20 décembre 2007
Histoire de pédé: la vérité nue
Mon attention a été attirée
par son court message sur un site de rencontres, son adresse msn fournie sans
plus d'explication. Venant d'un joli minois de 20 ans, l'approche méritait
assurément une suite.
Quelques heures plus tard,
il nous adresse un "salut" sur le site messagerie instantané. « Je
cherche un plan q maintenant ou ce soir », poursuit-il sans ambages. J’en
souris bien que ce côté direct ne me plaise guère. Cette rapidité dans l’expression
de ses intentions manifeste à l’évidence un désir d'efficacité que je réprouve
volontiers. Je ne peux pourtant me résoudre à fermer la porte. Une envie
irrépressible de nouveauté, d'évasion, d'aventure, de corps étranger me pousse
à poursuivre la conversation. Je cherche à la rendre un peu plus chaleureuse et
à débusquer les attentes particulières de mon interlocuteur. Sa réponse
("du gel et des capotes me suffiront") franchit les limites de mon degré
actuel d’acceptation. Comment puis-je envisager disponibilité et affect dans de
telles conditions ? Le goûter prévu en début d'après-midi me permet de
clore – provisoirement - notre échange.
En début de soirée, il
m'adresse un petit message pour renouer le contact. Je suis pris entre deux
feux: le goût de l'aventure humaine et sexuelle qui se déclare avec plus d’acuité
en ce dimanche et la crainte d'une réduction à une dimension purement
mécanique. Je décide de jouer franc jeu en expliquant que sa démarche me paraît
trop performative et dénuée de toute émotion. Il concède qu'il réserverait celles-ci
plutôt à un boyfriend (puis-je lui donner tort ?) mais qu'il ne faut pas
le juger sans le connaître ajoutant - sûr de lui - qu'il ne nous reste plus
qu'à nous rendre chez lui. L'envie de tenter l'expérience parvient à vaincre
mes réticences mais la démarche finale et l'effort principal doit venir de lui.
J'en appelle à sa supposée générosité pour nous rejoindre à notre domicile (configuration
de rencontre plus rassurante).
Il s’y pointe une
demi-heure plus tard, délicieusement mignon comme sur la photo. Son accent
bruxellois typique dévoile une origine sociale aisée. Nous le taquinons sur
certaines de ses intonations et il y participe sans réserve. Il assume un côté
"fils à papa" sans beaucoup d'affection pour son géniteur. Il trahit
rapidement une fragilité touchante, loin de l'image que je m'en étais faite. Je
m'étonne d'ailleurs qu'il ait été à ce point direct sexuellement un peu plus
tôt dans la journée. Une telle attitude ne semble guère lui correspondre. Après
une demi-heure de conversation agréable, je vais bientôt constater à quel point
mon impression première était exacte.
Alors que je le pensais
audacieux et fougueux, il se révèle apathique, hésitant, voire même étonné de
nos démarches corporelles prospectives. En l'interrogeant, je comprends qu'il a
joué un rôle sur le "marché" des sites de rencontres virtuels, qu'il
ne fréquente guère et qu'il estime d'ailleurs fort négativement (imaginant à
tort la perversité y dominer alors que tout un chacun s'y retrouve un jour ou l’autre).
Lors de sa prestation de l'après-midi, il a feint une prétendue confiance en
lui par la mise en évidence d'attitudes et de pratiques qu'il ne maîtrise
manifestement pas. Alors que je le pensais performateur, je me retrouve face à
un jeune mec manifestement encore en recherche et maîtrisant mal sa sexualité.
Alors que je craignais d'apparaître trop fleur bleue dans mon approche, je me
révèle in fine plus sexuel que lui.
Ce n’est pas la première fois que nous croisons un fils de bonne famille
bourgeoise témoignant d’un complexe vis-à-vis de la sexualité, jugée inconsciemment
bestiale et presque déshonorante dans le théâtre des apparences - avec un
impact évident sur la façon de l’appréhender en pratique. Pour pouvoir assumer
un désir « primaire », notre jeune amant s’est senti obligé d’investir
un rôle censé le prémunir de toute confrontation avec une face mal assumée de
lui-même.
La magie va pourtant résider là : au fur et à mesure que son armure se
fissure, il ne va cesser de nous livrer les clés pour ôter sa carapace et
dévoiler sa nudité psychique. Incapable d’offrir physiquement sa générosité, il
y remédiera en offrant sa parole sans la moindre pudeur, probablement bien plus
qu’avec ses propres potes.
