Mo's blog

Des choses à dire...

13 juillet 2006

Vacances en France (3)

Ces vacances en France devaient représenter le moment, le lieu d'une première approche majeure avec mon nouvel appareil-photo.

Au final, force est d'avouer qu'elles furent plutôt marquées par une non-rencontre entre l'objectif et sa matière.
En mal d'inspiration, j'aurais sans doute idéalement dû débuter mes vacances par mon passage en Arles (et son célèbre rendez-vous photo) pour m'immerger dans une réflexion sur les sujets à approfondir à l'occasion de ces deux semaines de temps libres.

Evidemment, je me suis souvent fait la remarque (et elle n'était pas totalement dénuée de sens) que les endroits successivement investis ne permettaient guère une démarche photographique. Mon appareil n'a fait qu'accompagner mes activités de délassement sans donc en constituer le moteur. Pour réussir mon projet, j'aurais sans doute dû partir en direction de terrains plus fertiles à mon imagination.

Le décor adéquat n'est cependant pas forcément si exotique et éloigné qu'on ne pourrait le croire a priori. Retrouver mes parents pendant plusieurs jours lors de leurs vacances auraient certainement pu constituer une opportunité pour exprimer certaines réalités tangibles, à la fois personnelles et universelles.

Restent quelques clichés pris ça et là visibles sur l'album-photo en annexe (éventuellement à voir et écouter en diaporama - même si le délai de défilement des photos est beaucoup trop rapide à mon goût). 
   

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11 juillet 2006

Vacances en France (2)

Malgré les écueils déjà rencontrés, l'expérience entreprise au cours de ces vacances, ce réinvestissement partiel des territoires du passé, devait être menée à son terme. 

Avant notre départ vers St-Pierre-La–Mer (pas loin de Narbonne) pour rejoindre mes parents, je m'imposai un détour par Paradou (http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/04/20/1736375.html). J'avais parcouru le trajet intérieurement à maintes reprises ces dernières semaines. L’insondable trace du temps n’avait pas altéré dans ma mémoire les lacets, les lignes droites, les carrefours parsemant le parcours. Cette visualisation quasi parfaite gâcha sans doute quelque peu l’effet de surprise au moment de la visite effective. A l'exception de l'un ou l'autre détail oublié (à l'importance toute personnelle), chaque monument, commerce ou particularisme local semblait avoir sagement attendu mon retour : la piscine en plein air, la place de Maussane (égayée en cette fin d'après-midi par la présence d'un chanteur au demeurant médiocre) et surtout la route d'à peine 500 mètres constituant le centre de Paradou. Mais pouvait-il en être autrement dans ces modestes villages, en l’espace de 14 ans?

Sur place, je me contentai de quelques photos sans susciter la moindre réaction aux alentours. Les volets fermés, le village affichait un calme absolu. Le souvenir d'un silence lourd ne s'assimilait manifestement pas à une relecture sur le tard de mes tourments adolescents mais bien à une réalité impitoyable face à laquelle la photographie mentale jusque là conservée ne réservait pas de différences notoires. Je quittai les lieux assez rapidement, heureux de ce court instant de recueillement sur les vestiges de mon enfance (un séjour plus long aurait sans doute laminé mon moral) mais aussi quelque peu étonné du relatif manque d'intensité de cet événement -l'absence d’incarnation humaine à cette visite avait manifesté écorné l’émotion de ces retrouvailles.

Si les vacances familiales à St-Pierre-la-Mer se déroulèrent postérieurement à celles de Paradou, leur brièveté comparative ne parvint pas à fixer d’images géographiques précises en moi. Je retrouvai avec difficulté la maison de villégiature de mes parents.
Pour conjurer l’impression de tranquillité - presque morbide en ce début de vacances - de cette station balnéaire populaire visiblement délaissée par les adolescents et jeunes adultes, nous renonçâmes, L. et moi, à rejoindre la plage la plus proche pour privilégier celle plus sauvage et naturiste, renseignée par un internaute du cru comme lieu de rencontre gay. Si la présence homo se réduisit à son strict minimum (une huitaine de personnes constitue peut-être un nombre significatif pour l'endroit), nous profitâmes de la large étendue quasi désertique pour tenter l'aventure naturiste (que je ne pourrais reproduire ailleurs, pudeur et sensation d'excitation obligent).
Nous ralliâmes également un soir Montpellier pour découvrir le club électro à la mode "la Villa Rouge" (qui bien qu'étant répertoriée comme gay réunissait près de 90% d’hétéros très jeunes) et rencontrer un jeune mec fort mignon et tout aussi sympa qui n’allait pas tarder à se transformer en plan cul. Cet aboutissement tardif aurait dû couronner le séjour - marqué dans mon chef par une forte tension sexuelle exhalant des désirs sans cesse renouvelés- mais la saveur de ce contact ne répondit pas vraiment à mes fantasmes estivaux, les conditions de réalisation se révélant loin d’être optimales. De quoi me rappeler le souvenir de notre récent amant espagnol et du standard qualitatif qu'il doit représenter à l'avenir.

