31 mai 2007
Billet de mai
Sarko
sacré ou sacré Sarko.Il y est enfin arrivé. Le rêve d'une vie (le cauchemar
pour bien d'autres). Derrière la nouvelle fièvre d'actions lancées en tous sens
(une pratique bien connue chez lui) en vue des législatives, nous devrons
attendre quelques mois pour vérifier si Sarko sera le digne héritier des
Thatcher, Berlusconi ou autre Aznar. Le battage médiatique autour du personnage
semble en tout cas taire les premiers accrocs que sa présidence soulève.
D'une
part, Christain Vanneste, homophobe notoire et condamné par la justice à ce
titre, a été reçu à Matignon en tant que candidat soutenu par l'UMP pour les
prochaines législatives malgré les promesses de Sarko de ne pas tolérer ce
genre de personnage dans et autour de son parti et de présenter un candidat UMP
face à lui. Y aurait-il des sujets minoritaires dans la vie politique?
D'autre part, il se confirme les rapports dangereux que le pouvoir médiatique a
entretenu et continue à entretenir avec le nouveau président (intégration dans
son équipe de journalistes dont l'un a couvert la campagne de Ségolène Royal
(avec objectivité?) ou inversement un responsable de sa campagne qui devient le
bras droit du nouveau patron de TF1). La berlusconisation est en marche,
pourquoi si peu de gens s'en émeuvent-ils?
Quelle
gauche opposer à Sarko à l'avenir? On notera que bon nombre de ceux qui ont
soutenu un recentrage du PS sont partis…dans le gouvernement Sarko. La prudence
sur un tel virage s'impose donc. Un projet de gauche moderne, basé sur un
discours clair et fort, soutenu par l'ensemble des forces vives du PS, doit
pouvoir rassembler au delà de la gauche (sans se rapprocher d'un Bayrou qui
restera indépendant par opportunisme politique - optique 2012 - et dont
la seule ambition est de devenir LA force d'opposition à Sarko).
Cette mise en œuvre passera inévitablement par
un nouveau patron disposant de charisme, d'un sens du leadership et du
rassemblement. Pour au moins les deux premières caractéristiques, Ségolène
Royal peut incarner cette figure. Elle n'est pas considérée comme un éléphant
et a pu mobiliser l'enthousiasme de bon nombre de jeunes militants et
électeurs. Derrière son côté parfois rigide et empruntée, elle peut se révéler
franchement émouvante et pleine de convictions (elle a au moins su me convaincre
sous cet aspect). Il lui reste à travailler un programme largement partagé,
bien construit dans la durée ainsi qu'une union autour de son nom en intégrant
les autres courants autour d'elle. Ségolène aura-t-elle ce soutien et
pourra-t-elle convaincre définitivement les récalcitrants en faisant preuve
d'une ouverture plus large que celle observée lors de sa campagne?
Deux
gros challengers fournissent leurs armes dans l'ombre. DSK, à l'ambition
parfois trop explicite, possède l'intelligence et la stature pour un tel rôle
mais pourrait éprouver des difficultés à incarner le renouveau avec son
étiquette d'éléphant et l'aversion de la gauche du parti à son égard. Delanoë
(l'homme des jospinistes?) est parvenu à inspirer le goût de la modernité aux
yeux des parisiens et on sait combien ce statut de maire de la capitale peut
être un tremplin vers l'Elysée. Pour autant qu'il confirme son succès aux
prochaines municipales, il pourrait devenir ensuite incontournable au sein du
parti et profiter de ses incontestables qualités de communication et de
pédagogie (un must dans l'arène politique actuelle) pour exprimer aux français
un projet de gauche moderne. Le choix se situe sans doute là et pas ailleurs.
Les prochains mois permettront de dégager des pronostics et des souhaits…
Une
dernière question à propos de ces présidentielles: pourquoi donc les femmes
ont-elles moins voté que les hommes pour Ségolène alors qu'un événement de
taille pouvait se dérouler avec l'élection de la première femme présidente en
France? N'y aurait-il pas pour nombre d'entre elles une intériorisation de
l'impossibilité pour une femme d'accéder aux plus hautes sphères, le besoin de
confier le règlement de ses inquiétudes à une figure masculine?