Ce soir-là, nous n’avons
pas vécu un de ces rares moments intenses où la vérité nue d'une personnalité
se confond dans des étreintes sans retenue. Mais ce épisode me rappelle combien
j'ai toujours aimé, dans ces rencontres sexuellement orientées, la découverte
psychologique intense qu'elles permettent de dévoiler, l'émotion des vérités
fragiles qui sont livrées autant par les mots que par les gestes gênés ou
maladroits mal dissimulés. L’homme nu sous toutes ses formes.
25 juin 2007
Mai 68 et nous
D. se
rend au sauna de temps à autre. Il apprécie l'atmosphère relaxante de cet
endroit de délassement. Initialement il y couplait une satisfaction de besoins
sexuels ordinaires. Depuis quelques temps toutefois, il s'en abstient, se
contentant de simples jeux de séduction. Il a rencontré trop de fois la
frustration consécutive à l'acte sans lendemain. Il se préserve en quelque
sorte. A quoi, à qui, il ne le sait pas trop. Il veut organiser sa vie, la
contrôler après en perdu le gouvernail quelques temps. C'était au temps de
notre rencontre il y a près de 3 ans de cela. Il était rentré chez nous, un peu
trop saoul à son goût. Entre d'autres mains, le pire aurait pu se passer. Ce
souvenir plane à l'excès sur son tempérament d'aujourd'hui. La rigueur dont il se
prévaut confine presque à de l'ascétisme. Ses pensées, dirigées - pleines
d'étoiles - vers les pays du Nord, semblent s'être arrêté aujourd'hui en terre
hollandaise, dans la culture traditionnelle protestante. A 23 ans, le chemin
vers l'équilibre est encore long.
A. ne
déroge pas à un syndrome étudiant particulier: l'isolement et l'intensité
intellectuelle du blocus exhalant un parfum sexuel catalyseur d'excitation.
Les
plaisirs solitaires viennent relâcher la tension du moment et cela lui suffit
le plus souvent. Il ne fréquente pas d'endroits dédiés à la jouissance des
corps, souhaite un minimum de connaissance avant de s'ouvrir à l'autre et ce
travail de longue haleine finit par étouffer ses envies. A 19 ans, ses contacts
sexuels se réduisent à peau de chagrin, l'onanisme s'érige en religion portée à
son firmament depuis l'avènement d'internet. Ces derniers jours toutefois, dans
cette ambiance de travail propice à un déchaînement d'hormones, son organisme
réclame un aboutissement physique plus concret. Dans la nuée de contacts sur
internet, il déniche un intérêt particulier pour un couple. Au delà de la
dimension physique expérimentale, il s'interroge sur la mécanique de couple et
des raisons sous-jacentes à leur recherche d'ouverture à un tiers. Dès la fin
d'un premier cycle d'examens, il est résolu à se rendre chez celui-ci et mettre
fin à 6 mois d'abstinence.
S. ne
peut se passer de sexe au delà de 10 jours. Célibataire, il alterne des contacts
physiques intimes avec des amants réguliers et la découvertes de nouveaux
corps. Même insatisfaisants, ces moments réduisent par de courtes envolées la
fracture affective que la solitude creuse trop intensément en lui. Le sexe ne
répond encore que trop peu souvent à ses attentes et ne parvient pas encore à
traduire en concret l'étendue de ses fantasmes (il aime les hommes virils qui
désirent sans doute autre chose que son corps maigrichon de 22 ans). Il lui
arrive même de perdre un peu le goût du plaisir quand de brusques emballements
émotionnels avortés rendent ensuite abscons toute recherche de plaisir auprès
d'autres. Le coït perd de sa vigueur face aux vibrations du cœur. S attend alors des jours
meilleurs. Quand l'amour réconciliera le cul et le cœur ou à défaut au réveil (à
l'éveil?) de l'orgasme ravageur.
Cela
fait 4 mois que nous n'avons pas invité de garçons à la maison. Personne depuis
S en fait. Son passage a interrogé notre couple et ma manière de concevoir
l'amitié. J'ai entrevu l'intimité amicale et l'échec concret de cette
tentative, loin de me décourager, n'a cessé ensuite de me hanter. J'observe,
déçu, la distance irrépressible avec mes amitiés actuelles, imagine pouvoir en
ébaucher de nouvelles dans une quête sans issue, portée par trop d'idéal. Cette
idée de proximité affective mobilise mes pensées et ouvre peu de place au
reste. Je crains même de la retrouver au détour d'une banale aventure sexuelle.
Je veux me préserver de tout nouvel élan émotionnel que j'ai toujours considéré
jusqu'à aujourd'hui comme l'apogée de nos rencontres.
