Janvier est le pire mois de l’année. Il succède à décembre-apparence, artifices et autres cadeaux à n’en plus finir, à l’issue duquel nous finissons lessivé par l’arrêt brutal de son outrance consumériste (que les soldes cherchent toutefois à prolonger quelques jours durant). Privés des fantaisies et de la tonalité légère des fêtes (même au travail, l’ambiance est différente aux alentours de Noël, comme si nous  autorisions chacun de nous à redevenir le petit enfant qui chérissait cette période magique), nous retrouvons par ailleurs notre quotidien fadasse au gré des journées blafardes de ce mois terriblement long et si peu lumineux.

A chaque fois, je supporte mal janvier (sentiment de déprime ou envie de transfigurer le train-train habituel – à l’instar de l’an dernier où il fut le prélude à une recherche d’émotions extra-conjugales). En ce début d’année, j’ai substitué aux phobies gravitant autour de la mort (avec dans leur dernière version, l’effroi devant de potentiels mélanomes sur le corps de mes proches) des peurs plus directement liées à la sensation de vie. La crainte de ne plus pouvoir éprouver la liberté physique et des expériences humaines intimement liées à la jeunesse, l’angoisse de ne plus pouvoir s’extasier devant un événement, une rencontre ou une œuvre d’art quand le sentiment de finitude s’adosse à l’existence.

Pour bien commencer 2008 (enfin soyons exact pour terminer 2007 sans regret), je me suis occasionné en outre lundi dernier un torticolis bien méchant, dont la première manipulation ostéopathique n’a pas calmé les douleurs musculaires.
A cet épisode malheureux s’apparentait peut-être inconsciemment le désir de ne pas rentrer travailler, retrouver ces collègues avec qui je n’ai souvent rien à partager et ce boulot qui me paraît si dérisoire au regard des enjeux existentiels profonds, de la recherche éperdue d’émotions racées significatives.
Mais cette façon positive d’appréhender l’événement ne saurait occulter le mal bien indisposant qui m’empêche de passer des nuits paisibles et régénératrices. Rien n’est jamais fortuit. En cette période, je ne peux m’endormir sur le ventre - ma position favorite (je ne dévoile rien de sexuel, je vous assure)- et peine à trouver le sommeil. Lorsque je ferme les yeux, la vue virtuelle de mon plafond est remplacée par l’irruption de mon image déformée sur une courte scène, mon corps atomisé, rabougri et perdu devant un rideau pourpre d’une longueur infinie menant jusqu’au ciel. J’y incarne sans malice la posture du nain dans les fantasmes lynchiens et n’y trouve aucune ressource sublimant mes pensées. Dans ma position usuelle de sommeil, je parviendrais à tourner le dos à cette vision, à mes soucis, à la pénombre extérieure pour me laisser entraîner dans un abîme plus reposant, souterrain et sans limite. Avec le secret espoir d’aboutir dans l’hémisphère opposé et son climat actuel enchanteur.
Au-delà de ce constat réitéré chaque année sans la moindre inflexion, j’en dresse un second tout aussi symbolique d’une forme de paralysie dans ma vie : j’aspire à repartir travailler pour retrouver un équilibre.
Et il paraît que nous sommes libres…