Cela
pourrait constituer un information sans importance, c'en est au contraire
presque politique. Les transports en commun bruxellois viennent d'organiser une
sélection des musiciens pouvant jouer dans le métro afin d'harmoniser
l'ensemble. Pourquoi ne pas y organiser le concours international de musique Reine
Elisabeth tant qu'on y est? Ou une "sdf academy in the underground"? Alors qu'on a entendu les
notions de mérite tout au long de la campagne française (et que le parti
libéral francophone tente d'exploiter cette victoire chez nous, sans la moindre
imagination d'ailleurs, en reprenant mot pour mot les terminologies
sarkozistes: valeur travail, liquidation mai 68), il faut maintenant que des
gens fragiles connaissant des difficultés démontrent que s'asseoir à même le
sol et jouer de la musique contribue à la société avant de pouvoir y trouver
leur place. Ne restera-t-il bientôt que les rames de métros pour ceux qui
n'ont que leurs mains parfois tremblantes à offrir en direction du public? (Non
je ne m'énerve pas, je suis en colère. Il y a des colères saines, je sais
parfaitement garder mon sang-froid!)
Terminons
sur une nouvelle intéressante pour la vie culturelle de ma capitale et qui me
touche particulièrement. Je n'aurais jamais cru qu'en rejoignant il y a 6 ans
un quartier un peu mort, je deviendrais voisin du Beaubourg belge. Ce week-end
a marqué l'inauguration du centre d'art contemporain de Bruxelles. Attendu
depuis 40 ans, il a enfin fini par voir le jour en prenant place dans une
ancienne brasserie qui a fermé ses portes il y a 20 ans. Le nom de l'endroit
(le Wiels) provient d'ailleurs du nom d'une bière. La rénovation du chancre a
pris de nombreuses années et n'est d'ailleurs pas terminée (il faudra sans
doute encore une année pour présenter un bâtiment fini). Le résultat est de
toute façon réussi quant à la remise en état extérieure du bâtiment classé,
majestueux. A l'intérieur, celui-ci s'ouvre sur la salle des cuves (3
subsistent sur les 6 initiales, les autres ayant été percées par des squatteurs
pour récupérer le cuivre à des fins commerciales ), qui accueillera un café.
Aux étages se tiendront les expos (le centre privilégiant le mouvement créatif
aux collections permanentes) et à l'arrière des résidences d'artiste tandis
qu'une terrasse sur le toit du bâtiment nous gratifiera d'une vue imprenable
sur Bruxelles. Avis aux amateurs! 



23 mai 2007
A cent mille lieues de soi

Oui j'ai osé. Avec une certaine dose de courage - à
moins qu'il ne s'agisse de faiblesse ou d'inconscience, dix mois après une
première expérience presque traumatisante (http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/07/02/2217418.html),
je suis de retour à Cabrières, ce petit village provençal où vit désormais ma "belle
famille". A l’occasion du long week-end de l’ascension, j'ai accepté
d’accompagner le groupe d’amis invités par L., avec l'intention de laisser le
cours des événements décider de la réussite ou non de l'entreprise.
Peut-être pour remettre à plat l'appréciation
globale de l’endroit, nous logeons, L et moi, dans une nouvelle chambre, moins
exposée à la chaleur et mieux disposée que la précédente.
Ce matin, je ne me sens pas d'humeur à la quitter. Mes camarades de séjour rejoignent en ce moment Gordes à pied, prendront
ensuite l'apéritif chez un couple de gays du troisième âge, riches comme
Crésus, pas du tout antipathiques mais très old school et déconnectés de
la modernité (cette rencontre n’aurait-elle pour fonction que de me rappeler
combien je suis encore bel et bien jeune, sans la moindre considération
physique sous-jacente?).
Je pourrais marcher, docile, aux côtés de mes amis, rire à gorges déployées
"un km à pied, ça use, ça use" mais je préfère décidément les pieds
nus aux souliers, le sable au bitume, l'horizon maritime à celui de la lavande.
