Mo's blog

Des choses à dire...

24 février 2008

Vacances

Voici donc les vacances terminées. Depuis mon retour, j'ai pensé n'avoir rien à écrire avant d'y songer puis d'encore me raviser. Au fonds, en me rendant dans une même destination pour un même profil de vacances, je pourrais faire appel à un simple copier-coller des autres années. Et pourtant ce serait admettre qu'elles sont répétitives, prévisibles, ce que je ne conçois pas comme tel. A chaque fois la tonalité du vécu diffère. Les habitudes se modifient en fonction des circonstances (la chambre occupée, l'état d'esprit, le temps, les événements - comme la période de carnaval cette année et tous ces jeunes canariens incroyablement beaux circulant dans les rues) et bien sûr les rencontres.

Libidineuses forcément à GC. Certains additionnent jusqu'à trois ou quatre mecs par jour. Conscients de cette réalité, j'ai affirmé à L. au début de séjour (uniquement sous le ton de plaisanterie?) que nous ne reviendrons plus à GC le jour où nous nous chopperions une chaude pisse. Loin de moi, les objectifs chiffrés de mes congénères, prime plutôt une exigence pseudo-qualitative (croire maîtriser tous les critères théoriques de l’homme idéal reste une chimère). Cette année, il y eut au moins de la nouveauté. Jamais nous n’avions baisé avec un anglais. Heureusement, ce ne fut pas le genre oxfordien, au langage policé et à l'allure pincée mais le sexy lad avec sa grosse chaîne autour du cou, buvant de la bière, un brin vulgaire (mais pas trop tout de même). Deux jours plus tard, dans l'effervescence d'un samedi dense, nous nous sommes retrouvés avec trois autres garçons sans l'avoir cherché, dans un élan presque naturel, un déroulement pas glauque le moins du monde, s'éprouvant même comme la réalisation d'un fantasme que la raison en d'autres temps aurait repoussé.

Et puis il y a les autres. Laurent, par exemple, avec qui nous avons dragouillé au début du séjour, avant de nous rendre compte qu'il était en couple. L'entrée en scène de sa moitié m'a échaudé, ne m'empêchant pas de converser ou danser en leur compagnie mais en veillant à refermer à temps la porte car non, ça n'allait pas la faire. Les gens ne le comprennent parfois que trop tard et peu parviennent à ne pas en tenir rigueur. Durant la suite de la semaine, Laurent, magnanime, s'est échiné à expliquer sa joie de nous avoir rencontrés, à créer des liens ignorant superbement le message non verbal de son conjoint. Les promesses de maintien d'un contact ont été répétées, reportées jusqu'à la soirée finale lors de laquelle il m'explique qu'il s'en va sans état d'âme. Un discours en anti-thèse du mien. Moi avec des pincements au cœur face aux souvenirs, ceux-là même qui servent ou serviront de baume au vieillissement, qui donnent sens par la matérialisation consciente du mouvement, de la participation à une aventure commune par opposition aux langueurs éternelles et sans mémoire du repos final. Des souvenirs qui dépassent ma propre personne en incluant d'autres figures. Me rappeler de leur présence, c'est leur offrir une place dans la dynamique existentielle, c'est les substantialiser par delà l'effervescence de la foule dans laquelle nous semblons noyés. En renonçant aux souvenirs, Laurent m'a exclu de sa mémoire, a nié la réalité signifiante de mon existence. Nous nous sommes finalement quittés sans échanger une quelconque coordonnée. Rideau, enfin pout moi souple et léger, volontiers entrouvert, connecté avec les ombres tapies derrière le décor – j’ai vécu donc j’existe. 

Posté par Morrissey à 20:08 - C'est arrivé un jour... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 février 2008

Une vie antérieure part 19 : « Une déclaration »

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J’aurais pu fuir, nier, m’indigner, j’ai juste failli pleurer. Je ne pouvais y échapper. Je lui fais penser à son meilleur ami, ce n’est donc pas si grave. J’ai cherché du réconfort dans ses yeux pour apaiser mes craintes face au monde inconnu qui devrait tôt ou tard s’ouvrir à moi.

 Samedi soir, milieu de la nuit. Je déambule dans les rues surpeuplées de ma ville de province, les traditionnelles fêtes de Wallonie battent leur plein. Je parcours divers endroits en compagnie de mes coéquipiers de basket et de leurs proches. Je parle calmement à la copine d’un de mes coéquipiers, Stef, avec qui j’entretiens d’excellents contacts. Je me sens à l’aise en sa présence, elle témoigne à mon égard d’une attention particulière, semblant déceler et rechercher plus que d’autres la sensibilité derrière ma timidité. Son attention me valorise et m’attire vers elle. Quelques mois plus tôt, j’ai même acquis la conviction qu’il s’agissait de mon style de fille. Une jolie mulâtre, des yeux perçants, encore et toujours un caractère bien trempé.

