Une armure, voilà sans doute le code vestimentaire le plus adéquat dans le domaine professionnel.
Les conflits, les stratégies mises en places heurtent tôt ou tard nos émotions. Nous nous appliquons certes à réveiller des mécanismes de défense. Ne rien espérer pour ne jamais être déçu, dégager des constats pour dédramatiser les tensions inéluctables tout autant que pour adapter son propre comportement. Mais si l'expérience s'accumule au fil des années, nous finissons presque toujours par être déçu par le comportement de certaines personnes. Cela se manifeste le plus souvent au moment où nos intérêts convergent vers une même surface d'action, générant des insatisfactions inévitables vu que tout le monde ne peut y trouver son compte.

Pour exister et survivre dans un tel environnement, la naïveté est prohibée (mais cela vaut aussi pour la vie de tous les jours, soyons-en sûr) et il s'avère souvent assez indispensable d'affûter une stratégie pour se positionner idéalement dans des jeux de pouvoir. Certains peuvent y manifester un cynisme débordant d’ambition sans sourciller, d'autres, comme moi ,veillent juste à ménager l’équilibre de leur bien-être. Nous savons tous ce que nous aimons ou ce qui nous horripile, ce dont nous sommes capables et ce qui nous met en difficulté et nous adaptons nos priorités en fonction de ces constats.
Dans l’élaboration de cette stratégie intervient la forme avec laquelle nous l’enrobons, notamment vis-à-vis des autres. C’est sans doute là que réside sans doute le point le plus sensible pour permettre à la vie sociale de se poursuivre sans trop de dégâts.

Prenons un exemple qui m’est proche.
Il y a deux ans, je n’avais guère apprécié la façon dont un de mes collègues avait privilégié ses intérêts (dans le silence et la dissimulation) bien que je comprenne sa volonté de les préserver.
Et voilà que début de cette année, je me retrouve plus ou moins dans une position identique à la sienne. Je décide d'adopter une attitude différente, entre retenue minimum nécessaire et honnêteté plus caractérisée. Avec un certain succès jusqu'à ce jour récent où mon collègue (peut-être un peu moi il y a deux ans) me reproche (ainsi qu'à d'autres) ma non-initiative pour l'aider dans une tâche que j’exècre et dont j'avais pu me retirer au fil des années dans le service. Ma franchise me pousse à ne pas le nier en explicitant le résumé que j'ai énoncé ci-dessus sur les relations au travail.
Ce qui m’est reproché sur le fonds, c’est l’absence de solidarité dans ce processus et cette problématique ne me laisse pas indifférent. Je suis partisan de cette valeur, notamment dans une dimension politique, une valeur de gauche en fait. Mais dans le même temps, appliqué dans la vie quotidienne, elle ne peut se décliner à l'infini sous peine de tomber de haut, dans une naïveté assassine pour soi-même.

Depuis quelques années, j'ai adopté, que ce soit dans la vie professionnelle ou privée, un raisonnement qui tend toujours à évaluer, dans un litige donné, mon intérêt privé en relation avec celui de l'autre, en partant du principe que le premier prime sur le second. Je connais en effet trop bien mes résistances, mes limites en terme de patience, héritées (malheureusement) de moments difficiles antérieurs. La réflexion consiste à comparer l'avantage ou inconvénient marginal que je dégage du sujet en question avec celui de l'autre. Si par exemple mon désagrément est faible par rapport à l'avantage qu’en tirera l'autre, j'aurai tendance à répondre favorablement aux desiderata de l'autre. Enfin généralement, car il y a des stratégies qui exigent une fermeté totale, tout comme la personnalité de l'autre (l’amitié nous pousse à davantage d’efforts que quand nous avons affaire à un collègue désagréable) ou le contexte général (l’absence de solidarité dans un groupe peut nous inciter à ne pratiquer cette valeur en aucune manière) influence naturellement la réponse à l'équation.

Cette démarche  peut conduire à un égoïsme patent, un défaut que je ne nie pas même si j'estime que mes réserves dans certains cas ont plus à voir avec ce qu'on appelle la générosité (ou son absence en l’occurence). Mais au fonds j'ai toujours eu de la compréhension pour la faiblesse humaine, pourquoi pas la mienne?

Mon émotivité n’en demeure pas moins touchée quand un conflit s’amorce avec un collègue avec qui j'entretiens de bonnes relations. Si je me suis blindé en acceptant les règles parfois difficiles de ce jeu, il n'empêche que le cœur peut encore (dieu merci !) réagir de temps à autre, quand bien même 
je me sente en phase avec moi-même, sans contradiction avec mes principes, aussi durs soient-ils peut-être.