Mo's blog

Des choses à dire...

10 décembre 2007

Les maux de Moz

Morrissey est-il raciste? Cette question posée récemment par la presse ne s’adresse pas à moi mais du vrai (enfin j'existe mais je dois reconnaître humblement que le plus connu des Mo' reste l'ex-chanteur des Smiths).
Ses propos dans le NME ont déclenché une horde de commentaires indignés dans les éditoriaux du NME et the Independant mais aussi des réactions de soutien dans les forums.
Petit résumé de ses paroles (que le chanteur affirme aujourd’hui sorties de leur contexte).

Les frontières de l’Angleterre ont été submergées (…) On a soldé l’Angleterre (…) Si vous vous promenez dans le quartier de Knightsbridge, vous n’entendrez plus un seul accent anglais. Vous entendrez des accents de la planète entière, mais aucun accent d’ici (…) Vous ne pouvez pas dire : “Allez, tout le monde peut venir habiter chez moi, installez-vous sur mon lit, prenez ce que vous voulez, faites ce que vous voulez”. Ça ne marcherait pas (…) Ce que l’Angleterre est devenue n’a rien à voir avec ce qu’elle était. C’est déplorable, nous avons tant perdu au change…

Il est toujours triste de voir un artiste revenir sur le devant de la scène avec une telle histoire, et des propos tout de même assez fâcheux. Le fan que je suis cherchera tout de même à trouver quelque explication avant de poser un jugement définitif. 

Au travers de cette polémique, l’interrogation quant au multiculturalisme me semble aller de pair avec  la question de l'anti-racisme. Historiquement, nos sociétés ont toujours connu - et c'est regrettable -  diverses formes de racisme, que les politiques colonialistes ont entretenues. Depuis 50 ans s'est dessinée une tentative de corriger cette situation avec d'une part les déclarations d'indépendance de pays colonisés et le développement d'une conscience politique visant à combattre les discriminations et injustices liées à la couleur de la peau, l'origine ethnique, le sexe ou la sexualité. Cette lutte trouve aujourd'hui de nombreux relais dans l'opinion pour soutenir la légitimité d'une telle cause. Mais elle peine parfois à se faire entendre dans un monde fragilisé par la mondialisation et l'inévitable multiculturalité qu'elle implique.
L'homme se sent parfois perdu. En manque de repère, il tend à se replier vers un monde qui le rassure, celui dans lequel il a baigné par le passé, avec lequel son esprit a grandi. Je pense qu'il nous est tous arrivé de penser à un moment donné, suite à un événement particulier, que le monde tournait mal, que la cohabitation entre les être humains, entre les différentes cultures n'était pas une réussite. Cette idée qui traverse subrepticement l’esprit peut être évacuée par la réflexion et des considérations morales. Parfois elle s’entretient, se nourrit par la propagation de jugements péremptoires. On a ainsi vu naître depuis une quinzaine d'années (depuis le fameux « choc des civilisations » de Huntington et sans doute plus encore depuis le 11/9/2001) une réaction face à la posture dite du « politiquement correcte » dressant les avantages du multiculturalisme. Cette tendance gagne du terrain en Europe et se retrouve exprimée aujourd’hui dans les forums anglais ou français qui consacrent un sujet à la présente polémique. Ils ne sont pas forcément de droite ou d'extrême-droite, hargneux sur la question, ni foncièrement racistes. Il pourrait m’arriver d’opiner sur certaines constatations ou sentiments exprimés: la difficulté d'accepter certaines pratiques ou modèles culturels patriarcaux, le port du voile chez la femme ou l'impérieuse expression de virilité chez les garçons, le peu de mélange en pratique entre les origines ethniques différentes, que ce soit dans les cercles d'amis ou dans les couples. Le modèle multiculturel enrichissant que l'on cherche tant à vanter dans les médias ou l'idéologie politique ne paraît pas toujours en pratique se matérialiser (même si on oublie de dire que la même chose prévaut à propos des cohabitations entre classes sociales).

La posture paresseuse consiste alors à se dire, comme Morrissey, que ce mélange des cultures n'est pas une réussite. Si on ramène son intervention à son histoire personnelle, on pourrait peut-être ébaucher une rapide explication : Morrissey a quitté l'Angleterre depuis des années, a vieilli et s'est sans doute embourgeoisé. Moz, mélancolique et déprimé, pose un regard triste sur le passé qui n'existe plus. A vrai dire, il le jetterait de la même manière quelle qu’en soit l'évolution. Les endroits, l'ambiance changent forcément au cours des années et tout être humain nostalgique découvrira un sentiment de finitude face à ce passé disparu. De ce sentiment de désenchantement, Moz tire une vision politique rapide (fast-food), paresseuse et donc foncièrement réactionnaire. Est-il pour autant raciste? Peut-être s’il considère sa culture supérieure à celle de l'autre (ce qui n’est pas prouvé et cela ne nous est-il jamais arrivé d’y penser ? - la nuance étant toutefois dans l’expression publique d’une telle idée).

Pour moi, douter du multiculturalisme fait de quelqu’un un réactionnaire, pas forcément un raciste.  Il faut d’ailleurs parfois resituer une parole dans un ensemble plus large de déclarations et d’actes d'une personne pour porter un jugement. Récemment, un président de foot de division 1 belge a suscité un tollé en adressant, dans un débriefing, à un joueur noir peu à son affaire la remarque suivante : "Monte dans un arbre et mange un régime de bananes". Le joueur, appuyé par le mouvement antiraciste, a voulu rompre son contrat avant de se raviser après les excuses répétées - en toute bonne foi je pense- du bouillant président d'un club composé majoritairement de joueurs d'origine étrangère dans ses équipes de jeunes. Cet épisode témoigne d’une tendance presque inconsciente à tenir un propos raciste sans l’être forcément en soi. Il faut bien entendu lutter contre les préjugés et les petites phrases qui prolongent toute forme de racisme mais c'est par l'éducation et la dénonciation continuelle des propos - sans chercher à chercher de mauvais boucs émissaires - que la lutte est sans doute le plus efficace.

Je réalise qu’au cours de sa vie, il faut parfois se faire violence pour ne pas tomber dans certains raccourcis concernant l'échange culturel et affirmer que toute société n’évolue pas de la façon idéale. Il faut regarder le monde en face de soi et accepter cette réalité qui ne nous plaît peut-être pas toujours pour œuvrer à une  meilleure cohabitation entre tous, sans chercher à s'abîmer dans des antagonismes sans fin. Des différences existeront toujours, certaines mêmes s'estomperont (sans doute) avec le temps et il subsistera - c'est heureux - une spécificité à chaque culture dont nous pourrons découvrir la beauté, la force ou l'élégance.

