Mo's blog

Des choses à dire...

29 août 2007

Billets août: "de l'air"

Entre deux discussions communautaires orageuses pour la constitution du nouveau gouvernement belge, l'actualité en Wallonie a été dominée en cette fin de mois par la sortie médiatique de la compagnie aérienne Ryanair refusant de prendre les réservations à l'aéroport de Charleroi après une certaine date (et faisant ainsi naître le spectre d'une délocalisation vers un autre aéroport européen de cette compagnie qui assure 90% des vols à Charleroi).

L'objet de cette réaction date du mois de juin et de la grève des employés de l'aéroport (public) qui laissa les avions au sol durant deux jours. Utilisant le principe de la menace, la compagnie aérienne réclamait l'assurance que cela ne puisse plus se reproduire et un dédommagement financier de 1 mio EUR auprès de la Région Wallonne.
Si un accord a finalement pu être trouvé entre les différentes parties (un pacte social prévoyant d'utiliser toutes les sources de concertation en cas de conflit, le respect d'un délai de 48 heures pour permettre aux utilisateurs d'être avertis et trouver un aéroport de diversion), cette méthode brutale pour parvenir à ses fins interpelle, d'autant plus qu'il ne s'agit pas du premier fait d'armes de la compagnie irlandaise.

Ryanair, en tant que compagnie low cost, se caractérise tout d'abord par la volonté de réduire au maximum les coûts pour offrir des vols moins chers (et moins sécurisés un jour?). Pour concurrencer les autres compagnies et même d'autres moyens de transport, elle n'hésite d'ailleurs pas à pratiquer de la publicité mensongère, dénoncée récemment par le pouvoir de régulation britannique (que le bouillant patron Michael O'Leary insultera en guise de seule réaction).

Ryanair s'est aussi distinguée par un non-respect du droit social belge (ce pourquoi elle se retrouve actuellement en procès). Au mieux aujourd'hui, un employé (souvent polonais) gagne entre 900 et 1.100 EUR par mois et est souvent obligé de prester 70 heures par semaine. Ceci me rappelle un reportage télévisé d'une compagnie identique où certains employés anglais étaient engagés sans avoir même signé le moindre contrat de travail.

Le patron Michael O'Leary n'a sans doute qu'un fantasme (outre sa retraite endéans les 5 ans): la fin de toute conciliation sociale qui l'empêche de mener un libéralisme à outrance s'appuyant sur la flexibilité extrême du marché du travail (notamment avec la concurrence venant de l'Est). Surfant sur l'idée de service minimum recommandé par le pouvoir en France, il n'a pas hésité à vouloir remettre en question le droit de grève pour son seul intérêt et à pratiquer la méthode forte pour obtenir satisfaction.

En remettant en cause le droit de grève, la conciliation sociale, le droit social des travailleurs, M. O'Leary cherche manifestement à faire vaciller le modèle social belge (et européen continental).

Une question se pose en arrière de ce problème: doit-on tout accepter au nom de l'emploi ?
Pour les libéraux, la situation économique, toujours plus concurrentielle, justifie des concessions sur les conditions de travail. Pour les écolos, une raison environnementale ou de bien-être (par exemple, le sommeil des gens gêné par les bruits d'avions) peut primer. Une position de gauche pragmatique pourrait consister à trouver un juste milieu entre la défense de l'environnement (au sens large du terme), de l'emploi et d'idées, valeurs de gauche inaliénables. Dans le cas présent, ne vaudrait-il pas mieux à un moment donné (en cas de rupture totale des négociations) refuser de céder sous peine de démanteler insidieusement tous les acquis sociaux (si l'on cède pour l'un, pourquoi pas pour l'autre?).  Il y a du mépris pour notre modèle social de la part d'une entreprise qui gagne grassement sa vie (y compris en Belgique) et qui semble avoir oublié les bénéfices qu'elle a pu tirer des subsides publics pour venir s'y établir. Par ailleurs, il n'est pas illusoire de penser qu'une autre compagnie, plus respectueuse, viendrait rapidement prendre sa place à terme.

