10 décembre 2007
Les maux de Moz
Morrissey est-il raciste? Cette question posée
récemment par la presse ne s’adresse pas à moi mais du vrai (enfin j'existe
mais je dois reconnaître humblement que le plus connu des Mo' reste
l'ex-chanteur des Smiths).
Ses propos dans le NME ont déclenché une horde
de commentaires indignés dans les éditoriaux du NME et the Independant mais
aussi des réactions de soutien dans les forums.
Petit résumé de ses paroles (que le chanteur
affirme aujourd’hui sorties de leur contexte).
Les frontières de l’Angleterre ont
été submergées (…) On a soldé l’Angleterre (…) Si vous vous promenez dans le
quartier de Knightsbridge, vous n’entendrez plus un seul accent anglais. Vous
entendrez des accents de la planète entière, mais aucun accent d’ici (…) Vous
ne pouvez pas dire : “Allez, tout le monde peut venir habiter chez moi,
installez-vous sur mon lit, prenez ce que vous voulez, faites ce que vous
voulez”. Ça ne marcherait pas (…) Ce que l’Angleterre est devenue n’a rien à
voir avec ce qu’elle était. C’est déplorable, nous avons tant perdu au change…
Il est toujours triste de voir un artiste
revenir sur le devant de la scène avec une telle histoire, et des propos tout
de même assez fâcheux. Le fan que je suis cherchera tout de même à trouver
quelque explication avant de poser un jugement définitif.
Au travers de cette polémique, l’interrogation
quant au multiculturalisme me semble aller de pair avec la question de l'anti-racisme. Historiquement,
nos sociétés ont toujours connu - et c'est regrettable - diverses formes
de racisme, que les politiques colonialistes ont entretenues. Depuis 50 ans s'est dessinée une tentative de
corriger cette situation avec d'une part les déclarations d'indépendance de
pays colonisés et le développement d'une conscience politique visant à combattre
les discriminations et injustices liées à la couleur de la peau, l'origine
ethnique, le sexe ou la sexualité. Cette lutte trouve aujourd'hui de nombreux
relais dans l'opinion pour soutenir la légitimité d'une telle cause. Mais
elle peine parfois à se faire entendre dans un monde fragilisé par la
mondialisation et l'inévitable multiculturalité qu'elle implique.
L'homme se
sent parfois perdu. En manque de repère, il tend à se replier vers un monde qui
le rassure, celui dans lequel il a baigné par le passé, avec lequel son esprit
a grandi. Je pense qu'il nous est tous arrivé de penser à un moment donné, suite
à un événement particulier, que le monde tournait mal, que la cohabitation
entre les être humains, entre les différentes cultures n'était pas une réussite. Cette idée qui traverse
subrepticement l’esprit peut être évacuée par la réflexion et des considérations
morales. Parfois elle s’entretient, se nourrit par la propagation de jugements
péremptoires. On a ainsi vu naître depuis une quinzaine d'années (depuis le
fameux « choc des civilisations » de Huntington et sans doute plus
encore depuis le 11/9/2001) une réaction face à la posture dite du « politiquement
correcte » dressant les avantages du multiculturalisme. Cette tendance
gagne du terrain en Europe et se retrouve exprimée aujourd’hui dans les forums
anglais ou français qui consacrent un sujet à la présente polémique. Ils ne sont pas forcément de droite ou d'extrême-droite, hargneux sur la
question, ni foncièrement racistes. Il pourrait m’arriver d’opiner sur
certaines constatations ou sentiments exprimés: la difficulté d'accepter
certaines pratiques ou modèles culturels patriarcaux, le port du voile chez la
femme ou l'impérieuse expression de virilité chez les garçons, le peu de
mélange en pratique entre les origines ethniques différentes, que ce soit dans
les cercles d'amis ou dans les couples. Le modèle multiculturel enrichissant
que l'on cherche tant à vanter dans les médias ou l'idéologie politique ne
paraît pas toujours en pratique se matérialiser (même si on oublie de dire que la
même chose prévaut à propos des cohabitations entre classes sociales).
Pour moi, douter du multiculturalisme fait
de quelqu’un un réactionnaire, pas forcément un raciste. Il faut d’ailleurs
parfois resituer une parole dans un ensemble plus large de déclarations et d’actes
d'une personne pour porter un jugement. Récemment, un président de foot de
division 1 belge a suscité un tollé en adressant, dans un débriefing, à un
joueur noir peu à son affaire la remarque suivante : "Monte dans un arbre et mange un régime de
bananes". Le joueur, appuyé par le mouvement antiraciste, a voulu rompre
son contrat avant de se raviser après les excuses répétées - en toute bonne foi
je pense- du bouillant président d'un club composé majoritairement de joueurs
d'origine étrangère dans ses équipes de jeunes. Cet épisode témoigne d’une
tendance presque inconsciente à tenir un propos raciste sans l’être forcément en
soi. Il faut bien entendu lutter contre les préjugés et les petites
phrases qui prolongent toute forme de racisme mais c'est par l'éducation
et la dénonciation continuelle des propos - sans chercher à chercher de mauvais
boucs émissaires - que la lutte est sans doute le plus efficace.
Je réalise qu’au cours de sa vie, il
faut parfois se faire violence pour ne pas tomber dans certains raccourcis
concernant l'échange culturel et affirmer que toute société n’évolue pas de la
façon idéale. Il faut regarder le monde en face de soi et accepter cette réalité
qui ne nous plaît peut-être pas toujours pour œuvrer à une meilleure
cohabitation entre tous, sans chercher à s'abîmer dans des antagonismes sans
fin. Des différences existeront toujours, certaines mêmes s'estomperont (sans
doute) avec le temps et il subsistera - c'est heureux - une spécificité à
chaque culture dont nous pourrons découvrir la beauté, la force ou l'élégance.
Un exemple me semble frappant. Le
rap a parfois été considéré comme un style musical abject par les réactionnaires
qui ne voit que violence et destruction de notre modèle culturel. On peut
rester insensible à certains courants du rap, mais il jaillit parfois de cette
culture en mouvement des pépites telles que celles concoctées par Kanye West
ou Common
L’essentiel est de toujours croire que le
meilleur peut arriver car c’est le meilleur moyen pour qu'il survienne.
23 octobre 2007
Billet octobre
Le
retentissement de l’affaire Cantat ne semble pas s’essouffler avec le temps. La
blogosphère a réagi de toute part à l'occasion de la libération conditionnelle
du chanteur la semaine passée, souvent d’ailleurs de manière hostile.