Dans un mouvement de balancier régulier entre up et down, les vacances devaient logiquement se terminer sur une fausse note à l’occasion de notre retour à Cabrières. Un conflit opposa Oli, sa famille et moi-même quant à l'option de l'activité du samedi (j'attendais de L. que nous passions la journée ensemble, en parfaite indépendance, comme chez mes parents mais suite à une remarque formulée par son paternel, il préféra l’accompagner dans l’un de ces endroits locaux peu à ma convenance, me laissant découvrir seul les rencontres photographiques en Arles).

Barbara affirmait dans l’une de ses chansons qu'il ne faut jamais revenir sur les lieux de son enfance. N'en ai-je pas fait l'amère constatation dans cette Provence étouffante ? Ne devrais-je pas tourner la page de ce temps révolu pour me concentrer sur un autre, qui m’appartient toujours: le présent, celui que je mène depuis des années et qui reste encore à explorer? Cette persévérance à jeter un regard dans le rétroviseur, à remuer, voire enrober ces souvenirs ne relèverait-elle pas d'une tentative vaine ?
D’un autre côté, nous évoluons en permanence avec notre passé, nous en conservons les stigmates. En l'abordant de plein fouet, en cherchant ainsi à nous décomplexer de  notre histoire antérieure, nous nous efforçons à démythifier notre ligne du temps. Apprivoiser nos souvenirs, joies ou souffrances enfouies ou encore à vif, pour établir un dialogue indirect avec celles à venir. Apaiser notre perception du passé pour adoucir par ricochet la nature de notre rapport au futur.
La route à suivre est longue, incertaine et ne nous préserve pas du cul-de-sac éventuel. Peut-être sans le moindre apport sur le fonds, elle actionne au minimum un réflexe d’écriture. Trace incontestable de contemporanéité…

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02 juillet 2006

Vacances en France (sous un air déjà connu)

Le programme a été concocté il y a quelques mois, à la configuration plutôt familiale : après quelques jours seuls à Cannes (dans l’appart de mes beaux-parents), nous prendrons la direction de leur nouvelle résidence près de Gordes avant de rejoindre Narbonne où mes parents passent leur vacances.

Je me réjouis de me retrouver à Cannes. J’ai fini par m’habituer à ce lieu de villégiature qui ne me correspond guère a priori. Son temps splendide, sa piscine, la proximité de la mer ont effacé toutes mes appréhensions initiales.
A la piscine du domaine, je croise deux transexuelles. Avec L. et moi, un air de Gay Pride semble souffler sur Mandelieu. Elles ont déployé de gros efforts pour atténuer la virilité de leurs traits, surjouant de manière outrancière les atouts propres à l’image de la féminité ultime: des seins surdimensionnés et des lèvres boursouflées au collagène. Un emballage d’ensemble à la réussite peu évidente, qui ne me poserait d’ailleurs pas le moindre problème si la plus matronne des deux ne ressemblait pas au travesti assassin dans « Pulsion » de Brian De Palma (film-culte et à l’effroi toujours vif chez moi). Si nos combats sont liés sur le plan théorique, je me sens dans cette scène de la vie quotidienne tellement éloigné d’elles.

Le soleil me sied parfaitement : le teint hâlé qu’il produit, la chaleur qu’il imprime sur la peau, les pieds le plus souvent dans l’eau. A l’évidence, un tel climat épouse mon idéal. Je m’établirais volontiers en Espagne, m’étais-je déjà dit. Je reviendrais de temps à autre humer la mélancolie des brumes bruxelloises (dont je ne regrette que la longueur). Je ne suis pas pour autant et définitivement un amateur béat du soleil, a fortiori sans la moindre animation. J’observe avec une certaine déprime les nombreuses personnes âgées du domaine (je deviendrais presque complexé de ne pas afficher ici un ventre bedonnant) venues bénéficier à leur retraite d’une place au soleil et de l’illusion de vie sous-jacente, dans l’attente de leur dernier soupir. Je m’étonne du contraste entre cette quête de chaleur, de vie alors que flotte déjà dans leur intérieur la froideur de leur cadavre six pieds sous terre. A moins qu’ils ne succombent à la mode de la crémation, dans une continuité alors tout-à-fait logique.
Mon schéma de vie consisterait plutôt à se rapprocher du soleil dès lors qu’on est jeune pour profiter de la vitalité qu’il dispense et s’en écarter une fois la vieillesse apparue. Comme si le soleil incarnait symboliquement une puissante source de vie dont l’intensité et l’imprégnation devait évoluer en parallèle avec l’énergie de son métabolisme intérieur.

Il est vrai, d’un autre côté, que le soleil me rend désinvolte, pas forcément créatif. Comme un prix à payer pour sa contribution, comme si la lumière d’une idée ne pouvait jaillir d’une réverbération.

