27 septembre 2006
Impression post-vacances (fin enfin!)
Comment organiser la vie à deux après des vacances à Ibiza?
Cette question, posée de l'extérieur, ne s'est pas réellement imposée en interne. Non par manque d'à-propos (bien au contraire), mais l'expérience accumulée au fil des années préserve des interrogations inquiètes et place toute sa confiance au processus souterrain mis en place naturellement au sein du couple.
Sans doute plus qu'ailleurs (mais à l'exception des voyages romantiques, n'est-ce finalement pas le cas de beaucoup de destinations de vacances en couple ?), l'environnement ibizien, ensoleillé et fêtard, apparaît comme un appel au plaisir solitaire, invitant chacun à jouir de ses charmes, en parallèle, sans fusion opérable.
N'est-on pas venu chercher le soleil (à l'effet hâlé toujours rafraîchissant pour le corps et reposant pour l'organisme), les sorties (et la joie personnelle de danser sur une musique à son goût, dans une réelle ambiance festive) et les opportunités de séduction (quête toujours foncièrement individuelle)?
Lors des premiers jours suivant le retour, chacun s'est retrouvé seul face à son vécu et au sentiment de rupture inéluctable de son quotidien.
Une première agrégation s'opère cependant déjà lors de l'évocation des souvenirs à l'attention de ses amis.
Puis au fil des jours, on se retourne plus volontiers l'un vers l'autre. On débusque une parcelle d'harmonie dans le jardin intime partagé avec son partenaire et les visages caressés du regard ou les corps effleurés durant le séjour paraissent soudain si étrangers, si dispensables. On réalise que toute cette part de plaisir vécue presque innocemment n'aurait pu se produire sans l'autre, sa présence, son assentiment, une confiance réciproque. Que le bonheur pur, sans les complications de l'affectif toujours plus fragile lorsqu'il doit s'assumer seul, résulte aussi de cette complicité tacite à vivre individuellement le souffle vibrant du cours des événements.
Certains couples privilégient la liberté en leur sein par l'éloignement, l'accomplissement de leurs envies, leurs désirs dans leur pré-carré respectif. En privilégiant une proximité récurrente, il nous a fallu intégrer ce souci d'évasion dans le champ de notre espace commun.
Une ouverture à l'individualité qui finit tôt ou tard, sans peine, ni reproche, par se confondre en une unité sincère.
Constater lors de l'une de ces retrouvailles, d'un œil attendri, un minuscule trait de vieillissement sur le visage de sa moitié. Et par cette faiblesse touchante soudain décelée, imaginer tout aussi inopinément que vieillir ensemble puisse constituer un bonheur à ses côtés.
20 septembre 2006
Laura
Dans l'évocation de ses vacances, chacun surligne l'un ou l'autre de ses souvenirs les plus enthousiasmants en fonction du degré d'importance qu'il attribue aux activités entreprises à cette occasion: la fête entre amis, la sortie en boîte, la découverte d'un panorama magnifique, le repos sous le soleil. Si je me retrouve un peu dans chacune de ces catégories, l’attraction la plus sensible réside probablement dans la saveur des rencontres agrémentant le séjour.
Celle de type sexuel s'affirme comme la plus percutante dans la mesure où elle nous confronte plus rapidement avec l'intimité d'autrui. Sans toucher forcément à une vérité absolue (tout le monde ne s'y dévoile pas de la même manière), l'acte révèle de multiples informations sur l'individu qui laisse échapper parfois certaines émotions qui n’auraient pu être mises à jour dans d’autres circonstances (leur perception constitue sans doute l'essence de ces rapprochements, au delà de la recherche plus mécanique du plaisir).
L'absence d'une dimension sexuelle ne condamne pas pour autant tout autre type de rencontre (bien heureusement !). Dans l’ultime post sur mes dernières vacances, je tenais à ne pas passer sous silence la rencontre avec Laura que j'avais réduit injustement en danseuse topless précédemment.
Sortir en pleine journée peut apparaître comme une incongruité totale. Le clubbing ibizien réserve cependant quelques-uns de ses meilleurs moments lors de ces "party" où filtre parfois en abondance la luminosité extérieure, à l'instar de ce samedi matin au Space où s'est pressée la toute grande foule.
La musique finit par emporter mes réticences quant à cet horaire inhabituel. Pendant trois heures, je me fonds dans le rythme ambiant d'où je puise une pure joie de danser.