Il est pourtant apparu clairement que Bertrand Cantat avait été traité comme un
détenu normal, remplissant les critères pour bénéficier de cette sortie
anticipée. Il aurait été injuste que la médiatisation extrême de cette histoire
influence un juge au nom de l'exemple de la lutte contre la violence faite aux
femmes.
Quant à ceux qui prétendent qu'il n'aurait pas dû faire appel à cette requête,
j'imagine qu'ils conçoivent le masochisme comme une pratique éthique idéale
pour expier leurs fautes. Oublient-ils par ailleurs que rien ne viendra sans
doute enlever à B. Cantat le poids de la responsabilité d'avoir ôté la vie de
quelqu'un (a fortiori la personne qu'on aime)?
La
réflexion la plus intéressante à mon sens porte sur l'avenir de B. Cantat. Je
ne vais pas spéculer sur la manière précise dont il réintégrera (peut-être) la
vie active et publique mais je me demande dans quelle mesure il pourra
redevenir un artiste exposant sa vision du monde aux autres et incarner cette
balise comme par le passé en tant que leader charismatique d'un des plus grands
groupes de rock français. Pourra-t-il encore, aux yeux de la société actuelle,
légitimement représenter une opinion publique, endosser le rôle de figure
morale après avoir fauté ? Le laissera-t-on exprimer autre chose que des
considérations d'ordre purement psychologique, intimiste et porter un avis sur
le monde et tous les sujets "politiques" qui tournent autour? Un
homme condamné perd-il automatiquement tout droit d'affirmer une opinion
morale, voire de servir de guide sur toute une série de sujets? En lui déniant
ce droit, ne lui ferait-on pas encourir une double peine?
Dans un
domaine il est vrai bien spécifique (la gestion officielle du bien commun), une
même question se pose dans le champ de l'éthique politique: après une
condamnation, un politicien peut-il encore se présenter devant des électeurs?
Au delà de la peine judiciaire qui détermine la durée d’une éventuelle
interdiction, certains partisans d'une éthique irréprochable en politique
estiment que cette privation devrait valoir à vie tandis que d'autres
différencient leur appréciation en fonction des délits commis (une affaire
purement privée ne créerait ainsi pas une incapacité morale à pouvoir conduire
une action publique).
Au
fonds, dans l’affaire Cantat, la véritable interrogation tapie derrière tout ce
débat revient peut-être à ceci : accepte-t-on aujourd'hui la faillibilité de
l'être humain?
Dans
toutes les strates de la société semble se renforcer l'intransigeance quant à
la capacité de l'homme à affronter son existence. L'individualisme ambiant
s'accompagne d'un déficit d'empathie manifeste. Certes, la population est
encore capable d’envolées altruistes ponctuelles à l'occasion de grandes
manifestations, principalement quand l'homme se retrouve démuni et sans prise
face à des éléments externes qui lui sont imposés : la maladie, l'handicap ou
plus généralement la position de victime (de plus en plus médiatisée et placée
au centre du débat public, jusqu'à voir les usurpations se multiplier pour
bénéficier de l'attention offerte à celle-ci). Dans bon nombre d'autres
matières, rien n'est pardonné à l'être humain. S'il ne trouve pas de travail,
c'est qu'il le veut bien (peu importe les conditions sociales ou psychologiques
dans lesquelles l'individu peut se trouver). S'il commet un délit, la punition
doit être maximale (renforcement du volet répression de la criminalité avec
l'instauration de peines planchers et incompressibles,...). La plupart des pays
n’autorise toujours pas à un individu de choisir l'heure de sa mort malgré la souffrance
d'une maladie incurable.
Plus
que jamais aujourd'hui, on attend de l'être humain qu'il soit vertueux,
infaillible dans l'accomplissement de sa vie professionnelle et privée. La
frontière entre le bourreau et la victime se densifie tous les jours davantage
alors que nous traversons en permanence ces deux états (un peu comme dans le
jeu de l'affaire « clearstream » en France).
Pour
ma part, sans chercher à les excuser, je pense qu'il faut en permanence établir
une différenciation des actes commis - comme la justice tend d'ailleurs à le
faire. Un comportement malsain adopté régulièrement et de manière pleinement
consciente me paraît plus grave qu'une réaction impulsive aussi atroce
soit-elle. L'emportement exceptionnel, qui peut atteindre un être humain dans
des conditions spécifiques (notamment un déphasage émotionnel important), ne
révèle pas de facto la nature profonde d'un individu.
Je ne sais pas quel chemin empruntera Bertrand Cantat à l'avenir mais je suis
d'ores et déjà curieux de l'espace de parole qui lui sera laissé.
17 octobre 2007
Bye bye Belgium?
Samedi dernier. Nous rejoignons le
stade Roi Baudouin (anciennement appelé Heysel, de sinistre mémoire). La
Belgique y joue un match international de football contre la Finlande. Elle est
déjà quasiment éliminée de ce tournoi qualificatif pour l'Euro au contraire des
nordiques. Les prestations des Diables Rouges sont désastreuses depuis quelques
années et le public s'y désintéresse. Le stade n'est rempli qu'à moitié et
l’ambiance est essentiellement assurée par les supporters adverses arborant
fièrement leurs couleurs bleues et blanches. Sur le chemin menant vers le
stade, je suis surpris par l’absence de noir, jaune et rouge sur vêtement,
écharpe ou casquette. Peut-être une personne sur 10 affiche un article aux
couleurs nationales. En Hollande, au minimum l'inverse serait de mise.
Nantis d'une invitation, nous
prenons place - sans grande motivation - dans la tribune réservée au sponsor et
composée essentiellement de néerlandophones. Au moment des hymnes, j’observe,
ébahi, le peu de considération de mes voisins à notre hymne. On continue à
plaisanter, on se lève à peine. A l'heure où les difficultés dans la formation
du gouvernement fédéral persistent, je ressens avec une acuité particulière le
sentiment d'une déliquescence de la Belgique. L’ambiance terne (durant tout le
match) me donne même l’impression d’un enterrement sans fioriture de notre
pays. Je ne sais pas si c'est la tristesse qui m’envahit ou l'ennui devant
cette pantalonnade (qui a ranimé l’envie de me rendre au stade de mon équipe
favorite pour profiter de l'ambiance ô combien plus explosive offerte par nos
supporters), je regrette presque ma présence devant ce pénible sentiment de fin
de parcours.
