Mo's blog

Des choses à dire...

17 avril 2008

Un séjour en Israël

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Un voyage en Israël, lieu d’interaction, de friction, de fusion entre deux perceptions dominantes et presque antinomiques, spécialement pour un gay étranger.

Dans le monde occidental, Israël incarne aujourd’hui l’insécurité la plus totale. Que les commentaires émanent de la famille, des amis ou de collègues, l’annonce du voyage a surpris, inquiété, fait l’objet de railleries sur le risque de ne pas en revenir.  J’ai éprouvé également ce doute devant l’attention médiatique portée au  terrorisme né du conflit israëlo-palestinien et les appels à la mort de l’état hébreu véhiculés par l’Iran ou le Hamas (pour ne citer qu’eux). Cette terre tant convoitée a d’ailleurs subi les effets  du 11/09 par ricochet, avec un effondrement du tourisme. Seuls y voyagent aujourd'hui  les juifs du monde entier dont une partie (français et américains principalement) a investi dans l’immobilier pour se garantir une porte de sortie en cas de situation intenable  dans leur pays,  avec un boom sous-jacent des prix. L'angoisse que ressentent actuellement les israëliens ne porte pas tant sur les menaces proférées par les pays voisins que vis-à-vis de la société néolibérale qui s’est installée, obligeant à titre d’exemple une femme de 55 ans (et en couple) à conduire son taxi 11 heures par jour pour s’en sortir. Une peur qui n’est pas la nôtre, centrée sur ces fameuses tours qui s’effondrent, ces kamikazes qui se font exploser, cette crainte diffuse d’être là au mauvais moment.

En rejoignant Tel Aviv, nous plongeons au sein d’une ville libérale, d’accueil pour tous les gays nationaux, loin de ces régions où la religiosité ne leur permet pas de s’épanouir. La gayttitude qui s’y déploie peut-être comme nulle part ailleurs s’incarne dans l’imagerie de ces corps finement dessinés lors de leur passage obligé par l’armée et la culture du sport qui l'accompagne, par l’uniforme qu'arborent fièrement ces jeunes soldats comme symbole du service rendu à la nation (le souvenir persistant de l’effroyable Shoa demeure le seul véritable trait d’union entre les citoyens du pays affirment certains intellectuels), par ce goût du beau qui semble régner, magnifié il est vrai par la fulgurance de regards bleu-océan – le plus beau peuple disent ceux qui sont passés émerveillés par là.

Et quand ce corps uniformément musclé (avec la parcimonie qui relève de l'élégance), ce déploiement lascif de danseur, ce sourire tendre, ce regard profond atterrit sur les draps, sous ses doigts, une forme de finitude s’inscrit dans le creux du cerveau. Bien sûr, le moment était mal choisi, les circonstances climatiques et personnelles pas du tout idéales mais l’image de perfection qui s’est figée devant mes yeux rend plus palpable l’inatteignable possession de l’autre. Ce corps que l’on voudrait pétrir jusqu’à en saisir les entrailles, qu’il se mue en présence éternelle se transforme au contraire en une altérité intouchable bien que si proche, une œuvre à regarder encore et encore, tant et plus, avec le respect qui leur est dû. Le désir est présent mais impossible à surpasser. Je bande et je débande. Il me suffirait de sortir du cadran, devenir spectateur de mon propre acte pour retrouver la sensation du climax désirant. Mais je perds pied, le contrôle m’échappe. Comment adopter la posture dominante qui m’est assignée (par lui ou par moi ?) face à la puissance de cette statue angélique qui me renvoie à ces muscles pas assez façonnés, à ce visage qui semble traduire particulièrement aujourd’hui le poids des années, à cette fragilité toujours prête à exploser et qui se réveille forcément ce matin?  

Un éclat de bombe en plein coeur face à cet absolu désarçonnant. Son uniforme vert au fonds du sac en écho aux M16 que portaient en bandoulière la veille dans les rues de Jérusalem de jeunes soldats convaincus de leur mission, non loin du « Western wall », mur infranchissable, ce lieu sacré que tu ne comprends pas - faute de foi. Tu crois pourtant à la chaleur quand elle n'est pas suffocante, à ces plages le long desquelles tu t’exposes et mates le paysage luxuriant de ces galbes avantageux, à ces ruelles et terrasses au décor si paisible (tu as totalement oublié l’effroi que la visite de cette ville a pu susciter)  mais leurs traces éphémères ne peuvent constituer un projet structuré. Immergé dans cette ambiance légère, presque artificielle, tu devines qu'un jour, une boule de feu jaillira dans ce ciel faussement apaisé. Que ton âme finira par la rejoindre. Seul Dieu (s’il existe) pourrait dire où elle te mènera. Toi tu ne le sais toujours pas.

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12 septembre 2007

Mykonos

Il fallait entreprendre ce dernier voyage pour terminer l'exploration, découvrir la dernière grande destination gay européenne qui nous était jusqu'alors inconnue. Dans cet esprit de curiosité, nous avons sacrifié Ibiza cette année pour arpenter les ruelles de Mykonos.
Après divers récits de vacances dominés par l’un ou l’autre moment fort (parfois au milieu d'embûches), il devait forcément arriver un jour où les conditions se présenteraient sous un jour moins favorable. J'ai toujours imaginé qu'elles prendraient la forme d'une météo défaillante, un soleil recouvert d'un épais banc de nuages gris, nous rappelant ostensiblement notre fabuleux climat national, dans une forme de pied de nez à nos escapades pour le fuir méthodiquement.
Point de tout cela dans les Cyclades. Le temps est demeuré superbe : soleil franc et généreux, chaleur revigorante en journée et confortable en soirée. La "chance" s'arrête toutefois là (le choix d’un point de vue spécifique génère forcément une part d’exagération, je ne relaterai ainsi pas les excellents repas ou les instants passés avec deux amies qui avaient, par le plus pur hasard, opté pour une même destination au même moment).

Le temps pourri de notre été continental a voulu tout d'abord prendre place indirectement dans le décor de nos vacances. Imaginez-vous atteindre enfin votre hôtel au bout d’un voyage de quelques heures, y déposer vos valises et chercher illico le chemin de l'hôpital public local pour y dénicher un médecin afin d’enrayer l’action de bactéries vigoureuses au sein de votre gorge (non, ce n'est pas une balle de golf que j'ai dans la bouche, c’est un ganglion).
L. m'accompagne, grimaçant devant la perspective d'un début de vacances pénible. Nous marchons des minutes et des minutes dans l'attente de cette fameuse deuxième route à droite qui nous conduira à l'établissement, dans une pénombre qui semble nous plonger - pour l'instant - dans le trou du cul du monde (j’ai déjà dû utiliser cette expression, il y en a en effet partout). Nous y parvenons enfin. L'endroit est silencieux, presque vide si ce n'est la personne en poste à l'accueil. Je pourrais m'imaginer pour le même prix dans l'ambiance d'un hôpital soviétique (mais a-t-on jamais vraiment veillé à assurer un accueil architectural décent dans un quelconque hôpital me direz-vous ?). Le médecin arrive enfin. Il est jeune, parle anglais et se révèle sympathique. Je le convaincs de me prescrire un antibiotique pour accélérer ma guérison. 7 jours sur place, le temps m'est compté. Il accepte, tout va pour le mieux, les vacances peuvent commencer. Je vais sans doute trop vite en besogne. Le diagnostic et la médication sont une chose, le processus de rétablissement est un autre. Lors des 3 à 4 premiers jours, devant ma volonté de ne rien sacrifier en journée, la fatigue m'envahira dès les 12 coups de minuit sonnés.

Après notre charmante escapade en plein coeur du service public grec (merci pour la gratuité !), nous effectuons quelques repérages dans le centre-ville. Même armé d'un plan, avec des rues il est vrai mal indiquées, nous nous y perdons. C'est paraît-il un passage obligé pour découvrir l'endroit. Nous ne parvenons même pas à repérer l’endroit qui abrite les principaux bars gays de l’île. Il faudra attendre le lendemain, quelques renseignements complémentaires en poche, pour finalement y accéder.
La déception nous guette : 3 bars dans la même rue constituent le seul éventail gay nocturne. J'avais certes lu que Mykonos n’abritait pas le meilleur du clubbing, il n'empêche, je perçois bien vite que plutôt que sur soi (à la Justin Timberlake), nous tournerons avant toute chose en rond avec un tel programme. Je constate par ailleurs que contrairement à d'autres destinations gays, le sexe est repoussé en dehors du circuit commercial. Pas la moindre dark room, juste un endroit de drague extérieur, autour d'une église. De l’orthodoxie grecque?

