02 mars 2008
Vers un contrôle du désir?
La présidence Sarkozy
annoncerait-elle une nouvelle ère judiciaire?
Avec la récente loi sur la rétention de sûreté (et sa rétroactivité
recherchée), le citoyen doit désormais s’improviser médium. Un nouvel adage lui
est imposé : "nul n’est censé ignorer la loi…future". Une bien
étrange conception de l’état de droit au delà du projet répressif lui-même
intenable et par ailleurs bien dangereux dans l’esprit qui l'entoure.
Parlons-en des pédophiles, ceux à qui s’adressent majoritairement ce texte
législatif . Le héraut de cette lutte menée en Belgique il y a dix ans durant
l’affaire Dutroux, qui fut l’avocat des parents de Julie et Mélissa, vient
d’être mis en examen pour détention d’images pédophiles, avec le retentissement
que l’on imagine. Les plus grands pourfendeurs d’une déviance ne
lutteraient-ils donc pas contre leur propre nature, leur engagement étant censé
répondre à un conflit interne intenable ?
Ces deux faits se rejoignent pour une réflexion quant à la volonté d’une
maîtrise sociale du désir.
Avant toute chose, on
peut regretter qu'un seul mot (pédophile) recouvre toute une panoplie de
situations foncièrement différentes. La désignation d'un tel vocable conduit de
nos jours son auteur à l’opprobre sans laisser de place à la nuance. Nous vilipendons
de la même manière une personne éprouvant un désir voyeur envers un mineur et
l’individu qui le (la) viole, voire l'assassine.
La justice dans sa pratique quotidienne tend heureusement à distinguer ces
différentes situations mais son application ne nous dispense pas de nous
interroger sur les questions sous-jacentes que la répression résolue de la
pédophilie interdit d’envisager.
Ainsi, une personne majeure (de 17 ou 18 ans) qui a une relation avec un(e) ado
de 14 ou 15 ans commet une infraction envers la loi sans que cela ne me semble
poser un réel problème d’un point de vue moral. L’âge est une donnée
généraliste du législateur visant à protéger le plus grand nombre mais parfois,
cette règle fige certaines réalités particulières.
Nous pouvons pousser cette interrogation plus en avant avec d'autres
situations.
Le passage à l'acte
avec un mineur est bien entendu la plupart du temps répréhensible dans la
mesure où l'adulte profite de la naïveté d'un enfant/ado ou joue sur son
autorité et/ou sa force pour parvenir à ses fins. Il peut cependant exister des
situations exceptionnelles plus complexes où certaines expériences
juridiquement pédophiles ont été totalement consenties, voire même désirées par
le jeune (j’en ai entendu pas mal autour de moi). Si la psychanalyse est
parvenue depuis Freud à démontrer l'existence d'une sexualité dès le plus jeune
âge, cette révélation a sans doute induit des manoeuvres de contrôle social de
ces pulsions immatures (cachant
parfois des désirs légitimes mais jugés pervers aux yeux des gardiens de
l’éducation) comme en atteste le peu de relais de cette réalité dans les
médias.
Autre catégorie faisant
l’objet d’une traque inlassable des autorités (et sans doute plus que n’importe
quelle autre grâce aux preuves technologiques sous-jacentes –compensant l’impossibilité
de mettre à mal les agressions domestiques bien plus nombreuses), les acheteurs
d'images pédophiles adoptent des comportement que nous pouvons juger moralement
et juridiquement condamnables dans la mesure où ils entretiennent l’offre (et
donc l’abus d’enfants). Mais quel avis poserions-nous si l’individu est possesseur
d'images glanées ça et là sans contrepartie financière?
Certaines
organisations ultra-catholiques ont tenté ces dernières années d’interdire des
œuvres d'art contemporain mettant en scène des enfants dans le plus simple
appareil, en affublant du terme de pédophile les organisateurs ou (dans une
explication plus mesurée) considérant les oeuvres comme une vitrine pour les
pédophiles. Derrière cette idée se cache l'idée fallacieuse (car niant
l'inconscient des individus) que c'est l’offre qui crée le désir des individus,
argument repris ailleurs pour vilipender toute expression de l'homosexualité
dans les médias. Soyons clairs, si pour quelqu’un de progressiste, la censure
d’œuvres (ou de média) n’est pas acceptable et à ce titre la vue d’un enfant nu
dans ce cadre ne peut être vu comme révulsant, il faut alors admettre que nous
ne pouvons pas contrôler les désirs. Rien ne pourra empêcher un individu
d’avoir un désir, qu’il soit homosexuel, fétichiste (lesquels ont été récemment
plus ou moins acceptés comme des comportements non déviants) ou zoophiles, pédophiles
(que nous considérons comme déviants, cette dernière étant même devenue la
perversion majuscule de notre temps).
Tout être humain
porte en lui des désirs déviants (ou leur germe). Pas seulement d’ordre sexuel
d'ailleurs, l’envie de meurtre qui nous a sans doute traversé l’esprit un jour
dans un moment de colère en est par exemple un autre. Dans ce dernier cas, nous
admettons aisément la frontière existant envers la tentation et la
matérialisation et il est communément admis que c'est une démarche raisonnée
qui nous empêche de passer de l’autre côté, celui de la transgression. Il en va
de même à mon sens pour les désirs sexuels. Prenons l’imagerie du sexe sans
capote, qui s'est considérablement accrue depuis l’émergence du sida devant la
prédominance du discours de prévention qui établi sans le vouloir le non-safe-sex comme
une forme de transgression. Certains passent à l’acte mentalement avec le
visionnage de films pornos bareback
(qui se sont d'ailleurs généralisés avec pour effet pervers que la
transgression est devenu la norme, avec le risque associé pour les acteurs et les
jeunes spectateurs en raison du relapse qu’il
peut favoriser), tout en veillant à contrôler leurs éventuels désirs de
relâchement dans la vie quotidienne devant le risque fait à soi ou à autrui
(dans le cas de la personne séropositive).
En somme, l’être humain dispose toujours d’une part consciente qui oriente au
final son comportement. Le risque qui pourrait se profiler à l’avenir serait de
condamner le désir par anticipation d’un quelconque acte en prétendant pouvoir
contrôler l’inconscient humain par la
répression alors que seul le comportement est à même de devoir être
judiciarisé.
C’est pourquoi à la question de savoir s'il faut condamner un pédophile qui
aurait conservé des photos d’enfants partiellement dénudés glanés ça et là sur internet,
à la télévision ou dans des magazines ordinaires, sans contribution au marché
économique, je répondrais par la négative.
Dans le prolongement
de cette idée, la loi sur la rétention de sûreté tout comme le projet de
contrôler les enfants dès 3 ans sont des tendances lourdes et dangereuses qui
font craindre un contrôle de l’esprit humain avec les dérives que cela
sous-tend : le projet mené à terme pourrait remettre en cause des acquis en
matière de liberté individuelle (et qui
sait de réactualiser la liste des désirs jugés déviants en y incluant par
exemple le désir homosexuel).
28 janvier 2008
Est-il possible de rester soi au travail?
J’ai lu récemment
un article relatant la manière avec laquelle les entreprises essaient de
modeler l’esprit de leurs employés afin qu’ils se conforment à leur philosophie.