Le libéralisme sauvage impose des résistances pour déterminer le type d'emploi et de modèle économique à défendre dans nos pays. Un chômage de 5% au lieu de 10% est-il un signe de bien-être s'il oblige à recourir à deux emplois ou à accepter des conditions financières indécentes maintenant bon nombre de salariés sous le seuil de pauvreté? Pour tendre au maximum vers le plein emploi, il reste au pouvoir public naturellement de créer les conditions pour que l'activité se développe et que de l'emploi durable et convenable naisse de ces initiatives.

Le patronat belge explique que le capitalisme sauvage est soutenu implicitement par la population qui est consommatrice et n'accepterait pas la disparition de compagnies présentant des vols moins chers. Peut-on lui donner tort? La résistance, c'est parfois aussi de renoncer (spécialement pour ceux qui en ont les moyens). Depuis l'arrivée de Ryanair, je me suis juré de ne pas utiliser leurs lignes en raison du modèle social que la compagnie sous-tend. Ma détermination n'en est aujourd'hui que davantage renforcée. Ayons parfois conscience de nos possibilités de simple citoyen attentif.

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22 août 2007

Temps dense

Nous évoluons dans une société de l’entertainment. Nous lisons Voici, Nothomb ou Rowling, nous ne loupons sous aucun prétexte le foot ou la quotidienne de la Star'ac à la télé, nous choisissons Camping ou le dernier X-men dans les rayons dvd du vidéo-club, nous écoutons Bob Sinclar ou Christophe Willem sur notre lecteur mp3, nous passons nos journées à envoyer des sms à des potes ou semi-inconnus avant de leur fixer rendez-vous à la terrasse d'un café lors d'une plage libre. Nous maximisons notre temps en fonction de ces diverses activités dans un pur but de distraction, en veillant surtout à fuir cet horrible état qu’est l’ennui.

Cette attitude, particulièrement représentative de la génération des teenagers, prévaut aussi chez le post-adolescent (célibataire) : nous nous rendons à la gym trois fois par semaine, prenons un abonnement UGC, overbookons notre agenda bien à l’avance pour contourner une variante de l’ennui, la solitude (et l'angoisse du résultat d’une telle confrontation).

L’emploi volontaire du « nous » vise à ne pas polémiquer ici à propos de telle ou telle attitude culturelle et de loisirs (bien qu'il y ait sans nul doute des raisons de s'exprimer à ce sujet). Tout le monde peut se retrouver au moins partiellement dans cette énumération. Je ne tiens d’ailleurs pas à disqualifier le divertissement en tant que tel. Nous en avons tous besoin et celui qui s’en dispense se révèle sans nul doute profondément ennuyeux. Je regrette seulement que le besoin permanent d’entertainment conduise au remplissage incessant du moindre temps libre disponible. Cette idée n'est pas aussi anodine qu'il n'y paraît. Elle produit par son imposante évidence une norme faussée de qualification de l'existence qui nuit sans doute à la compréhension du rapport à soi et avec les autres.

Combien de fois n'ai-je pas entendu une remarque du genre "Tu ne fais rien de ton dimanche", de la part de mon cher et tendre (avec l’assentiment forcément éclairé d'amis communs) pour le simple fait de rester à la maison. A la place, implicitement, j’aurais pu me rendre au parc, me promener en forêt, me retrouver en terrasse d'un bar, activités devenues un temps systématiques et qui ne me procurent plus guère d'élan de joie.
Dans mon intérieur, je me repose tout d'abord de la soirée de la veille (on n'évaluera jamais assez les bienfaits du repos sur l'humeur, le moral, la condition physique, l'éclat du teint,…), je succombe à la distraction du net (ni plus, ni moins dérisoire que les autres occupations dominicales), je finis par m'ouvrir des plages pour la réflexion, l’écriture de mon blog, la lecture de magazines instructifs ou de romans facétieux et je réactive enfin l'envie de me remettre en mouvement dans le futur. Le dimanche est au fonds symptomatique : dégagé des contraintes commerciales et professionnelles, il dévoile une forme de philosophie de vie personnelle.