Sur le chemin du retour méticuleusement élaboré pour rejoindre notre hôtel sans nous perdre – et passant, bizarrement, autour de cette fameuse église -, je découvre un peu à l'écart des déplacements incessants des promeneurs en chasse, un jeune blondinet assis sur une marche. Sa présence détonne et je ne parviens pas à deviner si elle est purement de circonstance ou pleinement recherchée. Je décide de l'aborder en lui demandant s'il attend quelqu'un. Peut-être lui ai-je trop vite ouvert une porte de sortie. Qu'il saisit. Visiblement mal à l'aise, il me répond qu'il attend ses amis, impossibles à joindre, avant de faire sans doute un tour en club. Il ment peut-être mais la dernière expérience avec un mec qui ne s'assume pas m'a suffisamment découragé pour renoncer à poursuivre celle-ci. L., resté en arrière de la conversation, me dira plus tard que mon insistance aurait pu être récompensée. Un hétéro ne glousse pas ainsi à la moindre de mes remarques à peine comiques (à moins que L. ne sous-estime largement mes capacités humoristiques). Il ne saurait être question de déception. Nous ne sommes qu'au début des vacances, d'autres opportunités plus limpides se présenteront joyeusement à notre parcours, ai-je l'outrecuidance de croire.

Le monde touristique gay ne se ressemble pas forcément d'un endroit à l'autre (question de nationalités représentées peut-être).
A la plage, on retrouve certes toujours son lot de gym-queens paradant et exhibant, fières comme un paon, leurs muscles fermes travaillés durant tout l'année. Je me sens un peu gringalet dans l'aventure. Je n'ai pas l'air ridicule loin de là, j'ai bel et bien réalisé quelques exercices réguliers ces derniers temps pour maintenir un ventre plat et présenter des pectos plus saillants, sans me rendre en salle (dans un programme forcément léger et destiné seulement à adapter ma silhouette à la marge plutôt que la transformer en puissance). Peut-être en ai-je d'ailleurs trop fait, sans disposer du matériel adéquat : des contractures musculaires se manifestent dans le dos, comme pour me rappeler la tricherie de ma démarche face à l’application consciencieuse des fitness boys autour de moi.
Le soir, la population se révèle avant tout "baresque" (au sens d’amateur de bars). On n'arrête pas de papoter, on mate certes de temps à autre mais on semble refaire le monde après minuit (moi personnellement j'ai du mal, j’ai toujours préféré les boîtes aux bars, et d’ailleurs de quoi peuvent-ils bien parler à cette heure?). Je tente de repérer un beau mec dans la foule mais las, personne ne me plaît vraiment. Où sont donc les jeunes mecs mignons ? J'en vois bien un ou deux inaccessibles au sein de groupes ou un autre que je scrute d'un regard "qui pue le cul" comme le dit une amie. Il réagit à son tour en me fixant. Enfin! Trêve d'enthousiasme, n'as-tu pas repéré l'ombre rondouillarde qui accompagne ses déplacements? Je dois en avoir le coe
ur net. Je les aborde de mon plus bel anglais. Une langue que ne maîtrisent guère les italiens, dois-je désormais en convenir. L'échange est assez limité, suffisamment clair pour déchanter. Ils sont effectivement en couple. J'aurais dû le deviner : ils portent tous deux un appareil dentaire. Je ne devrais pas me moquer. L'échéance de mon opération dentaire se rapproche à grand pas et me fait frissonner sur les conséquences à court et moyen terme.

Les jours passent, le désenchantement se poursuit. En rejoignant une destination gay, nous avons joint aux exigences de beau temps celle d’une vie nocturne réussie: une ambiance festive (accompagnée d’une bonne musique), de la séduction et son aboutissement. Toutes les objections du monde (peut-être justifiées) sur la vacuité de cette préoccupation ne m'en détourneront pas, alimentée par l'urgence du temps de plus en plus court qui nous sépare de la décrépitude physique.
Et si ce temps était venu plus tôt que prévu? Certes, nous ne trouvons personne qui nous plaise mais nous ne semblons pas vraiment plaire non plus à la population agglutinée sur quelques mètres carrés. Notre pouvoir de séduction serait-il en train de chuter vertigineusement? Notre modèle de drague en couple subirait-il les premiers désagréments de nos âges respectifs qui nous rendent peut-être moins attractifs de concert aux yeux des autres? Devrions-nous modifier notre idéal en nous focalisant sur une conquête potentielle plus en ligne avec notre âge?

C'est peut-être cette idée qui guide mon attention vers ce méridional, qui doit approcher la trentaine, au visage encore jeune et au corps attractif, légèrement dessiné. Je vois son regard se poser surtout sur les corps dénudés qui remplissent la petite piste de danse du bar principal. Je tente de m'y faire une place mais je semble porter un signe distinctif embarrassant: un T-shirt. J'ai certes l'avantage de ne pas partager ma transpiration mais personne ne semble en avoir cure. En cherchant à séduire ce garçon, la tâche semble relever du casse-pipe mais ai-je le choix si je veux m'adonner au plaisir de ce type de challenge? Je tourne autour de lui, cherche à capter son regard. Il m'adresse un petit sourire furtif qui ne me permet cependant pas d'affirmer son intérêt à mes yeux. Je sens peu à peu le râteau poindre son nez au bout du chemin. Perdu pour perdu, je dois me lancer. Je l'aborde. Le charmant portugais me répond bien vite en français. J'effleure sa main, je ne crois pas au hasard, je la saisis. Il la serre fermement autour de mes doigts. Il est plus jeune que moi mais je me sens comme un gamin face à lui, cet amateur de mecs plus musclés, plus âgés (au sens physique du terme), avec une philosophie de vie que je devine bien différente de la mienne. Il n'y a pas que la masse musculaire qui nous sépare mais toute une conception de l'approche humaine. J'évoquerais volontiers un côté américain dans leur manière d'être. Un comportement très adulte, retenu, un esprit de camaraderie mais empreint d'une certaine superficialité, un univers très maîtrisé où la légèreté et la rêverie semblent absentes. Tout nous distingue mais je sers pourtant cette main. Je peux même à présent caresser le corps qui la guide, voire tâter l'épaisse forme cylindrique dans son pantalon. Je tente de joindre L. à notre intimité et la transition paraît réussir dans un premier temps avant que mon joli partenaire ne me confie qu'il ne souhaite pas de sexe à trois, malgré son désir réel. Jusqu'où les pédés iront-ils dans leur conservatisme, je vous le demande ? Heureusement qu'il existe encore les allemands sur terre. Sauf qu'ils ne sont pas très présents sur l'île…

Notre ultime chance vient de s'envoler. Sur le chemin du retour, nous croisons un garçon mignon à l'Eglise mais après avoir engagé la conversation, son visage quelque peu marqué me ramène inlassablement à la maladie. Ma désespérance affiche opportunément ses limites.

Le retour au pays devient souhaitable pour ramener un peu de sérénité mais la mauvaise passe se poursuit. La Belgique me réserve un charmant accueil à froid, bien enrhumé (à moins que ce ne soit Mykonos qui m'adresse une dernière salve d'infortune). Sur le net, aucune surprise enchanteresse ne semble en mesure d'expurger le souvenir mièvre de nos rencontres grecques (miroir, oh beau miroir, dis-moi que je suis le plus beau même si c’est faux) et mon opération s’affirme peu à peu comme la prochaine grosse échéance. Plus de doute, je traverse une période ingrate. Il faut savoir le reconnaître pour essayer de le supporter. Voilà c'est dit, première - et minuscule - étape franchie...

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19 juillet 2007

Paris-Narbonne-Sitges-Barcelone (part 3)

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A peine arrivé, Barcelone m'enthousiasme. Cinq ans après l'avoir découverte et appréciée, je me sens immédiatement chez moi le long des ruelles étroites de la vieille ville ou des artères larges genre Passeig de Gracia. Cantonné dans un esprit très vacances, le programme n'adopte pas soudainement un mode culturel (il le fut lors de la première visite il y a quelques années) mais se décline en shopping, terrasses, plages en fin de journée. Morceaux choisis de quelques moments forts.