Plus on confie des responsabilités importantes à un cadre, plus ce dernier sera
soumis à une pression (implicite et explicite) pour adapter son comportement, sa
sensibilité au goût de l’esprit d’entreprise.
Le management tend par exemple à bannir toute émotion dans les réactions des
gens. Certes, il est nécessaire de pouvoir empêcher l’esprit d’être l’otage d’un
trop plein récurrent d’émotions (quand celles-ci prennent définitivement le pas
sur la réflexion, il devient difficile de pouvoir travailler et de collaborer).
Néanmoins, en tant qu’être humain, il me paraît logique de pouvoir exprimer ses
sentiments sous peine d’exploser à un moment ou l’autre.
A côté de ce
conditionnement - réalisé au travers de formations ou des remarques de ses
supérieurs, il est une autre vérité que l’on tait peut-être davantage.
Quiconque ayant évolué dans des environnements où plusieurs nationalités
coexistent pourra affirmer qu’il est parfois difficile de se comprendre. La signification
de certains mots peut avoir une consonance, une interprétation différente selon
les cultures et déboucher sur des problèmes ultérieurs. Cette variable s’exprime
également dans la façon même de travailler, collaborer, interagir. La culture
impulse une manière spécifique d’être, de penser et de se comporter.
J’ai ainsi pu l’observer – à mes dépens - cette semaine au travail, lors de
quelques altercations avec mon chef néerlandophone. Pour faire court, dès que
j’expose un problème (tel que la
difficulté de travailler avec un tel service), que j’exprime une réflexion sur
une situation et m’interroge sur une attitude à adopter qui respecte l’esprit
d’une bonne collaboration, j’ai droit à des réactions qui nient mon mode de
pensée, la façon dont je la structure en fonction de ma personnalité et de la
culture dans laquelle j’ai été éduquée. Nous plongeons alors dans des
discussions inintelligibles dans la mesure où nous n’évoluons pas dans le même
registre. Nous parlons dans la même langue mais ne parlons pas la même langue.
Dans la
tradition française, nous avons besoin de discuter, pour socialiser, d’exposer
nos réflexions, voire nos sentiments et états d’âme (ce qui n’est pas un
problème si cela n’influe pas sur le travail final ou n’empêche pas d’avancer quant
à la prise de décision). Nous dissertons sur la méthode, nous intellectualisons
le monde en mouvement autour de nous et les stratégies individuelles ou en
groupe qui s’y déploient. De cette manière, nous raisonnons nos propres
sentiments plutôt que de les enfouir. Nous les confrontons avec la réalité sans
vouloir absolument les abolir.
Le modèle
calviniste, prédominant au Nord de la Belgique, se révèle quant à lui plus
direct, plus pragmatique (un mot
qu’ils chérissent). Il ne s’agit pas de s’encombrer de détours,
d’interrogations jugées futiles, il faut aller droit au but – dans une forme
brute parfois grossière selon nos propres critères -avec souvent une absence
totale de psychologie et qui se double d’un sentiment irréductible de posséder
LA vérité (l’empathie ne peut faire ombrage à l’efficience).
Cette
opposition culturelle surgit dans d’autres domaines lors de nos discussions.
Ainsi mon chef estime-t-il que l’on devrait être moins exigeant sur les fautes
d’orthographes tant que la compréhension existe. Réflexion qui mettrait Finkielkraut en rogne
(lui qui en parle comme une preuve de dé-civilisation) et pour une fois je
serais avec d’accord avec lui. C’est un principe qui dépasse la question pure
du respect de la langue et déborde sur la possibilité d’interroger le monde et de
conserver la nuance face aux modèles qui paraissent évidents et s’imposent dans
l’urgence imprimée par notre société moderne, notamment dans le cas présent le
travail et l’efficacité façonnés aux lois du modèle néo-libéral sans
questionnement sur l’organisation sous-jacente, ni la finalité pour l’individu.
D’autres
exemples pourraient être choisis à foison, comme cette autre collègue
néerlandophone dont la première réflexion à propos de son stage étudiant Erasmus
en Espagne a été de considérer les espagnols comme des fainéants…
A l’heure où
les difficultés pour pérenniser la Belgique fédérale demeurent, je dois constater la profonde différence
entre deux cultures en cohabitation et reconnaître combien nous, francophones
de Belgique, sommes proches de la culture française et quel fossé nous sépare
parfois, souvent, trop souvent de nos voisins néerlandophones.
Je ne voudrais pas pour autant en tirer des conclusions politiques. Le développement
du monde actuel et à venir passe par la coexistence de cultures dans un
même espace. Et la recherche d’une harmonie dans ce métissage devrait nous
rappeler qu’il ne pourrait être question d’affirmer à la face de l’autre à tout
moment la supériorité de la sienne.
19 novembre 2007
Le culte de la majorité
Au travers de plusieurs événements d'actualité récents s'est dessinée
une tendance politique commune s'appuyant sur une définition restrictive de la
démocratie, à savoir le principe de la majorité triomphante, pour convaincre du
bien-fondé de ses options.
En Belgique, les flamands viennent de voter une proposition de loi fédérale
au mépris du consensus instituant le besoin d'une majorité dans les deux
communautés linguistiques.
En France, la grève des fonctionnaires à propos des régimes spéciaux ne serait
pas légitime au regard de l'opinion publique (55% contre dans les sondages). De
même, le mouvement dans les universités devrait cesser car il serait
minoritaire selon Fillon.
L’argumentaire de ce que j'appellerais le culte de la majorité s'appuie
sur l'usage d'un processus démocratique pour légitimer son propos. Celui-ci
serait consacré par le principe du vote ou tout ce qui y ressemble
(sondage,..). La majorité dégagée par ce vote permettrait de revendiquer la
légitimité de sa position sur le sujet, d'avoir "raison" et donc de
fermer le débat. Il s'agit pourtant d'une réduction très forte de l'idée que
l'on peut se faire d'une démocratie moderne.
Il ne s'agit pas de contester que des élections en bonne et due forme
produisent par leurs résultats la désignation légitime d'un candidat et une donnée
décisive pour la formation d'un gouvernement (dans les systèmes à la
proportionnelle, la question de la légitimité de la formation d'un gouvernement
reste cependant parfois discutable quant aux critères déterminants conduisant à
privilégier une majorité plutôt qu'une autre dans une coalition).
Le recours au vote universel est indiscutablement une avancée même s’il ne
signifie pas forcément que la démocratie soit respectée: on observe dans de
nombreux pays émergents des fraudes, menaces et autres violations autour du
processus électoral. On considère également comme peu démocratique une
élection où le contrôle médiatique est tel que le choix se portera
inéluctablement sur un candidat (la Russie en est un bon exemple).
