02 août 2007
Le compte est bon
L'organisation
d'une soirée d'anniversaire constitue un instantané instructif des relations
entretenues avec son cercle de connaissances. Le processus se déroule en
plusieurs étapes: il y a tout d'abord la sélection entre les gens invités et
ceux qui ne le sont pas (ou plus), ensuite la distinction entre ceux dont la
présence s'impose ou mérite au contraire réflexion et enfin la (dé)composition
finale entre ceux qui se rendront à la soirée et ceux qui se feront porter
pâles (avec une différence entre les bonnes et les mauvaises raisons
invoquées).
Dans la
première catégorie, il s'agit moins d'un choix que d'une constatation. L'amitié
connaît un certain turnover inévitable. Il est peu probable de grandir avec des
amis et de vieillir avec les mêmes. Avec ces personnes, le chapitre est clos
depuis quelques mois ou années. Leur ombre ne plane que sur les photos des
précédentes éditions.
La
deuxième catégorie témoigne déjà de doutes émis à propos de la relation.
Naissante et incertaine quant au bien-fondé de sa poursuite ou amorcée il y a
déjà certain temps avec une invitation qui relève alors du test et/ou d'une
(des) dernière(s) tentative(s) de la relancer. En ne daignant même pas
répondre, deux personnes ont montré le chemin futur de notre relation, une
rupture irrémédiablement consommée, sans plus aucun état d'âme de mon côté.
Avec
les autres absents, excusés ceux-là, on peut échapper à l’une ou l’autre
déception bien que chaque cas mérite analyse.
Une de
mes plus vieilles amies, en pleine mutation professionnelle, a perdu un peu le
fil des contacts ces derniers temps et se trouvait à l'étranger tandis qu'une
autre n'a pu se lever depuis Paris, victime d'une gueule de bois. Dans les deux
cas, les circonstances exceptionnelles sont venues justifier leur absence. Il
serait intransigeant de leur en tenir rigueur.
Un
couple d'amis a également privilégié un dîner apparemment prévu avant la
fixation de la soirée. Une raison en soi suffisante mais le doute viendra me
tirailler quand l'un des deux ne se déplacera même pas pour me saluer (se
contentant d'un banal geste à distance) dans le bar où nous avons finalement
terminé la soirée.
Si une
amitié se juge sur la satisfaction retirée d'une relation (dans une dimension
émotionnelle, affective, festive ou intellectuelle), elle se jauge sur des
nuances permettant d'évaluer l'importance qui y est accordée par
l'autre. Le constat décisif se débusque parfois sur un comportement anodin en
apparence mais révélateur sur le fonds.
Je connais mes propres attitudes et je suis dès lors conscient qu'il faut
donner à l'amitié une souplesse suffisamment large devant les impondérables de
la vie qui nous rendent moins disponibles, qui nous isolent du monde extérieur.
La faiblesse, l'accaparement d'une tâche ou d'une préoccupation peuvent habiter
chacun de nous.
Dans des conditions plus générales et dénuées de raisons exceptionnelles,
l'amitié suppose toutefois d'effectuer, au sein de ses temps libres, des choix
au bénéfice de l'autre et particulièrement à certains moments symboliques
(l'anniversaire en fait partie) qui constituent l'instant de vérité sur le sens
de la relation.
La déception de la réponse apportée par un(e) autre ne vise pas à transformer
ce dernier en coupable, l'attitude adoptée révélant simplement l'évolution
tangible d'un échange bi-(multi-)latéral et incitant à moduler l’investissement
futur en conséquence.
Tournez
manège !