Dans une boutique fashion, un vendeur d'un peu plus de 20 ans me propose son aide après avoir jeté au préalable quelques regards dans ma direction. Son visage avenant, sa gentillesse et sa détermination à me parler en français me convainquent de prolonger la recherche d'un jeans pourtant accessoire. Il manifeste une bonne dose d'abnégation pour répondre à mes (prétendues) attentes, loin de la condescendance affichée par certains jeunes commerciaux. Je découvre peu à peu qu’il n’est d’ailleurs sans doute qu’aux prémisses de son évolution, après avoir déjà mis en œuvre d’importants efforts pour intégrer cette fraternité de la coolitude.
Il n’a pas encore gommé sa timidité, concédant encore au passage quelques rouges aux joues. J’observe, amusé, son appareil dentaire et relève sa volonté de se débarrasser le plus souvent de ses fines lunettes, vestiges d'une adolescence qu’il ne peut encore évacuer. Son style vestimentaire, jeune et décontracté sans fioritures, trahit néanmoins quelques signes d'inattention témoignant d'un narcissisme encore inachevé (comme l'illustre cette étiquette visible sur son caleçon manifestement enfilé à l’envers).
Je finirai par trouver un modèle adéquat de jeans et, après avoir remercié mon serviteur de l'attention prodiguée, ne pourrai reculer devant l’achat. Un peu comme lors de ma visite dans ce magasin à l’ancienne tenu à Sitges par une vénézuélienne haute en couleur, très almodovarienne. Un genre de commerce que j’imagine aisément menacé par des enseignes au potentiel marketing plus puissant. L me confiera un sentiment de solidarité et d’émotion identique, preuve que nous partageons quelque part une même philosophie de vie, vecteur essentiel au sein d’un couple.

Barcelone, ville propice aux images cinématographiques. Lors de notre passage, Woody Allen y tourne son nouveau film (avec l'inévitable Scarlett Johansson). Constamment, en parcourant les recoins de la capitale catalane, nous nous sentons embarqués dans des décors évoquant les charmes souterrains du septième art.
Ainsi dans ce marché couvert proche de la rambla qui, le soir, est investi par quelques prostituées transexuelles susurrant entre pénombre et faible halo de lumière un "hello chico" langoureux. Un même endroit qui le lendemain offrira une scène semblant sortir tout droit d’un scénario préparé.
Un jeune français de 18 ans à peine, tout de blanc vêtu, s'arrête avec un de ses amis après d'un transexuel, petit et bien portant, avec lequel ils engagent une conversation dont nous ne percevons pas le contenu vu la distance nous séparant. Le transexuel lui tâte le paquet un instant sans provoquer la moindre réaction de sa part. Nous les dépassons avant d'être rattrapé par la course ondoyante de cette tête brûlée visiblement bien éméchée. Il n'arrête pas de répéter à son ami, en se tordant de rire, "5 euros" (le prix qu'il est sans doute parvenu à négocier pour je ne sais quel acte qui ne sera pas mené à terme). Je n'ose me retourner pour observer le visage de la prostituée prise au piège de ce pari juvénile. Le jeune homme rejoint la rambla et se met bientôt à danser, euphorique, au milieu de la route ignorant les véhicules venant à son encontre. Le premier d'entre eux vrombit et accélère pour lui faire peur et l’amener à libérer la voie. Il se déplace légèrement dans un même mouvement chaloupé avant de se retourner vers la voiture en lui adressant un geste clownesque pour bien signifier qu’il reste le maître du monde en ce moment. Clap.

Sans doute renseigné trop tard sur les lieux les plus en vogue de la vie nocturne, nous n'y retrouvons pas l'ambiance excitante de la journée ou la beauté qui se déploie à chaque coin de rue. Nous compenserons cette déception avec un israëlien qui viendra nous confirmer la réputation de corps sportifs finement sculptés que m'avait relatée L. après son voyage à Tel Aviv. Il cassera par contre l'image d'un peuple forcément très religieux, appliquant avec rigueur les principes culturels au quotidien.
Roy figurera à une place particulière dans nos aventures, floqué du dossard 100 en bout de la liste de nos partenaires dans une énumération qui doit moins à un souci de performance narcissique (ce seul critère nous aurait conduit bien au delà de ce nombre) qu'à l'esprit du jeu qui nous anima un jour pour la reconstituer, un certain devoir de mémoire, de respect envers celui qui nous a ouvert son intimité et une preuve concrète de la réalité vive de notre existence face aux doutes permanents d’une présumée inaction. 

La plage sera le théâtre d’un dernier épisode cocasse avant notre départ. Nous y sommes accostés en français par un jeune mec blond au corps agréablement dessiné. Nous ne lui avons jamais parlé auparavant mais dissimulons notre surprise devant sa silhouette élancée. Qui ne nous est d'ailleurs pas étrangère. Nous avions aperçu le profil virtuel de ce jeune flamand en Belgique, échangeant même peut-être un message avec lui par le passé, sans pour autant justifier cette façon directe de nous aborder. L'une ou l'autre de ses remarques me fait rapidement comprendre l'erreur sur la (les) personne(s) et un éclaircissement s'impose bientôt. Nous apprenons qu'il pensait parler à un couple parisien nous ressemblant (diantre, ils seraient contents de constater que leur ami ne les reconnaît même pas, un vrai physionomiste!), et finit par affirmer nous reconnaître désormais. Installé auprès de nous, il finira par y rester jusqu'a son départ. Une rencontre des plus étranges a priori mais qui revêt au cours de ces vacances un habit de légèreté plutôt commun, rendant possible toutes les extravagances bienfaitrices.

La fin du voyage approche irrémédiablement, laissant bientôt seulement une peau bronzée, quelques souvenirs et e-mails, un souffle de vie et des instants de liberté comme le quotidien nous en réserve trop peu, happés que nous sommes dans un rythme qui nous dépasse trop souvent. L'évasion a un prix (d'autant plus fort lorsqu’on doit rechercher sa voiture à la fourrière - Barcelone en voiture, plus jamais!). Le travail m'appelle déjà, l'oeil rivé sur d'autres explorations.

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18 juillet 2007

Paris-Narbonne-Sitges-Barcelone (part 2)

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Sitges. Trois jours après notre arrivée, j’atteins enfin l’un des instants de grâce de toutes vacances, ce moment où après avoir éliminé une à une les résistances, je m’autorise une décompression totale. Elle arrive tard dans le séjour cette année (cela fait près de 10 jours que nous avons quitté Bruxelles). La chaleur des derniers jours est légèrement retombée et une partie de la foule compacte du week-end s’en est retournée vaquer à ses occupations professionnelles délaissant la plage et ses environs. Le sourire d’Emmanuel a fait le reste.

Il aurait pu s’appeler Pedro, rencontré le premier soir, avec qui l'intimité physiquement partagée s'avéra aussi fulgurante que l’estompement du contact ensuite. Il se prénomma donc Emmanuel, à l'accueil charmant dans ce restaurant thaïlandais. Plus tard dans la soirée, dans l’ambiance feutrée du bar lounge post-dinatoire, nous pouvons enfin lui parler et lui proposer un verre après son service. Saisonnier atypique dans sa réticence à se fondre dans les endroits les plus populaires, il n’a pas encore composé de cercle d’amis depuis son arrivée deux semaines plus tôt. Derrière cette baby face se dévoile un vrai homme, qui, cinq années plus tôt, prit le large de son Argentine natale pour fuir une déprime consécutive à une déception amoureuse (accessoirement un tournant dans le choix de son orientation sexuelle). Face à la solitude abyssale induite par sa séparation, il se créa un digue en dynamitant la force de son moi intérieur, adoptant un style de vie axé sur l'indépendance et la découverte de nouveaux espaces géographiques et humains. Sur sa main droite, un petit tatouage traduit des croyances spirituelles très personnelles. Un lien, un fluide avec des forces cardinales comme la lune ou le soleil, sans pour autant négliger des flux plus terre à terre. Nos doigts peuvent s’effleurer, puis lentement s’entrecroiser (en prélude à d’autres combinaisons tout aussi délicates) en évoquant Nietsche et s'interrogeant sur l’au-delà. Il émane de son contact une émotion vivace, une douceur enivrante.
Le lendemain, après une après-midi à la plage vécue en sa compagnie, je peux m’abandonner à une sieste d’une quiétude profonde à la sensation trop souvent oubliée. Je pourrais m’en satisfaire aujourd’hui. Je réalise depuis toujours le dérisoire de ces circuits gays qui nous poussent dans une succession d’endroits prédéfinis composant une journée type, le galbe travaillé et la tenue appropriée pour la circonstance.
Je n’y renoncerai pourtant pas. J’y prends part ça et là, m'intégrant un jour pour déjouer le programme un autre. Je prends plaisir à ces jeux de regard éphémères, ces rencontres impromptues, cette drague légère, voire de temps à autre  - lorsque la beauté plastique rejoint la puissance du désir - à ces bouches, ces mains, ces sexes en fusion. Demain, j’y retournerai parce que j’y trouve matière à satisfaction, à émotions et qu'il subsiste parfois au milieu de la représentation la lueur d’une expérience humaine plus authentique.