Le soleil s’opposerait-il à la réflexion ? J’adhère aisément à cette remarque formulée par un gay local de 40 ans rencontré à la plage. Beaucoup de jeunes de la région apparaissent écervelés, victimes d’une insolation permanente (c’est d’ailleurs le cas des ados un peu partout mais le beau temps s’avère peut-être un élément aggravant). La démonstration de ce propos nous tombera sous la main quelques minutes plus tard. Participant à la conversation, un jeune français d’origine gitane, sourire carnassier, yeux de braise, corps basané et joliment dessiné, nous confie la difficulté de nouer une relation sérieuse de longue durée avec un garçon (selon ses critères, de moins de 25 ans) - notamment celle, actuelle, plutôt bancale avec son mec qu’il ne veut en aucun cas perdre. Il exprime en outre sa désolation devant le manque de fidélité des gays. Ce discours à la conviction forte volera en éclat quelques instants plus tard quand, à notre départ, il nous adressera un très direct : « vous voulez baiser ? ». Idéologie bien ordonnée commence par soi-même, serais-je tenté de paraphraser.

Après 5 jours, nous quittons Cannes pour Cabrières-sur-Avignon. Dans ce dédale de petites routes pentues, j’ai l’impression de débarquer dans le trou du cul du monde. Elles débouchent sur une façade étroite qui ne dévoile en aucune manière la superficie énorme de cette bâtisse vétuste luxueusement rénovée où le père de L. a élu domicile depuis peu. Dans cette forteresse au charme pourtant réel, je m’y considère reclus, tel un ermite. Sa géographie particulière, son absence d’horizon à perte de vue, ses murs épais lui confèrent une protection vis-à-vis de l’extérieur et c’est justement celle-ci, cet isolement, ce calme olympien qui produit en moi une insécurité intrinsèque. Seule une force qui ressemble à de la dignité m’empêche de tomber en sanglots.

Le lendemain, sous une chaleur suffocante, je peine à respirer. L’absence de piscine sous 37° s’assimile à un meurtre. Ce soleil, si central dans la motivation du choix de mes vacances, se transforme en mon pire ennemi. Nous nous rabattons sur la piscine municipale de Cavaillon. La population y oscille entre 12 et 15 ans (déception pour moi qui me réjouissais, avant cette découverte, de l’interdiction de shorts pour me délecter de maillots de bain moulants). J’observe néanmoins attentivement cette jeunesse locale sur laquelle je posais un regard interrogatif et admiratif lors de mes vacances avec mes parents pas si loin d’ici. Cette camaraderie, ces blagues, ce côté léger tantôt dragueur, ces attitudes que j’espérais pouvoir reproduire un jour ne m’ont finalement jamais appartenu (si ce n’est bien plus tard sous une forme différente). Dans ce décor d’une jeunesse adolescente, j’apparais aujourd’hui totalement hors cadre avec mes 32 ans. Il est manifestement trop tard.

Si les images abondent dans la suffocation de certains souvenirs ardents, si je m’abîme dans les profondeurs de mon passé, je glisse également le long des flancs abrupts de mon futur dont une représentation s’impose à mon esprit au travers des vacances ou de la retraite des parents. Je maudis mon incapacité à envisager de changer de vie, à accepter de vieillir. Je persiste à rêver d’une vie en boomerang qui, au moment d’atteindre le stade ultime de la jeunesse, replongerait vers les jeunes années antérieures. Je continue à désirer la chaleur moite des boîtes de nuit, la séduction et le sexe. Je veux posséder ces jeunes garçons, leur corps, leur esprit, leurs pensées, accaparer leurs souvenirs, les miens, m’accrocher à leur jeunesse, mon idéal.

Je me rapproche aujourd’hui du point de rupture dont je perçois l’ombre sur mon corps. Il ne parvient plus à afficher ses fins muscles autrefois si fermes.
Dans cette dégringolade de l’esprit, la déraison ne m’autoriserait que deux options : sauter du deuxième étage ou partir à la recherche d’un jeune corps. Mais il y a des barreaux à mes fenêtres et pas le moindre jeune garçon visible dans la région. Je contiens mon errance mentale mais je commence à craindre la suite des vacances chez mes parents, voire même la visite programmée de Paradou, ce village du juillet de mon adolescence.
Ce soir, je ne parviens toujours pas à pleurer.

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26 février 2006

L'écho des vacances

- Derniers préparatifs tendus en vue du départ vers les Canaries. L. ne trouve pas les clefs de notre appart bruxellois. Pas si grave en soi puisque d’autres cieux nous attendent les prochains jours si ce n’est qu’il les a probablement oubliées sur la porte de l’immeuble… Durant de longues minutes, j’entrevois l’appartement délesté de tout ce qui l’habille à notre retour. 30 minutes d’énervement et l’heure du départ qui se rapproche. Et pour seule solution demander au voisin de changer notre jeu de clés en notre absence. La première marche de l’escalier à peine montée, les clés apparaissent, mises de côté visiblement. Nous pouvons partir l’esprit libre…

- Réflexion dans l'avion : je n'aime pas les vieux, leurs gestes lents et maladroits, leur façon de manger indélicate, leur côté sans-gêne "je suis vieux et j'ai tous les droits". Certes la vieillesse est la seule chose que l’être humain a trouvée pour vivre longtemps mais rien ne nous oblige d’y souscrire (réflexion qui manque de noblesse j’en suis conscient).

