Mo's blog

Des choses à dire...

25 juin 2007

Mai 68 et nous

D. se rend au sauna de temps à autre. Il apprécie l'atmosphère relaxante de cet endroit de délassement. Initialement il y couplait une satisfaction de besoins sexuels ordinaires. Depuis quelques temps toutefois, il s'en abstient, se contentant de simples jeux de séduction. Il a rencontré trop de fois la frustration consécutive à l'acte sans lendemain. Il se préserve en quelque sorte. A quoi, à qui, il ne le sait pas trop. Il veut organiser sa vie, la contrôler après en perdu le gouvernail quelques temps. C'était au temps de notre rencontre il y a près de 3 ans de cela. Il était rentré chez nous, un peu trop saoul à son goût. Entre d'autres mains, le pire aurait pu se passer. Ce souvenir plane à l'excès sur son tempérament d'aujourd'hui. La rigueur dont il se prévaut confine presque à de l'ascétisme. Ses pensées, dirigées - pleines d'étoiles - vers les pays du Nord, semblent s'être arrêté aujourd'hui en terre hollandaise, dans la culture traditionnelle protestante. A 23 ans, le chemin vers l'équilibre est encore long. 

A. ne déroge pas à un syndrome étudiant particulier: l'isolement et l'intensité intellectuelle du blocus exhalant un parfum sexuel catalyseur d'excitation.

Les plaisirs solitaires viennent relâcher la tension du moment et cela lui suffit le plus souvent. Il ne fréquente pas d'endroits dédiés à la jouissance des corps, souhaite un minimum de connaissance avant de s'ouvrir à l'autre et ce travail de longue haleine finit par étouffer ses envies. A 19 ans, ses contacts sexuels se réduisent à peau de chagrin, l'onanisme s'érige en religion portée à son firmament depuis l'avènement d'internet. Ces derniers jours toutefois, dans cette ambiance de travail propice à un déchaînement d'hormones, son organisme réclame un aboutissement physique plus concret. Dans la nuée de contacts sur internet, il déniche un intérêt particulier pour un couple. Au delà de la dimension physique expérimentale, il s'interroge sur la mécanique de couple et des raisons sous-jacentes à leur recherche d'ouverture à un tiers. Dès la fin d'un premier cycle d'examens, il est résolu à se rendre chez celui-ci et mettre fin à 6 mois d'abstinence.      

S. ne peut se passer de sexe au delà de 10 jours. Célibataire, il alterne des contacts physiques intimes avec des amants réguliers et la découvertes de nouveaux corps. Même insatisfaisants, ces moments réduisent par de courtes envolées la fracture affective que la solitude creuse trop intensément en lui. Le sexe ne répond encore que trop peu souvent à ses attentes et ne parvient pas encore à traduire en concret l'étendue de ses fantasmes (il aime les hommes virils qui désirent sans doute autre chose que son corps maigrichon de 22 ans). Il lui arrive même de perdre un peu le goût du plaisir quand de brusques emballements émotionnels avortés rendent ensuite abscons toute recherche de plaisir auprès d'autres. Le coït perd de sa vigueur face aux vibrations du cœur. S attend alors des jours meilleurs. Quand l'amour réconciliera le cul et le cœur ou à défaut au réveil (à l'éveil?) de l'orgasme ravageur.

Cela fait 4 mois que nous n'avons pas invité de garçons à la maison. Personne depuis S en fait. Son passage a interrogé notre couple et ma manière de concevoir l'amitié. J'ai entrevu l'intimité amicale et l'échec concret de cette tentative, loin de me décourager, n'a cessé ensuite de me hanter. J'observe, déçu, la distance irrépressible avec mes amitiés actuelles, imagine pouvoir en ébaucher de nouvelles dans une quête sans issue, portée par trop d'idéal. Cette idée de proximité affective mobilise mes pensées et ouvre peu de place au reste. Je crains même de la retrouver au détour d'une banale aventure sexuelle. Je veux me préserver de tout nouvel élan émotionnel que j'ai toujours considéré jusqu'à aujourd'hui comme l'apogée de nos rencontres.

Nous avons bien caressé entre-temps quelques corps dans des lieux qui s'y prêtaient  - d'autant mieux qu'ils étaient circonscrits dans l'espace géographique et temporel - et je serais aujourd'hui réceptif à des rencontres moins confinées. Le souci d'idéal s'est aussi immiscé de ce côté et il semble qu'il me faudrait le mec sexy ultime pour m'y encourager.

Je ne suis pas certain que A. puisse être celui-là mais j'ai laissé L. l'inviter en le responsabilisant sur mon éventuel refus d'engager davantage qu'une simple discussion.
Ma conviction s'amplifie lorsqu'il pénètre dans notre appart: trop petit à mon goût et un choix vestimentaire peu aguicheur (en noir de la tête au pied avec des chaussettes…beiges). Je ne me sens pas d'humeur à réaliser le moindre effort et laisse L. gérer la situation. Je m'isole même pour lui offrir l'opportunité d'une clarification. A mon retour auprès d'eux, notre position exposée, la tension est retombée d'un cran. A. ne semble pas se formaliser de notre décision et tente de comprendre nos motivations générales d'inviter une tierce personne. Une conversation plus intime s'amorce du même coup. Il m'apparaît soudain plus touchant. Je me prends même à apprécier quelques uns de ses détails physiques, de la photogénie de son visage fin et de son sourire généreux aux courbures de l'arrière de son pantalon joliment rebondi.

L'atmosphère réchauffée, la pièce se remplit peu à peu de bourgeons printaniers dont l'éclosion ne pourrait toutefois émerger dans les conditions actuelles. Nos premiers échanges se sont heurtés à un mur dont l'effritement relatif ne saurait recommander le passage en force. Une manœuvre d'évitement, seule, peut impulser un nouvel élan, de nature à ouvrir notre horizon et à définitivement élaguer l'exigence de perfection que je m'étais imposée ces derniers mois. Sa disponibilité d'esprit constitue un atout pour laisser court à quelque fantasme inondant nos pensées et jamais assouvi. De l'idée à sa réalisation, 15 minutes à peine se seront écoulées. L'image prêterait à rire si elle ne créait en moi une bouffée de désir irrésistible devant la rondeur décidément alléchante de A. nu sous son tablier en train de faire la vaisselle. Nous avons emprunté une nouvelle trajectoire dont la destination agréera cette fois toutes les parties dans une dernière ligne droite brève et torride. Le sexe pur a repris ses droits, sans affect, pour le plaisir du geste. Un vent de liberté a flotté, loin de toute préméditation ou de tout idéal recherché. Comme si près de 40 ans après mai 68, rien n'avait vraiment changé. L'espace d'un moment du moins...

Posté par Morrissey à 19:08 - Histoire de pédé - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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