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Il est difficile parfois de conserver intacte l’image de la pureté d’un instant. On finit toujours par diluer nos souvenirs, bafouer la morale de nos expériences. C’est fondamental en un sens d'en briser la continuité pour se remettre en marche. Rien n’est jamais sacré. On voudrait juste un peu s’élever à la suite d’une aventure et ne pas retomber si vite dans un mouvement d’attraction terrestre se terminant par un grand coup sur la figure.
J’ai rapidement répondu à ma libido inspirée par l’atmosphère d’un bar conçu à cette fin. Je savais que je ne pourrais maîtriser les événements, trop de contraintes viendraient enliser le processus. J’ai plongé les pieds joints avant de me rétracter, trop tard cependant pour en sortir complètement vierge. Les interrogations médicales, pourtant sans matière particulière à inquiétude, ont resurgi. Le moindre contact prend une dimension angoissante quand il se contente d’un instant éphémère. J'assume ceux débouchant sur la satisfaction de l’acte accompli mais culpabilise pour ceux perdus dans le feu de l’irréfléchi, de l’ordre du dispensable.
Ce début de soirée vient gâcher mon anniversaire et les bons moments passés ensuite en compagnie d’un petit groupe où 4 américains fort sympathiques se sont mêlés à nous.

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Dans le court trajet nous menant à Barcelone, je m'interroge sur notre séjour. Je ne sais pas encore si nous reviendrons à Sitges qui ne m'a pas convaincu dans l’ensemble mais je conserve, à l’instar de Gran Canaria, une émotion, principalement liée à la rupture désormais consommée avec une communauté de vacanciers gays. Cette propension à nous retrouver sur quelques m² de plage, d’un bar ou d’une piste de danse crée de facto un lien. Une bombe posée dans un bar à une heure fréquentée pourrait nous emmener vers une même destinée pour l’éternité et le choix d’un jour plutôt qu’un autre ne changerait en rien la composition des élus. Nos rendez-vous implicites sont balisés et la présence de ces inconnus est indispensable pour donner matière à nos vacances. La minorité gay, ici représentée concrètement dans un espace géographique confiné, constitue, malgré toute la superficialité de son rassemblement, une unité symbolique réelle dans la volonté commune de fuir la solitude pour aller - sans peurs, ni reproches -  à l’encontre de l’autre, dans un contact purement sensitif ou visuel, voire dans le meilleur des cas dans une proximité affective et/ou physique, au milieu d'un original brassage des genres (du jeune au vieux, de l’élégant à l’excentrique, de la folle au bear). J’ai laissé à Sitges l'ombre de quelques visages qui avaient pu attirer mon intérêt, de quelques êtres à la découverte agréable. La meilleure d'entre elle, Emmanuel, génère presque une fêlure par l'absence physique de son sourire, son regard attentionné, son accent exotique, l’épaisseur de sa personnalité transpirant une sagesse émotionnelle que je ne peux décidément pas imiter. Ce n’est pas un adolescent que je chéris ici en quelques mots mais l'homme sensible qui s’est affirmé derrière le visage angélique, une première dans les quelques coups de cœur ayant émergé de nos rencontres.

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17 juillet 2007

Paris-Narbonne-Sitges-Barcelone (part 1)

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Paris m'étouffe. Elle bruisse de klaxons, de murmures incessants, se remplit de foulées rapides qui se mêlent, se frôlent, s'évitent. Chaque m² compte, précieux, monétairement valorisé. L'espace dense amenuise la surface d'action, y compris dans ces intérieurs souvent trop étriqués. A force de brasser les particules obstruant ma bulle d’air vitale, j'en sors lessivé. Entamer les vacances par cette ville-compression ne représente pas la meilleure des solutions.

Paris me fascine. Ville hype et de culture, inondée de projets ambitieux, d'expos audacieuses et alléchantes, dynamitée par une vie intellectuelle riche en débat, paroles et expression protéiforme, elle recèle des atouts pour combler certains besoins inassouvis à Bruxelles.

Paris ou ma belle-famille jusqu'il y a peu (elle y réside encore de temps à autre) et plus récemment J., un ami belge venu y travailler en tant qu’expatrié pour son entreprise. A chacun de nos week-ends passés chez lui, nous développons un peu plus une relation qui s'était seulement initiée à Bruxelles. Nos venues constituent une nouvelle lucarne dans sa vie qui tend à devenir foncièrement bourgeoise. Il nous définit en ce sens comme des amis précieux. Nos rencontres donnent lieu à des échanges tant distrayants qu'intéressants. Cette fois, nous avons pu relever l'essence de ce qui me distancie de lui dans son approche intellectuelle (il prit part au voyage de quelques jours à Cabrières où je m'étais senti si isolé sur ma gauche). J. dispose incontestablement d'un esprit vif se gorgeant d’interrogations diverses et se dote d'une morale mûrement réfléchie bien que parfois trop consensuelle à mon goût. Sa perception du monde s’analyse sous un angle exclusivement psychologique, une dimension riche qui ne peut cependant, à mon sens, être détachée d'autres toutes aussi essentielles (sociologiques, philosophiques,…). La vertu remarquable d'une étude psychologique fine mérite des prolongements pour mieux appréhender le contexte dans lequel s'expriment les événements. Notre différence politique se situe (sans doute) bien là.

Paris ou normalement aussi sa vie nocturne même si nous ne sommes jamais parvenus à nous y dissoudre. Trop souvent le repas copieux de la belle-mère rassasiait nos estomacs et nous condamnait au repos immédiat. Nous avons sans doute toujours préféré le côté culturel de la Ville-Lumière à son esprit culturiste très gym-queen qui semble prédominer dans la scène gay parisienne. Avec J., à l'issue de la tournée des bars, nous rejoignons plutôt l'étrange ronde du carrousel du Louvre où l'on vient chercher un peu de bonheur par envie ou par besoin. Avant tout, je m'y amuse et plonge, studieux, dans l'atmosphère libre et chargée à la fois de ces jeux d’ombres le long des allées silencieuses. Je guette le profil qui pourra attirer mon attention, excité par la potentielle irruption d'une proie surgissant au milieu de l'inconnu. Nos deux dernières visites nous avaient porté chance, la troisième ne dérogera pas à la règle.

Il déambule sautillant le long des jardins, en marcel et pantacourt, un petit drapeau gay à la main, dans la continuité du défilé de la Gay Pride. Son regard et son attitude djeune m’évoque M. Pokora. Il se fait aborder à deux reprises, discute un moment avant de s’éloigner. Cette conversation, je peux aussi y prétendre. Je m'approche de lui et l'aborde en soulignant sa loquacité en pareil endroit. Il n'a pas choisi ses interlocuteurs me répond-il. Je feins de m'en aller afin de jauger sa réaction. Il me demande mon prénom, premier point empoché. Le second, décisif, consistera à intégrer L. J'essaie de me rendre aussi cool que l'impression qu'il dégage. Je peine parfois mais m'en sors raisonnablement. Je peux enfoncer le clou en lui soumettant le choix d'accepter ou non ma proposition. L'interrogation déjà bien avancée à ce moment se conclut souvent par l’affirmative sans permettre de faux-fuyants que l’incertitude facilite. Sa réponse vient raffermir notre fragile puissance narcissique, le reste n'est qu'anecdote. C'est peut-être dérisoire sur le fonds mais ces vacances commencent finalement plutôt bien.