Un exemple me semble frappant. Le rap a parfois été considéré comme un style musical abject par les réactionnaires qui ne voit que violence et destruction de notre modèle culturel. On peut rester insensible à certains courants du rap, mais il jaillit parfois de cette culture en mouvement des pépites telles que celles concoctées par Kanye West ou Common. Ce qui est vrai dans le hip hop l’est aussi dans bien d’autres domaines.

L’essentiel est de toujours croire que le meilleur peut arriver car c’est le meilleur moyen pour qu'il survienne.

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23 octobre 2007

Billet octobre

Le retentissement de l’affaire Cantat ne semble pas s’essouffler avec le temps. La blogosphère a réagi de toute part à l'occasion de la libération conditionnelle du chanteur la semaine passée, souvent d’ailleurs de manière hostile.
Il est pourtant apparu clairement que Bertrand Cantat avait été traité comme un détenu normal, remplissant les critères pour bénéficier de cette sortie anticipée. Il aurait été injuste que la médiatisation extrême de cette histoire influence un juge au nom de l'exemple de la lutte contre la violence faite aux femmes.
Quant à ceux qui prétendent qu'il n'aurait pas dû faire appel à cette requête, j'imagine qu'ils conçoivent le masochisme comme une pratique éthique idéale pour expier leurs fautes. Oublient-ils par ailleurs que rien ne viendra sans doute enlever à B. Cantat le poids de la responsabilité d'avoir ôté la vie de quelqu'un (a fortiori la personne qu'on aime)?

La réflexion la plus intéressante à mon sens porte sur l'avenir de B. Cantat. Je ne vais pas spéculer sur la manière précise dont il réintégrera (peut-être) la vie active et publique mais je me demande dans quelle mesure il pourra redevenir un artiste exposant sa vision du monde aux autres et incarner cette balise comme par le passé en tant que leader charismatique d'un des plus grands groupes de rock français. Pourra-t-il encore, aux yeux de la société actuelle, légitimement représenter une opinion publique, endosser le rôle de figure morale après avoir fauté ? Le laissera-t-on exprimer autre chose que des considérations d'ordre purement psychologique, intimiste et porter un avis sur le monde et tous les sujets "politiques" qui tournent autour? Un homme condamné perd-il automatiquement tout droit d'affirmer une opinion morale, voire de servir de guide sur toute une série de sujets? En lui déniant ce droit, ne lui ferait-on pas encourir une double peine?

Dans un domaine il est vrai bien spécifique (la gestion officielle du bien commun), une même question se pose dans le champ de l'éthique politique: après une condamnation, un politicien peut-il encore se présenter devant des électeurs? Au delà de la peine judiciaire qui détermine la durée d’une éventuelle interdiction, certains partisans d'une éthique irréprochable en politique estiment que cette privation devrait valoir à vie tandis que d'autres différencient leur appréciation en fonction des délits commis (une affaire purement privée ne créerait ainsi pas une incapacité morale à pouvoir conduire une action publique).

Au fonds, dans l’affaire Cantat, la véritable interrogation tapie derrière tout ce débat revient peut-être à ceci : accepte-t-on aujourd'hui la faillibilité de l'être humain?

Dans toutes les strates de la société semble se renforcer l'intransigeance quant à la capacité de l'homme à affronter son existence. L'individualisme ambiant s'accompagne d'un déficit d'empathie manifeste. Certes, la population est encore capable d’envolées altruistes ponctuelles à l'occasion de grandes manifestations, principalement quand l'homme se retrouve démuni et sans prise face à des éléments externes qui lui sont imposés : la maladie, l'handicap ou plus généralement la position de victime (de plus en plus médiatisée et placée au centre du débat public, jusqu'à voir les usurpations se multiplier pour bénéficier de l'attention offerte à celle-ci). Dans bon nombre d'autres matières, rien n'est pardonné à l'être humain. S'il ne trouve pas de travail, c'est qu'il le veut bien (peu importe les conditions sociales ou psychologiques dans lesquelles l'individu peut se trouver). S'il commet un délit, la punition doit être maximale (renforcement du volet répression de la criminalité avec l'instauration de peines planchers et incompressibles,...). La plupart des pays n’autorise toujours pas à un individu de choisir l'heure de sa mort malgré la souffrance d'une maladie incurable.

Plus que jamais aujourd'hui, on attend de l'être humain qu'il soit vertueux, infaillible dans l'accomplissement de sa vie professionnelle et privée. La frontière entre le bourreau et la victime se densifie tous les jours davantage alors que nous traversons en permanence ces deux états (un peu comme dans le jeu de l'affaire « clearstream » en France). 

Pour ma part, sans chercher à les excuser, je pense qu'il faut en permanence établir une différenciation des actes commis - comme la justice tend d'ailleurs à le faire. Un comportement malsain adopté régulièrement et de manière pleinement consciente me paraît plus grave qu'une réaction impulsive aussi atroce soit-elle. L'emportement exceptionnel, qui peut atteindre un être humain dans des conditions spécifiques (notamment un déphasage émotionnel important), ne révèle pas de facto la nature profonde d'un individu.
Je ne sais pas quel chemin empruntera Bertrand Cantat à l'avenir mais je suis d'ores et déjà curieux de l'espace de parole qui lui sera laissé.

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17 octobre 2007

Bye bye Belgium?

Samedi dernier. Nous rejoignons le stade Roi Baudouin (anciennement appelé Heysel, de sinistre mémoire). La Belgique y joue un match international de football contre la Finlande. Elle est déjà quasiment éliminée de ce tournoi qualificatif pour l'Euro au contraire des nordiques. Les prestations des Diables Rouges sont désastreuses depuis quelques années et le public s'y désintéresse. Le stade n'est rempli qu'à moitié et l’ambiance est essentiellement assurée par les supporters adverses arborant fièrement leurs couleurs bleues et blanches. Sur le chemin menant vers le stade, je suis surpris par l’absence de noir, jaune et rouge sur vêtement, écharpe ou casquette. Peut-être une personne sur 10 affiche un article aux couleurs nationales. En Hollande, au minimum l'inverse serait de mise.

