n'a jamais d'attitude effeminée ?).
Pour ceux totalement hostiles aux folles, une petite maxime : « il y a plus folle que les folles : les femmes» (à elles, on leur pardonnerait tous leurs « excès » de féminité et critiquerait même leur masculinité). Bref on en vient à la question du « genre » : si on veut admettre qu'une fille ou un garçon n'agit pas en fonction de son sexe mais en fonction de sa sensibilité masculine ou féminine (et je revendique cela), j'accepte la folle - même si je ne partage pas du temps avec elle. Car finalement, je ne passe pas plus de temps avec un beauf (que je n'hésiterai pas à définir comme tel) et ce n'est pas pour autant qu'il est privé de droits et de respect.
14 août 2004
Nationalisme
Un concept quasi inexistant en Belgique Francophone. Vu la proximité avec nos voisins d’Outre Quiévrain, bien plus nombreux et de même culture (on partage la même langue, les mêmes références littéraires, télévisuelles,…), nous adoptons le ton de l’ironie, de la distanciation par rapport à un sentiment qui nous apparaît désuet (exemple : pourquoi suis-je nommé le petit belge par quelqu’un qui n’est ni mon aîné, ni mon supérieur ?). Nous sommes traversés par le nationalisme français d’un côté (même si le paternalisme français sur les belges me semble en train de changer) et la nationalisme flamand de l’autre côté. Alors que le français a eu historiquement primauté sur le néerlandais en Flandre, un mouvement d’émancipation culturelle s’est mis en place depuis 40 ans (plus ou moins je n’en sais rien) pour permettre une reconnaissance de la culture flamande. Depuis lors, cette identité s’est très fort développée et s’est transformée en véritable nationalisme au sein de la riche Flandre.
Il s’est immiscé dans tous les partis politiques sous l’impulsion de l’immonde Vlaams Blok (extrême-droite plus dangereuse encore que le FN français !) qui pourrit la vie politique flamande et belge tout court. Si on peut profiter de cet élan culturel flamand réel, il faut aussi se farcir une certaine culture populaire flamande assez féconde en merde musicale...
Enfin si je crache un peu sur la Flandre, je dois bien avouer que dans les alentours de Gand ou Louvain qu’on trouve les plus beaux mecs (et pourtant j’ai déjà parcouru une bonne partie de l’Europe).
Comme quoi, le Q arrange toujours tout !