Nous avons bien caressé entre-temps quelques corps dans des lieux qui s'y prêtaient - d'autant mieux qu'ils étaient circonscrits dans l'espace géographique et temporel - et je serais aujourd'hui réceptif à des rencontres moins confinées. Le souci d'idéal s'est aussi immiscé de ce côté et il semble qu'il me faudrait le mec sexy ultime pour m'y encourager.
Je ne
suis pas certain que A. puisse être celui-là mais j'ai laissé L. l'inviter en
le responsabilisant sur mon éventuel refus d'engager davantage qu'une simple
discussion.
Ma
conviction s'amplifie lorsqu'il pénètre dans notre appart: trop petit à mon
goût et un choix vestimentaire peu aguicheur (en noir de la tête au pied avec
des chaussettes…beiges). Je ne me sens pas d'humeur à réaliser le moindre
effort et laisse L. gérer la situation. Je m'isole même pour lui offrir
l'opportunité d'une clarification. A mon retour auprès d'eux, notre position
exposée, la tension est retombée d'un cran. A. ne semble pas se formaliser de
notre décision et tente de comprendre nos motivations générales d'inviter une
tierce personne. Une conversation plus intime s'amorce du même coup. Il
m'apparaît soudain plus touchant. Je me prends même à apprécier quelques uns de
ses détails physiques, de la photogénie de son visage fin et de son sourire
généreux aux courbures de l'arrière de son pantalon joliment rebondi.
L'atmosphère
réchauffée, la pièce se remplit peu à peu de bourgeons printaniers dont
l'éclosion ne pourrait toutefois émerger dans les conditions actuelles. Nos
premiers échanges se sont heurtés à un mur dont l'effritement relatif ne
saurait recommander le passage en force. Une manœuvre d'évitement, seule, peut
impulser un nouvel élan, de nature à ouvrir notre horizon et à définitivement
élaguer l'exigence de perfection que je m'étais imposée ces derniers mois. Sa
disponibilité d'esprit constitue un atout pour laisser court à quelque fantasme
inondant nos pensées et jamais assouvi. De l'idée à sa réalisation, 15 minutes
à peine se seront écoulées. L'image prêterait à rire si elle ne créait en moi
une bouffée de désir irrésistible devant la rondeur décidément alléchante de A.
nu sous son tablier en train de faire la vaisselle. Nous avons emprunté une
nouvelle trajectoire dont la destination agréera cette fois toutes les parties
dans une dernière ligne droite brève et torride. Le sexe pur a repris ses
droits, sans affect, pour le plaisir du geste. Un vent de liberté a flotté,
loin de toute préméditation ou de tout idéal recherché. Comme si près de 40 ans
après mai 68, rien n'avait vraiment changé. L'espace d'un moment du moins...
28 novembre 2006
Histoire d'un ami
Il partageait son prénom mais voulait mettre un terme à leur relation. Il l'a gentiment éconduit une fois l'automne dernier surgi. Il lui a fallu ériger une digue contre vents et marées sur laquelle l'écho des larmes s'est souvent échoué.
La plaie effroyable des amours brisés s'est finalement refermée. Les corps, un an plus tard, ont de nouveau pu fusionner, le temps d'un sursis conjointement accordé. S'autoriser une salve animale pour soulager une affection trop souvent mise à mal. Le quotidien desserre son étreinte l'instant d'un coït avant de rendre à la solitude sa langueur sans limite.
Même faire l'amour ne change rien à son expression minimale, à son silence abyssal. Son attitude stoïque ne colle pas à cette image de spasmes courts qui peuvent rythmer son orgasme. La jouissance nécessaire mais jamais salutaire est ramenée à sa brièveté temporelle. Il peut ensuite tourner le dos et s'endormir au plus vite pour fuir tout excès de tendresse impudique. Cette distance le protège de tout idéal d'amour que ses 22 ans ignorent sans détour. Sa vie d'adulte ressemble à son adolescence. Le bonheur demeure un refuge éphémère au pays de la mélancolie reine.
Toute coïncidence avec des personnages réels n'est nullement fortuite.
09 mai 2006
Petite mort (2)
Entendre cette révélation de vive voix par téléphone, la souffrance dans ces mots, ces pleurs m'a complètement anéanti ce lundi. http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/05/08/1840209.html Pourtant, je le pressentais depuis que j’avais lu cette phrase énigmatique sur mon PC dimanche soir. Ma phobie sur la question me prédisposait forcément à penser Hiv. Mon intuition flirtait sérieusement avec la conviction.