Nous quittons le lendemain la capitale pour rejoindre mes parents près de Narbonne, en bordure de plage. Cette étape de 4 jours nous permettra de préparer notre bronzage et de nous reposer avant de rejoindre l’Espagne.
Lors des après-midis, nous retournons avec un certain plaisir sur cette plage naturiste sauvage peu fréquentée. Notre bain de soleil sera juste interrompu par l’arrivée d’un groupe de jeunes adolescents amateurs de rugby. La pudeur s’exprime de manière variable entre ces garçons, certains n’hésitant pas à tomber leur string( !) pour caresser l’eau de mer. Ce spectacle amusant nous détourne de la présence d’un éphèbe situé de l’autre côté. En traversant plus tard la plage devant nous, il adressera l’un ou l’autre regard, se retournera même avant d’afficher un petit sourire. Nous devrions courir pour le rattraper, le sommer de s’arrêter mais l’audace nous fait défaut. Le vent délestera les plages de ses baigneurs les deux jours suivants nous empêchant (peut-être) de le rencontrer à nouveau. J’interprète dans cet épisode un message subliminal, le mélange impossible en cet endroit entre la quiétude solitaire et la fièvre des échanges sociaux. Narbonne s’affirme comme l’antithèse de Sitges qui s’annonce. Pas encore décontracté, je réalise que notre prochain départ pour cette station balnéaire étiquetée gay au sud de Barcelone nous obligera à abandonner quelque chose ici.
 

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23 avril 2007

Humeurs post-Prague (part 2)

Vers Prague, il a fallu tout d’abord se décider à partir. Et de choix il en fut question, ne fut-ce qu’un instant et malgré les réservations, avec cette douleur à l’aine qui me tenailla dès le matin du départ, me faisant craindre une appendicite - tout en subodorant une nouvelle manifestation physique des méfaits de la nervosité accumulée ces derniers jours.

Nous débarquons à samedi midi dans une ville ensoleillée. Dans l’hôtel 5 étoiles que nous nous sommes gracieusement offerts pendant deux nuits, nous bénéficions d’une chambre familiale double et d’un bain à bulles qui se révélera salvateur pour soulager les douleurs musculaires nées d’efforts de marche dont je suis ordinairement peu coutumier.

Situé idéalement dans la jonction entre la nouvelle et la vieille ville, en contrebas du Champs-Elysées local, l’établissement nous ouvre diverses destinations à portée de main : la déambulation tranquille dans les charmantes ruelles du Prague ancien ou le repos tranquille dans le joli parc vallonné Riegrovy sady. Sans programme précis, c’est le temps lumineux qui nous guide vers ces options, nous éloignant par corollaire de l’intérieur de musées ou monuments.

Le soir, nous décidons de prendre le pouls de la vie nocturne sur place. Nous nous dirigeons tout d'abord vers le Termix. Dans ce bar-boîte pas très grand, je réalise que la culture gay semble bel et bien universelle, une musique dance commerciale alternant avec des extraits musicaux des DVD de Kylie ou Madonna. Chose fort étrange dans cet endroit, les toilettes se prolongent par une dark-room, assez peu prévisible. On ne s’y presse pas, la drague semblant s’accomplir d’abord à l'extérieur. Cette présence se justifie-t-elle dans une copie du modèle occidental ou s’agit-il du seul lieu de consommation charnelle pour les jeunes praguois vivant chez des parents peu ouverts sur la sexualité de leur fils ?
Nous nous rendons ensuite au Valentino, un club spacieux, disposant de deux salles ainsi qu’un bar à front de rue et pourtant pas cher puisque l’entrée y est gratuite et le prix des consommations tout-à-fait modique. Une population jeune et assez délurée s’y concentre dans une ambiance sympathique. La dimension sexuelle constatée ailleurs se confirme : les pisspots dans les toilettes disposent d'un miroir situé à une hauteur ne mettant en exergue que la partie du corps dénudée pour l’occasion. A la fois drôle, tentant…et perturbant pour qui veut pisser vraiment (L. adore et je reconnais un caractère bien amusant à cette disposition). Un jeu qui pourrait rester frustrant sans une dark-room où n'attendent pas toujours les garçons les plus sexy mais, encore une fois, il n'en suffit que d'un. Le nôtre, ma foi fort jeune et d’origine rom sans doute, traduira dans son comportement un sens aigu du respect (et l’inexpérience probable du peuple tchèque quant aux trios ?) lorsque, proches l’un de l’autre, il me demandera si L., situé quelques mètres plus loin, est bel et bien mon boyfriend, confiant ensuite son désir de ne pas créer de tension au sein du couple. Dans un contexte plus calme et détendu que la dernière fois en pareil endroit, j’y retrouve de pleines sensations et oublie les désagréments récents. De quoi clôturer une soirée étonnante car inattendue devant la diversité et la qualité des endroits offerts et la spontanéité des praguois.

Nous consacrons le lendemain essentiellement au repos, allongés sur la pelouse du parc, constatant alors avec plus d'acuité l’occidentalisation résolue des jeunes praguois(es). Cela fait maintenant près de 20 ans que la chute du communisme est consommée, à l’époque dans une Tchécoslovaquie déjà moins stricte que d'autres régimes et que les ado ou jeunes adultes n’ont donc jamais connue. Souriants, contrairement à leur réputation slave, ils m’apparaissent aussi franchement séduisants, autant d’ailleurs les garçons que les filles, fines et élancées comme si la minceur était un gêne national (Sarkozy l'importera-t-il?).

Le soir, avant de retourner nous coucher, nous cherchons à prendre un dernier verre. Olivier m’invite à nous rendre dans un bar apparemment connu pour être un nid à escorts (ah oui, bien entendu, Prague et ses Bel Ami). Nous arrivons dans un espace assez vide où, mis à part deux à trois hommes aux cheveux blancs, se retrouvent quelques jeunes au milieu d’une piste de danse. Les mêmes garçons qui se succèdent pour des spectacles avant d’être éventuellement loués pour qui le souhaite, à des prix de 300 à 500 EUR la nuit. Je me sens mal à l’aise dans cet endroit, comme si j’endossais un rôle de pervers. Je ne condamne pas ces riches hommes libidineux (je ne sais quelle attitude je pourrais adopter à leur âge même si je suis conscient que mon sentimentalisme souffrirait sans doute de l’intérêt exclusivement pécuniaire de ce type de contact), ni même ces jeunes hommes de 18 à 23 ans maximum dixit la direction dans sa brochure (je ne pourrais simplement pas livrer mon corps sans porter ensuite la trace de ce passage, ce que réalise ces garçons sans état d’âme, conservant ailleurs leur vie d’hétéro pour la plupart d’entre eux).
Après une pause pipi, je constate qu’un garçon s’est placé à côté de L. Je l’avertis que s’asseoir, c’est risquer de devoir déjà payer. Il est temps de rentrer se coucher.

Le reste du séjour se déroule harmonieusement, sous une chaleur croissante. Lundi, nous traversons le fameux Pont Charles pour découvrir les hauteurs et le célèbre château surplombant la ville avant de profiter du soleil en terrasse le long de la rivière réverbérant sa luminosité chatoyante.
Le lendemain, alors que L. dispense un séminaire (objectif initial du déplacement dans la capitale tchèque), je couronne ce city-trip réussi par un peu de shopping, moins dans les magasins de marque (aussi chers que dans nos pays) que dans l’une ou l’autre enseigne slave réservant de temps à autre une opportunité à saisir.

Prague, une ville résolument à découvrir, susceptible de plaire à tous de par la diversité de son offre (me voilà reconverti en commercial pour agence de voyage !).

Pas toujours inspiré, j’ai pris ça et là quelques photos disponibles dans l’album-photo ci-joint (diaporama musical disponible).