Dans des sociétés occidentales plus rompues à la tradition démocratique
(prenons l'Europe), la posture morale (sans préjuger de son bien-fondé) visant
à prôner le respect des principes droits de l'hommiste dans le monde
(l'axe Sarkozy-Kouchner) ne conduirait-elle pas à une application sans détour
de ce même critère générique dans des matières politiques intérieures qui
exigeraient davantage de nuance? Nos démocraties sont suffisamment complexes
que pour nous figer sur ce principe réducteur de majorité. Je ne parlerai pas de la réthorique fumeuse de l'ouverture
à l'opposition chère à Sarko mais plus généralement de toutes les dérogations
mises en œuvre pour permettre à chacun de bien vivre et notamment dans l'attention faite
aux minorités. Notre éthique historique basée sur l'universalité tient à se
préoccuper des différentes franges de la population (dans ses différences
ethniques, sexuées, sexuelles) et à adapter son fonctionnement interne afin de
promouvoir une meilleure équité et une meilleure égalité de chance.
La loi sur la parité est un exemple de la volonté de déroger au
processus électoral classique en forçant les partis à introduire dans leur
liste une égalité entre hommes et femmes. Il se dégage aussi de plus en plus
l'idée de veiller à mieux représenter l'électorat d'origine étrangère par
l'accueil sur les listes d'un plus grand nombre de candidats issus d'Afrique
noire ou du Maghreb.
Parfois, c'est au sein même de la complexité institutionnelle d'un pays que des
entorses au fonctionnement classique sont établies. En Belgique, une loi
fédérale doit être ordinairement votée par une majorité dans les deux
communautés du pays, un critère se détournant de la loi du nombre favorable à
la population flamande qui représente 60% des électeurs (à Bruxelles, malgré
que l'immense majorité de la population soit francophone et les flamands ne
constituent que 10 à 15% des citoyens, un même dispositif existe). Les
flamands, en décidant de rompre le compromis institutionnel en imposant leur
voix majoritaires à une proposition de loi, ont repris cette idée surannée que
la majorité est de facto l'élément prépondérant pour avaliser la nature
démocratique de leur coup de force.
En France, cette même réthorique est utilisée par Sarkozy. Elu sur un
programme clair (en rupture avec son prédécesseur qui a rarement mis le sien en
œuvre), il détiendrait ainsi la légitimité pour appliquer toutes les réformes
qu'il souhaite. Le principe de démocratie représentative permet bien sûr au
candidat élu d’édicter les lois qui lui semblent utiles en regard du mandat
reçu mais soutenir que ce vote lui donne une légitimité sur tous les sujets s’avère
à tout le moins un raccourci. Si tel était le cas et si le président devait
décidait à un moment donné de ne pas appliquer une idée formulée lors de sa
campagne, devrait-il alors démissionner? Il va de soi que l'exercice du pouvoir
tient compte d'une série de paramètres, notamment le contexte politique et
social dans lequel se déroule le débat sur une proposition de loi.
L'affirmation de Sarko se révèle idéologique, en visant à passer en force sans
négocier, sans chercher le consensus social. Au fonds des choses, Sarko
s'appuie sur un autre indicateur de majorité, celui fourni par les sondages. L'approbation
apparente de la population à une loi mettant fin aux régimes spéciaux lui
donnerait la légitimité pour promulguer la loi et a contrario rendrait
illégitime la grève menée par les fonctionnaires, notamment au regard des
dommages générés vis-à-vis de la population, usagers de transports en commun, celle-là
même qui ne soutient pas la grève dans les sondages.
On voit où pourrait mener ce genre de processus basé sur la majorité
triomphante. Tout mouvement non soutenu par la population (par sondage le plus
souvent) n'aurait aucune valeur légitime. C'est évidemment le meilleur moyen de
casser toute forme de contestation sociale en opposant les gens entre eux, en
exaltant l'intérêt individuel au détriment de la compréhension du problème
global (par empathie et solidarité).
A cette culture de la majorité, j’opposerais le droit pour les minorités
de faire entendre leurs voix pour défendre leurs droits. Partir de la défense
des minorités comme élément central de toute action politique ne peut être
considéré comme un processus anti-démocratique, il participe au contraire clairement
à son essence. Notre modèle politique s'appuie en effet sur le principe que tous les hommes sont égaux en dignité et en droit et que tous les
autres
droits et libertés découlent de cette valeur d’universalité.
La question du conflit dans les universités relève de
la même idée bien que la situation soit plus délicate. L'organisation du
processus démocratique au sein de la vie étudiante est moins aboutie que dans
le cadre de la vie active (avec la structure syndicale) même s'il existe des
mouvements organisés d'étudiants et le recours à des assemblées générales pour
décider de la suite des mouvements.
Là aussi, il a été affirmé par la bouche de F. Fillon que la
contestation à la loi Pécresse était minoritaire au sein des étudiants, et donc
en soi illégitime. Le Premier Ministre ignore volontairement la réalité de tout
mouvement social : celui-ci doit se faire connaître, trouver des moyens forts
pour expliciter au plus grand nombre son point de vue. Il faut le plus
généralement des semaines pour constituer une unité large de contestation. Face
à un pouvoir disposant de l'autorité (un aspect à ne pas négliger) et du relais
médiatique, il s'agit d'incarner un contre-pouvoir puissant et seules des
actions d'envergure et coups de poing permettent d'y parvenir. Dénier ce droit,
c'est perdre à jamais la capacité citoyenne de réaction face au pouvoir
politique et menacer alors la démocratie. Car elle mènera forcément à ce que la
loi du plus fort, du plus riche ne domine à jamais (et ce qui vaut pour les
salariés, fonctionnaires ou autres citoyens vaut aussi pour les étudiants qui
peuvent exprimer des opinions qui dépassent d'ailleurs leurs propres situations
et les autorisent à rejoindre des mouvements plus globaux qui les concerneront
tôt ou tard). La volonté de Fillon de dévaloriser le mouvement au nom du fait
qu'il serait minoritaire témoigne d'une négation du principe de mouvement de
contestation sociale et c'est peut-être même plus grave que la question même de
l’application de la loi.
Signalons que dans toute lutte de pouvoir, l'équilibre (ici entre droit de
contestation par des actions symboliques fortes et liberté d'aller aux cours)
est difficile à atteindre entre toutes les parties. Les seconds doivent pouvoir
entrer dans le jeu et il leur suffit d'aller voter aux AG pour marquer leur
opposition au blocage.
En conclusion (et celle-ci s'applique spécialement aux dominants), décider ou justifier ses
actions en ayant recours au concept mathématique de majorité comme légitimité
démocratique me paraît mener a contrario à un affadissement de la démocratie et
des principes qui vont avec dans notre tradition universaliste: favoriser le
bien-être de tous. S'écarter de ces fondements pour ne promouvoir que la vision
la plus basique de la notion de démocratie, le vote majoritaire, conduit à
terme à l'inertie d'une société et donc à la fin de cette démocratie, qui exige
d’être sans cesse en mouvement face aux inégalités et injustices inévitables de
toute société libérale.
06 juin 2007
Tu seras beau mon fils
Cela
commencerait presque comme un sketch de Bigard (oui, le grand comique
sarkozyste), avec cette dérision face aux habitudes et autres expressions
formulées à l'occasion de certains événements. Prenons quelques exemples.
"Bravo
pour ton anniversaire" (à l'exception d'un suicidaire, je ne vois pas
pour quelle raison nous devrions louer un individu pour avoir atteint ce
cap).