Il fait doux comme septembre nous le réserve dans ses meilleurs intentions. Rien ne laisse transparaître le souffle tourbillonnant autour de nous, ni moins encore présager la bourrasque qui va s’abattre sur moi. Stef a interrompu notre conversation et me conduit en marge de mes camarades. Postée face à moi, elle me regarde fixement dans les yeux et m’adresse cette phrase dont les mots vont rapidement s’entrechoquer dans ma tête: « je me suis demandée si tu n'étais pas homo…».

Au milieu de cette foule, dans ces ruelles sombres et animées, le brouhaha des voix proches, et lointaines s’est soudainement arrêté, le monde à mes côtés s’est résolument figé. Je n’ai qu’à réactiver mes défenses, elles m’ont préservé de toute remise en cause depuis des années. Lui rire au nez, m’indigner, fuir, refermer le chapitre. En l’espace de 5 secondes, mon cerveau a toutefois emprunté un autre virage. Il a saisi la brèche et profite du chaos ambiant pour une échappée solitaire. « Tu as peut-être raison », lui dis-je, les larmes aux yeux. Elle me dit qu’elle ne veut pas me faire pleurer, qu’elle cherche juste à m’aider.
Je ne sais pas ce qui m’a poussé à lui dire oui, ou plutôt je le sais trop bien. Ce désir pour les garçons, cette tentation qui court depuis des années. Intermittente mais régulière et qui s’est réveillée pas plus tard qu’en début de soirée, lors de mon match.

18.00, la partie a débuté, je dois prendre en défense le distributeur de l’équipe adverse. 20 ans, un petit mètre quatre-vingt, un physique très avenant (cheveux blonds et  yeux bleus), un visage fin qu’un petit bouc rend plus viril et original Cette simple assertivité de l’apparence extérieure m’impressionne. J’en suis incapable, ma coiffure n’a pas changé depuis mes jeunes années et l’attention que je porte aux vêtements reste inscrite dans une ligne on ne peut plus classique. Cette audace dans l’affirmation de soi m’attire autant que ce physique que je voudrais approcher. Les contacts inhérents à notre directe opposition me poussent à effleurer sa peau. Mes mains qui se posent de temps à autre sur lui signifient davantage qu’une simple tactique défensive, sans pour autant me distraire de la mission sportive qui m’est assignée.

Le plus troublant reste toutefois à venir. Les vestiaires ne comptent qu’une seule rangée de douche pour les deux équipes, l’équipe visitée laissant le soin aux visiteurs de les y précéder. Je me suis rhabillé et me poste devant le miroir pour me recoiffer. Par l’entrebâillement de la porte, j’aperçois deux à trois joueurs de l’équipe adverse. Pas encore mon adversaire direct mais tout de même un de ses coéquipiers, mignon et au corps finement musclé. Je n’ai pas le temps de réaliser l’excitation qu’il me procure que le jeune garçon au bouc vient prendre place à son tour dans les douches. Ces deux garçons au physique parfait me font tourner la tête. Je dois pourtant rester vigilant face à mes coéquipiers qui pourraient me repérer. Je ne peux détourner mes yeux devant le spectacle offert, ces mains qui répandent le savon sur leur corps et leur queue fièrement exhibés. Je voudrais les rejoindre, partager ce moment définitivement érotique. L’échange est bien entendu impossible, il ne reste en ce lieu que mon désir voyeur face à ces corps séduisants et au final un caractère inassouvi.

 Et ce soir, elle et moi, au milieu de la foule, au milieu de nulle part. « Je me suis demandée si tu n'étais pas homo car tu ressembles très fort à mon meilleur ami » avait-elle ajouté. Dans la manière d’être, pas efféminée mais pas totalement virile non plus. Cette façon d’être distant face aux autres pour préserver une intimité secrète, de quitter les douches toujours en premier comme si j’avais à craindre une situation embarrassante.
Le fantasme du début de soirée s’est produit seulement 6 ou 7 heures plus tôt. L’évidence ne pouvait être masquée. La concomitance de ces deux réalités rendait impossible leur déconnexion. Stef a enfin annexé une légende à mon désir.

Posté par Morrissey à 19:58 - Une vie antérieure (récit d'adolescence) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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