- Première journée sur place fade avec un ciel couvert et une douleur musculaire consécutive aux tensions de la veille.

- Tiens, « Junior Soprano » (ou son sosie ?) est encore présent cette année à l’hôtel.

- Le lendemain, le soleil parvient enfin à percer les nuages. Ceux-ci finissent même par disparaître. Quelle joie cette chaleur sur la peau !

- Le soir, avant de prendre un verre au centre commercial converti en grande surface d’établissements gays après 22.00, nous regardons les compétitions de patinage artistique à la télé. Les patineurs masculins sont plutôt mignons, qu’ils se nomment Kevin, Jeffrey ou Brian. Ou encore cet inconnu avec une bosse pas possible dans sa combinaison moulante, à laquelle le moindre pédé normalement constitué n’a pas pu échapper. Enfin pas à nous en tout cas…

- Lorsque, le 4è jour, le soleil disparaît en début d'après-midi nous privant de l’initiative de rejoindre la plage et obligeant à nous prélasser sur un banc, je profite de cette détente optimale comme rarement et réalise que je suis désormais totalement entré dans ces vacances.

- La mascotte de l’hôtel pourrait être ce jeune couple hétéro anglais, 20 ans à peine. A la piscine, elle dévoile une poitrine opulente qui doit faire frémir son jeune et charmant compagnon, une casquette blanche vissée sur la tête et un diamant à chaque oreille. Un visage un peu dur mais sexy qui s’affine le soir au resto avec sa coiffure de sortie. Il affiche une chevalière impressionnante à un de ses doigts et semble s'exprimer avec une aisance de classe qui éclaircit implicitement l’étonnement de pouvoir se rendre en vacances sans être encore au travail. Sa copine adopte une tenue vestimentaire typique de la jeunesse anglaise actuelle, dans l'esprit de la génération Spice girl, avec la jupe (très) courte et tous les apparats du sexy clinquant. Les anglais semblent avoir délesté l’élégance raffinée des dandys pour adopter un style plus directement sexuel qui manque singulièrement aux continentaux.
Je les retrouve le lendemain sur la terrasse de la piscine, encore très complices. Leur bonheur simple irradie l'espace et attise la jalousie de la table voisine où une jeune allemande les dévisage, pleine sans doute de souvenirs de ce temps (5 ans tout au plus) qui la sépare de ces premiers moments euphoriques. La veille, à la table voisine de l’autre, elle et son partenaire ne se sont pas adressés la moindre parole.
Un peu plus loin, un garçon, à peine plus jeune, attend pour payer le repas avec son petit frère, leur mère ayant quitté la table quelque temps plus tôt. Son visage impassible, jeune mais déjà masculin, son attitude réservée lui confèrent un air anormalement sérieux pour son âge. Il prend continuellement garde à son frère, semblant endosser le rôle du père absent.
Leur situation familiale particulière accélère son expérience de la responsabilité paternelle alors qu’il semble à des années lumière de la maturité de pouvoir entreprendre une relation amoureuse à l’image de celle de son joli concurrent anglais dans l'attention de mes regards scrutateurs.

- En contrebas, les transats près de la piscine sont squattés par le troisième âge allemand au ventre bedonnant. L'archétype du tourisme teuton exaspérant mais aussi rassurant. Leur bonhomie singulière, leur simplicité naturelle laissent le champs libre à toutes les extravagances dont peuvent faire preuve ailleurs les nombreux gays de l'endroit. La cohabitation harmonieuse des 2 principales clientèles de Gran Canaria ne serait sans doute pas possible sans leur concours.

- Fin de semaine, l’heure des premières sorties en boîte du séjour. Dès notre arrivée, nous sommes abordés par Mauro, un joli danseur portugais de 20 ans, au torse nu aguicheur, présent sur l’île pendant 6 mois. Il ne faudrait pas déployer de grand effort pour le ramener dans notre chambre mais une certaine appréhension prend encore le dessus. Ma méfiance sera confirmée lorsqu’il nous parlera plus tard de drogue (non pas que les substances illicites me gênent en tant que telles mais elles favorisent sans doute un relapse dans les pratiques sexuelles que ma minimisation des risques ne peut tolérer).

- Le lendemain, nous retrouvons Mauro qui, avec une élégance touchante, s’excuse pour son attitude un peu « stone » de la veille. La faune fournit peu d’occasion de drague. La star de l’endroit, comme partout ailleurs sans doute, reste Madonna avec des diffusions répétées de « Hung up » et « Sorry » au cours de la soirée.

- Je me rends compte définitivement de l’importance du goût du beau chez moi (à approfondir)

- La veille de notre départ, je parviens à vaincre mes craintes en accueillant dans notre chambre Antonio aperçu sur le net et rencontré à la plage. Il aura fallu attendre 4 mois.

- Je m'habituerais facilement à vivre régulièrement dans ce climat. Ou plutôt je supporte de moins en moins le nôtre. Est-ce spécifiquement lui ou les possibilités de l'endroit qui me poussent à regretter notre départ?