"Félicitations pour ton mariage" (bravo, tu t'es conformé au
modèle social: non seulement tu fais partie de ceux qui ont réussi leur vie
sociale en trouvant quelqu'un - peut-être n'importe qui finalement - et en plus
tu t'engages à… recevoir plein de cadeaux).
« Vous formez un beau couple ». Tel est le message adressé par un contact virtuel
nous ayant aperçus lors d’une soirée. Je suppose qu'il a voulu dire
qu'il nous trouvait beaux tous les deux et qu'un couple constitué de deux
belles personnes était une réussite esthétique (peu importe ensuite qu'on se
tape dessus, qu'on ne s'épanouisse pas - exemples donnés au hasard).
Ce dernier exemple pour en venir au
fonds de ma réflexion du jour: comment appréhender les félicitations sur son
physique?
Il est assez curieux, voire contradictoire que dans
la société du mérite dans laquelle nous évoluons (ou vers laquelle les
politiques veulent nous mener), nous accordions une place aussi importante,
voire décisive à la beauté physique, ce mystère de la nature insondable.
Que ce soit dans la procédure de sollicitation professionnelle ou dans le
contact social, disposer d'un physique avenant constitue un capital symbolique
puissant pour gérer au mieux ces situations.
Si nous devions attribuer un quelconque mérite dans cet état de fait, nous
l’accorderions alors en premier lieu aux parents qui veillent à garantir la
bonne santé et le bonheur de leurs progénitures pour produire au final un
adulte équilibré (du moins en apparence). La récompense ne se matérialiserait
toutefois qu’indirectement (les enfants tirant parti des efforts de leur
famille, à l’image des ressources financières transmises par héritage) et
dépendrait grandement des conditions financières et des dispositions
culturelles des parents. Etre beau pourrait donc dépasser le
simple cadre du cadeau de la nature et dépendre de la non moins chanceuse
éducation harmonieuse dispensée dans
notre société occidentale aisée.
Dois-je en conclure que celui qui est considéré comme beau ne peut en
tirer aucune fierté?
Dans une société prospère contre la nôtre, nous
disposons - pour la plupart - de moyens pour mettre en évidence nos atouts
physiques. Chacun les exprime en fonction des habitudes culturelles inhérentes
à la classe sociale à laquelle il appartient ou adopte un genre (vestimentaire
ou comportemental) spécifique auquel il s'identifie. Nous conservons donc
toujours une part de responsabilité dans notre apparence publique. Nous avons
déjà pu constater dans la presse people qu'une personne incroyablement belle
peut se révéler moche dans des conditions particulières. A l'inverse,
travailler son corps à la salle de sport permet par exemple de présenter une
enveloppe extérieure appréciable aux yeux des autres et ce regard (au minimum)
équivaut à une récompense pour les efforts accomplis. Quelque part, l'image que
nous renvoyons est toujours construite.
De plus, nul ne niera que le charisme plus ou moins fort d'une personne se
nourrit de l'entrain et la personnalité qu'elle dégage.
Je pourrais même aller plus loin. Ne parvenons-nous pas à exprimer autre chose
qu'une simple apparence dans notre présentation physique ? Ne s’y
dévoile-t-il pas d'autres caractéristiques comme l'humanité, l'intelligence,…?
Cette idée à laquelle on aimerait croire se révèle parfois bien moins subtile
en réalité (cela me rappelle cet épisode lors duquel une vague connaissance
m'avoua, après quelques instants de conversation sur internet, son étonnement
de découvrir une cervelle derrière la belle plante que j'incarnais alors à ses
yeux sur base de mon apparence publique).
N'être valorisé que sous cet
unique aspect plastique peut créer une forme de blessure intime. Voire même une
emprisonnement par l'obligation sous-jacente de remplir un rôle et de ne pas
décevoir (peut-être d'ailleurs plus pour soi-même de peur de ne plus être
apprécié dans sa globalité en perdant l’aura de cette caractéristique).
Cette
sensation peut finir par étouffer. Certains chercheront alors à s'enfuir, iront
jusqu'à s'enlaidir volontairement pour échapper à la fonction limitée à
laquelle on les assigne. Fuir les lignes est en soi le meilleur moyen de ne pas
s'enfermer dans une représentation publique. Mais pourtant, rarement, les gens
beaux vont jusque là.
D'une part, car, dans une société de compétition, il faut tirer bénéfice de ce
dont la nature nous a pourvu. Cet avantage facilite le combat à livrer dans le
monde extérieur et permet d'y puiser de nouvelles ressources via les remarques
positives émises.
D'autre part, mettre en évidence ses atouts physiques constitue une
démarche esthétique en soi, qui dépasse sa propre situation pour s'ouvrir aux
autres. Le beau participe déjà à la société par sa simple raison d'être.
Il offre à chacun des moments de bien-être qui contribuent à l'élaboration
d’une vision personnelle positive à l’égard de son environnement de vie. La
beauté est sans nul doute d'utilité publique et cette artificialité apparente
- qui s'oppose souvent dans certains discours avec le fonds de l'âme - joue à
sa manière un rôle aussi essentiel que l'expression des sentiments, de
l'intelligence et du respect pouvant émaner de l'être humain.
24 novembre 2006
L'horreur économique
L'actualité de la semaine en Belgique a été dominée par un seul titre: les pertes d'emploi chez VW à Forest, à deux pas de chez moi. 10.000 emplois concernés si on compte les sous-traitants touchés. Pour les belges, cette nouvelle est perçue avec un sentiment de désolation mêlé à de la colère. De quoi entretenir l'inquiétude grandissante face à la mondialisation et les délocalisations - et la crainte sous-jacente de voir les gens se tourner vers un vote extrême devant l'aveu d'impuissance des pouvoirs dirigeants.
Depuis plusieurs années, nous sommes confrontés à une concurrence croissante venant de pays où l'emploie se négocie à des conditions salariales incomparables (comme l'Inde ou la Chine). L'Europe qui devait servir de façade pour se protéger face à l'extérieur est devenue elle-même une terre de compétition interne: avec les pays de l'Est récemment entrés dans l'Union et même entre pays voisins comme ce réflexe nationaliste allemand dans le cas de VW. Nouvelle et implacable illustration d'une Europe en panne.
Le jour de l'annonce de cette suppression d'emploi (qui induit la fermeture prochaine du site, pourtant récemment modernisé par les autorités publiques à coût de millions d'euros, preuve des visions court terme des dirigeants de multinationale), un journaliste de TF1 proposait un reportage sur l'allongement du temps de travail observé dans certaines régions de France pour conserver l'emploi en entreprise Ce reportage sans recul au niveau de la réflexion semblait apporter la solution au problème de compétitivité. Cette vision restrictive, sans mise en perspective plus globale, pourrait au contraire générer nombre d'effets pervers (au-delà du gain seulement temporaire de ce genre de mesure, une restructuration allant suivre probablement quelques temps plus tard - les exemples ne manquent pas). Jusqu'où irons-nous dans le recul de nos acquis en matière de condition de travail et au niveau salarial pour rester compétitif avec des pays qui proposent des salaires 5 moins élevés? La spirale de ce genre de mesures pourrait déboucher sur une précarisation accrue des salariés, même lorsque ce n'est pas nécessaire.
Que faire pour contrer cela?
