28 décembre 2006
Les aiguilles du sapin tombent à Noël
La fête de Noël paraîtrait volontiers intemporelle dans son déroulement si certains événements ne venaient pas insuffler un vent de renouveau lors des réunions familiales. Cette année, ma cousine Anne (dont j’avais abondamment parlé ici : http://morrissey.canalblog.com/archives/2005/12/27/1155413.html) était accompagnée de son petit ami, Will, qui réside dans le même centre d’hébergement pour adultes en difficulté et handicapés (qu'elle vient d'intégrer en mai dernier pour ses 18 ans).
Arrivé le dernier dans cette arène bien fournie cette année à l’occasion du réveillon, je salue tout le monde avant d’apercevoir à l’extrémité d’un canapé, la tête baissée du jeune garçon. Je peux me retrouver facilement dans son attitude timide. Participer à une fête d’une famille à laquelle on n'appartient pas doit conférer un sentiment de malaise bien compréhensible. A moins que ce ne soit cette acné agressive recouvrant son visage qui le complexe lorsque je lui tends la main. Le regard fuyant, les mains jointes en perpétuel mouvement circulaire, rien ne semble pouvoir le dérider. Son effacement confinerait même à de l'autisme si la présence d'Anne à ses côtés n'annulait par essence cette hypothèse.
Je ne sais quelle attitude adopter entre le laisser en paix et l’intégrer au maximum. Le juste milieu semble probablement le plus judicieux même si les efforts à accomplir ne m'agréent guère. Je dois déjà m’efforcer à parler aux uns et aux autres sans en avoir particulièrement envie. Anne ne cesse par ailleurs de m'accaparer et je me sens un peu redevable envers cette cousine que je ne vois pas durant l'année. Je tente au mieux d’impliquer Will dans nos conversations. Il ne vit manifestement pas sur une autre planète. Il écoute du hip hop (plutôt hardcore), parvient à suivre des formations professionnelles (ce que ma cousine peine à pouvoir réaliser), possède quelques amis et s’avère jaloux quand l’un d’entre eux s’approche trop de sa copine.
Anne doit trouver auprès de lui cette affection qu'elle désire tant (et vice versa). Ce besoin très palpable doit compenser chez elle l’absence d’un père malade, auquel j'ai pu me substituer un moment quand je la baby-sittais. Elle me demande aujourd'hui pourquoi je ne la serre pas dans les bras. Je lui explique maladroitement qu’elle a désormais quelqu’un vers qui se tourner pour éviter de lui avouer que j’éprouve une difficulté à prendre une femme dans les bras. Par pudeur. Qui n’épargne d’ailleurs pas mes contacts avec la gente masculine quand une raison supérieure ne le justifie pas.
Je devine également que les deux tourtereaux cherchent à se protéger mutuellement. Anne doit affronter l’angoisse généralisée que génère l’incertitude de son avenir tandis que Will fait face à une profonde dépression depuis le décès de sa mère que son père violentait. Ce grand garçon de 22 ans, qui en paraît plutôt 17 à 18, ressemble à un animal blessé, soumis, apeuré dont la fragilité se dévoile dès le premier regard et dont les marques d’une jeunesse gâchée transparaissent dans sa discrétion - tout en contraste avec le désir de contact et de paillettes d’Anne.
Le couple adolescent évoque souvent à mes yeux l’image d’une chrysalide innocente précédant l’avènement de la raison plus adulte. L’histoire d’Anne et Will relève déjà plus de la survie, de la nécessité, de l’accommodement. Dans un univers de destins contrariés, leur union ne bénéficie pas du cheminement tout tracé par la société, les tenants du romantisme échevelé estampillé fleur bleu ne leur accordent aucune place. Mais cet amour-nécessité, ce rapprochement circonstancié diffère-t-il tant de la situation de ma sœur (un mari perpétuellement angoissé minant trop souvent son épanouissement personnel, et la charge irréductible d'un emprunt hypothécaire et de deux bambins) ou de ma tante (qui accepte tant bien que mal l'intransigeance de son partenaire actuel, à la boisson par ailleurs peu heureuse)?
