22 avril 2008
Standard champion (ou l'impossible partage?)
Ce dimanche soir, j’ai vécu un moment historique,
inoubliable, devenu presque inespéré. Mon équipe de foot favorite, le Standard
de Liège, est parvenue à décrocher le titre de champion de Belgique pour la
première fois depuis 25 ans.
Depuis toutes ces années, les déceptions ont été régulières,
les railleries permanentes de la part des supporters rivaux. Dans ces moments
où certains ont pu céder au découragement, j’ai sans doute encore davantage
puisé un sentiment d’appartenance à ces couleurs rouges et blanches. Et bien
d’autres (plus encore que moi) ont manifesté une ferveur pour maintenir le
mythe du club (sans eux, il n’existerait probablement plus). L’enthousiasme
sans limite a permis le retour de l’enfer de Sclessin sous les chants d’un
public chaud, latin, incomparable dans notre plat pays.
Le miracle s’est produit dimanche soir avec un
scénario idéal : le match nul d’un adversaire l’après-midi autorisant à
devenir champion le soir en cas de victoire face l’ennemi de toujours
Anderlecht placé en embuscade, le coup d’envoi donné par Zizou (ami personnel
du manager du club) et cette victoire 2-0 (acquise grâce aux buts d’un joueur
ayant évolué l’année dernière chez ce rival), avant la liesse dans les rues de
la cité ardente survoltée par l’exploit (le club ne disposant
« plus » que du 4ème budget du championnat, deux à trois
fois moindre que celui d’Anderlecht mais alignant des jeunes joueurs au
potentiel phénoménal sous les ordres d’un grand monsieur).
Cet événement a généré en moi une puissance émotionnelle
phénoménale. Je revois tous les moments difficiles que j’ai connus comme
supporter, les bonheurs intenses glanés ça et là sans atteindre le climax de ce
titre. C’est un peu comme si ma vie avait atteint un objectif, une raison,
quelque chose d’inaliénable, gravé à tout jamais.
Pour certains, ce firmament (le plus beau jour de sa vie comme on dit souvent)
se matérialise davantage par des événements comme un mariage par exemple. A
cette occasion, les félicitations fusent, les marques de partage du bonheur se
répandent.
Pour mes proches, qui connaissent mon engouement et ma passion pour le club,
l’incompréhension prédomine (encore plus parmi les gays je dois avouer) et il
semble leur être impossible de faire preuve d’empathie à ce sujet.
Dimanche soir et lundi matin (à l’exception des deux à trois personnes avec qui
j’ai partagé le bonheur en direct), je n’ai reçu qu’un seul message visant à
partager mon bonheur. Cela n’entache en rien mon plaisir (les supporters d’un
club de foot, c’est aussi une grande famille, sans connaissance véritable entre
eux mais avec ce lien vague, fugace mais sublimé par des instants intenses
partagés dans un stade ou dans un café). Ceci vient seulement rappeler un
constat (sans jugement particulier car je m’associe à cette vérité) sur la
nature fondamentalement égoïste de l’être humain qui n’est probablement capable
d’altruisme que par conditionnement culturel et spécialement dans les domaines
qui le touchent.
Dire cela, c’est déjà estimer par nature l’inutilité de cet article en direction de ses éventuels lecteurs. Qu’importe, je vous ferai partager (ou non) ce cri de ralliement, presque possédé, d’un supporter « rouche ». C’était il y a deux ans. Sa prophétie ne s’est pas alors réalisée mais elle convient dorénavant si bien au contexte actuel…
http://www.youtube.com/watch?v=fbRRYHTiuOY
17 avril 2008
Un séjour en Israël

Un voyage en Israël,
lieu d’interaction, de friction, de fusion entre deux perceptions dominantes et
presque antinomiques, spécialement pour un gay étranger.