- A l’aéroport, les destinations sont reprises avec leur température du jour. Devinez où il fait le plus froid…

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22 décembre 2005

Journal londonien (5)

Di 18/12

Dimanche, jour de retour. Réveil en douceur avec en prime quelques photos de L. dans cette chambre d’un blanc si lugubre le soir et d’une clarté lumineuse, joliment mélancolique lors d’un matin ensoleillé.

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Nous prenons le lunch dans un pub proche. A l’intérieur, une étrange atmosphère de campagne anglaise traversée par une lumière cotonneuse au charme palpable.

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Déjà le trajet jusqu’à Waterloo Station s’impose. Dernières petites courses (du bon cheddar et du jus de framboise) chez Marks & Spencer (quel regret, leur disparition sur le continent).

Nous arrivons au check-in 25 minutes à l’avance. Timing idéal.

Je glisse le billet dans la machine. Refus. J’essaie dans l’autre sens. Pas plus de succès.

L. appelle un employé. Il vérifie le ticket. Je vois apparaître la date : le 17. Celle inscrite sur les tickets de métro hier! « It’s not the good day ». Hébété, je regarde L. qui a effectué la réservation. Il ne peut apporter la moindre justification. Unbelievable !

Nous fonçons vers le bureau de vente le plus proche, heureusement désert. Nous expliquons notre méprise à un des employés. Il nous renvoit à notre responsabilité de vérifier la date sur les tickets. Oui certes.

Je redoute sa réaction. Si nous devons payer de nouveaux tickets, nous atteindrons probablement une somme rondelette approchant les 250 EUR. Je fixe son regard, attentif au moindre mouvement de cil pour y déceler une lueur d’espoir. Son silence apparaît comme un gage de solution. Il nous communique finalement le surcoût de l’opération : 25 £ chacun (75 EUR au total). Soupirs de soulagement.

Un œil sur la pendule, nous attendons nos tickets. Il s’adresse à son collègue : il ne parvient pas à trouver de places pour ce trajet sur son ordinateur. Bon sang serions-nous maudits ?

Il nous imprime néanmoins des tickets, nous nous débrouillerons à l’intérieur du train pour nous installer.

Retour au check-in, gagnant cette fois. Le service de sécurité nous autorise à passer devant la queue pour la vérification des bagages. Le signal retentit à mon passage sous le portique. La fouille corporelle est minutieuse. J’aurais préféré la voir effectuer par ce mec incroyablement beau, à la silhouette élancée et au visage fin surmonté d’un bonnet soulignant des traits parfaits. Je jette un dernier coup d’œil dans sa direction en attendant le contrôle du passeport. Il soutient mon regard. Ce sera le dernier, nous ne pouvons plus nous attarder, l’annonce officielle du départ imminent de notre train résonne dans le hall. « Cours Forrest cours ». Nous nous traînons tant bien que mal vers le quai avec tous nos sacs. Pas le temps de choisir le wagon adéquat, nous entrons dans le plus proche. Une minute plus tard, le train se met en marche, heureusement en notre présence. Nous traversons 4 voitures avant de trouver une double place libre. Nous pouvons enfin en rigoler.

Quelques regards posés vers mon voisin de couloir pas très beau mais diantrement sexy (est-ce lui ou ma libido qui me trahit ?). Une dernière note d’ « Holiday » dans les oreilles.

Rideau.

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21 décembre 2005

Journal londonien (4)

Sa 17/12

Une nouvelle journée ensoleillée mais le froid s’est résolument installé en ville.

Pour profiter au mieux de la généreuse luminosité, L. propose de postposer l’expo programmée de la photographe Diane Arbus après une ballade en ville agrémentée de quelques courses. Les rues sont noires de monde, même Oxford Street est totalement ouverte aux piétons. Devant cette marée humaine déferlante et les incessantes déviations de route qu’elle implique, l’envie de shopping s’amenuise rapidement. Pour rejoindre l’expo, nous empruntons le métro qui nous mène dans ses subways et de façon assez originale directement au Victoria & Albert Museum.

Nous arrivons à l’accueil, le guichetier ferme sa caisse. Il nous renvoit à un autre bureau en nous précisant que l’expo ferme une demi-heure plus tard alors qu’une heure est en général nécessaire. Bref nous pouvons l’oublier. J’en veux à L. de ne pas avoir entamé la journée avec cette visite. En présence d’un caractère manipulateur, on se met à soupçonner toute idée comme symptomatique de ce versant.

Retour forcé à la maison après un détour par la patinoire locale.

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A notre arrivée, Dési se repose en regardant « X factor » à la télévision. « La Star Academy en mieux » nous dit-elle. En fait le parallèle s’établit plutôt avec la Nouvelle Star et le niveau est tout aussi lamentable pour une grande finale regroupant les vainqueurs de 3 catégories. Les candidats ont choisi des morceaux tantôt affreux, tantôt éculés, voire même d’abominables chansons de Noël. Et à la fin, comme à chaque fois (ou presque) dans les shows de télé-réalité, le concours se termine par la victoire du plus mignon.

Une courte sieste s’avère bien nécessaire, précédée d’un petit câlin. Les vacances rompent la monotonie et la promiscuité favorise le contact tactile. Comme si faire l’amour entre nous devait être réservé uniquement aux périodes de vacances.