Bien plus qu'un reflet de romantisme projeté par le pouvoir médiatique (l'idéalisation du couple fait vendre) et politico-moral (l'anthropologique perpétuation de l'espèce), le couple se constitue avant tout autour de raisons de nature sociologique (une intégration et reconnaissance sociale au travers du statut de couple et plus tard de parent) et psychologique (la peur de la solitude), le mot "amour" étant trop souvent galvaudé.
Une réalité qui se dévoile plus aisément lorsque s'est effacé le vernis des premiers instants et que chutent les premières aiguilles du sapin.
Une vérité que les fêtes de famille, en hébergeant une diversité sociale et générationnelle, assènent avec une acuité frontale des plus désarmantes.
22 décembre 2006
Le Noël de Mr Welby
Un stade avancé de dystrophie musculaire.
Un respirateur à débrancher pour mettre fin au calvaire.
Le désir et l'espoir d'un retour à la dignité.
D'un terme à cette existence de fossile déshumanisée.
Une vie végétative et artificielle d'une douleur insondable.
Le choix de décider du moment de sa mort inviolable.
Une requête judiciaire rejetée.
Le geste d'un médecin pour le libérer.
"Son corps torturé et brisé a retrouvé la paix".
Une horde de réactions indignées devant cet "homicide", ce "péché".
Une idéologie de la moralisation sans le moindre sentiment de compassion.
L'église catholique italienne refuse d'enterrer religieusement Piergiorgio Welby.
Joyeux Noël
18 décembre 2006
Moi et l'autre
Cela faisait six mois jour pour jour que je ne m’étais plus rendu chez ma psy. J’avais alors l’impression de ressasser les mêmes choses sans apport nouveau. Avec l’enchaînement d’événements récents perturbants, la nécessité de la rencontrer de nouveau s’est faite jour.
Je ne cherche pas en elle le prophète qui me révèlera les solutions à mes préoccupations, mes angoisses, mes doutes. Le plus souvent les conclusions sur lesquelles je bute en sa compagnie sont intrinsèquement liées à ma personnalité et plus encore aux limites de la vie tout court.
Sur bien des questions, ma propre auto-critique, mes réflexions m’ont conduit à élaborer au préalable le bon diagnostic sur les situations vécues. Par son intermédiaire, j’en obtiens alors une confirmation, une précision, un prolongement. Je peux engager avec elle des discussions approfondies sur certains sujets où elle peut m’apporter son opinion avisée.
Je viens également solliciter une écoute que je ne peux demander à des amis (ou qu’ils ne peuvent me fournir). Le déballage me soulage et en appelle aussi à des mots en retour, des mots qui me rassurent au point, à certains moments, de constituer un rituel indispensable pour repartir de l’avant.
A l’occasion de ce retour, j’ai naturellement abordé le conflit récent avec mon collègue au travail. A force de m’être souvent exprimé dans le vide, j’ai été rassuré d’entendre que sa position se rapprochait de la vision que j’avais exposée ici il y a quelques temps (http://morrissey.canalblog.com/archives/2006/10/03/2823067.html). Chacun de nous, même animé de convictions profondes, doit reconnaître et admettre (vis-à-vis de soi avant tout) ses limites sans culpabilisation sur l’éventuel décalage que cela peut entraîner face à ses valeurs. C’est sans doute l’étape la plus difficile : si le raisonnement intellectuel parvient bel et bien à de telles conclusions, l’émotionnel ne l’accepte pas forcément, il a besoin de l’assentiment d’autrui pour clore le chapitre.
Serait-ce ces séances qui m’ont imprégné au fil du temps de la théorie du développement personnel visant à mieux accepter son individualisme ? En tout cas, ma réponse au conflit s’inscrit dans cette nécessité de répondre à ses propres tourments avant toute autre considération. Si on ne s’écoute pas soi, on finit par en supporter les conséquences à terme. A bien y réfléchir, j’ai compris cela bien avant de consulter. Sans doute à partir du moment où, faute de pouvoir forger un équilibre intérieur satisfaisant, mes doutes, mes frustrations ont pris le dessus en agressant mon corps pour manifester leurs souffrances. Les limites physiques m’ont obligé à réagir plus vite et à adopter les vertus d’un respect accru de ma propre intériorité.