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19 avril 2007

Humeurs pré-Prague (part 1)

C’est toujours comme ça. On se hasarde à revendiquer une réussite et le contraire se produit aussitôt, comme si les lois de la modestie veillaient au châtiment rapide du fautif. Le péché commis n’était pourtant pas bien lourd, j’avais tout au plus affirmé mener une vie équilibrée. Je n’avais pas menti mais certains forces du passé se font un plaisir de resurgir au moment où on oublie même leur souvenir, s’infiltrant d’abord en douceur dans les arcanes de la pensée avant de tisser leur toile et d’apparaître en surface.

Lors de cette soirée bruxelloise renommée, j’étais venu chercher, dimanche passé, l’enivrement dans de furtifs passages en dark-room. Malgré quelques épisodes passés malheureux, j’aime y respirer cette atmosphère animale où les sens imposent leur primauté au détriment de toute convenance sociale. Tout semble possible dans cet espace où l’excitation tutoie volontiers la crainte. Un ami ne nous a-t-il pas révélé y avoir été violé l’année dernière ? Avant de faire aujourd’hui son retour. Attraction fatale.

Je ne débarque pas pour autant dans une succession de corps attractifs. Je peine même à en dénicher un à mon goût. J’ai pu observer récemment combien certains garçons jeunes et sexy s’abandonnaient aux bras d’hommes qui l’étaient bien moins (j’utiliserais parfois même le terme repoussant pour ma part). Mon explication hésite entre une notable différence quant au goût ou l’hypothèse d’une satisfaction, dans leur cas, beaucoup plus facile quant au physique (en simple reflet de la misère sexuelle touchant même cette catégorie de personnes ?). Je reste de mon côté sans doute influencé par l’idée d’un sexe sale, héritée de mon éducation puritaine. Je mesure aussi qu’à l’instar d’un ami, l’amant révèle une image de nous-même. Prisonnier quelque part de la mienne, je sais également que je dois me respecter en répondant moins à des besoins qu’à des désirs à la hauteur de mes ambitions.

Dans la foule se pressant dans ces couloirs glauques et étouffants, il n’en suffit parfois que d’un. Plus déterminé sur le fonds mais plus timide sur la forme, L. me laisse prendre les rennes d’une initiative auprès d’un grand mec mignon dont le profil sur internet faisait état d’attributs avantageux (qui n’y reste pas insensible ?).

Installé contre un mur, il se fait vaguement tripoter par une de ses connaissances qu’il repousse mollement. Ce manque d’abnégation dans le rejet limitant mes chances d’échec, je m’approche de lui et place rapidement ma main dans son entrejambe tout en cherchant à attirer son regard dans la semi-pénombre. Le contact visuel établi, il y répond en glissant ses doigts le long de mon torse avant d’atteindre les boutons de mon pantalon tandis que les miens enserrent sa queue large et désormais bien dure. Il approche ensuite sa tête de la mienne et cherche à m’embrasser. Je prends plaisir à ce contact désormais plus intime, exclusivement choisi, auquel L. va bientôt participer plus activement. Je suis cependant distrait par des mains étrangères qui n’arrêtent pas de se porter sur moi, que j’évacue tant et plus avant de ne repousser que celles dépassant les limites de l’acceptable. Je sais qu’une fois engagé dans ce genre d’endroit, il n’est pas possible d’emmener l’élu ailleurs, je dois me contenter de cette situation agréable, excitante mais aussi dérangeante par ce partage d’intimité parfois non souhaité. Je bande mais mollement même lorsqu’il cherche à me sucer dans une descente en apnée courageuse dans cet espace surchauffé et peu aéré.
Peu importe que nous jouissions sans lui, désemparé par la perte de son téléphone dérobé par des mains baladeuses bien peu scrupuleuses, j’accepte difficilement cette incapacité à pouvoir rester pleinement opérationnel. La puissance dégagée par ce jeu sexuel en est atténuée, ma virilité ébranlée, la perfection que je cherche à incarner aux yeux des autres -et donc surtout des miens - écornée. Les heures passent, l’esprit tente de se détacher de ce sentiment, sans succès réel. Cette faille en ouvre-t-elle subrepticement inconsciemment une autre ?

Mardi soir, je tombe malade. Une angine que la fatigue peut expliquer. Je pourrais me réjouir de cette pause qui m’éloigne du travail où ma motivation a connu de meilleurs jours. Avec les 3 jours de maladie octroyés, je bénéficie même d’une semaine entière puisque nous partons ensuite, L et moi, 4 jours à Prague.
La confiance mise à mal quelques jours plus tôt a toutefois créé une brèche.
Au fur et à mesure que la température extérieure augmente, croît le degré de culpabilité liée à mon absence au travail et ce scénario presque idéal qui peut paraître louche aux yeux de mes collègues.
J’envisage de folles conséquences quant à la situation actuelle que l’on jugera forcément préméditée: elle pourrait peser sur l’appréciation de mon travail et me conduire, qui sait, un jour au licenciement. Au bout des choses s’impose cette peur de me retrouver sans travail (avec la perte de certains acquis), de ne pas rebondir, si ce n’est peut-être dans un emploi sous-payé et exigeant, empiétant sur mes libertés.
La machine s’est emballée, sous l’influence d’un inconscient issu de l’histoire familiale paternelle.

Vendredi, veille du départ, nous devons nous rendre à l’anniversaire d’une amie. Je me fais violence pour m’y rendre jusqu’au moment où L, répondant à une de mes remarques, m’assène que je n’ai rien fait pendant trois jours. Je lui avais parlé de cette culpabilité et il s’est permis d’en jouer. Je ne l’accompagnerai pas ce soir. Mon isolement sera ma punition pour soulager mon crime. A la déception, voire la colère de L. qui ne voit pas que les réflexes du passé moins présents aujourd’hui subsistent encore parfois.

Je voudrais presque annuler ce voyage que je crains de ne pas pouvoir apprécier. N’ai-je pas entendu différents sons de cloche que je pourrais qualifier d’inquiétants sur Prague? C’est une ville culturelle (cela signifie-t-il ennuyeuse en tant que non-initié à l'histoire de l'art?) où les gens sont froids, pas très beaux (enfin surtout les filles dixit un hétéro); on s’y ennuie à mourir le soir (dixit un gay) ; les bars sont remplis d’escorts, toucher c’est payer (dixit un autre). Tout est déjà réservé, il va falloir juger sur place.

Posté par Morrissey à 19:22 - Histoire de Vacances - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 février 2007

Une autre peau, une autre vie

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S'il existe une période de l'année qui questionne plus frontalement notre rapport au corps, il s'agit sans aucun doute des vacances au soleil - pour ceux qui y succombent. Au propre comme au figuré, celles-ci induisent un changement de peau. La nudité partielle (voire totale) exposée à la plage nous invite en effet à porter une attention spécifique à l’entretien préalable de notre corps "prêt-à-bronzer" (et par corollaire à notre alimentation). Dans le prolongement, le jeu des apparences en vigueur devant ou derrière les dunes nous plonge bon gré, mal gré dans une confrontation avec notre propre image, bien plus intense que dans un bar ou une boîte. Cette année, en me rendant aux Canaries, j'ai décidé d'adopter la meilleure technique de défense par rapport au doute qui pourrait prévaloir dans ce domaine en m'impliquant outrancièrement dans la partie: grosse chaîne en argent autour du cou, achat de lunettes et maillot fashion. Lors de mes dernières vacances à Ibiza, j’avais parfois eu l'impression de décrocher d'une forme de coolitude en observant, avec une certaine admiration, le style et l’audace de certains garçons. En prenant les devants dans un endroit nettement moins branché, j'assume cette image légère et profondément superficielle que je peux transporter, en m'en délectant même volontiers.

Quelque soit la proximité que nous affichons, L. et moi, nous cherchons toujours à externaliser notre vie de couple en la partageant à des yeux, des corps, des paroles extérieures neuves. En ce début de séjour, il nous semble toutefois impossible de dépasser les regards, voire les petits sourires échangés avec l'un ou l'autre. La faute à l'ambiance tendue entre nous après les remous récents et qui ne s'améliore que progressivement au fil du séjour?
J’ai souvent exprimé que le sexe constituait un excellent vecteur de socialisation. Je n'avais pas encore décrypté qu'a contrario, quand cette dimension entre en jeu et ne se concrétise pas, la relation s'en trouve résolument plombée. C’est le cas avec cet allemand logeant au même hôtel, que nous avons appelé Jurgen entre nous. Il partage sa table avec un autre garçon aussi insignifiant que moche (pourrait-il tout de même être son boyfriend ? ). Un lien semble pouvoir s’installer entre nous sur base d'éléments non verbaux exprimés, le point culminant étant atteint sur le chemin du retour de la plage, dans les dunes, lorsqu'il nous adresse un geste d'accompagnement sans ambiguïté sur ses intentions finales. Mais toujours flanqué de son ombre, dont la présence nous dérange pour un tel but, nous renonçons à cet appel, avec pour triste résultat une réaction d'indifférence lors des jours qui suivent.

