02 décembre 2007
Une vie antérieure part 16 : « J’attendrai »

Si le recul pris
vis-à-vis du basket m’autorise de nouvelles opportunités, il me tient à
distance des défis que constituait la compétition. Le bonheur simple des
rencontres amicales s’accompagne d’un marasme de tranquillité encore plus
profond. L’étincelle devait jaillir d’un événement plus inattendu, d’une
irruption soudaine qui ne me laisserait pas indifférent.
Lors de l’un de nos matches à domicile,
plusieurs défections se sont succédé durant la semaine nous obligeant à faire
appel à quelques joueurs évoluant encore dans les compétitions d'âge. C'est
ainsi que réapparaît Syl (http://morrissey.canalblog.com/archives/2005/07/01/994813.html)
qui accomplit, probablement sans encore le savoir, sa dernière saison sportive.
Le retrouver après quelques années d’éloignement ne peut que m'intriguer au
plus haut point et l’adrénaline la plus confuse se rappeler à moi. L'émotion suscitée par l'épisode des douches
ne m'a pas quitté et je reste curieux de la nature de son trouble. Pas plus
qu'avant, je ne cherche à nommer de quelque manière que ce soit le mystère de
nos échanges singuliers.
Dans ce nouveau
contexte où cette fois j'occupe une position de force, je tente de normaliser
notre relation sans parvenir toutefois à briser la glace. Nos brèves paroles
demeurent empruntes d'un contrôle excessif, toujours aussi paralysant. Je
n'attends rien de plus, je me prépare seulement à cette nouvelle confrontation
dans les douches susceptible de révéler, mieux que des mots, une forme de
vérité.
Dans cette pièce
où se déshabillent en semaine les élèves de l'école qui abrite notre club,
seules trois douches individuelles ont été placées pour préserver l'intimité
individuelle. Cette protection d'une certaine pudeur ne présente guère de sens
dans le cadre des équipes sportives où chacun s'exhibe le plus souvent sans la
moindre retenue - à la notable exception près de votre serviteur. La séance des
douches se déroule le plus souvent porte ouverte, seulement parfois posée
contre pour empêcher les jets d'eau intempestifs.
Cette
configuration va ruiner mes espoirs. Dès l’entrée des vestiaires à l’issue du
match, Syl s'applique à poser rapidement un essuie autour de ses hanches avant
d'entrer dans la douche, de fermer la porte et d'en ressortir presque séché
muni de cette même serviette. Ce non-événement intègre cependant sa propre
signification. Au delà de la pudeur possible dont il peut faire preuve, il
paraît clair à mes yeux qu'il s'est protégé d'une nouvelle manifestation
gênante d'un émoi désirant. La réflexion de deux, trois années ne l’a pas
incité à s’épancher sur ses penchants bizarres. La porte fermée
constitue sa réponse à tout prolongement, toute initiative que j’avais pu en
l’espace de quelques instants cogiter. Elle n’exprimera pas la fin de mon désir
pour lui ou pour les garçons.
Mais il me faudra
encore attendre pour le comprendre. Un peu , longtemps, éternellement. Le temps
ne m’appartient pas encore.
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