L’interrogation ne s’éteint d’ailleurs jamais. Cette théorie de psychologie ne s’articule pas avec une vision à propos du groupe, la société, l’autre en général. Sans doute que cette préoccupation reste présente dans nos sociétés par un héritage judéo-chrétien. Il semble que les plus jeunes générations connaissent moins cette influence et acceptent plus franchement leur individualisme, parfois même avec outrance (voire dans certains cas de manière pathologique).
Les théories du développement personnel actives autant chez les psys qu’en entreprise ou à l’école ne deviendraient-elles finalement pas, consciemment ou non, un instrument idéologique au service d’une société totalement individualiste, qui se concilie merveilleusement avec le libéralisme ambiant ? Je constate en effet que bon nombre de personnes autour de moi y adhèrent sur le plan de l’opinion politique (par exemple à propos des chômeurs, de l’aide publique aux plus démunis) sans pour autant voter forcément (encore) pour le parti ou le personnage qui incarne de telles idées, sans doute par ce résidu inconscient de moralité bienséante héritée (probablement à la base de l’échec politique total d’un Alain Madelin en France par exemple).
Sans vouloir tomber dans cette vision extrême, je plaiderais plutôt pour le questionnement continu, la reconsidération permanente de ses besoins personnels dans une confrontation à l’autre et au groupe. Cette recherche d’un point d’équilibre n’est nullement théorisée (même si je m’y suis quelque peu collé dans l’article cité ci-dessus) et au fonds, tant mieux. Délimiter l’ensemble d’une conduite serait sans doute le pire des instruments idéologiques, un mépris de la liberté d’expression et du miracle (comme de l’horreur) qui peut en jaillir.
12 décembre 2006
Dans le brouillard je rêve encore
Son visage m'est apparu au terme d'une de ces nuits agitées se manifestant seulement lorsque s'est immiscée au plus profond de moi une forme d’insécurité - une réalité qui n'a pas attendu les dédales du sommeil pour se faire jour.
Je me suis tout d’abord levé pour fuir ou déjouer une nouvelle conspiration acharnée. Une fois parvenu au salon, la raison soudain revenue m'a habilement suggéré de faire demi-tour pour rejoindre mon lit, pas aussi douillet que je ne le souhaiterais.
Plus tard, une atrophie musculaire passagère a participé à l'action d'un nouveau cauchemar dont le cri de désespoir devant la paralysie constatée a cette fois réveillé mon compagnon de chambre, dont la présence et les mots m'ont quelque peu apaisé.
Enfin, sa silhouette élégante s'est offerte à mes pensées. Il arborait tout comme moi une tenue seyante et raffinée, comme les portait volontiers le dandy Arsène Lupin dans les écrits de Maurice Leblanc. Je pouvais observer à loisir la finesse de ses traits fins, ses cheveux châtains clairs légèrement bouclés. Nous nous prélassions dans un énorme jardin au bout duquel, loin, si loin, un château devait sans doute se déployer massivement.
Notre badinage cachait mal un sujet plus secret qu'il n'osait encore m’exposer.
Syl, puisque c'est lui dont il s'agit (http://morrissey.canalblog.com/archives/2005/07/01/994813.html), me racontait avec moult détails les étapes de sa vie récente sans piper mot de ce qui nous avait réuni bien des années auparavant. Je demeurais cependant persuadé que de ses pensées ne pouvaient avoir totalement disparu ces quelques balbutiements et accélérations du rythme cardiaque synonymes du désir. Tout en parlant de lui, il évoqua un autre de nos congénères dont mon souvenir premier se rattacha à cette rumeur jamais confirmée qu’il avait, jeune adulte, relevé le pari de sucer un de ses coéquipiers.
Je pressentais que serait bientôt révélée à mes oreilles attentives une confession que nul autre n'avait jamais entendue. Je ne savais s'il s'agissait de moi ou de faits qui m'étaient étrangers mais le feu le plus intime y serait convoqué.