Si la fatigue a pesé sur nos organismes happés par le froid, l’envie de profiter de la nuit londonienne prend le dessus. Pas de sortie en club mais quelques bars au programme.

Le G.A.Y. tout d’abord à l’atmosphère toujours aussi légère, avec sa musique dance commerciale diffusée avec leur vidéo sur les nombreux écrans présents dans le bar. Les favoris demeurent Madonna (qui s’est produite pour le lancement de son album à la soirée G.A.Y. à l’Astoria), Kylie, Abba ainsi que des starlettes à l’identité parfois inconnue. Second degré exigé pour les plus rigoristes, particulièrement pour trouver irrésistible l’écoute des Vengaboys « boom boom boom I want you in my room ». Euhhh moi je veux bien, les anglais sont « fucking sexy» après tout, sapés cool et à la dégaine légère. Mais ils semblent hétéros si j’en juge la faune plutôt fade présente dans le bar…

Deuxième destination du soir : The Village. Un bar rigolo où se trémoussent sur le comptoir des danseurs à moitié dévêtus. « What a pity», ils ont retiré les barres verticales autour desquelles se dessinaient quelques jeux érotiques amusants ou autres déhanchements provocateurs parfois bien ensorcelants.

Malgré la fin récente de la loi obligeant les pubs à fermer tôt, les habitudes n’ont guère modifié la réalité sur le terrain. A 1 heure du matin, ceux-ci se sont vidés. Le retour à la maison s’impose, en bus de nuit. Vu que nous ne connaissons pas le trajet exact, je propose de sortir dès l’apparition d’une rue au nom connu. Mal m’en prend, la rue se révèle hyper-longue et durant 20 minutes le froid vient fouetter mon visage avec une insolence qui ressemble à une punition. L. est davantage épargné avec sa veste polaire mais souffre du pied. J’arrive avant lui à l’immeuble et me poste dans le corridor. La figure familière d’un chat me parvient déformée par l’angle de la vitre avant d’apparaître plus distinctement. Une queue longue et touffue, le museau aquilin, la taille surdimensionnée. Ce n’est assurément pas un chat. Damned ! Un renard dans une des rues « chic » de Londres...

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20 décembre 2005

Journal londonien (3)

Ve 16/12

Nous débutons la journée par l’expo photo de Jeff Wall à la Tate Modern. Première dispute avec L. en s’y rendant. Une bêtise qui réclame 15 minutes pour s’aplanir. Pendant ce temps, j’encaisse en plein face le vent qui amène un semblant d’air maritime sur les quais de la Tamise. Que dire alors de la solitude de l’artiste de rue ?

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Très belle expo-rétrospective de l’artiste canadien avec quelques photos magnifiques. La maîtrise technique, notamment l’usage de la lumière, me laisse rêveur. Plusieurs de ses chefs-d’œuvre ont nécessité plus d’un an de travail et la prise de plus de 100 clichés, retouchés au numérique. Au final, de manière assez surprenante, un résultat confondant d’évidence.

Une réserve cependant, ce perfectionnisme ne nuit-il pas à l’émotion, parfois (souvent ?) suscitée par une forme d’imperfection, d’instantané ? Ma sensibilité à la contingence des événements, à l’irruption de la matière inspiratrice saisie sur le vif perçoit dans ce travail de sape une forme d’étouffement.

Après cette expo, un détour par le centre-ville, Carnaby Street, pour du shopping (décidément beaucoup de francophones dans les rues londoniennes) avant un retour à l’appartement accompagné d'une deuxième petite dispute. L’euphorie retombée, retour à la normale…

En l’absence de Dési, nous passons la soirée en la compagnie de sa colocataire. L’accent anglophone néo-zélandais semble me réussir. Je comprends l’essentiel de ses propos. En confiance, j’ose même m’exprimer dans la langue de Shakespeare. Yeahhh !

Vu à la télé, dans un talk show : les Take That, qui se reforment sans Robbie Williams. Mark Owen a terriblement vieilli…

Beaucoup de chansons de Noël dans la petite lucarne tout comme dans les bars ou les rues. Cette tradition demeure populaire ici avec son lot d’artistes ringards spécialisés dans ce créneau. On n’imagine plus guère une telle débauche de notes sur ce thème en Belgique ou en France.

Aperçu en fin de soirée « Saturday Night Fever » à la télé, affalé sur le canapé et accaparé tantôt par Morphée, tantôt par les Frères Gibb. « How deep is your love » pour clôre le film. Si tu savais darling...

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19 décembre 2005

Journal londonien (2)

Je 15/12

Réveil plutôt difficile. J’ai mal dormi dans ce canapé-lit inconfortable et trop petit.  J’oublie vite ces désagréments devant le beau ciel bleu, le franc soleil et une température plutôt douce.

Sans Dési (qui n’a pu prendre congé), nous nous balladons à pied de Kensington jusque Piccadilly, en prenant le soin de faire un petit détour chez Harrods. Devant le rayon alimentation infiniment alléchant, nous ne pouvons résister à un de leur sandwiches, dégusté plus tard dans Hyde Park, en compagnie de quelques nouveaux amis, au regard parfois menaçant.