Le constat semblait implacable ce
samedi soir et d'autres éléments viennent confirmer cette tendance. Près de la
moitié des électeurs néerlandophones se montrent favorables à la séparation du
pays selon un sondage. Yves Leterme, l'homme fort du premier parti
néerlandophone (le parti chrétien, CD&V, 30%), méprise les francophones en
les traitant d'incapables intellectuellement à apprendre le néerlandais ou en
entonnant la marseillaise quand on lui demande de fredonner la brabançonne. Ca
et là, des traces de détérioration de l'ambiance entre francophones et
néerlandophones dans les entreprises bruxelloises se manifestent.
La fin semble proche (c'est l'hypothèse qui prédomine d'ailleurs dans la presse
étrangère) et pourtant….
L'électeur flamand est conditionné
depuis déjà des années par les médias et politiques néerlandophones. Comment ne
pas manifester de déférence vis-à-vis de cette Wallonie "paresseuse,
dispendieuse, mal gérée, corrompue"? L'exaltation du sentiment
nationaliste se double d'un individualisme forcené visant à rompre la
solidarité avec des francophones profiteurs (au mépris de l'histoire passée où
le contraire fut de mise). En démontant un certain nombre de faux-semblants
(sans pour autant nier la réalité des transferts financiers du Nord vers le
Sud), nul doute qu'une partie de la population flamande relativiserait ce point
de vue et il n'est jamais trop tard pour rectifier cette vision médiatique. Le
mal est cependant désormais bien profond.
La
réaction francophone est quant à elle contrastée. Il existe un mouvement
autonomiste francophone ou wallon mais qui reste fort marginal. On observe l’affirmation
d’un certain belgicanisme qui se manifeste par les drapeaux arborés aux
fenêtres de maisons à Bruxelles ou en Wallonie. Mais il se développe également
une position intermédiaire dominée par un ras-le-bol devant la suffisance
affichée par les politiciens flamands à l'égard des francophones. L'idée d'une
séparation du pays, inenvisageable jusqu'il y a peu, prend forme au sein de
cette frange de population : si la Flandre veut son indépendance, qu'elle la
prenne et en paie le prix fort, notamment en reprenant la dette publique et en
lâchant la très francophone (à 85%) Bruxelles (aussi la capitale de la Flandre,
qui en est co-gestionnaire).
Je
partage ce point de vue. Je
reste belge et souhaite la poursuite d’une aventure commune. Mais si demain la cohabitation
devient impossible et que l'arrogance flamande ne cesse de s’amplifier à
l’avenir, je suis partisan de ne plus rien lâcher sur le plan institutionnel
(enjeu principal des négociations du gouvernement) et laisser la Flandre
négocier de lourdes concessions à ses velléités séparatistes. Si l'impasse
devait se poursuivre, les partis francophones seraient bien inspirés de revoir
leur positionnement et d'inviter les flamands à exposer clairement la vision de
leur avenir aux yeux de tous.
Car au fonds, le destin belge leur
appartient désormais. La Flandre devrait enfin poser le débat de la concession inévitable
derrière la volonté d'indépendance. Ils n’obtiendront pas le beurre et l'argent
du beurre simplement parce qu’ils sont majoritaires dans le pays (60% de la
population). Il faudra que les partis néerlandophones séparatistes ou
confédéralistes (ce qui, à mon sens, revient à la même chose : si la solidarité
est rompue sur le plan fédéral, il n'y a pas de raison de laisser le pays en
l'état), devenus majoritaires lors des dernières élections, révèlent clairement
à leurs électeurs le prix à payer. Il faudra en outre qu'ils assument les
problèmes qu'ils rencontreront à l'avenir une fois que le bouc-émissaire aura
été écarté (ces francophones qui empêchent le développement de cette région
flamande riche) et l'exemple récent de la démission d'une importante ministre à
la région flamande pour favoritisme et mauvaise gestion devrait déjà
interpeller. Mais c'est une autre question qui ne nous regarderait plus. La
Flandre doit dans l’immédiat poser un choix décisif : payer le prix fort
pour son indépendance ou en revenir à un compromis acceptable pour toutes les
communautés.
Ps: Une anecdote pour terminer, présageant peut-être d'un lendemain apaisé. Nous avons reçu nos places au foot d’un couple de gays néerlandophones faisant partie de l’entreprise sponsorisant l’équipe nationale et dont l’un est membre actif du parti chrétien flamand de Y. Leterme, dont il se sent proche. Du dialogue, des échanges, du transfert de type économique entre Nord et Sud pour le bonheur de tous.
02 octobre 2007
Billet de septembre
Nicolas
Sarkozy génère depuis son entrée en fonction un nombre incalculable de
commentaires et d’opposition. Sur la forme de son action tout d'abord : un
régime présidentiel de "chef de gouvernement", le rôle juridique
trouble joué par son entourage, une communication incessante et une frénésie
d'action visant à dicter le rythme et le sujet du débat et ainsi contourner
toute forme de critique (les mots "réforme" et "urgence"
semblent pouvoir le prémunir de toute contestation).
Les critiques portent également sur le fonds avec quelques projets
emblématiques des plus inquiétants. Parmi ceux-ci, la répression de
l'immigration sous toutes les formes figure en bonne place. D'une part avec un
ministère spécifique (dont l'origine est revendiquée par un certain Jorg
Haider) fixant des objectifs chiffrés d'expulsions et tançant les préfets qui
ne les atteindraient pas. D'autre part avec ces fameux tests ADN actuellement
appliqués avec parcimonie dans des matières précises, essentiellement des
affaires criminelles (de quoi assurer un amalgame entre criminels et immigrés
clandestins, se poser la question d'autres usages potentiels de cette base de
données sans parler de l'incroyable association surannée entre filiation et
biologie).
Les
réformes dans le domaine de la justice ont également fait couler beaucoup
d'encre. La répression de la criminalité s'affirme comme une fin en soi pour
tenter de mieux protéger la population, sans tenir compte de l'importance de la
prévention, du contexte social (et donc des actions à mener en ce sens) ou
encore des moyens alloués aux parquets pour mener une politique efficace. De
nouvelles lois concernant les récidivistes ou les délinquants sexuels ont vu le
jour dans un prisme de pensée axé sur l'émotion sacralisée et la très populaire
"défense des victimes" (jusqu'à voir Sarko se prononcer en faveur du
jugement de personnes considérées comme "non responsables"). Outre le
caractère peu efficace de telles mesures (de l'avis des spécialistes et des
gens du métier), que l'inflation de nouvelles lois vient sans cesse confirmer
(la réflexion approfondie, raisonnée semble avoir été abandonnée), Sarko et ses
"collaborateurs" rognent chaque jour un peu plus sur les fondements
de l'état de droit et sur les principes d'humanité que la France a jusqu'ici
toujours incarnés.