Parmi les autres résidents de l'hôtel, nous retrouvons à nouveau cette année Junior (un gay italien d'une septantaine d'années, sosie du personnage de Junior dans la série "les Soprano") qui passe sans doute une partie de l'hiver sur l'île. Toujours accompagné de 3 amis au repas, nous l’apercevons ensuite aussi bien dans les rues que sur la plage, seul ou avec un de ses amis, dans une fort touchante vie de communauté organisée pour combattre la solitude des vieux jours.

La fin de semaine nous rappelle l'apogée des sorties de l'endroit et les possibilités de drague associées. Une démarche à la réussite douteuse si l’on en juge par le peu de beaux mecs. Il y a certes ce magnifique allemand, d'origine turque sans doute, vrai top-model, qui nous sourit régulièrement depuis que nous l’avons rencontré dans un magasin et qui arpente d'un pas décidé les dark-rooms en soirée. Son physique de mâle bien bâti m’impressionne. Ce genre ne correspond pas à mes préférences habituelles et ne m'excite généralement pas: s'agirait-il au fonds d’une protection de l’inconscient pour couvrir mes doutes de plaire à ce type de mecs et dissiper mes interrogations sur notre compatibilité sexuelle?

La soirée du samedi se révèle agréable mais ne débouche sur aucun contact. La machine paraît grippée, comme si un sort s’acharnait à coincer la dynamique dès son début. Même Dani, avec qui nous avions communiqué sur internet avant notre arrivée, ne donne aucune nouvelle, trop pris sans doute par ses études et les préparatifs du carnaval. Chercher à maîtriser, voire forcer les événements interdirait-il leur survenance, leur consistance? Par quel miracle notre périple parviendra-t-il à faire naître, sur les cendres d’un brasier souffreteux, une unité globale, compréhensible, étouffant toutes les frustrations?

Le dimanche soir - le carrosse de Cendrillon s'est même déjà transformé en citrouille, nous décomptons les quelques minutes qui nous sépare de notre retour à l'hôtel pour un repos bienvenu avant notre départ et la reprise immédiate du travail. Nous circulons dans un bar quand nous apercevons Jurgen et son copain attablés un verre à la main. C’est le moment ou jamais de leur parler. La timidité nous paralyse encore un instant mais la perspective d'un regret amer l’emporte cette fois : je décide de les aborder en me présentant.
Inaudible, un petit bruit a soudain résonné dans l’univers des constellations. Celui d’un déclic en attente sans doute depuis des jours et dont l’activation du processus va enchaîner les événements dans un tourbillon d’autant plus intense que le temps est compté et que seule la raison finira par arrêter.
Plus rien ne semble impossible relationnellement (comme cette rencontre avec le drôle et charmant Mr Gay Wales) ou sur le plan de la séduction. Même avec ce bellâtre turc-allemand dont seule l’aversion au trio justifiera la platitude de nos désirs et que nous remplacerons plus tard par un compatriote. Le lendemain, nous découvrons par hasard le meilleur resto du séjour et Markus (puisque tel est finalement le vrai nom de notre Jurgen) nous emmène, juste avant le gong du départ, dans un bar à retenir pour une visite ultérieure. Tiens, notre contact internet Dani a aussi essayé de nous joindre ce matin alors que nous dormions…

La vie tiendrait-elle à l’un ou l’autre élément fondateur déclenchant un nuage fécond d’événements favorables dont l'origine émanerait autant de la confiance en soi, de l’appréciation subjective portée à ces instants, du domino relationnel mis en branle que d’une forme de gratification supérieure pimentant l’envol des émotions jusqu’à leur climax?
Qu'importe ensuite les retours difficiles, ces moments impondérables irradient de leur verve le doux revers des souvenirs et produisent à l'intérieur de l'organisme le même effet que le bronzage dispense à la surface de la peau.
Les traces euphorisantes sont suffisamment éphémères pour en profiter encore quelque peu, jusqu’à souhaiter les décrire égoïstement sans pouvoir en partager la satisfaction, déjà chancelante avec le temps.

Posté par Morrissey à 18:11 - Histoire de Vacances - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 septembre 2006

Laura

Dans l'évocation de ses vacances, chacun surligne l'un ou l'autre de ses souvenirs les plus enthousiasmants en fonction du degré d'importance qu'il attribue aux activités entreprises à cette occasion: la fête entre amis, la sortie en boîte, la découverte d'un panorama magnifique, le repos sous le soleil. Si je me retrouve un peu dans chacune de ces catégories, l’attraction la plus sensible réside probablement dans la saveur des rencontres agrémentant le séjour.
Celle de type sexuel s'affirme comme la plus percutante dans la mesure où elle nous confronte plus rapidement avec l'intimité d'autrui. Sans toucher forcément à une vérité absolue (tout le monde ne s'y dévoile pas de la même manière), l'acte révèle de multiples informations sur l'individu qui laisse échapper parfois certaines émotions qui n’auraient pu être mises à jour dans d’autres circonstances (leur perception constitue sans doute l'essence de ces rapprochements, au delà de la recherche plus mécanique du plaisir).
L'absence d'une dimension sexuelle ne condamne pas pour autant tout autre type de rencontre (bien heureusement !). Dans l’ultime post sur mes dernières vacances, je tenais à ne pas passer sous silence la rencontre avec Laura que j'avais réduit injustement en danseuse topless précédemment.

Sortir en pleine journée peut apparaître comme une incongruité totale. Le clubbing ibizien réserve cependant quelques-uns de ses meilleurs moments lors de ces "party" où filtre parfois en abondance la luminosité extérieure, à l'instar de ce samedi matin au Space où s'est pressée la toute grande foule.
La musique finit par emporter mes réticences quant à cet horaire inhabituel. Pendant trois heures, je me fonds dans le rythme ambiant d'où je puise une pure joie de danser. 
Je peux difficilement isoler le plaisir du bon son de celui des yeux. J’observe autour de moi le bout de chair, le regard qui pourra satisfaire cette quête esthétique - l’étape de séduction ne revêtant souvent qu'un intérêt secondaire dans un endroit où je m’amuse. Je repère bien ce bel italien qui n'en finit pas de papillonner dans la boîte avec sa meilleure amie. Positionné derrière eux sur des marches, j'accueille jovialement le contact visuel initié par cette fille, je réponds à ses sourires de plus en plus francs. Après tout, quoi de plus normal de manifester son bonheur de vivre? Pas totalement naïf, je décèle une part de séduction dans sa gaieté partagée et je ne cherche pas directement à m’en dissocier. Au fonds, elle est plutôt jolie et la proximité avec son bel éphèbe d’ami me donne une raison supplémentaire de ne pas fermer de porte. Un black l'aborde cependant quelques minutes plus tard avant de lui adresser bientôt un baiser sur les lèvres. Je rigole intérieurement de la rapidité avec laquelle je me serais fait souffler l'opportunité si j'avais été hétéro.