J'ai pris cette information en pleine figure comme si on m'avait communiqué mes résultats après un test. Bien que cela ne me concernait pas directement (notre contact sexuel remontait avant mon test le plus récent et il peut en outre donner une origine précise à sa contamination), le scénario-catastrophe tant ruminé durant quelques épisodes sensibles sortait soudain de son habit tranquille de mauvais rêve pour se confronter à une réalité implacable. Un sentiment d'insécurité extrême a envahi tout mon être. J'ai repensé à toutes nos histoires depuis mon dernier test et leurs risques potentiels (il existe toujours même s'ils sont dits minimes). J'ai surtout pensé à lui, à ce destin qui ne semble pas vouloir lui octroyer de répit. Même dans la maladie (ou son acceptation), nous ne sommes pas tous égaux.
Je n’ai pas envie de raconter une histoire bien léchée qui se termine mal mais j’ai besoin d'aligner quelques mots pour apaiser peut-être une certaine colère.
Ses premiers pas dans la vie, ils les expérimente au sein d'une famille populaire, en province. Une mère alcoolique, un père rustre. Il ne veut pas prendre le pli d'une existence où chaque soir on se morfond un peu plus dans le canapé de la maison familiale. Il sera un self-made-man. Il assumera seul ses désirs envers les mecs. Il vit très jeune une relation de longue durée et une fois celle-ci arrivée en bout de course, il décide de tenter sa chance dans la capitale. Sortir de la torpeur locale pour découvrir une vie plus flamboyante, plus en relation avec son caractère. Il espère y décrocher plus facilement un travail. Sans qualification spécifique, il doit cependant rapidement déchanter. Il ne peut encore revenir en arrière, il improvise. Il passe un moment à dormir dans une voiture, à voler des autoradios. Nous le connaissons alors déjà et ce n'est que quelques mois plus tard qu'il nous l'avouera. Plus tard, çàd après avoir rencontré quelqu’un. 40 ans mais toujours svelte, séduisant mais surtout brillant. Parisien, diplômé de Grandes Ecoles, travaillant dans l’administration puis pour l’Europe. Avec lui, il découvre la luxure à Paris, à Bruxelles. Il me rapporte un jour avoir participé à une soirée romaine privée avec le gratin parisien, qui se termine en partouze. Il n’y prend pas part mais se laisse vite embarquer dans un mode de vie qu’il a expérimenté de temps à autre. Sorties, drogues, alcool. Et sexe. Entre eux. Souvent. Dix, quinze fois sur le week-end. Et puis très vite avec d’autres. Du jeu sans doute un peu violent. Un jour, ils baisent avec un mec. Manque de précaution, accident ? Du sexe hard certainement. Ils retrouveront du sang séché sur le drap de lit et contracteront quelques jours plus tard une chlamédya. Une alerte sans plus à leurs yeux. C’est trois mois plus tard, par prudence que le test se révélera assassin.
En quelques heures, c'est un monde qui s'effondre. Quiconque le serait à moins. Pas sûr… Son copain dont les chances d'être contaminé sont désormais aussi crédibles que les résultat de son propre test accepte plutôt bien le verdict. Le soir même, il vient se frotter sensuellement à la demande de nouveaux jeux sexuels. Comme si rien ne s'était passé. Soudain l’appréciation de la nature de la relation se modifie sous forme d’un constat cinglant. Il assume ses actes mais au fonds il a été emmené dans un style de vie dont il n'était pas en mesure d'assumer les conséquences au contraire de son copain plus âgé, à la nature sans doute plus perverse.
Imaginer un avenir, alors qu’il est en suspens : la maladie, la relation ou simplement un toit. Et de mon côté ne pas pouvoir en faire davantage que ce que je ne suis en mesure de supporter.
10 février 2006
A titre d'exemple
La porte s’ouvre. Dans l’embrasure, je reconnais A..et sa bonhomie joyeuse. La curiosité conduit à porter rapidement mon attention vers la personne qui l’accompagne, son amoureux depuis 7 mois, V.
La jeunesse de ses traits m’explose à la figure. La vision conjointe de ces jolis minois me rappelle la différence d’âge qui nous sépare. Une dizaine d’années et tout son lot de références générationnelles exclusives.
Je remarque instantanément son nez proéminent aux évocations forcément sexuelles et, plus raisonnablement, l’intelligence de son regard. Je suis parcouru à plusieurs reprises par l’étrange impression de me retrouver face à une de nos connaissances au même prénom, en plus jeune. Que ce soit au travers de son visage, des intonations de sa voix, d’une certaine rigueur morale présumée infaillible, sa silhouette se superpose, l’espace de quelques milli-secondes, avec celle de cet ami à la base de ma rencontre avec L. et aux liens distendus depuis quelques temps.