Nantis d'une invitation, nous prenons place - sans grande motivation - dans la tribune réservée au sponsor et composée essentiellement de néerlandophones. Au moment des hymnes, j’observe, ébahi, le peu de considération de mes voisins à notre hymne. On continue à plaisanter, on se lève à peine. A l'heure où les difficultés dans la formation du gouvernement fédéral persistent, je ressens avec une acuité particulière le sentiment d'une déliquescence de la Belgique. L’ambiance terne (durant tout le match) me donne même l’impression d’un enterrement sans fioriture de notre pays. Je ne sais pas si c'est la tristesse qui m’envahit ou l'ennui devant cette pantalonnade (qui a ranimé l’envie de me rendre au stade de mon équipe favorite pour profiter de l'ambiance ô combien plus explosive offerte par nos supporters), je regrette presque ma présence devant ce pénible sentiment de fin de parcours.

Le constat semblait implacable ce samedi soir et d'autres éléments viennent confirmer cette tendance. Près de la moitié des électeurs néerlandophones se montrent favorables à la séparation du pays selon un sondage. Yves Leterme, l'homme fort du premier parti néerlandophone (le parti chrétien, CD&V, 30%), méprise les francophones en les traitant d'incapables intellectuellement à apprendre le néerlandais ou en entonnant la marseillaise quand on lui demande de fredonner la brabançonne. Ca et là, des traces de détérioration de l'ambiance entre francophones et néerlandophones dans les entreprises bruxelloises se manifestent.
La fin semble proche (c'est l'hypothèse qui prédomine d'ailleurs dans la presse étrangère) et pourtant….

L'électeur flamand est conditionné depuis déjà des années par les médias et politiques néerlandophones. Comment ne pas manifester de déférence vis-à-vis de cette Wallonie "paresseuse, dispendieuse, mal gérée, corrompue"? L'exaltation du sentiment nationaliste se double d'un individualisme forcené visant à rompre la solidarité avec des francophones profiteurs (au mépris de l'histoire passée où le contraire fut de mise). En démontant un certain nombre de faux-semblants (sans pour autant nier la réalité des transferts financiers du Nord vers le Sud), nul doute qu'une partie de la population flamande relativiserait ce point de vue et il n'est jamais trop tard pour rectifier cette vision médiatique. Le mal est cependant désormais bien profond.

La réaction francophone est quant à elle contrastée. Il existe un mouvement autonomiste francophone ou wallon mais qui reste fort marginal. On observe l’affirmation d’un certain belgicanisme qui se manifeste par les drapeaux arborés aux fenêtres de maisons à Bruxelles ou en Wallonie. Mais il se développe également une position intermédiaire dominée par un ras-le-bol devant la suffisance affichée par les politiciens flamands à l'égard des francophones. L'idée d'une séparation du pays, inenvisageable jusqu'il y a peu, prend forme au sein de cette frange de population : si la Flandre veut son indépendance, qu'elle la prenne et en paie le prix fort, notamment en reprenant la dette publique et en lâchant la très francophone (à 85%) Bruxelles (aussi la capitale de la Flandre, qui en est co-gestionnaire).

Je partage ce point de vue. Je reste belge et souhaite la poursuite d’une aventure commune. Mais si demain la cohabitation devient impossible et que l'arrogance flamande ne cesse de s’amplifier à l’avenir, je suis partisan de ne plus rien lâcher sur le plan institutionnel (enjeu principal des négociations du gouvernement) et laisser la Flandre négocier de lourdes concessions à ses velléités séparatistes. Si l'impasse devait se poursuivre, les partis francophones seraient bien inspirés de revoir leur positionnement et d'inviter les flamands à exposer clairement la vision de leur avenir aux yeux de tous.

Car au fonds, le destin belge leur appartient désormais. La Flandre devrait enfin poser le débat de la concession inévitable derrière la volonté d'indépendance. Ils n’obtiendront pas le beurre et l'argent du beurre simplement parce qu’ils sont majoritaires dans le pays (60% de la population). Il faudra que les partis néerlandophones séparatistes ou confédéralistes (ce qui, à mon sens, revient à la même chose : si la solidarité est rompue sur le plan fédéral, il n'y a pas de raison de laisser le pays en l'état), devenus majoritaires lors des dernières élections, révèlent clairement à leurs électeurs le prix à payer. Il faudra en outre qu'ils assument les problèmes qu'ils rencontreront à l'avenir une fois que le bouc-émissaire aura été écarté (ces francophones qui empêchent le développement de cette région flamande riche) et l'exemple récent de la démission d'une importante ministre à la région flamande pour favoritisme et mauvaise gestion devrait déjà interpeller. Mais c'est une autre question qui ne nous regarderait plus. La Flandre doit dans l’immédiat poser un choix décisif : payer le prix fort pour son indépendance ou en revenir à un compromis acceptable pour toutes les communautés.

Ps: Une anecdote pour terminer, présageant peut-être d'un lendemain apaisé. Nous avons reçu nos places au foot d’un couple de gays néerlandophones faisant partie de l’entreprise sponsorisant l’équipe nationale et dont l’un est membre actif du parti chrétien flamand de Y. Leterme, dont il se sent proche. Du dialogue, des échanges, du transfert de type économique entre Nord et Sud pour le bonheur de tous.

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02 octobre 2007

Billet de septembre

Nicolas Sarkozy génère depuis son entrée en fonction un nombre incalculable de commentaires et d’opposition. Sur la forme de son action tout d'abord : un régime présidentiel de "chef de gouvernement", le rôle juridique trouble joué par son entourage, une communication incessante et une frénésie d'action visant à dicter le rythme et le sujet du débat et ainsi contourner toute forme de critique (les mots "réforme" et "urgence" semblent pouvoir le prémunir de toute contestation).

Les critiques portent également sur le fonds avec quelques projets emblématiques des plus inquiétants. Parmi ceux-ci, la répression de l'immigration sous toutes les formes figure en bonne place. D'une part avec un ministère spécifique (dont l'origine est revendiquée par un certain Jorg Haider) fixant des objectifs chiffrés d'expulsions et tançant les préfets qui ne les atteindraient pas. D'autre part avec ces fameux tests ADN actuellement appliqués avec parcimonie dans des matières précises, essentiellement des affaires criminelles (de quoi assurer un amalgame entre criminels et immigrés clandestins, se poser la question d'autres usages potentiels de cette base de données sans parler de l'incroyable association surannée entre filiation et biologie).