J'ai accepté de me conformer à une discipline de groupe à l’occasion de ce
voyage mais nos chemins se sont séparés ce matin. Dans cette chambre-refuge, je
me retrouve presque atomisé sous l'effet d'un présumé esprit démocratique
majoritaire. Cela pourrait constituer un sujet politique polémique:
l'élaboration d'une action se décide-t-elle fort des seules voix de la majorité
gagnante ou doit-on chercher dans la mesure du possible le compromis commun
impliquant toutes les parts? L'idée de la ballade a émergé dans le brouhaha
anarchique de la soirée de la veille sans que je n'ai pu exprimer le moindre
avis et c'est moins le fonds que la forme qui m'embête aujourd'hui. Absent du
dispositif de décision, je me sens de facto exclu et seul (et non solitaire
dans le sens où je n'ai le choix ni de cet état, ni du lieu).
Depuis
tout jeune, je crains les groupes. J'ai toujours cherché à les déconstruire
(quitte à les reformer par la suite). J'ai toujours pensé qu'ils ne respectaient
pas l'individu. Aujourd'hui, je les envisage différemment mais avec la même
méfiance.
Le groupe demeure une aventure sociale rempli de signifiants sur soi-même,
susceptible de remettre en cause le parcours accompli jusque là et celui-ci
n'est pas mince. Après avoir émergé peu à peu de la torpeur adolescente,
infléchi les tendances lourdes de nos vies, transformé notre caractère, nous
avons atteint une forme d'équilibre interne (instable mais cohérent à sa
manière). Nous avons ignoré les chimères que la société nous prodigue,
contourné les obligations qu'elle nous impose. Nous avons créé autour de nous
une sphère de vie à notre image, à la mesure de nos envies, à la retenue de nos
faiblesses. Et dans la nécessaire confrontation au reste du monde, nous nous
ébrouons à trouver tant bien que mal notre place, nous nous identifions à ceux
et ce qui peut au mieux nous correspondre.
C'est
une observation avec laquelle je dois composer : mon esprit tel qu'il s'est
progressivement configuré ne se satisfait pas de bonheurs dit simples que l’on
peut partager avec tout un chacun. Il préfère emprunter des routes moins
linéaires, adopter des trajets plus insaisissables qui m'éloignent tôt ou tard
du parcours de mes congénères. Et quand je soumets la conduite d'un week-end à
un logiciel différent du mien, je retombe dans le spectre de l'enfermement, au
sein d'un espace géographique quasi hostile, au milieu d'un univers d'activités
qui ne me convient pas.
Le
temps passé en continu avec des proches dévoile en outre avec plus d'acuité la
structure dominante de leur personnalité, leur philosophie de vie au quotidien
(bien mieux que les moments isolés partagés jusqu'alors). Ces découvertes
soulignent plus crûment les décalages pouvant exister entre chacun de nous.
Constat
aggravant: je ressens également une béance comportementale d'un ordre presque
sociologique, au sens où j'étouffe parfois au sein des conversations ciblées
initiées par les beaux-parents, des opinions qui y sont exprimées, voire du
style adopté. Nul doute que L. a choisi astucieusement parmi nos amis les
personnes qui s'intégreraient le mieux au mode de pensée de ses parents. Ils se
fondent visiblement bien mieux que moi dans cet habitus « de droite »
(ne suis-je pas considéré par la belle-mère de L. comme un "sectaire"
de gauche, étant presque le seul à défendre avec conviction de telles idées
dans leur entourage?).
Je
mets un point final à ces quelques mots perdus avant que s'installe en moi le
sentiment d'une distance irréconciliable avec ces amis. Le temps veillera à
l'oubli de ces désaccords implicites et leur réservera des moments particuliers
où ne subsiste plus que la joie d'être ensemble sans devoir constater le fossé
qui nous sépare ailleurs.
…un km à pied, ça use, ça use...
