25 juillet 2007
Obsession

Ce
n'est certainement pas la fascination du pire mais sans doute bien du meilleur.
L'objet de préoccupations récurrentes, quand l'être entier se retrouve submergé
de signaux focalisant l'attention dans une même direction. Mon blog pourrait
d'ailleurs se circonscrire à aborder un même thème.
Par exemple totalement dédié à l'autre. Pas n'importe lequel, forcément
masculin, jeune, beau et déroutant. Point désincarné par l'interface d'un
écran, absolument proche, intime, de l'ordre presque de la possession. L'esprit
absorbé et conquis, je pourrais ne pas m'arrêter d'écrire en soulignant sa
flamboyance, en célébrant son énergie, en concédant une attirance increvable de
l'ordre de l'obsession (pas tant pour cet être unique que pour la collection
d'individus visés par les éloges successives).
Obsession.
Le mot est lâché. Il pourrait caractériser la nature des sentiments assaillant
mon cerveau à un rythme plus ou moins régulier.
J'aime la répétition, j'ai besoin de ressasser les points culminants d'un
événement récent. Je les revis, les repense, les interprète parfois (avant de
les exposer souvent ici). La rareté des instants magiques y contribue sans
doute. Il faut rappeler, remâcher, réinvestir ces champs parcourus pour tutoyer
l'exaltation des sens. S'y abandonner a posteriori, autant voire plus que
lors de leur survenance. Un instant ébahi par la puissance d'une milli-seconde,
il s’agit d’en prolonger indéfiniment la sensation au risque de côtoyer la
frontière de la folie, de la prison mentale qu'une obsession sous-tend.
Cette réminiscence sacralisée témoigne peut-être de l'impossibilité d'une
reproduction fréquente. On se répète à défaut de vivre suffisamment et/ou
intensément le présent, entouré de barrières protectrices (fine est la
frontière entre l'extase et la souffrance, entre la grâce et le néant) ou gavé
d'exigences particulières destinées à maintenir intacte la pureté des instants
qui en valent vraiment la peine.
Ce mode
de fonctionnement s'inscrirait volontiers comme un développement récent de ma
personnalité, influencée par le bilan d'une adolescence à rattraper,
l'imprégnation d'une identité sexuelle ou le partage d'une philosophie de vie
hédoniste avec mon partenaire. Et pourtant…
Cette nature compulsive ne se terre-t-elle pas depuis bien plus longtemps dans
un creux de mon cerveau?
N'avais-je
pas 15 ans à peine quand se déclencha ma fascination pour les images du maître
de l'obsession, Brian De Palma? N'ai-je pas connu avec lui le même trouble
d'admiration inlassable devant l'œuvre de Hitchcock, puis son prolongement dans la
répétition – magnifique - des figures de l'œuvre du grand Alfred au sein de
certains de ses propres films traversés par une perversité insidieuse. Le
rythme suffoquant de Pulsions (Dressed to kill), l'atmosphère cotonneuse
d'Obsession (tiens donc…), l'érotisme vulgaire de Body Double n'ont cessé de me
hanter sans même avoir revu ces films durant une dizaine d'années. Leur nouveau
visionnage ne fera qu'amplifier le mouvement, réimprimant en mémoire, de
manière presque maladive, certaines scènes inoubliables.
Cette identification s’inscrit sans nul doute aussi dans la
spécificité des thèmes fétiches du réalisateur : le dérèglement de la
structure sociale (familiale) derrière un romantisme de façade (espéré mais
jamais atteint), l'attraction irrésistible vers l'inconnu (aux contours
pourtant parfois menaçants), la sensation palpable de la mort symbolisée par ce
sang rouge vif (que Hitchcock n'a jamais pu exposer à l'écran, faute de
couleurs) et décuplée par une mise en scène magistrale insistant sur le
basculement, la fraction de seconde violente séparant la vie de son terme, le
bonheur du drame, souvent sous les yeux d'une présence extérieure (la nôtre en
quelque sorte) tentant - sans succès – d’influer sur le cours des événements.
Au fonds, ne chercherais-je pas à
reproduire dans mon existence - notamment par le biais des rencontres avec
d'autres garçons - l'émoi originel provoqué par ces films?
Commentaires
décortiqué
Et à partir de quand penses-tu créer les bases de ton futur ?
Le futur n'est-il pas un appendice du présent?
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