Le réveil m'a subitement extrait de la campagne où j'avais paisiblement trouvé refuge. Ne voulant nullement renoncer à ce sommeil longtemps troublé, je suis retourné quelques instants du côté de cette verdure ondoyante à la recherche d'une vérité issue des songes. La sombre lumière du matin automnal a fini par s’imposer et mon esprit par s’interroger : par quel curieux écheveau le sommeil a-t-il pu me transporter de la rugosité du combat à cette suave rencontre dont l’interruption inopinée a ménagé le souvenir miraculeux d’une ineffable poésie après la barbarie ?
09 décembre 2006
Bac à sable
J’ai cherché à prendre les devants pour éviter de nouvelles tensions. Sans doute était-elle fondée l’initiative de rassembler tout le service sous l’égide de notre chef en vue de prévenir des disputes qui se seraient inexorablement produites sans cela. Son déroulement ne connut cependant pas l’effet escompté. La faute à pas de chance avec une interruption au climax de la discussion pour un test d’alerte incendie qui laissa un blanc mis à profit pour l’expression de rancœurs personnelles mais aussi aux conséquences néfastes de l’indécision patente de notre supérieur à réaffirmer clairement les rôles de chacun. Libérer la parole sur un tel sujet n’a aucun sens quand des intérêts divergents sont en jeu. Il n’existe pas de démocratie en entreprise (juste de l’écoute individuelle), les responsables hiérarchiques ne sont pas des élus désignés par leurs collaborateurs. Laisser chacun s’exprimer sur une décision déjà prise, c’est ouvrir la porte à l’anarchie, a fortiori dans une ambiance pourrie. J’aurais voulu crier pendant cette réunion afin que soient rappelées simplement et clairement les règles édictées depuis des mois. Au lieu de cela, en laissant traîner un parfum de révolution, notre boss a ouvert la porte à l’aigreur de mon collègue récalcitrant. En attendant le retour de notre responsable, il a cherché à faire partager équitablement entre tous la tâche dont tout le monde veut s’exonérer (et qu’il est le principal à prendre en charge, après tout il n’est là que depuis 8 mois). A nouveau la fumeuse théorie de l’égalitarisme (et le big big boss aussi il doit accomplir cette tâche ?, Qui fait notre boulot pendant qu’on s’occupe de cela ?). Après cette vague d’idées sans fondement, le chef a enfin fait son retour et rappelé les principes, maladroitement mais c’est déjà ça. Nous avons accepté exceptionnellement de participer le jour même à cette tâche honnie pour résoudre la situation momentanée. Ce sera ma seule concession, purement symbolique mais si cela peut fonctionner…
En fait non, c’est trop tard, quelques minutes auparavant, ce que je ne voulais pas s’est produit. Le retour d’un face à face électrique avec ce collègue. Il m’a rendu responsable de ne pas l’avoir défendu à un moment donné pendant la première partie de réunion. Il a pointé son index dans ma direction en criant que je ne devais plus lui adresser la parole, que je ne devais pas intenter à son intégrité en lui parlant (oui, pour la seule explication reprise ci-dessus...).
La colère m’a progressivement envahi. La collaboration avec lui m’a semblé devenue impossible. J’en ai voulu à mon chef de ne pas taper du point sur la table quand ça part en couilles. Il m’aurait protégé de ma précaire situation de coordinateur sans attribution hiérarchique. Je devais vider mon sac, en face à face avec lui. Il a fallu lui rapporter le litige avec mon collègue en l’expliquant de long en large. Je n’aurais jamais pensé en arriver là mais la situation était allée trop loin. Je lui ai rappelé que le conflit venait d’une discussion anodine où je lui avais maladroitement expliqué que la solidarité n’existait pas en entreprise (m’incluant dans le lot) pour justifier que personne ne lui soit naturellement venu en aide pour prendre en charge une matière que personne n’aimait. J’aurais dû parler plus vite d’une raison plus évidente lié à mon évolution à l’intérieur du service qui m’avait exonéré de gérer ce genre de tâche au fil du temps. Cela n’aurait rien changé, j’avais joué la voie de la transparence et celle-ci ne fonctionne qu’avec des gens lucides et capables d’un certain recul. Je ne m’imaginais pas avoir affaire à quelqu’un qui allait fomenter sa vengeance en me prenant désormais comme responsable d’une décision prise entièrement par notre responsable sans que je n’ai interféré à ce sujet. Pire il a rejeté toute ma personne dans une réaction presque pathologique de sa part (cela cache forcément quelque chose). Il est vrai que je m’exprime avec une certaine aisance alors que la plupart de ses propos sont exprimés avec raideur, sur un ton sec. Ne parvenant pas à s’imposer dans la confrontation des idées (hors du champ professionnel), il a pu ressentir de l’arrogance dans mon expression (avec une part de vérité probablement mais aussi une vision très réductrice de ma personnalité). Et comme il ne parvient pas à faire entendre sa voix auprès du chef pour ne pas accomplir une tâche notoirement honnie, il me désigne bouc-émissaire de son malheur et tient sa vengeance sur moi par la même occasion.