15 mai 2007
Le passé endormi
Il aura
fallu cette lettre déposée en mains propres dans notre boîte aux lettres pour
raviver les effluves d'un passé lointain. A l'intérieur, une carte sur fonds
rose annonçant l'inauguration d'une section gay au sein de la galerie
d'antiquité dont F. est l'un des exposants. Il y a joint un petit mot court
nous invitant aux retrouvailles à cette occasion. Cela fait des mois que nous
n'avions plus de ses nouvelles. Avec lui, nous replongeons forcément, L. et
moi, au cœur
des premiers pas de notre relation, de nos premiers mots même (j'y reviendrai
un jour sur ce blog, c'est certain).
F. ne
peut être dissocié de V., c'est un constat pour nous, une évidence pour lui.
Partenaires à ce moment, ils constituaient un point d'ancrage sur lequel nous
pouvions nous appuyer pour imaginer un futur possible, leur soutien indéfectible cimentait notre union
contre vents et marées.
Notre couple a finalement tenu, le leur
s'est effiloché. Au moment d'entrer dans la vie active, V. éprouva le
besoin de liberté, d’indépendance, à distance de F., de 15 ans son aîné. Leur histoire semblait condamnée à cette période
estudiantine.
V. recomposa son horizon amoureux avec W., un jeune architecte beau, débonnaire
et ambitieux, au grand dam de F., incapable d'oublier cette aventure, irrémédiablement
relié tel un père à l'égard de son fils.
Sûr de
lui et de son nouvel amour, V. s'envola vers le Canada avec en poche un contrat
professionnel de 2 ans. A mi-chemin, la distance récita son meilleur couplet :
la mort des sentiments. Lors d'un retour au pays, V. fut accueilli froidement
par W. qui lui annonça brutalement qu'il ne l'aimait plus. Le choc,
imprévisible, dévasta V., à la fois désespéré et acrimonieux face au mauvais
tour que lui jouait son destin. Dans un semblant d'équilibre, il tenta de soulager
son amertume auprès de F. qui l'accueillit comme si rien ne les avait séparés.
C'était il y a 3 ans. Nous les invitâmes à
l'occasion du Nouvel An. Une drôle de sensation nous envahit au cours de cette
soirée. Le discours de V. transpirait de colère à peine contenue et d'un
curieux désir de revanche. Il semblait manifestement considérer comme une
défaite son retour auprès de F. et comptait lui faire payer sa détermination à
la poursuite de leur relation. Le malaise tenace que nous ressentions face à cette
reformation précaire finit sans doute par distendre les liens fragiles de l’amitié.
Une
forme d'obligation nous a conduit jusqu'aux portes de la galerie en ce jour
d'ouverture. Je me sens peut-être redevable face à F., je ne peux refuser son
offre quand il entreprend la démarche de nous inviter d'abord à ce vernissage,
et plus tard chez lui pour nous raconter les derniers soubresauts de sa vie
affective dans laquelle V. a toujours une place malgré de nouvelles mésaventures.
A peine
arrivés, nous retrouvons une figure connue, JP, qui fut successivement
publicitaire, galeriste d'art contemporain et patron du bar gay le plus couru à
l'époque de notre rencontre, le rattachant lui aussi irrésistiblement à cette
période particulière de notre vie. Il a depuis revendu son commerce et pris une
semi-retraite, partageant son temps entre Bruxelles et Bucarest où il soutient
et supervise le développement d'une boulangerie française. Il est accompagné de
son partenaire de toujours et de jeunes amants roumains qui se succèdent à
chacun de leur retour au pays. J'imagine qu'il aurait mieux trouvé sa place
dans ce bar à escort praguois visité récemment. Cela ne me dérange pas sur le
fonds, je le confirme. Seule la confusion entière de leur vie entre amitié et
prostitution implicite me trouble et me retient sans doute d'accepter leur
proposition de passer quelques jours chez eux au cœur de la capitale roumaine.
Ailleurs,
les autres gays défilent au travers des couloirs de la galerie. Nous partageons
une même identité sexuelle mais rien ne semble pouvoir m'en rapprocher. Ils
portent pantalons en toile, chemises à carreaux (ou à fleurs pour les plus
originaux) et pulls en cachemire autour des épaules (en coton pour les plus
fauchés) . Leur accent rappelle leur origine aristocratique. F. s'affaire
autour d'eux avec une hospitalité ronflante digne de ses aïeuls. Une attitude
mondaine qu'il délaisse lorsqu'il s'adresse à nous et plus encore lorsqu'il
endosse T-shirts moulants et accessoires bien pédés en sortie.