Sarkozy
peut certes se targuer d'avoir le soutien de son opinion au vu des sondages qui
lui demeurent favorables.
Il
s'appuie à ce titre sur l'individualisme croissant d'une population (parfois
précarisée il est vrai) qui s'intéresse assez peu au sort réservé à des
catégories d'individus avec lesquelles elle n'a pas à se mettre en phase :
les immigrés illégaux ou les délinquants (a fortiori pédophiles) dont la
répression permettra l'ordre et la justice quand bien même les principes du
droit et de l'éthique auront été malmenés, les fonctionnaires - ces
privilégiés parmi les privilégiés - qui ne foutent rien de leur journée et
bénéficient de retraites avantageuses (certes réforme il peut y avoir mais de
manière concertée, avec mise à plat de tout le système et surtout sans
ostraciser),… Qui viendra par ailleurs s'opposer à l'idée de gagner plus en
travaillant plus (sans se soucier du taux de chômage élevé)?
La
politique réactionnaire et populiste de Sarkozy s'articule sur la dualisation
permanente de la société et sur les instincts humains les plus vils qui nous
habitent (la jalousie, la cupidité, l'avarice,...).
Mais
devant une population avide de bien-être et de pouvoir d'achat (une
préoccupation par ailleurs tout aussi légitime que des valeurs de solidarité,
d'équité et d'éthique), il ne pourra bientôt plus cacher qu'il a choisi de
privilégier les catégories les plus favorisées dans ses cadeaux fiscaux au
risque de connaître (dans un contexte de croissance molle et de déficit budgétaire
annoncé) un retour de flammes de ceux qui n'avaient jusque là vu que du feu.
Par la vérité implacable des chiffres et des retombées sur le quotidien des
gens, le bilan économique de Sarkozy sera peut-être alors le révélateur global
de la bipolarisation malsaine qui domine sa philosophie personnelle.
29 août 2007
Billets août: "de l'air"
Entre
deux discussions communautaires orageuses pour la constitution du nouveau
gouvernement belge, l'actualité en Wallonie a été dominée en cette fin de mois
par la sortie médiatique de la compagnie aérienne Ryanair refusant de prendre
les réservations à l'aéroport de Charleroi après une certaine date (et faisant
ainsi naître le spectre d'une délocalisation vers un autre aéroport européen de
cette compagnie qui assure 90% des vols à Charleroi).
L'objet
de cette réaction date du mois de juin et de la grève des employés de
l'aéroport (public) qui laissa les avions au sol durant deux jours. Utilisant
le principe de la menace, la compagnie aérienne réclamait l'assurance que cela
ne puisse plus se reproduire et un dédommagement financier de 1 mio EUR auprès
de la Région Wallonne.
Si un accord a finalement pu être trouvé entre les différentes parties (un
pacte social prévoyant d'utiliser toutes les sources de concertation en cas de
conflit, le respect d'un délai de 48 heures pour permettre aux utilisateurs
d'être avertis et trouver un aéroport de diversion), cette méthode brutale pour
parvenir à ses fins interpelle, d'autant plus qu'il ne s'agit pas du premier
fait d'armes de la compagnie irlandaise.
Ryanair,
en tant que compagnie low cost, se caractérise tout d'abord par la volonté de
réduire au maximum les coûts pour offrir des vols moins chers (et moins
sécurisés un jour?). Pour concurrencer les autres compagnies et même d'autres
moyens de transport, elle n'hésite d'ailleurs pas à pratiquer de la publicité
mensongère, dénoncée récemment par le pouvoir de régulation britannique (que le
bouillant patron Michael O'Leary insultera en guise de seule réaction).
Ryanair
s'est aussi distinguée par un non-respect du droit social belge (ce pourquoi
elle se retrouve actuellement en procès). Au mieux aujourd'hui, un employé
(souvent polonais) gagne entre 900 et 1.100 EUR par mois et est souvent obligé
de prester 70 heures par semaine. Ceci me rappelle un reportage télévisé d'une
compagnie identique où certains employés anglais étaient engagés sans avoir
même signé le moindre contrat de travail.
Le
patron Michael O'Leary n'a sans doute qu'un fantasme (outre sa retraite endéans
les 5 ans): la fin de toute conciliation sociale qui l'empêche de mener un
libéralisme à outrance s'appuyant sur la flexibilité extrême du marché du
travail (notamment avec la concurrence venant de l'Est). Surfant sur l'idée de service minimum
recommandé par le pouvoir en France, il n'a pas hésité à vouloir remettre en
question le droit de grève pour son seul intérêt et à pratiquer la méthode
forte pour obtenir satisfaction.
En
remettant en cause le droit de grève, la conciliation sociale, le droit social
des travailleurs, M. O'Leary cherche manifestement à faire vaciller le modèle
social belge (et européen continental).
Une
question se pose en arrière de ce problème: doit-on tout accepter au nom de
l'emploi ?
Pour
les libéraux, la situation économique, toujours plus concurrentielle, justifie
des concessions sur les conditions de travail. Pour les écolos, une raison
environnementale ou de bien-être (par exemple, le sommeil des gens gêné par les
bruits d'avions) peut primer. Une position de gauche pragmatique pourrait
consister à trouver un juste milieu entre la défense de l'environnement (au
sens large du terme), de l'emploi et d'idées, valeurs de gauche inaliénables.
Dans le cas présent, ne vaudrait-il pas mieux à un moment donné (en cas de
rupture totale des négociations) refuser de céder sous peine de démanteler
insidieusement tous les acquis sociaux (si l'on cède pour l'un, pourquoi pas
pour l'autre?). Il y a du mépris pour notre
modèle social de la part d'une entreprise qui gagne grassement sa vie (y
compris en Belgique) et qui semble avoir oublié les bénéfices qu'elle a pu
tirer des subsides publics pour venir s'y établir. Par ailleurs, il n'est pas
illusoire de penser qu'une autre compagnie, plus respectueuse, viendrait
rapidement prendre sa place à terme.