Les réformes dans le domaine de la justice ont également fait couler beaucoup d'encre. La répression de la criminalité s'affirme comme une fin en soi pour tenter de mieux protéger la population, sans tenir compte de l'importance de la prévention, du contexte social (et donc des actions à mener en ce sens) ou encore des moyens alloués aux parquets pour mener une politique efficace. De nouvelles lois concernant les récidivistes ou les délinquants sexuels ont vu le jour dans un prisme de pensée axé sur l'émotion sacralisée et la très populaire "défense des victimes" (jusqu'à voir Sarko se prononcer en faveur du jugement de personnes considérées comme "non responsables"). Outre le caractère peu efficace de telles mesures (de l'avis des spécialistes et des gens du métier), que l'inflation de nouvelles lois vient sans cesse confirmer (la réflexion approfondie, raisonnée semble avoir été abandonnée), Sarko et ses "collaborateurs" rognent chaque jour un peu plus sur les fondements de l'état de droit et sur les principes d'humanité que la France a jusqu'ici toujours incarnés.

Sarkozy peut certes se targuer d'avoir le soutien de son opinion au vu des sondages qui lui demeurent favorables.
Il s'appuie à ce titre sur l'individualisme croissant d'une population (parfois précarisée il est vrai) qui s'intéresse assez peu au sort réservé à des catégories d'individus avec lesquelles elle n'a pas à se mettre en phase : les immigrés illégaux ou les délinquants (a fortiori pédophiles) dont la répression permettra l'ordre et la justice quand bien même les principes du droit et de l'éthique  auront été malmenés, les fonctionnaires - ces privilégiés parmi les privilégiés - qui ne foutent rien de leur journée et bénéficient de retraites avantageuses (certes réforme il peut y avoir mais de manière concertée, avec mise à plat de tout le système et surtout sans ostraciser),… Qui viendra par ailleurs s'opposer à l'idée de gagner plus en travaillant plus (sans se soucier du taux de chômage élevé)?

La politique réactionnaire et populiste de Sarkozy s'articule sur la dualisation permanente de la société et sur les instincts humains les plus vils qui nous habitent (la jalousie, la cupidité, l'avarice,...).

Mais devant une population avide de bien-être et de pouvoir d'achat (une préoccupation par ailleurs tout aussi légitime que des valeurs de solidarité, d'équité et d'éthique), il ne pourra bientôt plus cacher qu'il a choisi de privilégier les catégories les plus favorisées dans ses cadeaux fiscaux au risque de connaître (dans un contexte de croissance molle et de déficit budgétaire annoncé) un retour de flammes de ceux qui n'avaient jusque là vu que du feu.
Par la vérité implacable des chiffres et des retombées sur le quotidien des gens, le bilan économique de Sarkozy sera peut-être alors le révélateur global de la bipolarisation malsaine qui domine sa philosophie personnelle.

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29 août 2007

Billets août: "de l'air"

Entre deux discussions communautaires orageuses pour la constitution du nouveau gouvernement belge, l'actualité en Wallonie a été dominée en cette fin de mois par la sortie médiatique de la compagnie aérienne Ryanair refusant de prendre les réservations à l'aéroport de Charleroi après une certaine date (et faisant ainsi naître le spectre d'une délocalisation vers un autre aéroport européen de cette compagnie qui assure 90% des vols à Charleroi).

L'objet de cette réaction date du mois de juin et de la grève des employés de l'aéroport (public) qui laissa les avions au sol durant deux jours. Utilisant le principe de la menace, la compagnie aérienne réclamait l'assurance que cela ne puisse plus se reproduire et un dédommagement financier de 1 mio EUR auprès de la Région Wallonne.
Si un accord a finalement pu être trouvé entre les différentes parties (un pacte social prévoyant d'utiliser toutes les sources de concertation en cas de conflit, le respect d'un délai de 48 heures pour permettre aux utilisateurs d'être avertis et trouver un aéroport de diversion), cette méthode brutale pour parvenir à ses fins interpelle, d'autant plus qu'il ne s'agit pas du premier fait d'armes de la compagnie irlandaise.

Ryanair, en tant que compagnie low cost, se caractérise tout d'abord par la volonté de réduire au maximum les coûts pour offrir des vols moins chers (et moins sécurisés un jour?). Pour concurrencer les autres compagnies et même d'autres moyens de transport, elle n'hésite d'ailleurs pas à pratiquer de la publicité mensongère, dénoncée récemment par le pouvoir de régulation britannique (que le bouillant patron Michael O'Leary insultera en guise de seule réaction).

Ryanair s'est aussi distinguée par un non-respect du droit social belge (ce pourquoi elle se retrouve actuellement en procès). Au mieux aujourd'hui, un employé (souvent polonais) gagne entre 900 et 1.100 EUR par mois et est souvent obligé de prester 70 heures par semaine. Ceci me rappelle un reportage télévisé d'une compagnie identique où certains employés anglais étaient engagés sans avoir même signé le moindre contrat de travail.

Le patron Michael O'Leary n'a sans doute qu'un fantasme (outre sa retraite endéans les 5 ans): la fin de toute conciliation sociale qui l'empêche de mener un libéralisme à outrance s'appuyant sur la flexibilité extrême du marché du travail (notamment avec la concurrence venant de l'Est). Surfant sur l'idée de service minimum recommandé par le pouvoir en France, il n'a pas hésité à vouloir remettre en question le droit de grève pour son seul intérêt et à pratiquer la méthode forte pour obtenir satisfaction.

En remettant en cause le droit de grève, la conciliation sociale, le droit social des travailleurs, M. O'Leary cherche manifestement à faire vaciller le modèle social belge (et européen continental).

Une question se pose en arrière de ce problème: doit-on tout accepter au nom de l'emploi ?
Pour les libéraux, la situation économique, toujours plus concurrentielle, justifie des concessions sur les conditions de travail. Pour les écolos, une raison environnementale ou de bien-être (par exemple, le sommeil des gens gêné par les bruits d'avions) peut primer. Une position de gauche pragmatique pourrait consister à trouver un juste milieu entre la défense de l'environnement (au sens large du terme), de l'emploi et d'idées, valeurs de gauche inaliénables. Dans le cas présent, ne vaudrait-il pas mieux à un moment donné (en cas de rupture totale des négociations) refuser de céder sous peine de démanteler insidieusement tous les acquis sociaux (si l'on cède pour l'un, pourquoi pas pour l'autre?).  Il y a du mépris pour notre modèle social de la part d'une entreprise qui gagne grassement sa vie (y compris en Belgique) et qui semble avoir oublié les bénéfices qu'elle a pu tirer des subsides publics pour venir s'y établir. Par ailleurs, il n'est pas illusoire de penser qu'une autre compagnie, plus respectueuse, viendrait rapidement prendre sa place à terme.

