Mo's blog

Des choses à dire...

09 décembre 2006

Bac à sable

J’ai cherché à prendre les devants pour éviter de nouvelles tensions. Sans doute était-elle fondée l’initiative de rassembler tout le service sous l’égide de notre chef en vue de prévenir des disputes qui se seraient inexorablement produites sans cela. Son déroulement ne connut cependant pas l’effet escompté. La faute à pas de chance avec une interruption au climax de la discussion pour un test d’alerte incendie qui laissa un blanc mis à profit pour l’expression de rancœurs personnelles mais aussi aux conséquences néfastes de l’indécision patente de notre supérieur à réaffirmer clairement les rôles de chacun. Libérer la parole sur un tel sujet n’a aucun sens quand des intérêts divergents sont en jeu. Il n’existe pas de démocratie en entreprise (juste de l’écoute individuelle), les responsables hiérarchiques ne sont pas des élus désignés par leurs collaborateurs. Laisser chacun s’exprimer sur une décision déjà prise, c’est ouvrir la porte à l’anarchie, a fortiori dans une ambiance pourrie. J’aurais voulu crier pendant cette réunion afin que soient rappelées simplement et clairement les règles édictées depuis des mois. Au lieu de cela, en laissant traîner un parfum de révolution, notre boss a ouvert la porte à l’aigreur de mon collègue récalcitrant. En attendant le retour de notre responsable, il a cherché à faire partager équitablement entre tous la tâche dont tout le monde veut s’exonérer (et qu’il est le principal à prendre en charge, après tout il n’est là que depuis 8 mois). A nouveau la fumeuse théorie de l’égalitarisme (et le big big boss aussi il doit accomplir cette tâche ?, Qui fait notre boulot pendant qu’on s’occupe de cela ?).  Après cette vague d’idées sans fondement, le chef a enfin fait son retour et rappelé les principes, maladroitement mais c’est déjà ça.  Nous avons accepté exceptionnellement de participer le jour même à cette tâche honnie pour résoudre la situation momentanée. Ce sera ma seule concession, purement symbolique mais si cela peut fonctionner…

En fait non, c’est trop tard, quelques minutes auparavant, ce que je ne voulais pas s’est produit. Le retour d’un face à face électrique avec ce collègue. Il m’a rendu responsable de ne pas l’avoir défendu à un moment donné pendant la première partie de réunion. Il a pointé son index dans ma direction en criant que je ne devais plus lui adresser la parole, que je ne devais pas intenter à son intégrité en lui parlant (oui, pour la seule explication reprise ci-dessus...).

La colère m’a progressivement envahi. La collaboration avec lui m’a semblé devenue impossible. J’en ai voulu à mon chef de ne pas taper du point sur la table quand ça part en couilles. Il m’aurait protégé de ma précaire situation de coordinateur sans attribution hiérarchique. Je devais vider mon sac, en face à face avec lui. Il a fallu lui rapporter le litige avec mon collègue en l’expliquant de long en large. Je n’aurais jamais pensé en arriver là mais la situation était allée trop loin. Je lui ai rappelé que le conflit venait d’une discussion anodine où je lui avais maladroitement expliqué que la solidarité n’existait pas en entreprise (m’incluant dans le lot) pour justifier que personne ne lui soit naturellement venu en aide pour prendre en charge une matière que personne n’aimait. J’aurais dû parler plus vite d’une raison plus évidente lié à mon évolution à l’intérieur du service qui m’avait exonéré de gérer ce genre de tâche au fil du temps. Cela n’aurait rien changé, j’avais joué la voie de la transparence et celle-ci ne fonctionne qu’avec des gens lucides et capables d’un certain recul. Je ne m’imaginais pas avoir affaire à quelqu’un qui allait fomenter sa vengeance en me prenant désormais comme responsable d’une décision prise entièrement par notre responsable sans que je n’ai interféré à ce sujet. Pire il a rejeté toute ma personne dans une réaction presque pathologique de sa part (cela cache forcément quelque chose). Il est vrai que je m’exprime avec une certaine aisance alors que la plupart de ses propos sont exprimés avec raideur, sur un ton sec. Ne parvenant pas à s’imposer dans la confrontation des idées (hors du champ professionnel), il a pu ressentir de l’arrogance dans mon expression (avec une part de vérité probablement mais aussi une vision très réductrice de ma personnalité). Et comme il ne parvient pas à faire entendre sa voix auprès du chef pour ne pas accomplir une tâche notoirement honnie, il me désigne bouc-émissaire de son malheur et tient sa vengeance sur moi par la même occasion.

