Mo's blog

Des choses à dire...

15 mai 2007

Le passé endormi

Il aura fallu cette lettre déposée en mains propres dans notre boîte aux lettres pour raviver les effluves d'un passé lointain. A l'intérieur, une carte sur fonds rose annonçant l'inauguration d'une section gay au sein de la galerie d'antiquité dont F. est l'un des exposants. Il y a joint un petit mot court nous invitant aux retrouvailles à cette occasion. Cela fait des mois que nous n'avions plus de ses nouvelles. Avec lui, nous replongeons forcément, L. et moi, au cœur des premiers pas de notre relation, de nos premiers mots même (j'y reviendrai un jour sur ce blog, c'est certain).

F. ne peut être dissocié de V., c'est un constat pour nous, une évidence pour lui. Partenaires à ce moment, ils constituaient un point d'ancrage sur lequel nous pouvions nous appuyer pour imaginer un futur possible, leur soutien indéfectible cimentait notre union contre vents et marées.
Notre couple a finalement tenu, le leur s'est effiloché. Au moment d'entrer dans la vie active, V. éprouva le besoin de liberté, d’indépendance, à distance de F., de 15 ans son aîné. Leur histoire semblait condamnée à cette période estudiantine.
V. recomposa son horizon amoureux avec W., un jeune architecte beau, débonnaire et ambitieux, au grand dam de F., incapable d'oublier cette aventure, irrémédiablement relié tel un père à l'égard de son fils.
Sûr de lui et de son nouvel amour, V. s'envola vers le Canada avec en poche un contrat professionnel de 2 ans. A mi-chemin, la distance récita son meilleur couplet : la mort des sentiments. Lors d'un retour au pays, V. fut accueilli froidement par W. qui lui annonça brutalement qu'il ne l'aimait plus. Le choc, imprévisible, dévasta V., à la fois désespéré et acrimonieux face au mauvais tour que lui jouait son destin. Dans un semblant d'équilibre, il tenta de soulager son amertume auprès de F. qui l'accueillit comme si rien ne les avait séparés.
C'était il y a 3 ans.
 Nous les invitâmes à l'occasion du Nouvel An. Une drôle de sensation nous envahit au cours de cette soirée. Le discours de V. transpirait de colère à peine contenue et d'un curieux désir de revanche. Il semblait manifestement considérer comme une défaite son retour auprès de F. et comptait lui faire payer sa détermination à la poursuite de leur relation. Le malaise tenace que nous ressentions face à cette reformation précaire finit sans doute par distendre les liens fragiles de l’amitié.

Une forme d'obligation nous a conduit jusqu'aux portes de la galerie en ce jour d'ouverture. Je me sens peut-être redevable face à F., je ne peux refuser son offre quand il entreprend la démarche de nous inviter d'abord à ce vernissage, et plus tard chez lui pour nous raconter les derniers soubresauts de sa vie affective dans laquelle V. a toujours une place malgré de nouvelles mésaventures.

A peine arrivés, nous retrouvons une figure connue, JP, qui fut successivement publicitaire, galeriste d'art contemporain et patron du bar gay le plus couru à l'époque de notre rencontre, le rattachant lui aussi irrésistiblement à cette période particulière de notre vie. Il a depuis revendu son commerce et pris une semi-retraite, partageant son temps entre Bruxelles et Bucarest où il soutient et supervise le développement d'une boulangerie française. Il est accompagné de son partenaire de toujours et de jeunes amants roumains qui se succèdent à chacun de leur retour au pays. J'imagine qu'il aurait mieux trouvé sa place dans ce bar à escort praguois visité récemment. Cela ne me dérange pas sur le fonds, je le confirme. Seule la confusion entière de leur vie entre amitié et prostitution implicite me trouble et me retient sans doute d'accepter leur proposition de passer quelques jours chez eux au cœur de la capitale roumaine.

Ailleurs, les autres gays défilent au travers des couloirs de la galerie. Nous partageons une même identité sexuelle mais rien ne semble pouvoir m'en rapprocher. Ils portent pantalons en toile, chemises à carreaux (ou à fleurs pour les plus originaux) et pulls en cachemire autour des épaules (en coton pour les plus fauchés) . Leur accent rappelle leur origine aristocratique. F. s'affaire autour d'eux avec une hospitalité ronflante digne de ses aïeuls. Une attitude mondaine qu'il délaisse lorsqu'il s'adresse à nous et plus encore lorsqu'il endosse T-shirts moulants et accessoires bien pédés en sortie.