Sous certains dehors, mes loisirs ne s'éloignent guère de ceux de mes amis grondeurs. Nous concevons, à un moment ou un autre, l’idéal par un bon bouquin, un film captivant ou une rencontre particulière mais je ne peux me contenter en permanence du seul divertissement. Au travers de certaines de ces activités, je cherche à puiser du sens, de la densité au milieu de l'imperturbable mécanique temporelle ainsi qu'à dessiner un nouvel espace de liberté au sein de nos vies trop balisées.  Le matériel (la rencontre humaine) et l'immatériel (la rencontre d’une œuvre artistique ou intellectuelle) finissent par converger vers ce même but, sans hiérarchie de valeur. Je n'installe pas l’être humain sur un piédestal indétrônable (avouons-le - sans tomber dans une misanthropie réactionnaire - les déceptions seraient alors fort nombreuses) mais l'appréhende dans une perspective affective, délassante ou enrichissante du même ordre que celle induite par un article, un roman, un film ou une chanson. La découverte d'une oeuvre peut s'avérer aussi agréable, émotionnelle et décisive que l'ébauche d'une nouvelle relation amicale (même si, à intensité égale, la flamme d'un contact humain brillera toujours davantage). Soyons clair, je ne préconise pas d'adopter, dans les relations humaines, une attitude utilitariste au cynisme larvé. L'échange humain n'est heureusement pas toujours justifié par l'intérêt que nous pourrions en retirer (ne serait-ce que par altérité, amour ou affection envers ses proches). Mais la disponibilité à l'autre (en dehors du contexte précis d'une urgence) ne doit pas forcément primer sur toute autre affectation de son temps et il n'est en rien indécent d'envisager un repli momentané sur soi, au sein de son espace intime.   

Au fonds, je tâche de conserver en mémoire l'attitude de notre récent ami argentin Emmanuel , sa façon de percevoir le monde sous un angle du temps recomposé, de laisser son corps et son esprit voguer au rythme de ses attentes sans succomber perpétuellement à l’emprise de l’événement. Je l’ai expérimenté cet été, lorsqu’il faisait beau (le soleil participe au tableau, je ne saurais trop m’en souvenir) : accueillir la chaleur lénifiante sur sa peau, compléter une grille de sudoku (détente et défi intellectuel combinés), lire quelques pages d’un roman sur l’évasion comme celui qu’il m’a conseillé ("Marelle" de Julio Cortazar). Lors de ces instants, le temps ne se compresse pas dans l’intensité d’un événement central à participer mais s’étire tantôt dans une éloge de l’oisiveté, du repos du corps, tantôt dans la plénitude d’un moment magique ou d'une douce rêverie.

Par sa rencontre et son prolongement littéraire, Emmanuel m’a discrètement invité à oser goûter un autre mode de vie que j'adoptais jusqu'ici dans la culpabilité. Je suis loin d’être parvenu au bout du processus (et peut-être ne le veux-je pas non plus totalement). Je me laisse vite emporter par la puissance d’une manifestation que je m'interdis de manquer, je reste animé par la quête de sensations immédiates. Mais je m’autorise dernièrement davantage ces moments de conquête spirituelle de liberté, détachés du rythme du monde qui m’entoure. Un peu comme si je consentais enfin à pouvoir vieillir, rompant alors avec l’urgence de vivre à tout prix une jeunesse dont le temps m'est sérieusement compté.