V. est
également présent. Nous avions entendu parler de ses sérieux problèmes de
dépression rencontrés ces dernières années, qui l'obligèrent à l'enfermement
avant d'en sortir… hétéro. Devant ce tableau sombre, il semble relativement en
forme même si l'équilibre ne s'exprime pas dans son regard trouble et fuyant.
L'amitié, c'est essentiellement avec L. qu'il la partageait. V. fut pour moi
initialement un exemple, une figure d'identification mais une chape de plomb a
rapidement contrarié notre relation sans que je sache trop pourquoi. J'ai
toujours eu l'impression qu'il ne m'appréciait pas. Une sorte de compétition
s'était peut-être indirectement engagée entre nous, face à la ressemblance
soulevée par sa meilleure amie de par notre âge, notre morphologie, nos
attitudes proches. J'ai accepté cette distance et je ne me formalise pas qu'il
se tourne presque exclusivement vers L. aujourd'hui. Je garde d'ailleurs
volontiers une position de retrait, à l’abri de son regard où la perversité
semble s’être invitée. Son comportement récent ne plaide pas pour la
tranquillité de son âme : après avoir acheté une maison avec F en novembre
dernier, V. a de nouveau fui peu de temps après, consommant une séparation
qu’il prétend désormais définitive. Les quelques échanges vifs dont nous sommes
les témoins nous confirment le jeu de domination qui a dû résumer leur relation
ces trois dernières années (c'est presque sans surprise que nous croiserons F.
en rue deux jours plus tard, affublé d'un collier en cuir, symbole d'une
préférence sexuelle qui s'affiche désormais sans le moindre complexe).
Sur le
fonds, cette rupture vient confirmer un pressentiment: on ne recolle pas les
pièces d'un amour brisé. Ne convient-il pas d'en conclure la même chose quant à
l'amitié? Ce retour en arrière opéré pendant deux heures s'est déroulé sans
nostalgie, ni malaise, presqu'avec indifférence.
Je ne suis plus le même qu'autrefois et mon avenir s'envisage avec d'autres
visages amicaux et des figures à venir que j'espère correspondre à mon
évolution en marche. Dans cette optique, il ne reste plus qu'une place
marginale, de respect essentiellement, pour ces personnages qui ont contribué à
mon développement et mon histoire, cette forme de famille éloignée dont on
cherche de temps en temps à avoir des nouvelles. Un passé endormi, sans
amnésie.
07 mai 2007
Flesh
Cela
doit s’appeler un coup de blues. Une
période où tout vous énerve, où rien ne trouve grâce à vos yeux en l'absence de
toute perspective attirante.
Au
travail tout d'abord. La nouvelle configuration au sein de mon service est plus
paisible depuis le départ de fauteurs de trouble mais l'ensemble manque
désormais aussi d'ambiance. Les seuls contacts réels que j'entretiens avec mon
entourage se limitent à deux personnes dont l'une est presque devenue mon chef
en pratique. Même si je ne le vois pas comme tel, il s'installe forcément une
distance de sa part et de la mienne. La fonction en elle-même m'a fait perdre
des responsabilités et l'attrait de la nouveauté ne peut compenser le sentiment
d'avoir perdu une marge d'autonomie dans le travail quotidien. Les pieds de
plomb me guettent trop souvent lorsque je me rends le matin au bureau. Il
reste, me direz-vous, à envisager peut-être un changement, une nouvelle
fonction mais ça c'est une autre question.
A vrai
dire, tout le monde m'énerve en ce moment. Je ne supporte pas le côté
conventionnel des gens qui m'entourent au travail, leur style de vie qui me
semble à des années lumière de mes préoccupations (n'a-t-on pas besoin d'une
part d'identification dans la vie?). Je voudrais fuir en direction d’un autre
environnement sans savoir précisément lequel (le drame de ma vie).