Le
libéralisme sauvage impose des résistances pour déterminer le type d'emploi et
de modèle économique à défendre dans nos pays. Un chômage de 5% au lieu de 10%
est-il un signe de bien-être s'il oblige à recourir à deux emplois ou à
accepter des conditions financières indécentes maintenant bon nombre de
salariés sous le seuil de pauvreté? Pour tendre au maximum vers le plein
emploi, il reste au pouvoir public naturellement de créer les conditions pour
que l'activité se développe et que de l'emploi durable et convenable naisse de
ces initiatives.
Le patronat belge explique que le capitalisme sauvage est soutenu implicitement par la population qui est consommatrice et n'accepterait pas la disparition de compagnies présentant des vols moins chers. Peut-on lui donner tort? La résistance, c'est parfois aussi de renoncer (spécialement pour ceux qui en ont les moyens). Depuis l'arrivée de Ryanair, je me suis juré de ne pas utiliser leurs lignes en raison du modèle social que la compagnie sous-tend. Ma détermination n'en est aujourd'hui que davantage renforcée. Ayons parfois conscience de nos possibilités de simple citoyen attentif.
06 août 2007
Roman-photo

L'image est stylisée, indéniablement superbe sur le plan artistique (la grande Annie Leibovitz bien sûr), autant dans le rendu des couleurs que dans la précision du portrait.
Elle joue totalement sur l'effet de surprise avec la présence d'un monstre sacré de l'Histoire dans une photo au clin d'œil politique fort: l'évocation de la chute du communisme au travers de deux symboles, l'un matériel (le mur), l'autre humain (Gorbatchev, le dirigeant soviétique qui a ouvert la voie au changement).
Pourtant le malaise naît assez vite par la présence de ce sac Vuitton à ses côtés, qui nous rappelle que nous sommes bien dans une publicité.
La récupération des événements politiques, des sujets sociétaux par le marketing économique n'est pas nouvelle et cette cohabitation délicate a déjà fait couler beaucoup d'encre il y a une quinzaine d'années lors des campagnes de Oliviero Toscani pour Benetton. La débat court sans doute toujours et ma préoccupation ne se porte pas particulièrement sur cette question mais davantage sur le message implicite de ce cliché.
Selon le fils Arnault, Gorbatchev a voulu exprimer la vision qu'il voudrait que le public retienne de son action. La manière utilisée apparaît à ce titre pour le moins maladroite.
Rapprocher Vuitton de l'événement politique qui a contribué à la fin du communisme à l’Est, c'est finalement consacrer le grand triomphe du capitalisme dans la course idéologique. Et pas n'importe lequel. Photographier Gorbatchev devant le mur de Berlin avec un sac Vuitton, c'est indiquer qu'en se détournant de l'idéologie marxiste, il s'est rangé au modèle libéral et a accédé à la richesse, au grand luxe que symbolise cette marque. Le message souhaité par l'ancien politicien de représenter l'effondrement d'un totalitarisme au nom de la liberté individuelle est supplanté par l'adhésion implicite à une idéologie libérale d'un autre type, axée sur le consumérisme, l'apparence comme preuve de réussite, l'exaltation d'un individualisme clinquant qui méprise souvent toute forme de solidarité.
Sans verser dans la nostalgie d'un régime ou d'un modèle économique rangé peu à peu dans la rubrique histoire, les idéalistes ou les tenants d'un modèle moins inégalitaire ne goûteront sans doute guère le cynisme compressé dans cette superposition de signifiants au décalage outrancier.
12 juin 2007
Billet de juin
C'est
la fin d'un cycle. Le rythme des élections prend fin en ce mois de juin tant en
France qu’en Belgique et c'est bientôt l'occasion de parler d'autre chose
(quoique la politique est une question citoyenne quotidienne).
Avant de tirer un trait, je ne peux m'empêcher de dresser la situation en
Belgique où les résultats défavorables de la gauche ont suivi ceux observés en
France, avec une probable cure d'opposition au niveau fédéral (national).
Si la
Flandre s'est à nouveau fortement droitisée et a plébiscité les partis
séparatistes lors de ce scrutin, la situation est moins tranchée en Wallonie et
à Bruxelles. Je demeure persuadé que la gauche reste dominante (certainement en
Wallonie) mais la perte de leadership du PS francophone au profit du MR (parti
libéral) a déplacé le centre de gravité politique. Le MR a désormais la main
pour former une coalition de centre-droit en s'alliant au CDH, le parti
centriste (le Modem belge) dont le cœur de la présidente penche pourtant à
gauche (le PS et le CDH forment d'ailleurs la majorité en région wallonne et en
région bruxelloise, le prochain scrutin concernant ces niveaux de pouvoir étant
prévu en 2009).
Le
ressac de la gauche se révèle pourtant assez faible dans l'ensemble, la perte de voix du PS ayant profité principalement au parti Ecolo
catalogué à gauche (même si un doute se pose quant à la stratégie des
dirigeants qui affirment n’avoir aucune exclusive quant à une forme de
coalition). Mais la logique de parti vainqueur/perdant lors d'une élection
et la pression de la Flandre droitière pour ne plus gouverner avec le PS rend
la présence de la gauche au pouvoir fédéral peu probable. A moins d'une
exigence flamande de réforme de l'Etat (ceux-ci veulent encore plus d'autonomie
au contraire des francophones qui prônent le statut quo), laquelle réclamerait
un majorité des 2/3 au parlement et ainsi une coalition plus large.
Pour les français qui réclament (sans doute avec raison) une part de proportionnelle, on peut donc observer que le message des électeurs pour constituer une coalition dans un tel système à un seul tour n'est pas forcément des plus clairs et demeure in fine le choix d'alliances de parti (il s'agit d'une constatation, pas d’une critique).
Le
tassement du PS trouve son explication principale dans les affaires à Charleroi
qui ont miné la ville depuis deux ans et plombé la campagne au cours des deux
dernières semaines avec une nouvelle vague d'inculpations (moins pour des faits
délictueux individuels qu'au nom de la responsabilité collective d'avoir
participé au collège décisionnel durant les 12 à 15 dernières années) dont le
calendrier judiciaire peut étonner (pourquoi si près des élections et seulement
au compte-goutte pour un même fait reproché?). La presse a pu s'en délecter, elle qui
cherchait depuis longtemps à crucifier le parti (c'est une évidence, la
gauche - et le PS en particulier - ne possède plus de relais au niveau
médiatique).