Posté par Morrissey à 19:21 - Me, myself and I - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 août 2007

Etain, rien d'éteint

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C'est l'honneur des chiffres ronds ou peut-être ici de l'apparition du double chiffre. 10 ans. Un tiers de ma vie grosso modo, celle qui compte.  Un sentiment de fierté lié au chemin parcouru et à la réussite sociale (à portée illustrative?) germe peut-être dans mes pensées mais l'envie de contourner les sillages de la normalité me taraude.

10 ans d'une intimité réduite symboliquement à nos deux êtres mais qui exploserait dans son confinement intrinsèque. Nos rêves, nos désirs débordent constamment la surface étouffante du couple qui elle-même prévient de l'asphyxie du mode solitaire. Régulièrement, nous nous éprenons de nouvelles chimères, nous balisons de nouvelles directions, ici ou ailleurs, ensemble ou dans une trajectoire individuelle, dans les tréfonds d'un rêve inachevé ou l'ébauche d'un projet en gestation. Des paysages, des visages, des horizons, des âmes, des mots, des sourires transcendent nos vies, les prolongent, les densifient, les réalisent.

La structure bicéphale s'ouvre à tous les ports avant de retrouver sa jetée originelle, figure familière rassurante. Irrémédiablement je me retourne pour guetter ses pas, sa présence, les marques de tendresse et d'affection qui guident mes audaces, stimulent mon ambitieux programme de déconstruction de toute situation trop figée. Je me déploie à son contact et nulle autre façon ne pourrait ainsi y contribuer. Je partage avec lui un même destin, parcours un même voyage et il est le seul avec qui je puisse l'entreprendre.

Dans quelques heures, nous rejoindrons sans doute le lieu qui consacra la fin de nos célibats. Nous imaginerons le parcours accompli, seul, à deux ou avec les protagonistes de notre aventure. Nous éprouverons ce lien puissant qui ne recule que devant le respect de nos libertés respectives. Je tiendrai à nouveau cette main qui ne me lâche pas, bienveillante et protectrice sous des dehors dispersés. A cet instant, dans une dilution de l'espace-temps, notre histoire ne redoutera plus qu'une date, le jour où l'un de nous haïra la mort. 

Posté par Morrissey à 22:13 - Une vie à deux - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 août 2007

Confusion

Etrange période. Les préoccupations demeurent les mêmes en cette période estivale (le goût des vacances passées et futures, le besoin de rupture magique du quotidien, l'attrait de peaux tannées et de corps mieux dessinés sous les étoffes légères) mais elles se perdent dans leur infinie répétition.
Le monde s'agite autour de nous, interagit avec nos comportements, nos choix, notre occupation de l'espace temporel et géographique. Les idées se bousculent, certains repères se mettent à vaciller (pour le meilleur ou pour le pire?).
Le désir transpire partout, dans les vapeurs moites d'un bar bondé, dans la brise légère d'une ruelle animée, le long des connexions cuivrées qui nous relient virtuellement. Mon esprit réclame de la patience pour l'aventure mais quelques poussées libidineuses me projettent dans l'arène. Derrière la volonté d'un contact social et émotif demeure bien ancré le désir primaire de découverte phallique et d'accaparement. Toi, gueule d'ange, laisse-moi déflorer ton intime virilité, te posséder un instant pour m'appartenir éternellement. L'animal se dressera devant toi sous des oripeaux d'être humain civilisé, digne de confiance - le pire étant peut-être dans mon cas l'absence de tromperie derrière l'apparence.
Le jeune et le moins jeune s'en donnent à c
œur joie. Sur le net, je réponds à leurs messages sans trop savoir pourquoi. Celui-ci aura bientôt 19 ans et n'a jamais osé concrétiser ses fantasmes. L'expérience s'annonce excitante. Il doit encore être convaincu, je m'y emploie en le laissant libre des initiatives et de leur rythme. Tout ceci se révèle pourtant laborieux. Le plaisir se fige, la sensation d'avoir succombé à la perversité me gagne. J'aimerais que cela n'ait pas eu lieu - même si je dois renoncer à toute conclusion hâtive, chaque cas est unique, ne jamais l'oublier.