J’observe désormais A. Son visage alterne, selon les angles de vision, entre la fraîcheur du portrait adolescent et une maturité adulte qui lui sied particulièrement bien. Il est tout simplement beau et je suis persuadé que l’âge n’aura aucune prise sur cette évidence. Cette vérité ne lui saute cependant pas encore aux yeux et sans doute d’ailleurs est-ce mieux ainsi.
Je reste absorbé par l’éclat de ses magnifiques yeux bleus, pétillants à souhait. Une flamme de vie vibre dans ce regard. De la douceur aussi, sentiment amplifié par sa voix délicatement posée, en contraste total avec son attitude lorsqu’il foule une boîte de nuit. Il se transforme alors en danseur invétéré, comme libéré de chaînes qui ne semblent pourtant pas traîner à ses pieds. Deux pôles dans un même ensemble. Assumer l’un comme l’autre me rassure, je ressens volontiers une méfiance, parfois même un malaise, face aux blocs monolithiques.
Nos discussions tournent naturellement autour du couple, nous constituons une forme de longévité qui force le respect et l’attention.
Je me retrouve quelque peu dans V. qui ne possède pas l’expérience de la vie de couple de A.. Il affiche une forme de protestantisme que j’affectionnais au départ de notre relation. Leur plus gros conflit porte sur le joint dont est friand A. et qu’il veut lui interdire pour des raisons de santé. Je me rappelle que j’avais moi-même posé le débat de la cigarette à l’époque. Nous nous efforçons de lui expliquer qu’une partie de la liberté et du plaisir individuel ne peut être soustraite à la subjectivité personnelle au nom du compromis de la vie du couple.
Nous abordons également la réaction des parents face à notre coming-out à la demande de V. qui doit visiblement accumuler les expériences pour avancer sur ce sujet auprès des siens.
Au détour de nos conversations, je m’étonne de l’intérêt assez accessoire que porte apparemment V. pour le sexe. Je garde un souvenir tellement vivace de la puissante énergie sexuelle déployée par A. il y a un an. A trois reprises, nous étions parvenus à créer une osmose sexuelle inédite jusqu’alors et peut-être à jamais, à la fois forte et remplie d’une confiance réciproque propice à toute forme d’audace et de libération des sens.
Je garde précieusement ces photos instantanées, tirées parfois de petits films, où brille une étincelle dans ses yeux, qui exprime mieux que n’importe quel acteur porno le désir, le plaisir le bien-être de la fusion des corps.
La fin de soirée approche. 6 mois se sont écoulés depuis notre dernière rencontre, chaste. Je suis heureux de revoir A., je l’accueillerais dans mon lit sans la moindre question malgré toutes mes réticences actuelles. Il est de ces liens sensuels qui paraissent si naturels, si simples que rien ne pourrait les arrêter. Durant ces 6 mois, bien des opportunités de rencontre ont dû se présenter mais qu’il ne convenait pas de matérialiser en l’absence de V.
Au moment de rejoindre mon lit, l’empreinte de ces dernières heures se mêle aux émotions glanées il y a un an comme si ces retrouvailles prolongeaient la splendeur des souvenirs passés. Le cœur léger, comblé par tant d’allégresse, le corps débarrassé des ondes négatives pour n’exprimer qu’une seule et généreuse tension, je m’abandonne au paradis des songes voluptueux.
04 avril 2005
"Vacances, j'oublie tout" (Histoire de pédé 2)
Berlin. Son charme d’architecture hybride. Son dynamisme artistique. Sa beauté froide. Son hiver rigoureux.
Markus aspire à des vacances. Le travail accapare une bonne part de son temps. Il est conscient qu’il faut pouvoir provoquer une césure de temps à autre. L’idée de revoir le soleil l’enchante. Il a décidé de partir avec quelques amis. Sans Carl, le garçon avec qui il partage sa vie (et son lit) depuis un an.
Dans ses bras, Markus est parvenu à effacer la déception de la rupture avec Hans. Qui est resté son meilleur ami et pour qui il continue d’éprouver une forme d’amour, différente. Il a dû s’en persuader. Carl n’en est pas trop jaloux. Il apprécie désormais la compagnie de Hans, sa personnalité sociable.
Les horaires bien remplis et différents de Markus et Carl les empêchent souvent de partager leurs temps libres. Les vacances constituent souvent l’occasion rêvée de combler ce manque. Pas cette fois : Markus dispose encore de quelques jours de congés de l’année précédente au contraire de Carl. Il se rendra donc sans lui - mais avec ses amis - vers cette destination qu’il connaît si bien pour y avoir travaillé quelques temps par le passé.
Ah le soleil ! Et ces sorties dont il doit se priver durant l’année, travail oblige. Il sait très bien qu’il pourra s’y amuser la nuit : danser, rigoler, boire de la bière aussi (on est allemand ou on ne l’est pas !). En arrivant un vendredi, ils vont pouvoir profiter du week-end qui garantit toujours plus de monde et d’ambiance.