On peut citer le développement de pôles de technologie pointus dans lesquels l'emploi est difficilement délocalisable. Mais quel avenir pourra-t-on assurer aux salariés peu qualifiés? La formation est certes indispensable mais il ne faut pas croire que nous allons parvenir à ne fabriquer que des élites. On pourrait espérer que, d'ici quelques années, une harmonisation des salaires parviennent à rendre moins attractif ces pays émergents mais la démographie galopante en Inde (par exemple) n'exercera-t-elle pas une pression permanente mettant à mal cet ajustement des salaires souhaitée?
Cet avenir sombre pourrait aussi s'éclaircir si nos économies parvenaient à maintenir des pôles de décision nationaux avec un sens de la responsabilité sociétale (quelques anciens capitaines d'industrie belge le proclament encore haut et fort mais la jeune génération sera-t-elle aussi moralement impliquée?).
Dans l'immédiat, adopter des formules revenant sur nos acquis sociaux (en jouant fortement sur le temps de travail ou le salaire) paraît aussi inopportun qu'injuste.
Au fonds, nos pays créent toujours plus de richesse (nous sommes toujours en croissance) et il est logique que l’ensemble de la société en profite. Or le bénéfice de cette création de richesse tombe avant tout dans l'escarcelle des actionnaires (qui pèsent toujours un peu plus sur les stratégies du management des entreprises cotées en bourse).
La dualisation croissante de nos sociétés (des actionnaires qui s'enrichissent toujours plus et une classe populaire et moyenne à la paupérisation progressive) traîne en elle sa propre perte. A force de remettre en cause les acquis financiers de ces classes majoritaires dans la population, la consommation finira par s'en ressentir et le système d'entrer dans une phase de décroissance (quand on ne consomme plus, on ne vend plus, on n'emploie plus, on consomme encore un peu moins,…).
Nous semblons bien démunis actuellement à contrer les effets de ce système économique. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’alternative démocratique susceptible de créer une richesse partagée en respectant la liberté individuelle. Si les partis les plus radicaux, à l'influence politique nulle, ne pourront rien changer (je ne parle pas ici des mouvements indépendants de toute intervention politique qui apparaissent au contraire essentiels en tant que groupes de pression), les partis « gestionnaires » - qui peinent au niveau national à influer sur le cours de tels événements - doivent chercher à créer les bases d’une Europe sociale et politique avec leurs partenaires (tout dépendra bien sûr du poids électoral donné dans chacun de ces pays aux formations politiques armés d’une telle volonté).
Nous disposons aussi d’un certain pouvoir d'action à titre purement individuel. Nous sommes pour la plupart à la fois salariés, consommateurs et pour les plus privilégiés actionnaires (ne serait-ce que via des fonds de placements). Un pouvoir qui, mal utilisé, peut conduire à devenir fossoyeurs de notre propre tombe (la participation salariée dans le capital peut amener l'employé à chercher de la rentabilité et favoriser peut-être ainsi son propre licenciement alors que dans le même temps, elle pourrait être une force de pression au conseil d'administration, tout en étant une forme - noble - de participation au bénéfice), mais qui, de manière groupée, peut influencer le marché: nous pouvons consommer éthique (reste à définir comment, avec une vision protectionniste européenne?, en tenant compte de normes sociales définies par une agence indépendante ?) ou effectuer des placements éthiques (sans tenir compte forcément de la maximisation de son rendement). Un moyen de peser à notre manière sur un système qui s'auto-régule si mal.
09 novembre 2006
Quelle offre politique pour demain?
L'usage du mot "politique" et tout thème qui s'y rattache faisant souvent peur, je propose dès lors aux plus récalcitrants une douceur hors sujet de Bonnie Prince Billy.
Alors que le marketing a franchi une étape supplémentaire au cours de la récente campagne américaine (appel téléphonique automatisé d'un candidat appelant à son soutien), l'analyse stratégique s'est elle aussi encore affinée, le souci principal étant d'adopter un discours protéiforme, chirurgical, collant précisément aux attentes des électeurs en vue de l'emporter. Une évolution qui pose naturellement la question de la place des idées dans l'arène politique.
Personne ne conteste la préoccupation première d'un parti visant à gonfler son score en envoyant un message susceptible d'intéresser l'électeur, en insistant - selon la nature de celui-ci - sur les points qui le concernent davantage et en taisant d'autres idées auxquelles il n'adhère pas. Il est également courant de voir les partis naviguer sur l'échiquier politique pour se rapprocher au plus près du profil sociologique de l'électorat auquel il s'adresse (on voit ainsi la droite francophone belge se placer plus sûrement au centre pour convaincre davantage de gens).
A côté des idées sur lesquelles il s'appuie, le politique doit également travailler la dimension symbolique de son message pour que l'électeur se trouve en phase avec lui. Cela signifie promouvoir des valeurs, des idées générales ne débouchant pas forcément sur des mesures concrètes mais parlant à l'imaginaire du citoyen, le rassurant sur la philosophie avec laquelle il interviendra dans les dossiers futurs dont il sera en charge. Une prise en compte qui peut se transformer chez certains dans un populisme qui gangrène le débat démocratique.
La question sous-jacente: jusqu'où un parti, un politique peut-il aller dans sa démarche pour appâter l'électeur, tant au niveau de l'adaptation de ses idées que d'un usage prononcé du symbolique.
Quand les commentateurs politiques soulignent que la majorité des nouveaux élus démocrates US ont un profil ou un discours plutôt conservateur (reprenant les valeurs morales chères aux républicains lors de la dernière campagne présidentielle), on peut s'interroger sur l'opportunité de vouloir remporter les élections à tout prix. Jusqu'où peut-on infléchir ses idées, adoucir ou durcir son discours pour aller à la pêche aux voix? Comment s'assurer de ne pas dénaturer la force idéologique de son parti dans cette lutte électorale?
Je ne fais pas partie des intégristes ou idéalistes qui pensent que le politique ne peut jamais renier ses idées dans l'exercice du pouvoir (il faut parfois faire des compromis, a fortiori dans des coalitions) mais dans cette frontière fragile entre le respect de ses valeurs et le real politik, un questionnement permanent est sans doute nécessaire. A mon sens, une partie de ses idées est inaliénable pour poursuivre le combat politique qui est le sien. Sans pour autant renoncer à toucher des gens manifestant parfois des opinions différentes (le politique peut partager une même préoccupation que celle de son électeur mais préconiser des solutions différentes, le quidam ayant tendance à réagir plus émotionnellement), il ne s'agit pas pour autant de revenir sur ses opinions majeures dont le sens profond ne doit être altéré par la stratégie du pouvoir. L'équilibre reste ensuite à trouver entre le dévoiement acceptable et la nudité de ses idées pour parvenir au pouvoir ou y rester.
La problématique du poids croissant de la dimension stratégique dans la vie politique pose aussi la question de la démocratie dans laquelle nous voulons fonctionner. Je reste partisan du mode représentatif, trop inquiet de voir une démocratie participative (là encore un idéal mais nous y sommes trop mal préparés actuellement, à l'exception peut-être de décisions au niveau local) s'embourber dans des effets de manche qui ne la servent pas: le référendum français à la constitution européenne ne s'est sans doute pas porté sur les bonnes questions; le référendum de certains états américains pour valider une loi interdisant les unions gay s'est appuyé sur le sentiment de peur des électeurs face à l'inconnu, cadenassant ainsi les débats futurs sur la question; la peine de mort n'aurait jamais été abolie sans une détermination politique défiant la volonté populaire sur la question.