Je me réfugie dans un roman. Le portrait de Dorian Gray. Le premier qui me dit encore que j'ai l'air d'avoir 22 ans (ils sont de plus en plus rares certes), arguant en filigrane que j'aurais vendu mon âme pour la jeunesse éternelle, il prend mon poing! Quelques jours plus tard, pourtant, je m'en abstiendrai (pour le bénéfice de 6 à 7 années accordé). Avouons-le, cela me plaît toujours autant.

Je ne suis pas Dorian, lui y correspond sans doute davantage. Ses cheveux devaient être horribles la veille, personne ne l'a regardé, me dit-il sur internet. Et le reste de la conversation à l'avenant. Je le laisse à l'inquiétude existentielle de ses 20 ans. Un mois plus tôt, nous nous étions étripés sur le net. Je l'avais un peu allumé sur son immaturité, il en avait pris ombrage. De l'orage, j'aurais pu transformer notre relation en tornade sexuelle mais je m'en suis abstenu. Le goût de la domination que j'aime éprouver à un moment donné bute souvent sur une soumission (sexuelle) trop explicite ou l'outrance de son expression. Les mecs fondent quand ils peuvent utiliser leur poing en moi, avait-il fini par me confier, prêt à devenir ma (notre) proie pour autant que j'endosse la posture dominatrice avant, pendant, voire après l'acte. Mais cette idée heurte encore ma fragile carapace se fendillant devant les atteintes aux émotions légères et délicates. Le décloisonnement potentiel me fait peur. Il n'est ni le premier, ni le dernier mec sexy, excitant auquel je renoncerai pour préserver mon équilibre intérieur. Et ces derniers temps, j'en concevrais même quelque regret. Confusion, étrange période. Mes très chers livres, espace de sérénité, je vous rejoins.

Posté par Morrissey à 18:38 - C'est arrivé un jour... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 août 2007

Roman-photo

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L'image est stylisée, indéniablement superbe sur le plan artistique (la grande Annie Leibovitz bien sûr), autant dans le rendu des couleurs que dans la précision du portrait.

Elle joue totalement sur l'effet de surprise avec la présence d'un monstre sacré de l'Histoire dans une photo au clin d'œil politique fort: l'évocation de la chute du communisme au travers de deux symboles, l'un matériel (le mur), l'autre humain (Gorbatchev, le dirigeant soviétique qui a ouvert la voie au changement).

Pourtant le malaise naît assez vite par la présence de ce sac Vuitton à ses côtés, qui nous rappelle que nous sommes bien dans une publicité.

La récupération des événements politiques, des sujets sociétaux par le marketing économique n'est pas nouvelle et cette cohabitation délicate a déjà fait couler beaucoup d'encre il y a une quinzaine d'années lors des campagnes de Oliviero Toscani pour Benetton.  La débat court sans doute toujours et ma préoccupation ne se porte pas particulièrement sur cette question mais davantage sur le message implicite de ce cliché.

Selon le fils Arnault, Gorbatchev a voulu exprimer la vision qu'il voudrait que le public retienne de son action. La manière utilisée apparaît à ce titre pour le moins maladroite

Rapprocher Vuitton de l'événement politique qui a contribué à la fin du communisme à l’Est, c'est finalement consacrer le grand triomphe du capitalisme dans la course idéologique. Et pas n'importe lequel. Photographier Gorbatchev devant le mur de Berlin avec un sac Vuitton, c'est indiquer qu'en se détournant de l'idéologie marxiste, il s'est rangé au modèle libéral et a accédé à la richesse, au grand luxe que symbolise cette marque. Le message souhaité par l'ancien politicien de représenter l'effondrement d'un totalitarisme au nom de la liberté individuelle est supplanté par l'adhésion implicite à une idéologie libérale d'un autre type, axée sur le consumérisme, l'apparence comme preuve de réussite, l'exaltation d'un individualisme clinquant qui méprise souvent toute forme de solidarité.