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J’aime définitivement cette ville. Son architecture particulière qui réveille notre imaginaire fantasmagorique (de Sherlock Holmes à Jack The Ripper en passant par les épisodes du Saint de ma jeunesse, encore fort prégnants dans ma mémoire). Sa foule bigarrée au tempérament fougueux. Le climat relativement clément pour l’époque semble d’ailleurs avoir déréglé les londoniens, à l’image de ces fleurs qui bourgeonnent en hiver comme au début du printemps: mini-jupes pour quelques filles, chemise ou simple T-shirt pour les garçons. Je me cramponne pour ma part énergiquement à ma veste et mon écharpe. Je suis frileux et je le reste.

En fin d’après-midi, nous prenons la direction de Soho pour boire un verre. Seuls. Le garçon avec qui nous avions rendez-vous (après avoir chatté sur un site de rencontre anglophone avant notre départ) nous a fait faux bond. Il m’a semblé l’apercevoir, nous nous sommes même échangés un regard fugace. L’aurais-je fait fuir ? Dommage, cette rencontre paraissait idéale vu mon anglais balbutiant vu qu’il s’agissait d’un francophone résidant à Londres.

Peut-être la chance nous aurait davantage souri en répondant au message d’un autre garçon aux traits familiers. De fait, nous avons rapidement reconnu en lui un des acteurs-phare du label porno anglais en vogue. Il nous invitait à une partouze avec quelques autres gars. Une proposition plus flatteuse que tentante. Pourquoi me priver de me retrouver au milieu de 4 à 5 garçons bien foutus, me suis-je demandé ? Peut-être la crainte de mettre en danger mes standards de safe-sex et surtout un rejet de cette approche de sexe performatif, dont la part de mystère se résume sans doute à des détails d’ordre technique.

Lors de notre retour en métro, je saisis l’injustice qu’ont dû ressentir les citoyens londoniens après les attentats du 7 juillet dernier. Cette ville si cosmopolite, multiculturelle où chacun porte ce qu’il veut, sans jugement, agressivité, ni nulle forme de procès, soudainement frappée par une attaque aux revendications incompréhensibles dans le cadre ici présent. Toute justification d’ordre politique se révèle sans le moindre fondement si ce n’est celui d’imposer son ordre, sa religion et son mépris de la vie humaine à la face du peuple.

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Journal londonien (1)

Me 14/12

18.25.

Nous voilà partis. L’Eurostar nous amènera dans un peu plus de deux heures au sein de la capitale britannique. Londres, ma sœur, accueille-nous les bras ouverts et surtout repousse les terroristes loin du « tube ». Amen. Ca devait être dit.

Egalement une pointe d’appréhension d’un autre type pour ce voyage : le souvenir du séjour parisien d’il y a un mois où L. et moi avions emprunté des voies divergentes demeure présent.

Ce city-trip qui devrait s’assimiler à de vraies vacances ne stimule pas encore en moi l’once minimale de bonheur qu’elles devraient susciter en pareille circonstance. Parvenir à se déstresser, se laisser vivre, le reste suivra sans doute au gré des activités.

Un peu d’optimisme bon sang !

19.55

Mazette, je vais louper à la télévision le match au sommet de mon équipe favorite face à leurs éternels rivaux mauves. La rencontre qui devait avoir lieu il y a dix jours a été remise à ce soir 20.00 en raison de mauvaises conditions climatiques. Un bien mauvais choix décidément.

J’aurais pu acheter un nouveau ticket de train mais à 80 EUR, le prix du plaisir devenait exorbitant. A moins que ce ne soit le coût du déplaisir qui ait guidé mon choix: dans mon aversion au risque, j’ai imaginé mon état d’esprit en cas de résultat défavorable à l’issue du match. Un trop lourd tribut de toute évidence.

23.00

Le couperet est tombé il y a un peu plus d’une heure par l’entremise d’un sms salvateur : victoire 2-0 ! Nous reprenons la tête du classement. Je regrette de ne pas avoir assisté à ce grand match mais quand on ne joue pas…

Nous logeons chez Désirée qui loue un appartement dans le quartier cossu de Kensington. 

Dans un immeuble coquet de 3 étages, elle occupe le flat du dernier étage, agréable et propre (pas si évident en Angleterre) bien que petit (40 m²) et cher (2.500 EUR par mois, ça s’invente pas !). Conséquence logique (et très habituelle à Londres), elle est obligée de le partager avec une colocataire.   

Les deux chambres à l’arrière disposent d’une vue plongeante sur l’ancienne maison de Freddy Mercury. Quand elle nous a fait part de cette information en nous accueillant à la sortie du métro, j’ai imaginé l’espace d’un instant qu’elle habitait près d’un cimetière…

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Pour la remercier de son hospitalité, L. lui offre des chocolats Marcolini (toujours chic, « posh » mais Désirée l’est aussi un petit peu) tandis que j’ai privilégié un cadeau plus émotif avec le CD d’Antony. Elle paraît ravie. Je suis comblé.