Le libéralisme sauvage impose des résistances pour déterminer le type d'emploi et de modèle économique à défendre dans nos pays. Un chômage de 5% au lieu de 10% est-il un signe de bien-être s'il oblige à recourir à deux emplois ou à accepter des conditions financières indécentes maintenant bon nombre de salariés sous le seuil de pauvreté? Pour tendre au maximum vers le plein emploi, il reste au pouvoir public naturellement de créer les conditions pour que l'activité se développe et que de l'emploi durable et convenable naisse de ces initiatives.

Le patronat belge explique que le capitalisme sauvage est soutenu implicitement par la population qui est consommatrice et n'accepterait pas la disparition de compagnies présentant des vols moins chers. Peut-on lui donner tort? La résistance, c'est parfois aussi de renoncer (spécialement pour ceux qui en ont les moyens). Depuis l'arrivée de Ryanair, je me suis juré de ne pas utiliser leurs lignes en raison du modèle social que la compagnie sous-tend. Ma détermination n'en est aujourd'hui que davantage renforcée. Ayons parfois conscience de nos possibilités de simple citoyen attentif.

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06 août 2007

Roman-photo

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L'image est stylisée, indéniablement superbe sur le plan artistique (la grande Annie Leibovitz bien sûr), autant dans le rendu des couleurs que dans la précision du portrait.

Elle joue totalement sur l'effet de surprise avec la présence d'un monstre sacré de l'Histoire dans une photo au clin d'œil politique fort: l'évocation de la chute du communisme au travers de deux symboles, l'un matériel (le mur), l'autre humain (Gorbatchev, le dirigeant soviétique qui a ouvert la voie au changement).

Pourtant le malaise naît assez vite par la présence de ce sac Vuitton à ses côtés, qui nous rappelle que nous sommes bien dans une publicité.

La récupération des événements politiques, des sujets sociétaux par le marketing économique n'est pas nouvelle et cette cohabitation délicate a déjà fait couler beaucoup d'encre il y a une quinzaine d'années lors des campagnes de Oliviero Toscani pour Benetton.  La débat court sans doute toujours et ma préoccupation ne se porte pas particulièrement sur cette question mais davantage sur le message implicite de ce cliché.

Selon le fils Arnault, Gorbatchev a voulu exprimer la vision qu'il voudrait que le public retienne de son action. La manière utilisée apparaît à ce titre pour le moins maladroite

Rapprocher Vuitton de l'événement politique qui a contribué à la fin du communisme à l’Est, c'est finalement consacrer le grand triomphe du capitalisme dans la course idéologique. Et pas n'importe lequel. Photographier Gorbatchev devant le mur de Berlin avec un sac Vuitton, c'est indiquer qu'en se détournant de l'idéologie marxiste, il s'est rangé au modèle libéral et a accédé à la richesse, au grand luxe que symbolise cette marque. Le message souhaité par l'ancien politicien de représenter l'effondrement d'un totalitarisme au nom de la liberté individuelle est supplanté par l'adhésion implicite à une idéologie libérale d'un autre type, axée sur le consumérisme, l'apparence comme preuve de réussite, l'exaltation d'un individualisme clinquant qui méprise souvent toute forme de solidarité.

Sans verser dans la nostalgie d'un régime ou d'un modèle économique rangé peu à peu dans la rubrique histoire, les idéalistes ou les tenants d'un modèle moins inégalitaire ne goûteront sans doute guère le cynisme compressé dans cette superposition de signifiants au décalage outrancier.

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12 juin 2007

Billet de juin

C'est la fin d'un cycle. Le rythme des élections prend fin en ce mois de juin tant en France qu’en Belgique et c'est bientôt l'occasion de parler d'autre chose (quoique la politique est une question citoyenne quotidienne).
Avant de tirer un trait, je ne peux m'empêcher de dresser la situation en Belgique où les résultats défavorables de la gauche ont suivi ceux observés en France, avec une probable cure d'opposition au niveau fédéral (national).

Si la Flandre s'est à nouveau fortement droitisée et a plébiscité les partis séparatistes lors de ce scrutin, la situation est moins tranchée en Wallonie et à Bruxelles. Je demeure persuadé que la gauche reste dominante (certainement en Wallonie) mais la perte de leadership du PS francophone au profit du MR (parti libéral) a déplacé le centre de gravité politique. Le MR a désormais la main pour former une coalition de centre-droit en s'alliant au CDH, le parti centriste (le Modem belge) dont le cœur de la présidente penche pourtant à gauche (le PS et le CDH forment d'ailleurs la majorité en région wallonne et en région bruxelloise, le prochain scrutin concernant ces niveaux de pouvoir étant prévu en 2009).

Le ressac de la gauche se révèle pourtant assez faible dans l'ensemble, la perte de voix du PS ayant profité principalement au parti Ecolo catalogué à gauche (même si un doute se pose quant à la stratégie des dirigeants qui affirment n’avoir aucune exclusive quant à une forme de coalition). Mais la logique de parti vainqueur/perdant lors d'une élection et la pression de la Flandre droitière pour ne plus gouverner avec le PS rend la présence de la gauche au pouvoir fédéral peu probable. A moins d'une exigence flamande de réforme de l'Etat (ceux-ci veulent encore plus d'autonomie au contraire des francophones qui prônent le statut quo), laquelle réclamerait un majorité des 2/3 au parlement et ainsi une coalition plus large.

Pour les français qui réclament (sans doute avec raison) une part de proportionnelle, on peut donc observer que le message des électeurs pour constituer une coalition dans un tel système à un seul tour n'est pas forcément des plus clairs et demeure in fine le choix d'alliances de parti (il s'agit d'une constatation, pas d’une critique).

Le tassement du PS trouve son explication principale dans les affaires à Charleroi qui ont miné la ville depuis deux ans et plombé la campagne au cours des deux dernières semaines avec une nouvelle vague d'inculpations (moins pour des faits délictueux individuels qu'au nom de la responsabilité collective d'avoir participé au collège décisionnel durant les 12 à 15 dernières années) dont le calendrier judiciaire peut étonner (pourquoi si près des élections et seulement au compte-goutte pour un même fait reproché?). La presse a pu s'en délecter, elle qui cherchait depuis longtemps à crucifier le parti (c'est une évidence, la gauche  - et le PS en particulier - ne possède plus de relais au niveau médiatique).