V. est également présent. Nous avions entendu parler de ses sérieux problèmes de dépression rencontrés ces dernières années, qui l'obligèrent à l'enfermement avant d'en sortir… hétéro. Devant ce tableau sombre, il semble relativement en forme même si l'équilibre ne s'exprime pas dans son regard trouble et fuyant.
L'amitié, c'est essentiellement avec L. qu'il la partageait. V. fut pour moi initialement un exemple, une figure d'identification mais une chape de plomb a rapidement contrarié notre relation sans que je sache trop pourquoi. J'ai toujours eu l'impression qu'il ne m'appréciait pas. Une sorte de compétition s'était peut-être indirectement engagée entre nous, face à la ressemblance soulevée par sa meilleure amie de par notre âge, notre morphologie, nos attitudes proches. J'ai accepté cette distance et je ne me formalise pas qu'il se tourne presque exclusivement vers L. aujourd'hui. Je garde d'ailleurs volontiers une position de retrait, à l’abri de son regard où la perversité semble s’être invitée. Son comportement récent ne plaide pas pour la tranquillité de son âme : après avoir acheté une maison avec F en novembre dernier, V. a de nouveau fui peu de temps après, consommant une séparation qu’il prétend désormais définitive. Les quelques échanges vifs dont nous sommes les témoins nous confirment le jeu de domination qui a dû résumer leur relation ces trois dernières années (c'est presque sans surprise que nous croiserons F. en rue deux jours plus tard, affublé d'un collier en cuir, symbole d'une préférence sexuelle qui s'affiche désormais sans le moindre complexe).

Sur le fonds, cette rupture vient confirmer un pressentiment: on ne recolle pas les pièces d'un amour brisé. Ne convient-il pas d'en conclure la même chose quant à l'amitié? Ce retour en arrière opéré pendant deux heures s'est déroulé sans nostalgie, ni malaise, presqu'avec indifférence.
Je ne suis plus le même qu'autrefois et mon avenir s'envisage avec d'autres visages amicaux et des figures à venir que j'espère correspondre à mon évolution en marche. Dans cette optique, il ne reste plus qu'une place marginale, de respect essentiellement, pour ces personnages qui ont contribué à mon développement et mon histoire, cette forme de famille éloignée dont on cherche de temps en temps à avoir des nouvelles. Un passé endormi, sans amnésie.

Posté par Morrissey à 19:55 - C'est arrivé un jour... - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Fleshback.

Posté par Pierre, 16 mai 2007 à 16:51

rajeuni

Je vais revenir

Posté par Marie, 16 mai 2007 à 18:38

légèreté

Aussi bavard que des filles sur les histoires des autres .... comme dans les béguinages sauf que tu as mis une superbe photo démaquillée (défloutée). Tu n'es plus le même et ça se voit. Je préfère aussi ton collier, mais bon !

Posté par Marie, 16 mai 2007 à 20:35

"Sur le fonds, cette rupture vient confirmer un pressentiment: on ne recolle pas les pièces d'un amour brisé."
Je connais un blogueur haut-Normand qui depuis trois ans s'escrime à illustrer la possibilité du contraire :)

Posté par Jonas, 17 mai 2007 à 11:30

Dans le fil du commentaire de Jonas:

"On peut nouer un fil rompu, mais il y aura un noeud au milieu" (proverbe persan).

Et d'aucuns d'ajouter que le fil ne se brise plus jamais à l'endroit du noeud, où il est le plus fort, mais éventuellement à un autre endroit.

Posté par Pierre, 18 mai 2007 à 11:38

un petit hors sujet

Salut tout le monde,certains parmi vous me “connaissent” deja par mon blog : http://alixg.wordpress.com/ Ce soir après avoir réfléchi pendant longtemps, je me suis décidé à le faire, à arrêter d’être hypocrite, et c’est pour cette raison que j’aimerais dire quelque chose afin de libérer mon esprit tonight.
Comme certains parmi vous le savez deja, cela fait quelque temps que j’habite au Pérou (je voyage beaucoup mais je suis souvent au Perou) et voici ma confession: je suis gay. Je fais la GAY PARADE en llama dans les rues du Pérou tous les ans, c’est UNE FIERTE D’ETRE GAY!!! ce blog est dédié à ceux que comme moi trouve que FAIRE L’AMOUR ENTRE HOMMES EST LA CHOSE LA PLUS BELLE QUI EXISTE…!!!! Ce n’est pas une blague, je demande de le prendre sérieusement car j’ai mis longtemps à pouvoir le dire…
Je sais c’est hors sujet mais je vois qu’il y a une certaine problématique dans le monde pour admettre la sexualité homosexuelle, j’ai mis 40 ans presque à pouvoir me débarrasser de cette situation et de pouvoir finalement me libérer et le dire haut et fort!!! J’ai des amis qui m’épaulent comme mon compagnon Patrick du blog http://blog.argentine-news.com/. Patrick qui était le propriétaire de l’appartement que je louais a finalement divorcé pour qu’on puisse déménager ensemble le mois prochain, aujourd’hui Patrick est devenu le propriétaire de mon coeur depuis quelques temps…
Merci à tous, merci Morrissey de ta compréhension…
et désolé de ce petit hors sujet, mais tu ne peux pas imaginer à quel point ceci me soulage... Merci encore une fois...

Posté par Guillaume, 20 mai 2007 à 01:06

j'aimerai peut être une explication en mail de Guillaume...je sens pour je ne ais quelles raisons que cette histoire va finir par "polluer" mon blog à force de vérité et de contre vérité

Posté par muse, 20 mai 2007 à 22:46

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