Nous finissons par quitter la boîte pour rejoindre la plage, théâtre de nos retrouvailles le lendemain. Dans l’eau de mer agréablement chaude, elle s’adresse rapidement à moi dans un anglais langoureux : « I recogniiiiiize you ». Des citoyens londoniens apprends-je mais aussi des milanais d’origine. Sur insistance de Laura, nous nous donnons rendez-vous pour prendre un verre le soir dans la vieille ville.
Dans ce bar en plein air, je peux enfin converser avec Lucio. Notre échange me conduit cependant au constat d'une compatibilité impossible. Notre présence ne paraît d'ailleurs guère ravir ses amis italiens, très froids envers nous, dans un ethnocentrisme tranchant totalement avec l’ouverture des allemands.
Je me retourne vers Laura bien plus aimable. Les regards qu’elles me jettent deviennent brûlants, elle m’explique qu’elle n’a trouvé, lors de la soirée de la veille, qu' une seule personne à son goût. Naïvement je parle de son ami black mais elle avoue l'avoir embrassé du bout des lèvres, presque avec dégoût. Elle insiste sur un garçon avec qui elle a échangé des regards et qui n’a pas osé l’aborder. Conscient désormais de l'identité de l'individu, je plonge pieds joints dans le jeu de séduction tout en m’étonnant de ses espoirs. Je l’ai rencontrée dans une boîte gay à plus de 50%, nous nous sommes retrouvés sur une plage gay et le bar où nous discutons l’est tout autant. Comment une fille à pédé peut-elle encore envisager un virage de cuti inversé ?
Une forme de tendresse particulière n'en finit pas de traverser son visage, expression très différente de celle rencontrée chez les mecs. Peut-être cette sensation différentielle m'est-elle propre, au vu de la dimension sexuelle forcément absente que j'y attribue. Le trouble m'assaille dans tous les cas.
Avant notre départ, elle me lance un dernier regard intense et sans équivoque, m’obligeant à tirer au plus vite les conclusions qui s’imposent. Même si je prends plaisir à cette démarche séductrice inattendue, je dois l'avertir de l’inanité de ses espoirs. Sa noble réaction, entre déception et gentillesse non feinte, ne parvient à effacer en moi un arrière-goût de tristesse devant l’impossibilité de donner une suite à cette gamme inédite de sentiments, regrettant quelque part pour la première fois ma stricte homosexualité.

Lors de notre ultime sortie avant notre départ de l'île, je lui adresse à distance quelques signes d'au-revoir. Lovée dans les bras d’un amoureux de vacances enfin déniché, elle me répond par deux à trois sourires consécutifs d'une douceur apaisante infinie, comme si les plages blanches du livre de notre rencontre distillait malgré elles le parfum de nos sentiments diffus dont l’expression platonique ne saurait tarir leur mystérieuse opacité dans le champ de ma mémoire.

(oui, les commentaires sont déjà rouverts. Jonas, tu m’as convaincu)

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16 septembre 2006

Never can say goodbye

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Assis dans le jardin, le regard dirigé vers un ciel sans nuage, je savoure la douceur apaisante d’un septembre prometteur. L'heure est au repos à l’ombre des coups de butoir d'un soleil enchanteur dont je peux aisément me passer désormais. Un livre en main, je dévore les pages d'un roman à peine effleuré durant les vacances quand subitement un vestige de celles-ci s'échappe de mes mains. Un bout de feuille qui s'envole, mu par un coup de vent aussi brusque que l’âpreté d’un retour au travail. Il se laisse porter par un nouvel élan. J'ai beau m'arracher de mon siège, tendre vainement une main, il s'enfuit irrésistiblement. Je ne veux pas abandonner la lutte. Ce papier incarne plus que les maigres informations reprises dessus, toute une histoire qui ne peut s'éteindre par l'effet d'une brise capricieuse.

Ce soir-là, je dansais presque par réflexe sur une musique terne et sans frisson, dans un enthousiasme ambiant plutôt mou. A l'Anfora, on y danse, on y danse mais on y vient sans doute encore plus par souci de rencontre. On se dévisage d'un air bon enfant, on cherche à se sentir moins seul, dans quelques minutes, quelques heures peut-être .
J'observais cet italien au visage fin et aux déhanchements raides tandis que je devinais derrière moi les contorsions sulfureuses presque ridicules d'un compatriote, qui avaient su en leur temps susciter des réactions plus chaleureuses de ma part. L’année précédente, après une communion de quelques heures, le silence avait fini par s'installer quand nous lui avions avoué que nous ne souhaitions plus reproduire l'intimité créée le soir de notre rencontre. 
Mes coups d'œil sans espoir et un tracklisting mièvre avaient fini par tarir mes aspirations à danser mécaniquement et j'avais accueilli le petit geste de L. invitant à le rejoindre avec un soulagement manifeste.

Il me signala l'arrivée du beau blond que nous avions reluqué (avec un certain retour de sa part) dans un bar une heure plus tôt. Sans complexe, je le suivis d'un pas décidé lorsqu'il rejoignit les toilettes. Je m'installai à ses côtés sans la moindre envie de l’imiter dans sa démarche. La mienne cherchait à établir le contact. Il dut percevoir ma présence mais ne détourna pas la tête. Je le fixai longuement dans l'espoir qu'il relève la tête ne serait-ce qu'un instant pour pouvoir lui sourire et engager une conversation. Mais sa timidité lui avait intimé de conserver la tête basse. Il s’éclipsa bientôt sans détour dans les profondeurs de la boîte. Ses épais muscles brachiaux censés me renseigner sur sa personnalité affirmée m’avaient manifestement trompé et l'approche directe de mon irruption dans son intimité m'avait peut-être, sans doute, disqualifié à ses yeux.

Déçu mais nullement désemparé, je retrouvai L. dans une pièce intermédiaire séparant la main room de l'étage. Il flirtait dans l'atmosphère une sensation que d'autres jolies têtes viendraient se réfugier dans ce cocon de chair humaine sexuellement compatible. L'une d'entre elles s'arrêta sur la chaise voisine. Rarement la jeunesse et la solitude se retrouvaient de pair dans ce lieu. La proximité miraculeuse de cette combinaison n'imposait plus qu'une évidence: l'aborder. Quelques années plus tôt, j'aurais hésité longuement, trituré mon esprit pour me pousser vers l'allant, avec pour seul résultat l'âcre sueur du stress né d'une cogitation interminable suivie d'un raidissement devant le départ définitif de la silhouette étrangère à tout jamais. La timidité au placard, la témérité en étendard, je ne devais pas tarder à m'avancer vers lui. 

Un sourire slovène répondit à mon initiative. Matteo livrait à ce monde qui lui était inconnu des yeux pétillants d'une candeur sans âge. Je compris rapidement que son anglais assez basique risquait de réduire les possibilités de discussion. Bientôt les silences se multiplieraient et nos chemins se sépareraient. Le lien devait se créer autrement. Il fallait attaquer, le tenter, le temps T, en engageant un sujet plus graveleux, une main sur son genou.
T + 2 minutes, je l'embrassais. T + 5, L m'imitait. T + 10, nous visitions un bref instant la dark-room. T + 30, nous étions réunis dans notre chambre d'hôtel. J'avais laissé L. et Matteo traverser le hall avant de les rejoindre quelques minutes plus tard dans la chambre, non sans une montée d’adrénaline. Alors que j’appuyais sur le bouton de l'ascenseur, le réceptionniste, français, m'avait adressé une mise en garde à laquelle je ne m’attendais plus "vous direz à votre ami que je les ai laissés entrer exceptionnellement. Et cela reste entre nous car j'en ai refusé d'autres ce soir." Je m'étais éclipsé la queue entre les jambes, pris sur le vif comme un petit enfant ensuite réprimandé par une autorité morale.
T+2 heures, Matteo inscrivait d'une écriture soignée son adresse e-mail sur un bout de papier qui me servira ensuite de marque-page pour on bouquin pendant le reste du séjour.

Quelques lettres sur un feuillet de 5 cm sur 2 qui s'échappe toujours un peu plus de ma vue et de ma main.  L'hypothétique suivi régulier de notre relation ou l’idée encore plus farfelue de braver les pistes enneigées de Maribor ne peuvent effacer l’impression que c'est notre histoire qui s'envole en quelques secondes.
Le sentiment léger et soyeux d'une telle rencontre ne semble pouvoir persister que par la réussite de l'épreuve ultérieure, prolonger ce contact dans le temps, dans une manière d'atténuer la brutalité du désir-objet qu'a pu représenter son corps à nos yeux.
En brisant malencontreusement la chaîne des réactions postérieures, je romps cette étape de transfiguration de l'approche sexuelle en une aventure humaine supérieure (qui n'aurait par ailleurs pu l'être sans sa dimension charnelle préalable).

L'évaporation dans les airs de ce lien de proximité virtuelle tutoie la surface de ma couche de sentimentalité en la fissurant. En l’espace d’un instant, une indicible part d'éternité s'est dissoute dans le ciel.

Posté par Morrissey à 15:43 - Histoire de Vacances - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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