20 décembre 2007
Histoire de pédé: la vérité nue
Mon attention a été attirée
par son court message sur un site de rencontres, son adresse msn fournie sans
plus d'explication. Venant d'un joli minois de 20 ans, l'approche méritait
assurément une suite.
Quelques heures plus tard,
il nous adresse un "salut" sur le site messagerie instantané. « Je
cherche un plan q maintenant ou ce soir », poursuit-il sans ambages. J’en
souris bien que ce côté direct ne me plaise guère. Cette rapidité dans l’expression
de ses intentions manifeste à l’évidence un désir d'efficacité que je réprouve
volontiers. Je ne peux pourtant me résoudre à fermer la porte. Une envie
irrépressible de nouveauté, d'évasion, d'aventure, de corps étranger me pousse
à poursuivre la conversation. Je cherche à la rendre un peu plus chaleureuse et
à débusquer les attentes particulières de mon interlocuteur. Sa réponse
("du gel et des capotes me suffiront") franchit les limites de mon degré
actuel d’acceptation. Comment puis-je envisager disponibilité et affect dans de
telles conditions ? Le goûter prévu en début d'après-midi me permet de
clore – provisoirement - notre échange.
En début de soirée, il
m'adresse un petit message pour renouer le contact. Je suis pris entre deux
feux: le goût de l'aventure humaine et sexuelle qui se déclare avec plus d’acuité
en ce dimanche et la crainte d'une réduction à une dimension purement
mécanique. Je décide de jouer franc jeu en expliquant que sa démarche me paraît
trop performative et dénuée de toute émotion. Il concède qu'il réserverait celles-ci
plutôt à un boyfriend (puis-je lui donner tort ?) mais qu'il ne faut pas
le juger sans le connaître ajoutant - sûr de lui - qu'il ne nous reste plus
qu'à nous rendre chez lui. L'envie de tenter l'expérience parvient à vaincre
mes réticences mais la démarche finale et l'effort principal doit venir de lui.
J'en appelle à sa supposée générosité pour nous rejoindre à notre domicile (configuration
de rencontre plus rassurante).
Il s’y pointe une
demi-heure plus tard, délicieusement mignon comme sur la photo. Son accent
bruxellois typique dévoile une origine sociale aisée. Nous le taquinons sur
certaines de ses intonations et il y participe sans réserve. Il assume un côté
"fils à papa" sans beaucoup d'affection pour son géniteur. Il trahit
rapidement une fragilité touchante, loin de l'image que je m'en étais faite. Je
m'étonne d'ailleurs qu'il ait été à ce point direct sexuellement un peu plus
tôt dans la journée. Une telle attitude ne semble guère lui correspondre. Après
une demi-heure de conversation agréable, je vais bientôt constater à quel point
mon impression première était exacte.
Alors que je le pensais
audacieux et fougueux, il se révèle apathique, hésitant, voire même étonné de
nos démarches corporelles prospectives. En l'interrogeant, je comprends qu'il a
joué un rôle sur le "marché" des sites de rencontres virtuels, qu'il
ne fréquente guère et qu'il estime d'ailleurs fort négativement (imaginant à
tort la perversité y dominer alors que tout un chacun s'y retrouve un jour ou l’autre).
Lors de sa prestation de l'après-midi, il a feint une prétendue confiance en
lui par la mise en évidence d'attitudes et de pratiques qu'il ne maîtrise
manifestement pas. Alors que je le pensais performateur, je me retrouve face à
un jeune mec manifestement encore en recherche et maîtrisant mal sa sexualité.
Alors que je craignais d'apparaître trop fleur bleue dans mon approche, je me
révèle in fine plus sexuel que lui.
Ce n’est pas la première fois que nous croisons un fils de bonne famille
bourgeoise témoignant d’un complexe vis-à-vis de la sexualité, jugée inconsciemment
bestiale et presque déshonorante dans le théâtre des apparences - avec un
impact évident sur la façon de l’appréhender en pratique. Pour pouvoir assumer
un désir « primaire », notre jeune amant s’est senti obligé d’investir
un rôle censé le prémunir de toute confrontation avec une face mal assumée de
lui-même.
La magie va pourtant résider là : au fur et à mesure que son armure se
fissure, il ne va cesser de nous livrer les clés pour ôter sa carapace et
dévoiler sa nudité psychique. Incapable d’offrir physiquement sa générosité, il
y remédiera en offrant sa parole sans la moindre pudeur, probablement bien plus
qu’avec ses propres potes.
Ce soir-là, nous n’avons
pas vécu un de ces rares moments intenses où la vérité nue d'une personnalité
se confond dans des étreintes sans retenue. Mais ce épisode me rappelle combien
j'ai toujours aimé, dans ces rencontres sexuellement orientées, la découverte
psychologique intense qu'elles permettent de dévoiler, l'émotion des vérités
fragiles qui sont livrées autant par les mots que par les gestes gênés ou
maladroits mal dissimulés. L’homme nu sous toutes ses formes.