Aujourd’hui, je me retrouve avec une pointe dans le ventre qui ne parvient plus à me quitter depuis cette réunion. Même le week-end ne m’octroie aucun répit. Nos relations sont empreintes de froideur depuis la réunion, on s’ignore désormais le plus souvent mais je ne parviens pas à m’en satisfaire. Je crains d’être à nouveau agressé. Pas physiquement mais simplement verbalement, avec des mots qui peuvent toucher au plus profond. Car la violence du ton et le rejet de ma personne ne m’a pas laissé indifférent, d’autant que nous entretenions de bonnes relations jusqu’alors. Au fonds, je veux que tout le monde m’aime, ne serait-ce qu’un peu. J’ai toujours rêvé de cela, je ne peux vivre avec des ennemis (même si mon égo ne m’autorisera pas à concéder la défaite face à lui, pour m’aider à surmonter mon stress).
Ma réaction de malaise physique a dû aussi prendre sa source dans un réceptacle particulier, un conflit moral intérieur qu’il a cherché à appuyer. J’ai toujours proclamé mes valeurs de gauche et donc de solidarité. En ne l’appliquant pas selon lui sur son problème précis, il a cherché à montrer mon incohérence. Il n’a peut-être pas choisi le mauvais cheval. Je dois ressentir comme une forme de culpabilité par rapport à mon comportement. Tout bien réfléchi, il me paraît intellectuellement tout-à-fait tenable, ne reniant pas mes valeurs, mais mon affect a conservé quelques doutes qu’il s’est efforcé d’accentuer, en me rendant redevable d’une dette morale comme quand il me reproche de ne pas l’avoir défendu lors d’une réunion. Les gens retors ne se rendent pas toujours compte que leur raisonnement (intellectuel ?) est faussé par leurs émotions les plus perverses et leurs propres frustrations.
Le fait de m’adresser à notre responsable l’a certainement indisposé mais il fallait intervenir pour casser une dynamique pernicieuse dans son comportement à mon égard et le prévenir que toute tentative de reprise de l’affrontement ne serait pas sans écho (ce genre de personnage ne réagit qu’au pouvoir).
Une discussion entre mon chef, lui et moi doit encore avoir lieu la semaine prochaine. Peut-être pourra-t-elle m’aider à évacuer cette boule de stress mais je m’efforce de trouver le moyen d’une solution en mon for intérieur. Le mieux est de me tenir à distance pour empêcher la (re)naissance de conflit. Je fais le deuil de la camaraderie. Je vais devoir ajuster mon comportement avec lui, mon expression. Je l’ai déjà fait par le passé et beaucoup y sont obligés en entreprise. Je m’y ferai. Je devrai aussi faire preuve d’arrogance pour écarter toute discussion : ne plus jamais se justifier, au contraire lui montrer qu’on n’appartient pas à la même catégorie. Je ne suis pas certain que cela m’aide, cela ne fait pas partie de mon comportement intrinsèque mais peut-être est-ce le seul possible face à quelqu’un qui refuse d’entendre les justifications réfléchies et ne conserve en mémoire qu’une image momentanée.
Je cherche encore au fonds de moi d’autres trouvailles susceptibles de me débarrasser de ce stress persistant. Peut-être que j’ai encore besoin de temps, que l’écho des mots qui ont fait tanguer ma carapace n’arrive plus à mes oreilles. La réponse passe par la reconstruction d’une bulle que rien ne peut atteindre. Au détriment de la sociabilité fanfaronne certes mais s’il faut passer par là, je tenterai de la rendre résistante.