Samedi soir. Markus a rejoint les endroits les plus animés. Sous une musique trépidante, le verre de bière à la main, il parvient à atteindre ces moments de détente totale. Il repère quelques beaux garçons. Ce n’est pas parce qu’on dispose d’une voiture qu’on ne peut pas voir passer les trains ! Son regard se porte plus spécifiquement vers l’un d’entre eux. Grand et mince. Définitivement son genre. Le garçon ne reste pas insensible à ses approches oculaires. En confiance, Markus n’hésite pas à le fixer plus longuement et lui adresse même quelques sourires. Mimétisme encourageant. Ses amis, à ses côtés, ont compris le petit jeu qui s’est mis en place. Ils s’amusent de la situation. Markus, lui, se sent pousser des ailes. Bien loin le stress du travail et de la vie quotidienne. Le bien-être a envahi son corps. Le charme qu’il exerce sur ce beau garçon lui rappelle combien sa relation de couple a anesthésié son désir de séduction. Le garçon est maintenant retourné à l’intérieur du bar pour y danser. Markus reste à l’affût de son regard. Le contact visuel est maintenu. Sans doute l’invite-t-il même à le rejoindre. Markus hésite quelques instants. Jette un coup d’œil vers ses amis. Finit par suivre leur conseil. Il pénètre sur la piste. Se met à danser. Positionne son corps en direction du garçon, posté à 2 mètres de lui. Les ombres lourdes qui entravaient leur champ visuel finissent par disparaître. Les corps sont maintenant tout proches. Dans l’ivresse de la démarche, l’esprit de Markus est monopolisé par cette silhouette qui se rapproche progressivement, inexorablement. Le souffle étranger désormais perceptible, Markus relève la tête, sourit une nouvelle fois au garçon. Un frisson parcourt son corps. Ses yeux observent ces lèvres dont l’attraction devient inéluctable. Il s’appelle Harry. Il confie à Markus que son boyfriend se trouve dans un coin du bar. Markus s’excuse. Harry lui répond que ce n’est pas un problème pour autant que ce n’en soit pas un pour lui. Non, Markus a déjà connu pareille situation. La chance lui sourit : le copain en question lui plaît également. Ils discutent maintenant à trois mais l’euphorie est quelque peu retombée. Markus pense à Carl qu’il n’a jamais trompé. A ses amis, témoins de la scène. Il n’ose pas les abandonner d’autant qu’ils n’habitent pas tout près et qu’il ne dispose pas de clé personnelle du bungalow.
Par un petit sourire, il cherche une réponse auprès de ses amis. Il ne se sent pas la force de décider. Ses amis finissent par lui répondre en lui proposant une solution à ses problèmes pratiques et indirectement la caution morale qu’il recherchait inconsciemment. Finalement, Carl aurait pu l’accompagner. Tout ceci n’arriverait pas.
Quelques jours plus tard. La météo ne s’est guère avérée clémente depuis leur arrivée. Markus et ses amis concentrent donc leur plaisir sur les sorties du soir. L’entente demeure parfaite entre eux. Les rires fusent, les tournées se suivent. Markus s’est tenu sage depuis le week-end dernier mais ne peut rester insensible aux œillades adressées par ce garçon qui danse non loin de lui. Il se rappelle la culpabilité rétrospective après son écart du week-end dernier. Carl ne doit rien en savoir. Ses amis lui ont certifié de leur silence.
Les regards se font plus insistants entre eux. D’une certaine manière, le pas a été franchi. Une fois ou deux, cela ne change plus grand chose. La seule différence consiste finalement à profiter au mieux de ses vacances ou non. Sentir à nouveau le corps d’un garçon. Saisir sa taille, empoigner sa bite, la mettre en bouche. La fidélité n’a pas altéré ses désirs. Hier interdite, demain peut-être aussi, la perspective du plaisir charnel lui laisse entrevoir un nouvel éclair de liberté.
Quatre jours plus tard. Le retour. Revoir Carl ravit Markus. Mais l’inquiétude a soudain surgi au détour d’un besoin naturel. Une douleur l’étreint quand il urine. Il redoute le diagnostic. Il devra vérifier auprès de son médecin.
A son arrivée, il retrouve Carl avec joie mais laisse une certaine distance entre eux, arguant la fatigue du voyage. Il veut le préserver.
La visite auprès du médecin confirme ses craintes : il s’agit bien d’une gonorrhée. Quelques antibiotiques suffiront à la guérir. Un diagnostic pas vraiment grave en soi. Mais il ne pourra plus cacher à Carl la vérité qu’il souhaitait taire initialement.