Personne ne trouve grâce disais-je. Même pas L. dont le nouveau départ
professionnel à l'étranger (le dernier avant longtemps) me plonge à nouveau
seul quelques jours (ce n'était certainement pas ce dont j'avais besoin). Même
pas les amis dont je sens toute la distance qui nous sépare actuellement (et
j'en suis forcément responsable car je ne cherche pas à entretenir les contacts
suffisamment). A vrai dire, même mon image, mon comportement me déplairait
actuellement si je les voyais reproduits face à moi.
De plus, les événements extérieurs ne procurent guère de réjouissance
(pensez-donc, même sans surprise, le plébiscite de Sarko m’horripile).
Que
reste-t-il à faire sinon attendre "que ma joie revienne" pour
reprendre quelques mots à Barbara?
Tiens
une autre icône gay, est morte il y a 20 ans. Dalida. Je conserve un souvenir
biaisé de son vivant. Les imitations de Le Luron empêchaient toute autre image
que celle d'une diva pathétique (je me souviens du rire qui s'empara de ma sœur et moi le jour où notre
voisine nous déclara qu'elle était sa chanteuse préférée). Si j'en parle, c'est
surtout suite à cette chanson réentendue à l'occasion de cet anniversaire.
"Il venait d'avoir 18 ans". Ce titre m'a ému en distillant un brin de
nostalgie (c'est d'un stéréotype gay affolant, je le concède). J'ai repensé
immédiatement à Nezz qui pourrait parfaitement illustrer la garçon évoqué par
ce morceau.
C'est promis, je ne viens pas vous parler à nouveau ici des traces du temps.
Même si je me rapproche à petits pas des "deux fois 18 ans" de la
chanson, je ne peux (encore?) envisager ces souvenirs sous une forme
douloureuse. Parce que je sais que cette situation, je pourrais la vivre
à nouveau à l'avenir, au moins potentiellement. Le coup de vieux et la
nostalgie réelle ne pourront s'installer vraiment qu'au moment où cette
évocation appartiendra résolument au passé, sans possibilité de la reproduire.
Et cette fois je n'y pense pas encore, ce moment n'est pas encore arrivé.
Ce qui est vrai par contre, c'est cette envie de replonger dans l'innocence
d'un regard qui s'abandonne. Pas de cette relation sexuelle où les mains, les
yeux et le reste ne revêtissent qu'une fonction matérielle de production du plaisir
(quoique, un tel moment est toujours bon à prendre, imbécile). Il s'agit
d'autre chose, d'évasion, presque de don de soi (même si la réciprocité
attendue rend ce terme inopérant en tant que tel). J'ai besoin de rêve,
d'absolu et le corps et l'esprit d'un jeune homme semblent pouvoir y
contribuer. Ne me dites pas que j'ai déjà à la maison le matériau nécessaire,
quiconque en couple depuis des années comprendra que ce dont j'ai besoin ne
peut s'expérimenter en interne. J'en ferais presque un appel désespéré aujourd'hui,
un cri de détresse qui signifie sans doute moins une simple demande matérielle
qu'une volonté de quitter les abysses d'un esprit malmené.
Quelque part, je devrais peut-être me confronter à une vérité qui se terre en moi et que je ne veux exhumer. Ou peut-être ai-je avant tout besoin d'une altérité spontanée et incisive, qui se pose face à moi à un instant où je ne suis pas capable d'aller à ses devants - laquelle pourrait prendre une forme différente de celle envisagée jusqu’ici. Mais de telles solutions, moins naïves et irresponsables, suffisent-elles à remplacer la puissance apaisante d’un baume charnel ? Poser la question, c’est (presque) y répondre.
04 mai 2007
Billet d'avril
Un seul sujet évident pour ce mois
d'avril écoulé: les élections présidentielles françaises.
Si le duel Sarko-Ségo au deuxième
tour était attendu, la surprise est venue de l’importance du score des deux
candidats. On l'a souvent évoqué et cela se vérifiera sans doute : le résultat
du premier tour conditionne celui du second. Et de ce point de vue, l’élection
semble a priori jouée. Arithmétiquement, on voit mal comment Ségolène va
pouvoir grappiller les points suffisants pour inverser la tendance qui s’est
esquissée après le premier round. La France penche à droite, cela semble une
évidence.
