Mo's blog

Des choses à dire...

04 décembre 2006

Sur le fil du rasoir

Sans y prendre garde, le poids de micro-événements m’est tombé sur la tête. D’un coup, sans qu’une bombe n’ait provoqué de déflagration l’instant d’avant. Les matières noires accumulées dans un coin du cerveau se sont assemblées pour former cette boule qui glisse vers la gorge et finit par la nouer.
La faute principale à cet environnement professionnel délétère devenu subitement hostile. Dans un contexte de changements en perspective (et une certaine crainte, plus subjective que réellement rationnelle puisque la base du travail ne se modifie pas), j’encaisse avec moins d’aisance les humeurs des collègues qui s’énervent pour un rien, qui doivent forcément rejeter la « faute » ailleurs (successivement sur l’un puis l’autre, pas de chance, la tournée s’est arrêtée sur moi). Peut-être ai-je manqué de tact et de forme pour exprimer quelques réalités par le passé (voir …) , il n’empêche que la distance volontaire mise par un de mes collègues (un des rares avec qui je devrai continuer à travailler) m’a stupéfait par son non-sens autant qu’elle m’a blessé.
Cette sensation s’est prolongée ensuite dans de petits faits anodins. L’achat d’un nouvel ordinateur sans me consulter ne trahirait-il pas aussi une forme de défiance de mon père quant à mes engagements ou conseils antérieurs?

Cette concession à ma propre fragilité me plonge au milieu du commun des mortels, dans une proximité avec le lot usuel des souffrances passagères de l'être humain, qui me permet de concevoir plus facilement des circonstances atténuantes pour des faits et gestes d’autrui traduisant une marque de faiblesse manifeste.

Ce rapprochement avec le tout un chacun ne dure toutefois qu’un temps quand je viens à considérer la vigueur intellectuelle du monde qui nous entoure (notamment au travail).
Il ne s’agit pas de signifier ici le manque d'intelligence pour comprendre une matière particulière (la nature n’est pas égalitaire, et, après tout, la mécanique, par exemple, me pose aussi bien des soucis) mais plutôt de relever l’usage limité de la réflexion dont font preuve trop de gens face aux événements du monde en général (le peu de mise en perspective d'idées politiques au sens large du terme) ou dans la vie de groupe en particulier (où l'émotionnel envahit trop souvent l'essentiel du propos). Cette considération pèse d’ailleurs de temps à autre sur ma sphère privée et contribue à un désintérêt progressif envers certaines connaissances (voire amis).

Sur le fonds, j
e ne déplore pas tant les réflexions contraires à mon opinion (c'est parfois énervant mais cela fait naturellement partie du jeu) que celles mal argumentées ou réductrices, voire même leur absence pure et simple. C'est d'ailleurs cette dernière catégorie qui m'indispose le plus. J'admets que certaines personnes ne possèdent pas les outils pour formuler une pensée totalement cohérente mais une simple ébauche raisonnée peut témoigner d'une démarche visant à s'élever au dessus de sa simple condition (économique ou jouissive) d'être humain.

Ces deux modélisations de la pensée qui traversent ma personnalité (l'une poussant dans une direction avant d'être rappelée à l'ordre par l'autre) ne sont pas antinomiques en soi mais le balancier intérieur entre une optique élitiste et une vision universaliste ne se retranscrit pas toujours aisément dans le monde extérieur. L’image de prétention perçue (à tort ou à raison) en exprimant une idée s’imprègne plus durablement dans l’esprit des gens qu’une remarque signifiant la prise en compte nécessaire de la faiblesse de l'être humain dans tout diagnostic. C’est d’ailleurs avec un certain paradoxe que les personnes qui vilipendent les comportements arrogants soient souvent également celles qui dénoncent les comportements, voire les privilèges des plus faibles (en dignes représentants d’une société prônant le mérite individuel, qu’elles confondent d’ailleurs souvent avec l’égalitarisme).

Dans la solitude occasionnelle de la démarche intellectuelle, on ne peut que se féliciter des lois de l'apesanteur qui finissent toujours par nous ramener au ras du sol. Par besoin de légèreté ou par faiblesse.

Posté par Morrissey à 20:15 - Me, myself and I - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"une simple ébauche raisonnée peut témoigner d'une démarche visant à s'élever au dessus de sa simple condition (économique ou jouissive) d'être humain."

Comme un blog qui évoquerait "l'horreur économique" ou des vacances à Ibiza?

[Note politiquement correcte: ceci dit sans méchanceté, seulement pour jouer avec le miroir]

Posté par Pierre, 05 décembre 2006 à 16:51

Heureusement que l'être humain n'est pas linéaire et sérieux en toute circonstance, sinon on s'embêterait drôlement ;-)

Posté par Mo', 05 décembre 2006 à 18:05

smile

Papa achète un nouvel ordinateur sans t'en parler ... c'est qu'il devient grand et prend de l'assurance.

Posté par Marie, 05 décembre 2006 à 20:26

Prudence

"... dans une proximité avec le lot usuel des souffrances passagères de l'être humain, qui me permet de concevoir plus facilement des circonstances atténuantes pour des faits et gestes d’autrui traduisant une marque de faiblesse manifeste."

Fais gaffe, Mô, cette manière de prendre de la distance envers sa propre souffrance, cette position de l'intellectuel, "point de vue sur lequel il n'existe pas de point de vue", cette volonté de compréhension des petitesses ou de l'arrogance des autres, l'angoisse qui noue ta gorge ne veut-elle pas les transformer en consolations faciles?

Ce sont des leurres.

Si tu te sens menacé, tu te dois de réagir en affrontant directement les attaques, puis en les devançant. Et songe à l'antique vertu de prudence, dont Aristote traite avec bonheur dans "Le Politique".

Mais j'espère que les "matières noires" ont aujourd'hui fondu, que les nuages se sont dissipés. Peut-être dus à une fatigue collective de fin d'année ?

"Das alte Jahr vergangen ist" pourrons-nous bientôt chanter.

Avec mes meilleures pensées.

H. M.

Posté par H. M., 06 décembre 2006 à 20:37

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