Markus est anxieux. Il ne veut pas perdre Carl. Le soir même, il prend son courage à deux mains et lui confie qu’il s’est laissé tenter par quelque parfum sexuel enivrant durant les vacances. Qu’un garçon (surtout ne pas lui parler d’un couple) lui a refilé cette fameuse « chaude-pisse ». Il perçoit la stupéfaction et la déception chez Carl qui lui manifeste une soudaine hostilité. Il va devoir gérer cette angoisse : ce regard, ces silences constitueront un passage obligé avant une accalmie qu’il appelle de tous ses vœux. Il se met à regretter ses actes. Il n’aurait pas dû céder à la tentation. Sous le coup de la culpabilité (celle de menacer, par sa faute, son couple), il entrevoit même sa situation actuelle comme une punition morale. Un simple écart dans la fidélité de leur relation et la maladie vient lui rappeler la portée de l’erreur. Il aurait dû éviter de boire tant. L’alcool suspend les réflexes que la raison préserve en pareille circonstance. Il n’aurait pas cédé au plaisir sexuel avec ce couple, qui, forcément, lui a transmis cette MST.
Les heures et les jours passent. Carl apprend à vivre avec la nouvelle et évacuer cette image qui envahit sa tête : Markus avec un autre garçon. Le temps, la mémoire ont cette merveilleuse faculté d’effacer les souvenirs douloureux pour ne conserver que les meilleurs.
Markus perçoit un inflexion rassurante dans le ton de la voix de Carl. Il se sent soulagé : tout devrait finir par s’arranger. Cette expérience le protègera de toute désir de la réitérer. Le plaisir s’est avéré tellement court face à la peur qui l’a envahi pendant ces quelques jours. Il devra poser des garde-fous. Il ne pourra pas éteindre toute trace de désir mais il pourra toujours surveiller sa consommation d’alcool qui l’a désinhibé et a emmené dans ce type de dérive.
Après l’angoisse de l’inconnu, l’être humain aime se doter de certitudes. Quand bien même Markus s’est trompé en pensant que le couple était à l’origine de sa maladie (cette révélation l’a fort surpris d’ailleurs), il pense avoir trouvé la seule solution acceptable pour lui à cet instant : une modération de la boisson et les leçons de cette expérience.
Devant le malaise rencontré durant quelques jours, Markus décide de conclure cette péripétie sous l’angle d’un happy-end marqué par un retour dans le droit de chemin. Markus a résolu son conflit interne, sauvé son couple et seul ceci compte pour lui aujourd’hui. Il faut oublier cet événement, en taire le souvenir. Il remettra à plus tard une discussion de fonds avec Carl.
Quelque mois plus tard. La sonnerie du téléphone retentit. Markus décroche. « Hé Markus, c’est Max. Puisque Carl est occupé, tu pars en vacances avec nous en juin ? ».
19 décembre 2004
Histoire de pédé
Dan. 22 ans. Grand. Mince. Mignon. Sourire ravageur. Photogénique.
Un peu effeminé. Surtout quand il finit ses phrases en levant les yeux vers le ciel. Une manière très « queer » de vaincre sa timidité peut-être.
Dan aime les mecs de moins de 30 ans. Il multiplie les « dates ».
Pour satisfaire ses (encore) nombreux désirs post-adolescents , il n’a pas besoin d’accepter la première main offrante. Son physique avantageux lui laisse au contraire l’embarras du choix de ses amants.
Il les cherche dans les clubs qu’il fréquente chaque week-end ou sur internet.
Par delà ses pérégrinations sexuelles, il cherche l’amour. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il veut s’éclater en boîte, s’amuser avec des beaux mecs mais ne reste pas insensible à la perspective de découvrir derrière l’amant convoité l’amoureux idéal. Il en rêve même de cette relation, peu importe d’ailleurs son manque de maturité dans le domaine. Quand le « sexdate » le conduit en face d’un garçon qui lui plaît vraiment, il imagine volontiers une suite aux ébats sexuels. Une aventure romantique de quelques jours, de plusieurs années, de toute une vie.
Un jour, le hasard de ses recherches virtuelles le met en contact avec un beau garçon de 27 ans, Ed. Physique plus qu’attirant, intelligent et sérieux sur base des premières discussions. Il ne semble pas vraiment chercher de sexe. Dan apprend qu’il est resté pendant 3 ans avec un mec. Pendant les 3 heures que dure le « chat », Dan jauge son interlocuteur. Il tente de cerner les raisons qui peuvent pousser ce garçon magnifique à désirer le rencontrer. L’examen s’avère convaincant: ils conviennent d’un rendez-vous. A vrai dire, Dan n’a jamais vraiment envisagé d’autre solution. Quelque soit les motivations de Ed, il savait dès le départ que son désir surpasserait toute justification (même mauvaise). Un beau garçon ne se refuse jamais.