La campagne aura permis de voir
s’opposer des projets de société différents et c’est tant mieux si l'on se souvient
de la précédente élection. Aussi intéressant fut l'éclaircissement du
positionnement de people ou intellectuels se réclamant de gauche et qui ont
fini par rejoindre Sarko. Rien de pire que voir le débat à gauche pourri par
des personnalités n'ayant que peu d'idéologie en commun avec leur prétendue
famille politique et qui semblent avoir (enfin!) trouvé leur juste chemin à
l'occasion de cette présidentielle. Pour justifier leur ralliement, les Hanin,
Tapie, Gallo, Glucksmann, Séguéla (qui parvient à passer de Ségo à Sarko entre
deux tours, fort le type !) ou le misérabilissime Eric Besson (il ne manque
plus que Finkelkraut en fait) ont profité de la figure féminine de la candidate
socialiste et (c’est presque un corollaire pour eux) de sa présumée
incompétence (une attitude qui, aujourd'hui, ne tient pas la route devant la
consistance croissante affichée par Ségolène au fil de cette campagne). Au bout
du compte, ce fut surtout pour eux l'occasion de libérer leur inconscient en
affichant au grand jour leur virage droitier et pas des moindres dans la mesure
où Sarko n'incarne pas une droite centriste à la Chirac mais bien une droite
très à droite, revendiquée telle quelle, sans état d'âme.
Doit-on y voir un lien avec leur
âge respectif? Un sondage affirmait récemment que Ségo gagnerait dans toutes
les catégories d’âge son combat contre Sarko sauf celle des plus de 65 ans où
trois quarts des gens de cette catégorie opteraient pour Sarko, d’où l'avance
finale de ce dernier. Le discours sur l’insécurité asséné inlassablement par
Sarko rassurerait ainsi la partie de la population la plus fragile dans ce
domaine. Ma charge paraîtra peut-être lourde et idéologique mais la question me
semble probante: la vieillesse aurait-elle pour unique caractéristique
politique de se refermer sur elle-même ?
Au fonds, je ne peux m’empêcher de
voir dans le vote à droite une préservation de ses propres intérêts, un refus
d'envisager une vision collective et de solidarité de la société, sans parler
d’un conservatisme sur le plan des valeurs morales et de l'éthique. Dans un dernier
baroud d’honneur, j’espère une mobilisation importante des gens de gauche et du
centre pour entreprendre un acte politique collectif comme l’énonce le
journaliste Guy Birenbaum sur son blog (http://birenbaum.blog.20minutes.fr/,
cfr. Son article du 1er mai). Abstentionniste depuis 25 ans, il se
rendra aux urnes pour éviter une politique sarkozyste conservatrice avec sa
volonté d’expurger mai 68, ses idées rances sur l’inné et l’acquis, son
libéralisme de la régression sociale, sa vision d'une France duale pour
défendre une autre conception de la société, non pas celle représentative d’une
seule voix - la sienne - dans un individualisme aveugle mais bien celle de
l'intérêt collectif en faveur des plus faibles, des minoritaires.
Cela ne changera sans doute rien au résultat final mais il y a des valeurs qui dépassent le cadre d'une seule élection...
01 mai 2007
Le Temps

Il
arrive parfois, au cours de l’existence, de se retrouver au milieu de
situations limites où l'équilibre ne semble tenir qu'à un fil. Le balancier
semble pouvoir pencher d'un côté comme de l'autre, sans ménagement (c'est
presque de circonstance à la veille d'un deuxième tour d'élections
présidentielles).
Le
meilleur semble encore pouvoir survenir quand inonde au fonds de soi la
confiance en son potentiel (quant à sa propre personne ou son travail), dans sa
capacité de séduction.