04 décembre 2006
Sur le fil du rasoir
Sans y prendre garde, le poids de micro-événements m’est tombé sur la tête. D’un coup, sans qu’une bombe n’ait provoqué de déflagration l’instant d’avant. Les matières noires accumulées dans un coin du cerveau se sont assemblées pour former cette boule qui glisse vers la gorge et finit par la nouer.
La faute principale à cet environnement professionnel délétère devenu subitement hostile. Dans un contexte de changements en perspective (et une certaine crainte, plus subjective que réellement rationnelle puisque la base du travail ne se modifie pas), j’encaisse avec moins d’aisance les humeurs des collègues qui s’énervent pour un rien, qui doivent forcément rejeter la « faute » ailleurs (successivement sur l’un puis l’autre, pas de chance, la tournée s’est arrêtée sur moi). Peut-être ai-je manqué de tact et de forme pour exprimer quelques réalités par le passé (voir …) , il n’empêche que la distance volontaire mise par un de mes collègues (un des rares avec qui je devrai continuer à travailler) m’a stupéfait par son non-sens autant qu’elle m’a blessé.
Cette sensation s’est prolongée ensuite dans de petits faits anodins. L’achat d’un nouvel ordinateur sans me consulter ne trahirait-il pas aussi une forme de défiance de mon père quant à mes engagements ou conseils antérieurs?
Cette concession à ma propre fragilité me plonge au milieu du commun des mortels, dans une proximité avec le lot usuel des souffrances passagères de l'être humain, qui me permet de concevoir plus facilement des circonstances atténuantes pour des faits et gestes d’autrui traduisant une marque de faiblesse manifeste.
Ce rapprochement avec le tout un chacun ne dure toutefois qu’un temps quand je viens à considérer la vigueur intellectuelle du monde qui nous entoure (notamment au travail).
Il ne s’agit pas de signifier ici le manque d'intelligence pour comprendre une matière particulière (la nature n’est pas égalitaire, et, après tout, la mécanique, par exemple, me pose aussi bien des soucis) mais plutôt de relever l’usage limité de la réflexion dont font preuve trop de gens face aux événements du monde en général (le peu de mise en perspective d'idées politiques au sens large du terme) ou dans la vie de groupe en particulier (où l'émotionnel envahit trop souvent l'essentiel du propos). Cette considération pèse d’ailleurs de temps à autre sur ma sphère privée et contribue à un désintérêt progressif envers certaines connaissances (voire amis).
Sur le fonds, je ne déplore pas tant les réflexions contraires à mon opinion (c'est parfois énervant mais cela fait naturellement partie du jeu) que celles mal argumentées ou réductrices, voire même leur absence pure et simple. C'est d'ailleurs cette dernière catégorie qui m'indispose le plus. J'admets que certaines personnes ne possèdent pas les outils pour formuler une pensée totalement cohérente mais une simple ébauche raisonnée peut témoigner d'une démarche visant à s'élever au dessus de sa simple condition (économique ou jouissive) d'être humain.
Ces deux modélisations de la pensée qui traversent ma personnalité (l'une poussant dans une direction avant d'être rappelée à l'ordre par l'autre) ne sont pas antinomiques en soi mais le balancier intérieur entre une optique élitiste et une vision universaliste ne se retranscrit pas toujours aisément dans le monde extérieur. L’image de prétention perçue (à tort ou à raison) en exprimant une idée s’imprègne plus durablement dans l’esprit des gens qu’une remarque signifiant la prise en compte nécessaire de la faiblesse de l'être humain dans tout diagnostic. C’est d’ailleurs avec un certain paradoxe que les personnes qui vilipendent les comportements arrogants soient souvent également celles qui dénoncent les comportements, voire les privilèges des plus faibles (en dignes représentants d’une société prônant le mérite individuel, qu’elles confondent d’ailleurs souvent avec l’égalitarisme).
Dans la solitude occasionnelle de la démarche intellectuelle, on ne peut que se féliciter des lois de l'apesanteur qui finissent toujours par nous ramener au ras du sol. Par besoin de légèreté ou par faiblesse.