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23 septembre 2005

Vacances infinies

Ibiza, paradis des vacanciers. L'île concentre en son sein les arguments intrinsèques d'une destination estivale enchanteresse : le soleil, les plages, son ambiance chaleureuse et décontractée.
Par dessus tout, elle incarne un monde en soi: la fête au sens absolu et quasi définitif du terme, la danse effrénée sous les rythmes endiablés de la house ou de l'électro/techno, la disparition de toute inhibition au profit d'une détente profonde au sein d'une atmosphère aux résidus post-hippies.
Un microcosme spécifique dont l'intégration ne se révèle pas automatique, à l'instar de mes deux séjours précédents sur l'île : trop de retenue, une hésitation à franchir des portes inconnues. Certes on ne recense aucune restriction (si ce n’est monétaire) à l'entrée des plages ou des boîtes - contrairement à certaines destinations chics - mais une certaine sélection implicite s'opère, fondée sur un état d'esprit: un sens de la légèreté et du défoulement, une auto-assurance quant à son physique devant le parterre de corps semi-dénudés attractifs, une coolitude affirmée.

Franchir le pas cette année. Au diable la fatigue du voyage qui a puisé une partie de mon énergie, la sensation de devoir plonger la tête la première dès notre arrivée prime sur toute autre considération. Discrètement, je m'immisce au sein de cette scène finalement assez abordable. Au fil des heures, des jours, le corps finit par se détacher de sa propre enveloppe pour vibrer aux sons des mix des meilleurs DJs. Le miracle du mythe ibizien n'apparaît plus telle une vulgaire carte postale télévisuelle mais se vit de l’intérieur de manière irrésistible.
Pris dans un tourbillon de beats harmonieux et de visages épanouis, je me mets à évoluer avec plus d'assise dans cet hyper-monde peuplé de filles et garçons plus beaux les uns que les autres, aux corps tannés parfaitement dessinés, à l'allure joyeuse et aux sourires authentiques.

Ibiza, miroir de la jeunesse éternelle. Sur les pistes ou sur les plages - où les cris d'enfant font figure d'exception, l'insouciance se respire à chaque déhanchement lascif. Le projet d'un foyer familial élargi (par le biais d'une adoption) se met à échouer aux portes d'un horizon devenu si lointain.
Soudain doté d’un relâchement tant espéré durant ma jeunesse, j’accède enfin à ce monde longtemps étranger. Je prends conscience de devenir aux yeux d’autrui un élément du décor à mon tour.
Dans ce tableau, les fantômes de l'amant idéal se faufilent jusqu'à l'hôtel où se mêlent quelques bombes sexuelles aux traits évoquant un Matt Dillon jeune ou un Justin Timberlake espagnols, sans parler de ce beau blond qui nous observe avec une attention insistante.
Cette "petite pute"– terme employé sur un ton volontiers provocateur et amusé - que tu envisages pour la fin de la soirée prend rapidement la forme d'un jeune mec aux déhanchements sexys et provocateurs qui se prolongeront sans grande difficulté ailleurs.
Ces espaces d'insouciance au sein desquels je me baignais seulement dans les marges par le passé, sont devenus le théâtre de mes journées. J'y consume mon énergie, rempli de cet espoir fou et sans cesse réactivé que la fête ne s'arrête jamais. Le temps qui s’écoule me renforce dans l'idée que chaque seconde j’intègre un peu davantage cette famille. Sur la pointe des pieds j'ai cogné une porte qui s'est entrouverte, je peux aujourd'hui m'en délecter à l'infini.

Mon corps, ce traître. Victime d’un traitement intensif auquel il n'est pas habitué, il finit par exprimer la transformation radicale, trop soudaine de mon quotidien.
J'étais venu humer l'air méditerranéen, m'emplir de sa chaleur avec une touche de sortie et de drague. L'esprit de la fête, de la danse, de la musique insolente a envahi mon existence dès mon arrivée, chamboulant tous les programmes (si tant est qu'il y en ait eu un).
Si la fatigue du corps a trouvé son point de chute une nouvelle fois (satanée gorge, dans son rôle préféré de fée carabosse), elle n'a pas encore intimé à mon esprit d'en faire autant. J'attends dans le désespoir l'amélioration qui me permettra de repartir de plus belle.
Elle arrivera bientôt, accompagnée du goût amer, du constat terrible que je n'épouserai jamais vraiment les contours de ce monde. Retombé sur terre, je dois me résoudre à admettre que les icônes fantasmagoriques se révèlent bel et bien hétéros, même cet allemand qui ne cherchait qu’une simple compagnie amicale (mais où va le monde si les hétéros se mettent à utiliser des codes gays ?).
Le miracle ibizien ne m'appartient pas encore, peut-être brisé par ma répugnance à déroger d'une ligne de conduite peu commune en cet endroit: l'abstinence en substances illicites.
L'expérience livre ses limites. Sans en enlever la satisfaction de l’avoir vécue , au point de vouloir la recommencer. L’année prochaine, cet horizon si lointain…

Posté par Morrissey à 23:00 - Histoire de Vacances - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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