On
pourra évidemment affirmer que ces avancées judiciaires étaient prévisibles et
qu'il aurait fallu nettoyer les écuries d'Augias bien avant. C'est peut-être
vrai mais la révolution de velours entreprise par le président du PS Elio Di
Rupo dans le but de préserver l'unité du parti et dans le respect des hommes en
place présumés innocents (après la mise à l'écart immédiate des principaux
protagonistes de l'affaire) avait plutôt bien réussi jusque là.
La confiance unanime maintenue par les mandataires socialistes envers leur
président et son score personnel impressionnant malgré la défaite démontre
qu'Elio Di Rupo incarne toujours la meilleure solution pour conduire le parti.
Ce lendemain de défaite me donne l'envie de rendre hommage à cet homme qui
vient peut-être de connaître son premier échec politique (après avoir frôlé une
chute injuste il y a 10 ans lorsqu'il fut la victime d'une dénonciation
fantaisiste de pédophilie en pleine période post-Dutroux, cet épisode
accélérant son coming out).
Doté d'une intelligence supérieure, d'une précision confinant à la
méticulosité, il est parvenu à impulser au sein du PS un vrai discours de
gauche, à la fois défenseur des plus modestes, responsable dans la conduite de
la gestion publique et résolument moderne sur les questions de société (il est
à la base des avancées éthiques en Belgique en mettant en avant ces questions
dans le programme du parti).
Apparaissant souvent sous contrôle, il m'a été difficile d'appréhender sa
personnalité intrinsèque même après l'avoir rencontré à quelques reprises dans
un contexte plus informel. C'est lors de cette campagne et ses soubresauts
difficiles que j'ai vu émerger en lui une sensibilité plus clairement affichée,
une morale indéfectible (il refuse les coups bas au contraire du président du
MR) et un profond respect pour les individus. C'est avec un personnage comme
lui que je demeure persuadé que le socialisme demeure la
meilleure réponse politique, un parti populaire, moderne et ancré sur des valeurs de
solidarité et de mieux vivre ensemble.
Je vois
autour de moi une désaffection pour le politique, une absence de vision globale
de société qui traduit un repli sur ses propres intérêts et/ou un vote
automatique en faveur du parti correspondant à la classe à laquelle on
appartient (je pourrais parler d'individualisme sur le plan de la vision
politique même si ce terme n'est pas un gros mot pour moi, persuadé que le
respect de sa propre intériorité est primordial sur le plan comportemental). La
gifle du week-end dernier constitue dès lors pour mois une blessure envers une
vision politique de respect des plus fragiles, des minoritaires.
Pour me
ragaillardir, j'ai écouté le discours d'Elio aux militants dimanche soir (voir
le lien ci-dessous), qui illustre que la politique si souvent décriée, cette commedia
dell’arte, reste une aventure humaine totale avec certes, dans sa vision
sombre, ses coups bas, ses luttes de pouvoir internes mais aussi un lieu de
rencontres, une source d'émotion, encore plus touchante au soir d'une défaite. Et cette
vision romantique soudain dévoilée me donne envie (à mon niveau de simple
sympathisant engagé) de continuer à me battre autour de moi pour éveiller
quelques consciences.
http://www.ps.be/Source/Galleries.aspx?MenID=3094&EntID=1&Type=1&GalID=119&GItID=629
31 mai 2007
Billet de mai
Sarko
sacré ou sacré Sarko.Il y est enfin arrivé. Le rêve d'une vie (le cauchemar
pour bien d'autres). Derrière la nouvelle fièvre d'actions lancées en tous sens
(une pratique bien connue chez lui) en vue des législatives, nous devrons
attendre quelques mois pour vérifier si Sarko sera le digne héritier des
Thatcher, Berlusconi ou autre Aznar. Le battage médiatique autour du personnage
semble en tout cas taire les premiers accrocs que sa présidence soulève.
D'une
part, Christain Vanneste, homophobe notoire et condamné par la justice à ce
titre, a été reçu à Matignon en tant que candidat soutenu par l'UMP pour les
prochaines législatives malgré les promesses de Sarko de ne pas tolérer ce
genre de personnage dans et autour de son parti et de présenter un candidat UMP
face à lui. Y aurait-il des sujets minoritaires dans la vie politique?
D'autre part, il se confirme les rapports dangereux que le pouvoir médiatique a
entretenu et continue à entretenir avec le nouveau président (intégration dans
son équipe de journalistes dont l'un a couvert la campagne de Ségolène Royal
(avec objectivité?) ou inversement un responsable de sa campagne qui devient le
bras droit du nouveau patron de TF1). La berlusconisation est en marche,
pourquoi si peu de gens s'en émeuvent-ils?
Quelle
gauche opposer à Sarko à l'avenir? On notera que bon nombre de ceux qui ont
soutenu un recentrage du PS sont partis…dans le gouvernement Sarko. La prudence
sur un tel virage s'impose donc. Un projet de gauche moderne, basé sur un
discours clair et fort, soutenu par l'ensemble des forces vives du PS, doit
pouvoir rassembler au delà de la gauche (sans se rapprocher d'un Bayrou qui
restera indépendant par opportunisme politique - optique 2012 - et dont
la seule ambition est de devenir LA force d'opposition à Sarko).
Cette mise en œuvre passera inévitablement par
un nouveau patron disposant de charisme, d'un sens du leadership et du
rassemblement. Pour au moins les deux premières caractéristiques, Ségolène
Royal peut incarner cette figure. Elle n'est pas considérée comme un éléphant
et a pu mobiliser l'enthousiasme de bon nombre de jeunes militants et
électeurs. Derrière son côté parfois rigide et empruntée, elle peut se révéler
franchement émouvante et pleine de convictions (elle a au moins su me convaincre
sous cet aspect). Il lui reste à travailler un programme largement partagé,
bien construit dans la durée ainsi qu'une union autour de son nom en intégrant
les autres courants autour d'elle. Ségolène aura-t-elle ce soutien et
pourra-t-elle convaincre définitivement les récalcitrants en faisant preuve
d'une ouverture plus large que celle observée lors de sa campagne?
Deux
gros challengers fournissent leurs armes dans l'ombre. DSK, à l'ambition
parfois trop explicite, possède l'intelligence et la stature pour un tel rôle
mais pourrait éprouver des difficultés à incarner le renouveau avec son
étiquette d'éléphant et l'aversion de la gauche du parti à son égard. Delanoë
(l'homme des jospinistes?) est parvenu à inspirer le goût de la modernité aux
yeux des parisiens et on sait combien ce statut de maire de la capitale peut
être un tremplin vers l'Elysée. Pour autant qu'il confirme son succès aux
prochaines municipales, il pourrait devenir ensuite incontournable au sein du
parti et profiter de ses incontestables qualités de communication et de
pédagogie (un must dans l'arène politique actuelle) pour exprimer aux français
un projet de gauche moderne. Le choix se situe sans doute là et pas ailleurs.