La responsabilité de l'homme politique est autant de répondre aux inquiétudes du citoyen que de veiller à l'intérêt supérieur de la société, de toutes ses strates et d'une cohabitation harmonieuse et pacifique en respect de la philosophie qu'il défend. L'avenir le permettra-t-il encore?
07 novembre 2006
La communication à un fil
C'est une évidence, notre société moderne n'a jamais disposé d'autant d'outils pour communiquer. Il y a encore 10 ans, la connexion permanente passait par la possession d'un sémaphone indiquant le numéro du correspondant à rappeler. Depuis lors est survenue l'ère du téléphone mobile et d'internet, et de tous ses dérivés (notamment le mélange des deux technologies qui permet par exemple de bénéficier de la messagerie instantanée sur son mobile). Une (r?)évolution qui permet à tout un chacun d'être joignable en tout temps et toute heure. Une avancée passionnante pour quiconque souhaite accrocher le wagon de la modernité, significative pour divers aspects très pratiques (se retrouver en pleine campagne avec son mobile rassure) et ouvrant des perspectives pour modifier le rapport à la communication (un sms ou un mail permet parfois de désamorcer certains conflits en réduisant, par un objet interposé, l'aspect émotionnel d'une rencontre physique). Toutefois si la forme de communication s'élargit indéniablement, modifie-t-elle pour autant profondément le but final recherché, à savoir se comprendre les uns les autres? Deux exemples récents m'ont imposé cette réflexion.
Au cours d'un week-end passé chez un ami, J, nous l'accompagnons à un dîner organisé par un de ses amis, B., qui avait réuni pour l'occasion une dizaine de personnes. En fin de soirée, alors que nous restons seuls tous les quatre, B. se met à reprocher à J. son manque d'audace pour draguer un mec qu'il avait invité spécialement à cette fin. J., passablement énervé par la critique, a fortiori en notre présence, se défend en évoquant sa liberté d'agir comme bon lui semble. Le ton monte assez rapidement et l'alcool aidant, les termes deviennent de plus en plus grinçants et assassins. J. décide alors de quitter l'endroit pour mettre fin à cette confrontation devenue stérile. Vexé par cette initiative, B. reprend la main en le mettant lui-même à la porte.
L'émotionnel et le symbolique avaient fini par prendre le dessus sur la discussion de fonds au cours de laquelle s'exprimait (certes) un désaccord qui ne justifiait toutefois pas un virage dramatique de cette sorte.
Autre exemple, lors d'un dîner récent chez un ami fraîchement rencontré. K. nous explique qu'il n'a plus connu de coup de foudre pour un garçon en Belgique depuis deux ans, ajoutant qu'il se sent souvent incompris par les gays. Au cours de cette confession, L. l'interrompt de temps en temps en distillant quelques traits d'humour destinés à introduire davantage de légèreté dans l'explication qu'il juge un peu trop dramatique. K. réagit un brin courroucé en rabrouant L. qui n'apprécie que modérément l'injonction à rester sérieux. Engagés sur un sujet intéressant, où chacun se sent concerné et témoigne d'un point de vue sans grande discorde, nous tombons sur une embûche imprévue qui provoque une sorte de cassure dans l'atmosphère de la soirée. Soudainement, deux éléments liés par un même thème sont entrés fortuitement en connexion. La discussion en cours s'est trouvée parasitée par une différence d'appréciation quant à la manière de la mener et dans le même temps ce désaccord constituait peut-être la base même du problème abordé. En exposant avec gravité des sentiments profonds et sans doute à fleur de peau pour lui (mais pour lesquels il n'y a pas mort d'homme), K. nous avait embarqué dans un récit qui ne nous permettait pas de souffler et risquait de se terminer dans une lourdeur proche du sentiment d'étouffement. Après tout, nous possédons tous nos propres difficultés. En soirée, après une semaine bien chargée, nous cherchons à les évacuer et, sans tomber dans une légèreté abyssale pour autant, nous ne pouvons pas toujours apporter une attention soutenue et grave sur des questions personnelles rencontrées par autrui. Ce sentiment qui traversait mon esprit à ce moment (et celui de L. encore bien davantage) avait dû parcourir la majorité des gens que K. rencontrait et pouvait expliquer cette forme d'incompréhension dont il parlait. Sans doute était-ce réducteur, je me suis moi-même plaint de temps à autre de ne pas parvenir à extraire de moi et aux yeux des autres l'image valorisante que je désirais (si je m’attribuais une responsabilité dans cette incompréhension, il m’est sans doute arrivé de reprocher aux autres le manque d’effort pour parvenir à réduire cette fracture, que blogger a pu en partie dissiper). Mais l'essentiel était ailleurs, cette réflexion sur l'importance de la forme dans la façon de s’adresser à l'autre venait de trouver sa source dans notre propre communication du moment, s'imposant comme une illustration évidente.
Ces deux scènes, à titre exemplatif, me rappellent à quel point la communication s'avère bien difficile. Quand bien même les sources pour entrer en contact avec l'autre se sont multipliées, elles ne fournissent pas le mode d'emploi sur le moyen de réussir cet échange, principalement lorsqu'il s'agit de sujet de fonds (soit l'essentiel de ce qui fonde une relation "adulte" amicale).
La communication requiert un certain nombre de caractéristiques dont la conjonction doit être simultanée pour fonctionner: de la disponibilité, une capacité de compréhension (d'empathie) et aussi une forme d’expression adaptée aux intervenants (tout comme les éléments non verbaux, le ton d'une discussion importe autant que le fonds avec le risque de ruiner tous les efforts déployés par les protagonistes, comme si l’amitié ne tenait parfois qu’à une nuance).
En l’état, tout autant que les avancées technologiques, le métier de psy dispose certainement de beaux jours devant lui.
03 octobre 2006
Travail et renoncement
Une armure, voilà sans doute le code vestimentaire le plus adéquat dans le domaine professionnel.
Les conflits, les stratégies mises en places heurtent tôt ou tard nos émotions. Nous nous appliquons certes à réveiller des mécanismes de défense. Ne rien espérer pour ne jamais être déçu, dégager des constats pour dédramatiser les tensions inéluctables tout autant que pour adapter son propre comportement. Mais si l'expérience s'accumule au fil des années, nous finissons presque toujours par être déçu par le comportement de certaines personnes. Cela se manifeste le plus souvent au moment où nos intérêts convergent vers une même surface d'action, générant des insatisfactions inévitables vu que tout le monde ne peut y trouver son compte.
Pour exister et survivre dans un tel environnement, la naïveté est prohibée (mais cela vaut aussi pour la vie de tous les jours, soyons-en sûr) et il s'avère souvent assez indispensable d'affûter une stratégie pour se positionner idéalement dans des jeux de pouvoir. Certains peuvent y manifester un cynisme débordant d’ambition sans sourciller, d'autres, comme moi ,veillent juste à ménager l’équilibre de leur bien-être. Nous savons tous ce que nous aimons ou ce qui nous horripile, ce dont nous sommes capables et ce qui nous met en difficulté et nous adaptons nos priorités en fonction de ces constats.