On pourra évidemment affirmer que ces avancées judiciaires étaient prévisibles et qu'il aurait fallu nettoyer les écuries d'Augias bien avant. C'est peut-être vrai mais la révolution de velours entreprise par le président du PS Elio Di Rupo dans le but de préserver l'unité du parti et dans le respect des hommes en place présumés innocents (après la mise à l'écart immédiate des principaux protagonistes de l'affaire) avait plutôt bien réussi jusque là.
La confiance unanime maintenue par les mandataires socialistes envers leur président et son score personnel impressionnant malgré la défaite démontre qu'Elio Di Rupo incarne toujours la meilleure solution pour conduire le parti.
Ce lendemain de défaite me donne l'envie de rendre hommage à cet homme qui vient peut-être de connaître son premier échec politique (après avoir frôlé une chute injuste il y a 10 ans lorsqu'il fut la victime d'une dénonciation fantaisiste de pédophilie en pleine période post-Dutroux, cet épisode accélérant son coming out).
Doté d'une intelligence supérieure, d'une précision confinant à la méticulosité, il est parvenu à impulser au sein du PS un vrai discours de gauche, à la fois défenseur des plus modestes, responsable dans la conduite de la gestion publique et résolument moderne sur les questions de société (il est à la base des avancées éthiques en Belgique en mettant en avant ces questions dans le programme du parti).
Apparaissant souvent sous contrôle, il m'a été difficile d'appréhender sa personnalité intrinsèque même après l'avoir rencontré à quelques reprises dans un contexte plus informel. C'est lors de cette campagne et ses soubresauts difficiles que j'ai vu émerger en lui une sensibilité plus clairement affichée, une morale indéfectible (il refuse les coups bas au contraire du président du MR) et un profond respect pour les individus. C'est avec un personnage comme lui que je demeure persuadé que
 le socialisme demeure la meilleure réponse politique, un parti populaire, moderne et ancré sur des valeurs de solidarité et de mieux vivre ensemble. 

Je vois autour de moi une désaffection pour le politique, une absence de vision globale de société qui traduit un repli sur ses propres intérêts et/ou un vote automatique en faveur du parti correspondant à la classe à laquelle on appartient (je pourrais parler d'individualisme sur le plan de la vision politique même si ce terme n'est pas un gros mot pour moi, persuadé que le respect de sa propre intériorité est primordial sur le plan comportemental). La gifle du week-end dernier constitue dès lors pour mois une blessure envers une vision politique de respect des plus fragiles, des minoritaires.

Pour me ragaillardir, j'ai écouté le discours d'Elio aux militants dimanche soir (voir le lien ci-dessous), qui illustre que la politique si souvent décriée, cette commedia dell’arte, reste une aventure humaine totale avec certes, dans sa vision sombre, ses coups bas, ses luttes de pouvoir internes mais aussi un lieu de rencontres, une source d'émotion, encore plus touchante au soir d'une défaite. Et cette vision romantique soudain dévoilée me donne envie (à mon niveau de simple sympathisant engagé) de continuer à me battre autour de moi pour éveiller quelques consciences.

http://www.ps.be/Source/Galleries.aspx?MenID=3094&EntID=1&Type=1&GalID=119&GItID=629

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31 mai 2007

Billet de mai

Sarko sacré ou sacré Sarko.Il y est enfin arrivé. Le rêve d'une vie (le cauchemar pour bien d'autres). Derrière la nouvelle fièvre d'actions lancées en tous sens (une pratique bien connue chez lui) en vue des législatives, nous devrons attendre quelques mois pour vérifier si Sarko sera le digne héritier des Thatcher, Berlusconi ou autre Aznar. Le battage médiatique autour du personnage semble en tout cas taire les premiers accrocs que sa présidence soulève.

D'une part, Christain Vanneste, homophobe notoire et condamné par la justice à ce titre, a été reçu à Matignon en tant que candidat soutenu par l'UMP pour les prochaines législatives malgré les promesses de Sarko de ne pas tolérer ce genre de personnage dans et autour de son parti et de présenter un candidat UMP face à lui. Y aurait-il des sujets minoritaires dans la vie politique?
D'autre part, il se confirme les rapports dangereux que le pouvoir médiatique a entretenu et continue à entretenir avec le nouveau président (intégration dans son équipe de journalistes dont l'un a couvert la campagne de Ségolène Royal (avec objectivité?) ou inversement un responsable de sa campagne qui devient le bras droit du nouveau patron de TF1). La berlusconisation est en marche, pourquoi si peu de gens s'en émeuvent-ils? 

Quelle gauche opposer à Sarko à l'avenir? On notera que bon nombre de ceux qui ont soutenu un recentrage du PS sont partis…dans le gouvernement Sarko. La prudence sur un tel virage s'impose donc. Un projet de gauche moderne, basé sur un discours clair et fort, soutenu par l'ensemble des forces vives du PS, doit pouvoir rassembler au delà de la gauche (sans se rapprocher d'un Bayrou qui restera indépendant par opportunisme politique - optique 2012 -  et dont la seule ambition est de devenir LA force d'opposition à Sarko).
Cette mise en
 œuvre passera inévitablement par un nouveau patron disposant de charisme, d'un sens du leadership et du rassemblement. Pour au moins les deux premières caractéristiques, Ségolène Royal peut incarner cette figure. Elle n'est pas considérée comme un éléphant et a pu mobiliser l'enthousiasme de bon nombre de jeunes militants et électeurs. Derrière son côté parfois rigide et empruntée, elle peut se révéler franchement émouvante et pleine de convictions (elle a au moins su me convaincre sous cet aspect). Il lui reste à travailler un programme largement partagé, bien construit dans la durée ainsi qu'une union autour de son nom en intégrant les autres courants autour d'elle. Ségolène aura-t-elle ce soutien et pourra-t-elle convaincre définitivement les récalcitrants en faisant preuve d'une ouverture plus large que celle observée lors de sa campagne?