A ce titre, une petite anecdote. Après la soirée d'anniversaire organisée à la
maison lors de laquelle les garçons s'étaient déguisés en femmes, nous avons
décidé (en tout cas 8 d'entre nous) de nous rendre dans le célèbre bar à
travestis "chez maman", sans nous changer. Il est une chose
d'apparaître en femme dans un cercle privé (et certains - rares - ont
d'ailleurs refusé cette transformation), une autre est d'affronter le regard
des autres dans un lieu public. Il a fallu d'abord affronter la rue, (une
épreuve déjà difficile car inhabituelle, lors de laquelle j'ai ressenti la
crainte d'être abreuvé d'injures ou de faire l'objet d'une agression), puis
ensuite le regard des gens dans le bar. Ceux-ci avaient beau être gays à 95%,
je percevais parfois dans leurs yeux une forme d'incompréhension, voire de
mépris (qui contraste avec la douceur ou le flamme de ceux posés quand je suis
en mec). Dans ce climat insolite, nous ne nous sommes pas éternisés. Sur le
chemin du retour vers la voiture, alors que j'avais retiré ma perruque ne conservant
que le maquillage, un hétéro de base dans sa grosse voiture m'invita à
traverser à un passage pour piétons et après avoir bifurqué sur la gauche, se
retourna sur moi et m'adressa, par sa vitre ouverte, un coucou aguicheur que je
lui rendis. Totalement distrait, il buta sur une bordure du trottoir et évita
par une manœuvre
rapide un accident. Même si je me sens définitivement mieux en homme, il est
toujours intéressant de se confronter à une autre image de soi et de tirer une
certaine satisfaction par ce genre d'épisode ou en entendant les échos autour
de soi.
A côté
de ces moments gratifiants, l'esprit s'imprègne de considérations contraires.
Je brûlerais notamment mes dernière cartouches. Ce n’est d’ailleurs pas
totalement faux au niveau de la séduction où un virage s’amorce de manière
irréversible. Si L. et moi pouvons plaire aux jeunes (ceux qui suscitent le
plus souvent le désir en nous), nous sommes peu à peu perçus dans une catégorie
spécifique, qui n’est plus celle de jeunes plaisant à d’autres jeunes mais bien
de mecs plus âgés attirant les jeunes à la recherche de maturité. Cette
constatation devra logiquement influencer ma perception de la séduction à
l’avenir, m’obligeant à la transformer sous peine de plonger droit dans le mur.
Le temps s’impose donc progressivement tel que je l’ai toujours perçu, en
adversaire résolu, susceptible de m'entraîner dans une descente en enfer, tant
physiquement que professionnellement – domaine à la base de ma crise d’angoisse
récente.
Cette idée s'imprime si puissamment en moi en ce moment que j'ai l'impression
de pouvoir tomber aujourd’hui dans un gouffre comme il y a deux ans. Mon
anxiété ne s’est pas éteinte lors d'une paisible pause de quelques jours à
Prague. Au contraire, de nouveaux symptômes de sinistre mémoire l’ont
prolongée ensuite: céphalée de tension, hyperventilation et vertiges.
S'ils n'ont plus à cette heure la même intensité que celles rencontrées il y a
quelques jours, ils ne s'effacent cependant pas facilement, principalement
lorsque je me retrouve au travail (conjugaison de fatigue et de tension).
Cette fragilité physique me fait douter de ma résistance à toute épreuve, avec
la crainte de retomber dans un trou noir. J'ai ainsi tendance à renoncer à
certaines initiatives susceptibles de me placer dans une position
d'incertitude, à activer un frein dans le contact avec autrui et avec les
événements de la vie tout court en attendant d'avoir retrouvé le calme
intérieur.
Plonger
dans la vie est un défi qui ne va pas forcément de soi, qui réclame de
l'abnégation. Curieusement, en bravant mes doutes en allant dans ce bar en
femme quelques jours plus tôt, je n'avais plus de vertiges, je me sentais
insécurisé mais fort intérieurement par la démarche aboutie.
La solution réside probablement dans un retour à la confiance en moi-même, en
la force de mon physique (au sens médical du terme), à ma capacité à affronter
le stress, à surmonter les incertitudes et les embûches en les dépassant.
C'est
ce curieux équilibre entre l'investissement et le retrait, le challenge et le
recul que je dois aujourd'hui travailler, avec une détermination à aller de
l'avant mais avec la sagesse d'écouter ce que mon corps dicte encore
aujourd'hui.
Avec le temps, nous sommes toujours perdants.