Aujourd’hui, je me retrouve avec une pointe dans le ventre qui ne parvient plus à me quitter depuis cette réunion. Même le week-end ne m’octroie aucun répit. Nos relations sont empreintes de froideur depuis la réunion, on s’ignore désormais le plus souvent mais je ne parviens pas à m’en satisfaire. Je crains d’être à nouveau agressé. Pas physiquement mais simplement verbalement, avec des mots qui peuvent toucher au plus profond. Car la violence du ton et le rejet de ma personne ne m’a pas laissé indifférent, d’autant que nous entretenions de bonnes relations jusqu’alors. Au fonds, je veux que tout le monde m’aime, ne serait-ce qu’un peu. J’ai toujours rêvé de cela, je ne peux vivre avec des ennemis (même si mon égo ne m’autorisera pas à concéder la défaite face à lui, pour m’aider à surmonter mon stress).

Ma réaction de malaise physique a dû aussi prendre sa source dans un réceptacle particulier, un conflit moral intérieur qu’il a cherché à appuyer. J’ai toujours proclamé mes valeurs de gauche et donc de solidarité. En ne l’appliquant pas selon lui sur son problème précis, il a cherché à montrer mon incohérence. Il n’a peut-être pas choisi le mauvais cheval. Je dois ressentir comme une forme de culpabilité par rapport à mon comportement. Tout bien réfléchi, il me paraît intellectuellement tout-à-fait tenable, ne reniant pas mes valeurs, mais mon affect a conservé quelques doutes qu’il s’est efforcé d’accentuer, en me rendant redevable d’une dette morale comme quand il me reproche de ne pas l’avoir défendu lors d’une réunion. Les gens retors ne se rendent pas toujours compte que leur raisonnement (intellectuel ?) est faussé par leurs émotions les plus perverses et leurs propres frustrations. 

Le fait de m’adresser à notre responsable l’a certainement indisposé mais il fallait intervenir pour casser une dynamique pernicieuse dans son comportement à mon égard et le prévenir que toute tentative de reprise de l’affrontement ne serait pas sans écho (ce genre de personnage ne réagit qu’au pouvoir).

Une discussion entre mon chef, lui et moi doit encore avoir lieu la semaine prochaine. Peut-être pourra-t-elle m’aider à évacuer cette boule de stress mais je m’efforce de trouver le moyen d’une solution en mon for intérieur. Le mieux est de me tenir à distance pour empêcher la (re)naissance de conflit. Je fais le deuil de la camaraderie. Je vais devoir ajuster mon comportement avec lui, mon expression. Je l’ai déjà fait par le passé et beaucoup y sont obligés en entreprise. Je m’y ferai. Je devrai aussi faire preuve d’arrogance pour écarter toute discussion : ne plus jamais se justifier, au contraire lui montrer qu’on n’appartient pas à la même catégorie. Je ne suis pas certain que cela m’aide, cela ne fait pas partie de mon comportement intrinsèque mais peut-être est-ce le seul possible face à quelqu’un qui refuse d’entendre les justifications réfléchies et ne conserve en mémoire qu’une image momentanée.

Je cherche encore au fonds de moi d’autres trouvailles susceptibles de me débarrasser de ce stress persistant. Peut-être que j’ai encore besoin de temps, que l’écho des mots qui ont fait tanguer ma carapace n’arrive plus à mes oreilles. La réponse passe par la reconstruction d’une bulle que rien ne peut atteindre. Au détriment de la sociabilité fanfaronne certes mais s’il faut passer par là, je tenterai de la rendre résistante.

Posté par Morrissey à 22:34 - C'est arrivé un jour... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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