Les prochains mois permettront de dégager des pronostics et des souhaits…
Une
dernière question à propos de ces présidentielles: pourquoi donc les femmes
ont-elles moins voté que les hommes pour Ségolène alors qu'un événement de
taille pouvait se dérouler avec l'élection de la première femme présidente en
France? N'y aurait-il pas pour nombre d'entre elles une intériorisation de
l'impossibilité pour une femme d'accéder aux plus hautes sphères, le besoin de
confier le règlement de ses inquiétudes à une figure masculine?
Cela
pourrait constituer un information sans importance, c'en est au contraire
presque politique. Les transports en commun bruxellois viennent d'organiser une
sélection des musiciens pouvant jouer dans le métro afin d'harmoniser
l'ensemble. Pourquoi ne pas y organiser le concours international de musique Reine
Elisabeth tant qu'on y est? Ou une "sdf academy in the underground"? Alors qu'on a entendu les
notions de mérite tout au long de la campagne française (et que le parti
libéral francophone tente d'exploiter cette victoire chez nous, sans la moindre
imagination d'ailleurs, en reprenant mot pour mot les terminologies
sarkozistes: valeur travail, liquidation mai 68), il faut maintenant que des
gens fragiles connaissant des difficultés démontrent que s'asseoir à même le
sol et jouer de la musique contribue à la société avant de pouvoir y trouver
leur place. Ne restera-t-il bientôt que les rames de métros pour ceux qui
n'ont que leurs mains parfois tremblantes à offrir en direction du public? (Non
je ne m'énerve pas, je suis en colère. Il y a des colères saines, je sais
parfaitement garder mon sang-froid!)
Terminons
sur une nouvelle intéressante pour la vie culturelle de ma capitale et qui me
touche particulièrement. Je n'aurais jamais cru qu'en rejoignant il y a 6 ans
un quartier un peu mort, je deviendrais voisin du Beaubourg belge. Ce week-end
a marqué l'inauguration du centre d'art contemporain de Bruxelles. Attendu
depuis 40 ans, il a enfin fini par voir le jour en prenant place dans une
ancienne brasserie qui a fermé ses portes il y a 20 ans. Le nom de l'endroit
(le Wiels) provient d'ailleurs du nom d'une bière. La rénovation du chancre a
pris de nombreuses années et n'est d'ailleurs pas terminée (il faudra sans
doute encore une année pour présenter un bâtiment fini). Le résultat est de
toute façon réussi quant à la remise en état extérieure du bâtiment classé,
majestueux. A l'intérieur, celui-ci s'ouvre sur la salle des cuves (3
subsistent sur les 6 initiales, les autres ayant été percées par des squatteurs
pour récupérer le cuivre à des fins commerciales ), qui accueillera un café.
Aux étages se tiendront les expos (le centre privilégiant le mouvement créatif
aux collections permanentes) et à l'arrière des résidences d'artiste tandis
qu'une terrasse sur le toit du bâtiment nous gratifiera d'une vue imprenable
sur Bruxelles. Avis aux amateurs! 



04 mai 2007
Billet d'avril
Un seul sujet évident pour ce mois
d'avril écoulé: les élections présidentielles françaises.
Si le duel Sarko-Ségo au deuxième
tour était attendu, la surprise est venue de l’importance du score des deux
candidats. On l'a souvent évoqué et cela se vérifiera sans doute : le résultat
du premier tour conditionne celui du second. Et de ce point de vue, l’élection
semble a priori jouée. Arithmétiquement, on voit mal comment Ségolène va
pouvoir grappiller les points suffisants pour inverser la tendance qui s’est
esquissée après le premier round. La France penche à droite, cela semble une
évidence.
La campagne aura permis de voir
s’opposer des projets de société différents et c’est tant mieux si l'on se souvient
de la précédente élection. Aussi intéressant fut l'éclaircissement du
positionnement de people ou intellectuels se réclamant de gauche et qui ont
fini par rejoindre Sarko. Rien de pire que voir le débat à gauche pourri par
des personnalités n'ayant que peu d'idéologie en commun avec leur prétendue
famille politique et qui semblent avoir (enfin!) trouvé leur juste chemin à
l'occasion de cette présidentielle. Pour justifier leur ralliement, les Hanin,
Tapie, Gallo, Glucksmann, Séguéla (qui parvient à passer de Ségo à Sarko entre
deux tours, fort le type !) ou le misérabilissime Eric Besson (il ne manque
plus que Finkelkraut en fait) ont profité de la figure féminine de la candidate
socialiste et (c’est presque un corollaire pour eux) de sa présumée
incompétence (une attitude qui, aujourd'hui, ne tient pas la route devant la
consistance croissante affichée par Ségolène au fil de cette campagne). Au bout
du compte, ce fut surtout pour eux l'occasion de libérer leur inconscient en
affichant au grand jour leur virage droitier et pas des moindres dans la mesure
où Sarko n'incarne pas une droite centriste à la Chirac mais bien une droite
très à droite, revendiquée telle quelle, sans état d'âme.
Doit-on y voir un lien avec leur
âge respectif? Un sondage affirmait récemment que Ségo gagnerait dans toutes
les catégories d’âge son combat contre Sarko sauf celle des plus de 65 ans où
trois quarts des gens de cette catégorie opteraient pour Sarko, d’où l'avance
finale de ce dernier. Le discours sur l’insécurité asséné inlassablement par
Sarko rassurerait ainsi la partie de la population la plus fragile dans ce
domaine. Ma charge paraîtra peut-être lourde et idéologique mais la question me
semble probante: la vieillesse aurait-elle pour unique caractéristique
politique de se refermer sur elle-même ?