La discussion lui a cependant permis de mieux déterminer ses attentes d’une rencontre avec Ed. La révélation d’une longue relation de couple passée atteste manifestement de la maturité du personnage. Seul un mec sérieux peut tenir autant de temps. Et un amoureux aussi beau, voilà une option qu’on ne néglige pas.
Deux jours plus tard, la rencontre se déroule chez Ed. Il habite en effet dans la ville où Dan travaille. Il est convenu que Dan dormira chez lui pour éviter des déplacements inutiles.
Le moment du premier regard demeure toujours délicat à négocier. Il s’agit de se montrer chaleureux tout en dévisageant de la tête au pied celui sur lequel on a fantasmé sur base de quelques modestes clichés. Il faut aussi parfois tant bien que mal éviter de montrer sa déception. Mais de déception, il n’en est nullement question : Dan est sous le charme. Il découvre la beauté du visage fin de Ed. Il devine sous son t-shirt un corps finement musclé et il entrevoit sous la toile de son pantalon un postérieur joliment rebondi, à rendre fétichiste n’importe quel pédé sage. Le mec parfait. D’autant que le premier contact révèle quelqu'un de sympathique et avenant. La soirée se déroule harmonieusement. Dan ne veut rien brusquer. C’est l’heure de la découverte. Ed ferait décidément un « mari » idéal.
Il se fait tard. Ils décident d’aller se coucher. Dormir si près de l’homme parfait ne peut provoquer qu’un émoi bien légitime, une opportunité trop tentante pour Dan. Sa jeunesse, son enthousiasme, son envie de sexe ne peut le tenir longtemps éloigné du corps de ce bellâtre. Il ne peut résister à la tentation de caresser cette peau douce, à palper la musculature délicate de ce corps tellement désirable. Sa bouche ne peut plus rester sourde à l’appel de ces lèvres prêtes au baiser. L’acte sexuel lui procure du plaisir, comme à chaque fois, mais celui-ci est d’un tout autre ordre : il fait l’amour avec l’homme de ses rêves, un être tellement tendre et affectueux.
Le lendemain matin, ils se quittent en se promettant de se revoir deux jours plus tard.
Le parfum enivrant de cette nuit demeure inscrit dans la mémoire de l’esprit et de la peau de Dan. L’euphorie règne.
Je retrouve Dan sur internet le lendemain. Sa bonne humeur particulière m’amène à lui en demander les raisons. Il se confie volontiers amoureux. Il me dévoile l’identité de son nouvel amoureux. Son prénom me surprend instantanément. Ed. Assez peu courant. Il doit s’agir de la même personne. Quelques questions complémentaires le confirment : c’est lui. Un ancien amant, un mec diablement sexy en effet, une expérience sexuelle agréable mais un souvenir plus discutable sur le plan humain : il m’est apparu peu intéressé par les autres, très fuyant quand il s’agit de le revoir, ne serait-ce qu’amicalement. L’image d’un être attentionné et tendre colle aussi plutôt mal à ce personnage. Certes, l’être humain mue comme un caméléon, en fonction des circonstances, des aspérités du moment. Mais cette relation, je ne la sens pas.
Je tente de modérer quelque peu l’enthousiasme de Dan devant la certitude d’échec de sa relation. Non pas par rapport à Ed mais bien en insistant sur la rapidité de son sentiment.
Quelques jours plus tard, je le croise à nouveau. Il m’apprend que Ed ne lui a pas donné signe de vie pendant 3 jours avant de se contenter, en réponse à ses messages, d’un petit message laconique qui ne mettait pas fin à leur contact mais n’incitait guère à une nouvelle rencontre.
Une histoire classique de pédés : celle qui nous voit tomber amoureux dès qu'un beau mec nous témoigne d’un peu d’affection une (ou quelques) nuit(s), quand l’harmonie sexuelle donne l’impression que tout le reste suivra imparablement.
A 22 ans, on veut des amis, des histoires de Q, des histoires d’amour, du romantisme, l’homme de sa vie. Comme si tout était possible en même temps.
On s’extasie, on jouit, on s’épanouit comme devant toute nouvelle découverte positive de la vie.
On apprend aussi. Même si « à chaque fois qu’on parle d’amour, c’est avec jamais et toujours ».
Et finalement, tant que le cœur ne passe pas trop à la moulinette, c’est très bien ainsi…