Deux gros challengers fournissent leurs armes dans l'ombre. DSK, à l'ambition parfois trop explicite, possède l'intelligence et la stature pour un tel rôle mais pourrait éprouver des difficultés à incarner le renouveau avec son étiquette d'éléphant et l'aversion de la gauche du parti à son égard. Delanoë (l'homme des jospinistes?) est parvenu à inspirer le goût de la modernité aux yeux des parisiens et on sait combien ce statut de maire de la capitale peut être un tremplin vers l'Elysée. Pour autant qu'il confirme son succès aux prochaines municipales, il pourrait devenir ensuite incontournable au sein du parti et profiter de ses incontestables qualités de communication et de pédagogie (un must dans l'arène politique actuelle) pour exprimer aux français un projet de gauche moderne. Le choix se situe sans doute là et pas ailleurs. Les prochains mois permettront de dégager des pronostics et des souhaits…

Une dernière question à propos de ces présidentielles: pourquoi donc les femmes ont-elles moins voté que les hommes pour Ségolène alors qu'un événement de taille pouvait se dérouler avec l'élection de la première femme présidente en France? N'y aurait-il pas pour nombre d'entre elles une intériorisation de l'impossibilité pour une femme d'accéder aux plus hautes sphères, le besoin de confier le règlement de ses inquiétudes à une figure masculine?

Cela pourrait constituer un information sans importance, c'en est au contraire presque politique. Les transports en commun bruxellois viennent d'organiser une sélection des musiciens pouvant jouer dans le métro afin d'harmoniser l'ensemble. Pourquoi ne pas y organiser le concours international de musique Reine Elisabeth tant qu'on y est? Ou une "sdf academy in the underground"? Alors qu'on a entendu les notions de mérite tout au long de la campagne française (et que le parti libéral francophone tente d'exploiter cette victoire chez nous, sans la moindre imagination d'ailleurs, en reprenant mot pour mot les terminologies sarkozistes: valeur travail, liquidation mai 68), il faut maintenant que des gens fragiles connaissant des difficultés démontrent que s'asseoir à même le sol et jouer de la musique contribue à la société avant de pouvoir y trouver leur place.  Ne restera-t-il bientôt que les rames de métros pour ceux qui n'ont que leurs mains parfois tremblantes à offrir en direction du public? (Non je ne m'énerve pas, je suis en colère. Il y a des colères saines, je sais parfaitement garder mon sang-froid!)

Terminons sur une nouvelle intéressante pour la vie culturelle de ma capitale et qui me touche particulièrement. Je n'aurais jamais cru qu'en rejoignant il y a 6 ans un quartier un peu mort, je deviendrais voisin du Beaubourg belge. Ce week-end a marqué l'inauguration du centre d'art contemporain de Bruxelles. Attendu depuis 40 ans, il a enfin fini par voir le jour en prenant place dans une ancienne brasserie qui a fermé ses portes il y a 20 ans. Le nom de l'endroit (le Wiels) provient d'ailleurs du nom d'une bière. La rénovation du chancre a pris de nombreuses années et n'est d'ailleurs pas terminée (il faudra sans doute encore une année pour présenter un bâtiment fini). Le résultat est de toute façon réussi quant à la remise en état extérieure du bâtiment classé, majestueux. A l'intérieur, celui-ci s'ouvre sur la salle des cuves (3 subsistent sur les 6 initiales, les autres ayant été percées par des squatteurs pour récupérer le cuivre à des fins commerciales ), qui accueillera un café. Aux étages se tiendront les expos (le centre privilégiant le mouvement créatif aux collections permanentes) et à l'arrière des résidences d'artiste tandis qu'une terrasse sur le toit du bâtiment nous gratifiera d'une vue imprenable sur Bruxelles. Avis aux amateurs! 

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04 mai 2007

Billet d'avril

Un seul sujet évident pour ce mois d'avril écoulé: les élections présidentielles françaises.

Si le duel Sarko-Ségo au deuxième tour était attendu, la surprise est venue de l’importance du score des deux candidats. On l'a souvent évoqué et cela se vérifiera sans doute : le résultat du premier tour conditionne celui du second. Et de ce point de vue, l’élection semble a priori jouée. Arithmétiquement, on voit mal comment Ségolène va pouvoir grappiller les points suffisants pour inverser la tendance qui s’est esquissée après le premier round. La France penche à droite, cela semble une évidence.

La campagne aura permis de voir s’opposer des projets de société différents et c’est tant mieux si l'on se souvient de la précédente élection. Aussi intéressant fut l'éclaircissement du positionnement de people ou intellectuels se réclamant de gauche et qui ont fini par rejoindre Sarko. Rien de pire que voir le débat à gauche pourri par des personnalités n'ayant que peu d'idéologie en commun avec leur prétendue famille politique et qui semblent avoir (enfin!) trouvé leur juste chemin à l'occasion de cette présidentielle. Pour justifier leur ralliement, les Hanin, Tapie, Gallo, Glucksmann, Séguéla (qui parvient à passer de Ségo à Sarko entre deux tours, fort le type !) ou le misérabilissime Eric Besson (il ne manque plus que Finkelkraut en fait) ont profité de la figure féminine de la candidate socialiste et (c’est presque un corollaire pour eux) de sa présumée incompétence (une attitude qui, aujourd'hui, ne tient pas la route devant la consistance croissante affichée par Ségolène au fil de cette campagne). Au bout du compte, ce fut surtout pour eux l'occasion de libérer leur inconscient en affichant au grand jour leur virage droitier et pas des moindres dans la mesure où Sarko n'incarne pas une droite centriste à la Chirac mais bien une droite très à droite, revendiquée telle quelle, sans état d'âme.

Doit-on y voir un lien avec leur âge respectif? Un sondage affirmait récemment que Ségo gagnerait dans toutes les catégories d’âge son combat contre Sarko sauf celle des plus de 65 ans où trois quarts des gens de cette catégorie opteraient pour Sarko, d’où l'avance finale de ce dernier. Le discours sur l’insécurité asséné inlassablement par Sarko rassurerait ainsi la partie de la population la plus fragile dans ce domaine. Ma charge paraîtra peut-être lourde et idéologique mais la question me semble probante: la vieillesse aurait-elle pour unique caractéristique politique de se refermer sur elle-même ?