Sans verser dans la nostalgie d'un régime ou d'un modèle économique rangé peu à peu dans la rubrique histoire, les idéalistes ou les tenants d'un modèle moins inégalitaire ne goûteront sans doute guère le cynisme compressé dans cette superposition de signifiants au décalage outrancier.

Posté par Morrissey à 21:51 - Billets d'humeur - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 août 2007

Le compte est bon

L'organisation d'une soirée d'anniversaire constitue un instantané instructif des relations entretenues avec son cercle de connaissances. Le processus se déroule en plusieurs étapes: il y a tout d'abord la sélection entre les gens invités et ceux qui ne le sont pas (ou plus), ensuite la distinction entre ceux dont la présence s'impose ou mérite au contraire réflexion et enfin la (dé)composition finale entre ceux qui se rendront à la soirée et ceux qui se feront porter pâles (avec une différence entre les bonnes et les mauvaises raisons invoquées).

Dans la première catégorie, il s'agit moins d'un choix que d'une constatation. L'amitié connaît un certain turnover inévitable. Il est peu probable de grandir avec des amis et de vieillir avec les mêmes. Avec ces personnes, le chapitre est clos depuis quelques mois ou années. Leur ombre ne plane que sur les photos des précédentes éditions.

La deuxième catégorie témoigne déjà de doutes émis à propos de la relation. Naissante et incertaine quant au bien-fondé de sa poursuite ou amorcée il y a déjà certain temps avec une invitation qui relève alors du test et/ou d'une (des) dernière(s) tentative(s) de la relancer. En ne daignant même pas répondre, deux personnes ont montré le chemin futur de notre relation, une rupture irrémédiablement consommée, sans plus aucun état d'âme de mon côté.

Avec les autres absents, excusés ceux-là, on peut échapper à l’une ou l’autre déception bien que chaque cas mérite analyse.
Une de mes plus vieilles amies, en pleine mutation professionnelle, a perdu un peu le fil des contacts ces derniers temps et se trouvait à l'étranger tandis qu'une autre n'a pu se lever depuis Paris, victime d'une gueule de bois. Dans les deux cas, les circonstances exceptionnelles sont venues justifier leur absence. Il serait intransigeant de leur en tenir rigueur.

Un couple d'amis a également privilégié un dîner apparemment prévu avant la fixation de la soirée. Une raison en soi suffisante mais le doute viendra me tirailler quand l'un des deux ne se déplacera même pas pour me saluer (se contentant d'un banal geste à distance) dans le bar où nous avons finalement terminé la soirée.

Si une amitié se juge sur la satisfaction retirée d'une relation (dans une dimension émotionnelle, affective, festive ou intellectuelle), elle se jauge sur des nuances permettant d'évaluer l'importance qui y est accordée par l'autre. Le constat décisif se débusque parfois sur un comportement anodin en apparence mais révélateur sur le fonds.
Je connais mes propres attitudes et je suis dès lors conscient qu'il faut donner à l'amitié une souplesse suffisamment large devant les impondérables de la vie qui nous rendent moins disponibles, qui nous isolent du monde extérieur. La faiblesse, l'accaparement d'une tâche ou d'une préoccupation peuvent habiter chacun de nous.
Dans des conditions plus générales et dénuées de raisons exceptionnelles, l'amitié suppose toutefois d'effectuer, au sein de ses temps libres, des choix au bénéfice de l'autre et particulièrement à certains moments symboliques (l'anniversaire en fait partie) qui constituent l'instant de vérité sur le sens de la relation.
La déception de la réponse apportée par un(e) autre ne vise pas à transformer ce dernier en coupable, l'attitude adoptée révélant simplement l'évolution tangible d'un échange bi-(multi-)latéral et incitant à moduler l’investissement futur en conséquence.

Tournez manège ! 

Posté par Morrissey à 17:48 - Me, myself and I - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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