Dans l’élaboration de cette stratégie intervient la forme avec laquelle nous l’enrobons, notamment vis-à-vis des autres. C’est sans doute là que réside sans doute le point le plus sensible pour permettre à la vie sociale de se poursuivre sans trop de dégâts.
Prenons un exemple qui m’est proche.
Il y a deux ans, je n’avais guère apprécié la façon dont un de mes collègues avait privilégié ses intérêts (dans le silence et la dissimulation) bien que je comprenne sa volonté de les préserver.
Et voilà que début de cette année, je me retrouve plus ou moins dans une position identique à la sienne. Je décide d'adopter une attitude différente, entre retenue minimum nécessaire et honnêteté plus caractérisée. Avec un certain succès jusqu'à ce jour récent où mon collègue (peut-être un peu moi il y a deux ans) me reproche (ainsi qu'à d'autres) ma non-initiative pour l'aider dans une tâche que j’exècre et dont j'avais pu me retirer au fil des années dans le service. Ma franchise me pousse à ne pas le nier en explicitant le résumé que j'ai énoncé ci-dessus sur les relations au travail.
Ce qui m’est reproché sur le fonds, c’est l’absence de solidarité dans ce processus et cette problématique ne me laisse pas indifférent. Je suis partisan de cette valeur, notamment dans une dimension politique, une valeur de gauche en fait. Mais dans le même temps, appliqué dans la vie quotidienne, elle ne peut se décliner à l'infini sous peine de tomber de haut, dans une naïveté assassine pour soi-même.
Depuis quelques années, j'ai adopté, que ce soit dans la vie professionnelle ou privée, un raisonnement qui tend toujours à évaluer, dans un litige donné, mon intérêt privé en relation avec celui de l'autre, en partant du principe que le premier prime sur le second. Je connais en effet trop bien mes résistances, mes limites en terme de patience, héritées (malheureusement) de moments difficiles antérieurs. La réflexion consiste à comparer l'avantage ou inconvénient marginal que je dégage du sujet en question avec celui de l'autre. Si par exemple mon désagrément est faible par rapport à l'avantage qu’en tirera l'autre, j'aurai tendance à répondre favorablement aux desiderata de l'autre. Enfin généralement, car il y a des stratégies qui exigent une fermeté totale, tout comme la personnalité de l'autre (l’amitié nous pousse à davantage d’efforts que quand nous avons affaire à un collègue désagréable) ou le contexte général (l’absence de solidarité dans un groupe peut nous inciter à ne pratiquer cette valeur en aucune manière) influence naturellement la réponse à l'équation.
Cette démarche peut conduire à un égoïsme patent, un défaut que je ne nie pas même si j'estime que mes réserves dans certains cas ont plus à voir avec ce qu'on appelle la générosité (ou son absence en l’occurence). Mais au fonds j'ai toujours eu de la compréhension pour la faiblesse humaine, pourquoi pas la mienne?
Mon émotivité n’en demeure pas moins touchée quand un conflit s’amorce avec un collègue avec qui j'entretiens de bonnes relations. Si je me suis blindé en acceptant les règles parfois difficiles de ce jeu, il n'empêche que le cœur peut encore (dieu merci !) réagir de temps à autre, quand bien même
je me sente en phase avec moi-même, sans contradiction avec mes principes, aussi durs soient-ils peut-être.
23 juin 2006
La vie, le foot et l’orgasme
Peut-on se contenter d'être spectateur du monde qui nous entoure?
Quelles actions témoignent d'une prise en main de notre existence, de notre production à un but donnant sens?
Ces derniers temps, pour reposer mon esprit aux idées trop sombres, je me suis replié dans un confortable attentisme quant à mes loisirs: me tenir prêt à l'heure du match de tennis ou de football à la télévision, surfer ça et là sur internet, prendre le soleil. Je n'attribue pas une égale pondération à toutes les tâches entreprises, je n’en retire pas le même profit intérieur (au niveau sensitif ou spirituel). Je finis toujours par ressentir le besoin d’un supplément d’âme pouvant contribuer à un état de satisfaction général. Diverses sources sont alors convoquées pour atteindre cette finalité.
Par la lecture d’un roman haletant ou d’un film passionnant, je me sens soudain captivé, je m'évade dans une ambiance qui me transporte, qui dépasse les limites de mes connaissances, de mes résistances, de mon univers mental.
La singularité de nos préférences, la réappropriation que nous tirons de ces œuvres constitue une démarche proactive (contrairement au pré-mâché de nombreux programmes télévisuels par exemple) mais ce mode d'individualisation nous cantonne néanmoins encore dans un rôle de spectateur de la beauté du monde. Je m'efforce dès lors de chercher des participations plus actives, plus éminemment personnelles (et je bute d'ailleurs souvent dessus) .
L'écriture remplit chez moi une telle fonction, moins sans doute quand il s'agit de considérations générales comme celles-ci que dans des textes où je m'immerge plus profondément dans les tréfonds de mon âme (oui j'en ai une merci!) desquels peuvent jaillir (telle une irruption volcanique) une foule de mots appropriés et d'idées inspiratrices.
Moins courante mais tout aussi motivante lors d'une réussite, la prise de photos participe également à un processus créatif susceptible de révéler le monde (et donc sa justesse et sa beauté).
La séduction - et le sexe qui peut l'accompagner, sujet dont j'ai déjà longuement parlé - recèle aussi cet embrasement de nature à convoquer des sentiments spéciaux, rompant la monotonie quotidienne en ouvrant de nouvelles perspectives.
Je ne pourrais pas terminer cette énumération en passant sous silence une autre addiction, le football en tant que supporter. Nous retombons dans la catégorie des contributions plus "passives" mais son intensité la rend spécifique (comme va l'illustrer un rapide jeu de comparaison avec les activités précitées).
L'esprit de compétition inhérent à son fonctionnement attise un désir partisan qui fixe ainsi plus facilement le ferment de notre enthousiasme. Il se distingue en cela de l’expérience artistique, bien plus paisible, lors de laquelle nous accueillons (ou laissons à distance) des émotions - nous dispensant ainsi de toute notion de perte, de défaite.
L’intérêt pour le foot se justifie naturellement par le climax que suscite un but, un instant magique d’autant plus puissant que le contexte est tendu. J’assimile volontiers le goal qui survient à l'orgasme sexuel. Cette érotisation de la joie des supporters trouve parfois son équivalent sur les terrains : on embrasse le buteur, on l’enlace, on se couche sur lui,… Notre animalité se défoule, dans une allégorie du sexe à l'état brut.
Cette sensation créée par le but va sans doute encore plus loin que la jouissance sexuelle dans la mesure où elle est inattendue ou du moins, si elle était espérée, elle était bel et bien imprévisible (alors que si tout fonctionne mécaniquement bien, l’orgasme - masculin - se produit automatiquement). On pourrait peut-être la rapprocher du désir d’être constamment étonné, à l'instar du rapport à l’art où nous cherchons justement à être surpris par la beauté puisée dans le contenu ou la forme d'une oeuvre.