Au fonds, je ne peux m’empêcher de voir dans le vote à droite une préservation de ses propres intérêts, un refus d'envisager une vision collective et de solidarité de la société, sans parler d’un conservatisme sur le plan des valeurs morales et de l'éthique. Dans un dernier baroud d’honneur, j’espère une mobilisation importante des gens de gauche et du centre pour entreprendre un acte politique collectif comme l’énonce le journaliste Guy Birenbaum sur son blog (http://birenbaum.blog.20minutes.fr/, cfr. Son article du 1er mai). Abstentionniste depuis 25 ans, il se rendra aux urnes pour éviter une politique sarkozyste conservatrice avec sa volonté d’expurger mai 68, ses idées rances sur l’inné et l’acquis, son libéralisme de la régression sociale, sa vision d'une France duale pour défendre une autre conception de la société, non pas celle représentative d’une seule voix - la sienne - dans un individualisme aveugle mais bien celle de l'intérêt collectif en faveur des plus faibles, des minoritaires.

Cela ne changera sans doute rien au résultat final mais il y a des valeurs qui dépassent le cadre d'une seule élection...

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01 avril 2007

Billet de mars

9433

Une chasse au sorcière obligeant la population à déclarer sa collaboration avec la police secrète communiste. Une volonté d’interdire aux enseignants de parler d’homosexualité et donc d’homophobie. Nous sommes en Pologne. Nous sommes en Europe. Est-ce l'absence de constitution européenne qui empêche les droits individuels d'être respectés au sein du territoire européen?
Nous pouvons en tout cas être fier de voir émerger dans notre europe occidentale des films comme l'émouvant et très beau film de Téchiné "Les Témoins", sorti récemment, qui aborde avec rigueur et maestria fictionnelle l'émergence du sida dans les années 80 (j'y reviendrai peut-être ultérieurement).
 

La campagne française pour les présidentielles est bel et bien lancée. Il est désormais plus clair de juger Ségolène Royal dont les prestations publiques se sont sensiblement améliorées après certains tâtonnements qui avaient introduit le doute sur ses compétences. Mieux préparée, elle semble mieux aborder les problèmes et ses interventions trouvent désormais une expression plus enjouée que le rythme monolithique de ses premiers passages en public. Son programme se décline en de nombreuses idées manifestement de gauche, au rang desquelles figure notamment la mise sur pied d'une véritable concertation sociale entre syndicats (qu'elle veut plus forts) et patronat avec arbitrage éventuel du gouvernement. Un système qui fonctionne en Belgique et permettrait de sortir des oppositions continuelles et ferait peut-être naître une tradition de compromis parfois bien utile pour la paix sociale.
Evidemment, certaines idées convainquent moins (sa conception sur le traitement de la délinquance juvénile) et sa posture très mitterrandienne de suivre avant tout son intuition peut provoquer quelque pensée malheureusement définie ainsi que le risque que le parti ne fasse pas bloc autour d'elle.

Si le ralliement autour de sa personne peut s'accélérer au cours de cette campagne, il semble cependant encore difficile pour une bonne partie de la population de saisir pleinement sa personnalité, empêchant ainsi une forte identification, indispensable pour un vote massif en sa faveur. J'y verrais peut-être une explication dans le paradoxe suivant. S. Royal incarne la modernité par sa simple condition de (jolie) femme candidate à l'élection présidentielle ainsi que par sa volonté de réformer la façon de faire la politique (démocratie participative, volonté de rétablir le dialogue à tous les niveaux, décentralisation accrue). Mais elle représente dans le même temps une forme de traditionalisme, visuellement exprimé par sa posture physique assez rigide et hérité par son éducation familiale dont elle s'est certes largement affranchie mais finalement pas totalement. Cela se traduit par des idées symboliquement assez vieille France de placer la famille (et l'école) au centre de son programme et des fondements de notre société ou encore la façon de mater la délinquance des mineurs et l’exaltation de la nation (dans une posture très différente de Sarkozy certes mais à la symbolique très évocatrice).
Le décalage entre ces deux perceptions antagonistes brouille sans aucun doute les repères d'une frange de la population : elle insinue un certain doute auprès de la gauche progressiste (et l'aversion des libertaires comme Michel Onfray) par son image parfois trop conservatrice et déstabilise par certaines de ses options jugées tantôt trop audacieuses, tantôt trop autoritaires l'électorat plus centriste.

Ségolène représente cependant à mes yeux aujourd'hui la seule issue pour empêcher le pays de basculer à droite et pour un certain temps. La machine de guerre de l'UMP risque de verrouiller toute possibilité de changement et Nicolas Sarkozy, une fois élu, pourra compter sur son populisme pour favoriser sa réélection. Avec les dangers connus que sa politique pourrait créer (désordre social et dans les banlieues, un conservatisme éthique isolant la France des autres grands pays européens sur ces questions, une Europe libérale et sans possibilité de transformation radicale impulsée par la France à ce niveau,…).
Quant à Bayrou, je crois que c'est la force de persuasion des deux candidats principaux qui laissera à distance ce dernier dans les urnes. Bayrou président, c'est la droite au pouvoir, la mollesse de la non-action, la crise institutionnelle profonde (il sera incapable de rallier sous sa coupe une majorité à l'assemblée lors des législatives). Bayrou, c'est un peu l'actrice virtuelle Simone dans le film du même nom, créée pour répondre aux attentes du public : un candidat hors système dans une France qui n'a plus foi dans l'institution politique, hors du clivage gauche-droite dans un contexte où un candidat peine à se révéler compétente aux yeux du public (un peu machiste sur le fonds) alors que l'autre fait peur. Le président potentiel Bayrou en fait n'existe pas.

Vu que les Verts sont cette fois inaudibles (j'aurais voté Mamère en 2002 et sans regret même après le 21 avril), que le reste de la gauche est avant tout non-participationniste, que le vote utile sera de toute façon bien nécessaire, Ségo sera mon vote virtuel cette année.

Finissons avec un sujet plus léger : Gaston Lagaffe a fêté son 50è anniversaire en mars de cette année et paraît toujours aussi jeune et surtout moderne. Il pourrait prendre place dans n'importe quel défilé de mode actuel. Le jeans hyper moulant, les cheveux ébouriffés, la démarche nonchalante, l'attitude dégagée, l'esprit un brin désenchanté, il incarne parfaitement une certaine jeunesse actuelle.

Plus grave par contre: Britney Spears va mal. En cure de désintoxication, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours. Ses ennuis ont amené son ex Justin Timberlake et son producteur Timbaland à lui venir en aide (pour éviter sans doute un "oops I dit it again"). Nous aussi mobilisons-nous pour Britney. Rasons-nous la tête par solidarité. Bon, je vous laisse la primeur de l'initiative...

 

Posté par Morrissey à 23:36 - Billets d'humeur - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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