Au fonds, je ne peux m’empêcher de
voir dans le vote à droite une préservation de ses propres intérêts, un refus
d'envisager une vision collective et de solidarité de la société, sans parler
d’un conservatisme sur le plan des valeurs morales et de l'éthique. Dans un dernier
baroud d’honneur, j’espère une mobilisation importante des gens de gauche et du
centre pour entreprendre un acte politique collectif comme l’énonce le
journaliste Guy Birenbaum sur son blog (http://birenbaum.blog.20minutes.fr/,
cfr. Son article du 1er mai). Abstentionniste depuis 25 ans, il se
rendra aux urnes pour éviter une politique sarkozyste conservatrice avec sa
volonté d’expurger mai 68, ses idées rances sur l’inné et l’acquis, son
libéralisme de la régression sociale, sa vision d'une France duale pour
défendre une autre conception de la société, non pas celle représentative d’une
seule voix - la sienne - dans un individualisme aveugle mais bien celle de
l'intérêt collectif en faveur des plus faibles, des minoritaires.
Cela ne changera sans doute rien au résultat final mais il y a des valeurs qui dépassent le cadre d'une seule élection...
01 avril 2007
Billet de mars

Une chasse au sorcière obligeant la population à
déclarer sa collaboration avec la police secrète communiste. Une volonté
d’interdire aux enseignants de parler d’homosexualité et donc d’homophobie.
Nous sommes en Pologne. Nous sommes en Europe. Est-ce l'absence de constitution
européenne qui empêche les droits individuels d'être respectés au sein du
territoire européen?
Nous pouvons en tout cas être fier de voir émerger dans notre
europe occidentale des films comme l'émouvant et très beau film de Téchiné
"Les Témoins", sorti récemment, qui aborde avec rigueur et maestria fictionnelle
l'émergence du sida dans les années 80 (j'y reviendrai peut-être
ultérieurement).
La campagne française pour les
présidentielles est bel et bien lancée. Il est désormais plus clair de juger Ségolène Royal dont les prestations publiques se sont sensiblement améliorées après certains
tâtonnements qui avaient introduit le doute sur ses compétences. Mieux
préparée, elle semble mieux aborder les problèmes et ses interventions trouvent
désormais une expression plus enjouée que le rythme monolithique de ses
premiers passages en public. Son programme se décline en
de nombreuses idées manifestement de gauche, au
rang desquelles figure notamment la mise sur pied d'une véritable concertation
sociale entre syndicats (qu'elle veut plus forts) et patronat avec arbitrage
éventuel du gouvernement. Un système qui fonctionne en Belgique et permettrait
de sortir des oppositions continuelles et ferait peut-être naître une tradition
de compromis parfois bien utile pour la paix sociale.
Evidemment, certaines idées convainquent moins (sa conception sur le traitement
de la délinquance juvénile) et sa posture très mitterrandienne de suivre avant
tout son intuition peut provoquer quelque pensée malheureusement définie ainsi
que le risque que le parti ne fasse pas bloc autour d'elle.
Si le ralliement autour de sa personne peut s'accélérer au
cours de cette campagne, il semble cependant encore difficile pour une bonne
partie de la population de saisir pleinement sa personnalité, empêchant ainsi
une forte identification, indispensable pour un vote massif en sa faveur. J'y
verrais peut-être une explication dans le paradoxe suivant. S. Royal incarne la
modernité par sa simple condition de (jolie) femme candidate à l'élection
présidentielle ainsi que par sa volonté de réformer la façon de faire la
politique (démocratie participative, volonté de rétablir le dialogue à tous les
niveaux, décentralisation accrue). Mais elle représente dans le même temps une
forme de traditionalisme, visuellement exprimé par sa posture physique assez
rigide et hérité par son éducation familiale dont elle s'est
certes largement affranchie mais finalement pas totalement. Cela se traduit par
des idées symboliquement assez vieille France de placer la famille (et l'école)
au centre de son programme et des fondements de notre société ou encore la
façon de mater la délinquance des mineurs et l’exaltation de la nation (dans
une posture très différente de Sarkozy certes mais à la symbolique très
évocatrice).
Le décalage entre ces deux perceptions antagonistes brouille sans aucun doute
les repères d'une frange de la population : elle insinue un certain doute
auprès de la gauche progressiste (et l'aversion des libertaires comme Michel
Onfray) par son image parfois trop conservatrice et déstabilise par certaines
de ses options jugées tantôt trop audacieuses, tantôt trop autoritaires
l'électorat plus centriste.
Ségolène
représente cependant à mes yeux aujourd'hui la seule issue pour empêcher le
pays de basculer à droite et pour un certain temps. La machine de guerre de
l'UMP risque de verrouiller toute possibilité de changement et Nicolas Sarkozy,
une fois élu, pourra compter sur son populisme pour favoriser sa réélection.
Avec les dangers connus que sa politique pourrait créer (désordre social et
dans les banlieues, un conservatisme éthique isolant la France des autres
grands pays européens sur ces questions, une Europe libérale et sans
possibilité de transformation radicale impulsée par la France à ce niveau,…).
Quant à Bayrou, je crois que c'est la force de persuasion des deux candidats
principaux qui laissera à distance ce dernier dans les urnes. Bayrou président,
c'est la droite au pouvoir, la mollesse de la non-action, la crise
institutionnelle profonde (il sera incapable de rallier sous sa coupe une
majorité à l'assemblée lors des législatives). Bayrou, c'est un peu l'actrice
virtuelle Simone dans le film du même nom, créée pour répondre aux attentes du
public : un candidat hors système dans une France qui n'a plus foi dans
l'institution politique, hors du clivage gauche-droite dans un contexte où un
candidat peine à se révéler compétente aux yeux du public (un peu machiste sur
le fonds) alors que l'autre fait peur. Le président potentiel Bayrou en fait
n'existe pas.
Vu que
les Verts sont cette fois inaudibles (j'aurais voté Mamère en 2002 et sans
regret même après le 21 avril), que le reste de la gauche est avant tout
non-participationniste, que le vote utile sera de toute façon bien nécessaire,
Ségo sera mon vote virtuel cette année.
Finissons avec un sujet plus léger : Gaston Lagaffe a fêté son 50è anniversaire
en mars de cette année et paraît toujours aussi jeune et surtout moderne. Il
pourrait prendre place dans n'importe quel défilé de mode actuel. Le jeans
hyper moulant, les cheveux ébouriffés, la démarche nonchalante, l'attitude
dégagée, l'esprit un brin désenchanté, il incarne parfaitement une certaine
jeunesse actuelle.
Plus grave par contre: Britney Spears va mal. En cure de désintoxication, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours. Ses ennuis ont amené son ex Justin Timberlake et son producteur Timbaland à lui venir en aide (pour éviter sans doute un "oops I dit it again"). Nous aussi mobilisons-nous pour Britney. Rasons-nous la tête par solidarité. Bon, je vous laisse la primeur de l'initiative...