Dans le monde occidental, Israël incarne aujourd’hui l’insécurité la plus totale. Que les
commentaires émanent de la
famille, des amis ou de collègues, l’annonce du voyage a
surpris, inquiété, fait l’objet de railleries sur le risque de ne pas en
revenir. J’ai éprouvé également ce doute devant l’attention médiatique portée
au terrorisme né du conflit
israëlo-palestinien et les appels à la mort de l’état hébreu véhiculés par
l’Iran ou le Hamas (pour ne citer qu’eux). Cette terre tant convoitée a d’ailleurs
subi les effets du 11/09 par ricochet, avec un effondrement du tourisme. Seuls y
voyagent aujourd'hui les juifs du monde entier dont une
partie (français et américains principalement) a investi dans l’immobilier pour
se garantir une porte de sortie en cas de situation intenable dans leur pays, avec un boom sous-jacent des prix. L'angoisse que ressentent actuellement les
israëliens ne porte pas tant sur les menaces proférées par les pays voisins que vis-à-vis de la
société néolibérale qui s’est installée, obligeant à titre d’exemple une femme de 55 ans (et en couple) à conduire son taxi 11 heures par jour pour s’en
sortir. Une peur qui n’est pas la nôtre, centrée
sur ces fameuses tours qui s’effondrent, ces kamikazes qui se font exploser,
cette crainte diffuse d’être là au mauvais moment.
En rejoignant Tel Aviv, nous plongeons au sein d’une ville
libérale, d’accueil pour tous les gays nationaux, loin de ces régions où la
religiosité ne leur permet pas de s’épanouir. La gayttitude qui s’y déploie peut-être
comme nulle part ailleurs s’incarne dans l’imagerie de ces corps finement
dessinés lors de leur passage obligé
par l’armée et la culture du
sport qui l'accompagne, par l’uniforme qu'arborent fièrement ces jeunes
soldats comme symbole du service rendu à la nation (le souvenir
persistant de l’effroyable Shoa demeure le seul véritable trait d’union entre les citoyens du pays affirment certains intellectuels), par
ce goût du beau qui semble régner, magnifié il est vrai par la fulgurance de
regards bleu-océan – le plus beau
peuple disent ceux qui sont passés émerveillés par là.
Et quand ce corps
uniformément musclé (avec la parcimonie qui relève de l'élégance),
ce déploiement lascif de danseur, ce sourire tendre, ce regard profond atterrit
sur les draps, sous ses doigts, une forme de finitude s’inscrit dans le creux du
cerveau. Bien sûr, le moment était mal choisi, les circonstances climatiques et
personnelles pas du tout idéales mais l’image de perfection qui s’est figée
devant mes yeux rend plus palpable l’inatteignable possession de l’autre. Ce
corps que l’on voudrait pétrir jusqu’à en saisir les entrailles, qu’il se mue
en présence éternelle se transforme au contraire en une altérité intouchable
bien que si proche, une œuvre à regarder encore et encore, tant et plus, avec
le respect qui leur est dû. Le désir est présent mais impossible à surpasser.
Je bande et je débande. Il me suffirait de sortir du cadran, devenir spectateur
de mon propre acte pour retrouver la sensation du climax désirant. Mais je
perds pied, le contrôle m’échappe. Comment adopter la posture dominante qui
m’est assignée (par lui ou par moi ?) face à la puissance de cette statue
angélique qui me renvoie à ces muscles pas assez façonnés, à ce visage
qui semble traduire particulièrement
aujourd’hui le poids des années, à cette fragilité toujours prête à exploser et
qui se réveille forcément ce matin?
Un éclat de bombe en
plein coeur face à cet absolu
désarçonnant. Son uniforme vert
au fonds du sac en écho aux M16 que portaient en bandoulière la veille dans
les rues de Jérusalem de jeunes soldats convaincus de leur mission, non loin du « Western wall », mur infranchissable,
ce lieu sacré que tu ne comprends pas - faute de
foi. Tu crois pourtant à la chaleur quand elle n'est pas suffocante,
à ces plages le long desquelles tu t’exposes et mates le paysage luxuriant de
ces galbes avantageux, à ces ruelles et terrasses au décor si paisible (tu as
totalement oublié l’effroi que la visite de cette ville a pu susciter) mais leurs traces
éphémères ne peuvent constituer un projet structuré. Immergé
dans cette ambiance légère, presque artificielle, tu devines qu'un
jour, une boule de feu jaillira dans ce ciel faussement apaisé. Que ton âme finira par la rejoindre. Seul Dieu (s’il existe) pourrait dire où elle te mènera. Toi tu ne le
sais toujours pas.