Le foot (au même titre que la séduction cette fois) contient un élément spécifique supplémentaire que je ressens peut-être plus encore qu'un autre: le rapport au risque. Alors que je tends à conserver la maîtrise sur ma vie, dans une forme d'aversion totale au risque, je ne peux m'empêcher de voir en lui un passage obligé pour découvrir les plaisirs intenses, ce n’est que par son biais que l’événement prend toute sa consistance. Ainsi, aller voir un match de foot dont je connaîtrais déjà le résultat à l’avance n’aurait absolument pas la même saveur, tout comme le regarder après l'avoir enregistré par exemple (il s'agit de vivre une émotion au même moment que les autres supporters). A l'identique, séduire quelqu’un qui est déjà acquis réduit le pouvoir électrisant de l’entreprise. Derrière l'impératif d'incertitude liée au jeu se mêle évidemment en contrepartie le danger que l’issue soit défavorable : une défaite en foot, comme un râteau en séduction, peut générer d’énormes déceptions. Elle nous prive d’une éjaculation après avoir été chauffé pendant 1 heure et demi. Qui n’en serait pas frustré ?
Mais derrière les désillusions grouille l’espoir de nouvelles victoires (on ne lasse pas de jouir).
Finalement, j’en viens à penser qu’un supporter de foot est un amateur de sexe qui ne jouit pas assez dans sa vie sexuelle (sans être un frustré dans ce domaine, il ne peut sans doute pas recourir au sexe autant qu'il le voudrait, ce qui est d’ailleurs le cas de la majorité des êtres humains).
Dans ce prolongement, si j'en reviens exclusivement à moi-même et au sujet plus général de cet article, je me demande si la définition d'intellectuel dont L. m'affuble volontiers quant à ma personnalité s'avère vraiment la plus relevante. Au fonds, le point commun de toutes ces activités tourne autour de leur dimension sexuelle, explicitement ou symboliquement. Elles procèdent de la même mécanique de pensée: jouir un maximum lors de la prise d'une photo réussie, au moment où les mots se superposent enfin par magie dans un texte, quand le regard de l'autre révèle le trouble de la séduction ou à l'occasion d'un but de mon équipe favorite.
Manifestement, seule une vie orgasmique vaut la peine d'être vécue...
(Sur ce, je pars en vacances pour 2 semaines)
14 juin 2006
Sexy or not
Touchés ces dernières années par la vague de télé-réalité, nous ne pouvons pas rester totalement insensibles au phénomène qui a envahi nos écrans sous une forme ou une autre, souvent pour le pire mais pas exclusivement. Récemment le sérieux Inrocks confiait son admiration pour la Nouvelle Star, forme accomplie de programme télévisuel, qui renonce au côté voyeur (on ne suit pas les candidats durant la semaine) tout en permettant au spectateur de partager le stress des participants lors du direct et de suivre leurs évolutions au fil des émissions.
Je me tourne plus volontiers vers le plus amateur et intriguant "Sexy or not" (émission dont la diffusion vient seulement de se terminer en Belgique). Un casting copié sur la Nouvelle Star avec une différence essentielle: on ne chante pas mais on tente d'apparaître sexy.
Le motif est bien entendu un peu incongru (moyen facile d'offrir quelques morceaux de chair à l'écran) mais le programme réserve quelques moments délicieux tout en suscitant l’une ou l’autre source de réflexion.
En constituant un jury, l'émission tente ainsi d'instituer une forme d'objectivité à la définition du terme "sexy". Ce raisonnement paraît en soi impossible: si l'on considère sexy "ce qui incite au désir sexuel", chacun de nous, en fonction de son histoire, de ses désirs enfouis au plus profond de son inconscient, interprétera différemment cette notion et jettera dès lors son dévolu sur une personne incarnant le mieux cette image idéale. Cette volonté de dessiner les contours du sexy avec "des spécialistes" se révèle autant fascinante par sa prétention que révélatrice de nos sociétés. On peut ainsi associer les choix du jury aux goûts de notre époque: il s'agit tout d'abord d'être mince, bien fait(e) avec un joli visage (autrement dit, il faut déjà être beau). Vos chances augmentent quand vous ressemblez à ce qui se fait de mieux dans le show-biz jeune et à paillettes: stars de RnB ou bouts de femmes énergiques et provocantes (de Britney à Pink en passant à Gwen Stefany).
Les stéréotypes ancestraux s'imposent cependant également en parallèle: une féminité obligatoirement associée pour les filles et une virilité indiscutable pour les garçons (un mec carré, aux muscles affirmés - mais pas trop - et aux traits faciaux masculins).
Par delà cette plastique demeure central le savoir-faire de l'attitude sexy. Que mettre en valeur pour parvenir à correctement répondre à l'objectif de cette compétition? Avec une réponse qui varie sensiblement selon le sexe du candidat.
On constate ainsi chez les femmes que la pose sexy vire souvent vers l'érotique soft de fin de soirée. Comme si l'idéal se tournait rapidement vers un copiage du (mauvais) porno sous l'effet croissant de cette représentation dans nos sociétés contemporaines. Certaines concurrentes parviennent à reproduire avec un certaine réussite les stéréotypes en la matière alors que pour d'autres la posture et l'expression ne peuvent susciter que rires ou considérations pathétiques.
Pour les hommes, la méthode est moins clairement définie vu l'absence de référents évidents. L'imaginaire de nos sociétés (alimenté par les films, les pubs, les clips,...) tend à scénariser la séduction: c'est avant tout la fille qui, par son regard intense, ses poses suggestives, doit aguicher le mec qui va ensuite tenter de répondre à l'invitation et prendre sa place de mâle dans la relation.
Dans le concours, le mec se voit obligé d’assurer d’entrée ce rôle plus provocateur. Beaucoup n'imaginent même pas cette éventualité. Pour eux, mettre un T-Shirt et un jeans "in" suffit à se rendre sexy. Ils arrivent devant le jury en se contentant d'apparaître comme tels avant de se figer, un peu perdus, comme si soudain ils se rendaient compte de leur mauvaise compréhension du thème. Ils improvisent alors une attitude, entre le grotesque et l'hilarant. Le défi du casting s'avère soudain bien cruel pour eux. Pour être sexy, il faut avoir confiance en soi, s’affirmer et par dessus tout être séducteur. Après une remarque négative du jury, certains perdent soudainement et totalement de leur superbe . La dimension intimement personnelle du concours (je suis ce que je parais) semble atteindre plus directement le candidat. Il accuse le choc comme si on lui signifiait après qu’il se soit mis à bander qu'il n'est pas bien monté. Rétractation assurée.
C'est dans ces moments de grande solitude, de perte absolue du contrôle viril que l'on s'identifie aux participants. Avides de reconnaissance et au fonds tellement peu sûrs d'eux pour la plupart, leur fragilité révèle soudain bien plus qu'un bout de peau dévoilé. Ce casting devient alors le miroir du rêve des jeunes générations à trouver leur place dans le marché des relations glamour. Et comme dans la vraie vie, les perdants se ramassent à la pelle.