Je peux difficilement isoler le plaisir du bon son de celui des yeux. J’observe autour de moi le bout de chair, le regard qui pourra satisfaire cette quête esthétique - l’étape de séduction ne revêtant souvent qu'un intérêt secondaire dans un endroit où je m’amuse. Je repère bien ce bel italien qui n'en finit pas de papillonner dans la boîte avec sa meilleure amie. Positionné derrière eux sur des marches, j'accueille jovialement le contact visuel initié par cette fille, je réponds à ses sourires de plus en plus francs. Après tout, quoi de plus normal de manifester son bonheur de vivre? Pas totalement naïf, je décèle une part de séduction dans sa gaieté partagée et je ne cherche pas directement à m’en dissocier. Au fonds, elle est plutôt jolie et la proximité avec son bel éphèbe d’ami me donne une raison supplémentaire de ne pas fermer de porte. Un black l'aborde cependant quelques minutes plus tard avant de lui adresser bientôt un baiser sur les lèvres. Je rigole intérieurement de la rapidité avec laquelle je me serais fait souffler l'opportunité si j'avais été hétéro.
Nous finissons par quitter la boîte pour rejoindre la plage, théâtre de nos retrouvailles le lendemain. Dans l’eau de mer agréablement chaude, elle s’adresse rapidement à moi dans un anglais langoureux : « I recogniiiiiize you ». Des citoyens londoniens apprends-je mais aussi des milanais d’origine. Sur insistance de Laura, nous nous donnons rendez-vous pour prendre un verre le soir dans la vieille ville.
Dans ce bar en plein air, je peux enfin converser avec Lucio. Notre échange me conduit cependant au constat d'une compatibilité impossible. Notre présence ne paraît d'ailleurs guère ravir ses amis italiens, très froids envers nous, dans un ethnocentrisme tranchant totalement avec l’ouverture des allemands.
Je me retourne vers Laura bien plus aimable. Les regards qu’elles me jettent deviennent brûlants, elle m’explique qu’elle n’a trouvé, lors de la soirée de la veille, qu' une seule personne à son goût. Naïvement je parle de son ami black mais elle avoue l'avoir embrassé du bout des lèvres, presque avec dégoût. Elle insiste sur un garçon avec qui elle a échangé des regards et qui n’a pas osé l’aborder. Conscient désormais de l'identité de l'individu, je plonge pieds joints dans le jeu de séduction tout en m’étonnant de ses espoirs. Je l’ai rencontrée dans une boîte gay à plus de 50%, nous nous sommes retrouvés sur une plage gay et le bar où nous discutons l’est tout autant. Comment une fille à pédé peut-elle encore envisager un virage de cuti inversé ?
Une forme de tendresse particulière n'en finit pas de traverser son visage, expression très différente de celle rencontrée chez les mecs. Peut-être cette sensation différentielle m'est-elle propre, au vu de la dimension sexuelle forcément absente que j'y attribue. Le trouble m'assaille dans tous les cas.
Avant notre départ, elle me lance un dernier regard intense et sans équivoque, m’obligeant à tirer au plus vite les conclusions qui s’imposent. Même si je prends plaisir à cette démarche séductrice inattendue, je dois l'avertir de l’inanité de ses espoirs. Sa noble réaction, entre déception et gentillesse non feinte, ne parvient à effacer en moi un arrière-goût de tristesse devant l’impossibilité de donner une suite à cette gamme inédite de sentiments, regrettant quelque part pour la première fois ma stricte homosexualité.
Lors de notre ultime sortie avant notre départ de l'île, je lui adresse à distance quelques signes d'au-revoir. Lovée dans les bras d’un amoureux de vacances enfin déniché, elle me répond par deux à trois sourires consécutifs d'une douceur apaisante infinie, comme si les plages blanches du livre de notre rencontre distillait malgré elles le parfum de nos sentiments diffus dont l’expression platonique ne saurait tarir leur mystérieuse opacité dans le champ de ma mémoire.
(oui, les commentaires sont déjà rouverts. Jonas, tu m’as convaincu)
16 septembre 2006
Never can say goodbye

Assis dans le jardin, le regard dirigé vers un ciel sans nuage, je savoure la douceur apaisante d’un septembre prometteur. L'heure est au repos à l’ombre des coups de butoir d'un soleil enchanteur dont je peux aisément me passer désormais. Un livre en main, je dévore les pages d'un roman à peine effleuré durant les vacances quand subitement un vestige de celles-ci s'échappe de mes mains. Un bout de feuille qui s'envole, mu par un coup de vent aussi brusque que l’âpreté d’un retour au travail. Il se laisse porter par un nouvel élan. J'ai beau m'arracher de mon siège, tendre vainement une main, il s'enfuit irrésistiblement. Je ne veux pas abandonner la lutte. Ce papier incarne plus que les maigres informations reprises dessus, toute une histoire qui ne peut s'éteindre par l'effet d'une brise capricieuse.
Ce soir-là, je dansais presque par réflexe sur une musique terne et sans frisson, dans un enthousiasme ambiant plutôt mou. A l'Anfora, on y danse, on y danse mais on y vient sans doute encore plus par souci de rencontre. On se dévisage d'un air bon enfant, on cherche à se sentir moins seul, dans quelques minutes, quelques heures peut-être .
J'observais cet italien au visage fin et aux déhanchements raides tandis que je devinais derrière moi les contorsions sulfureuses presque ridicules d'un compatriote, qui avaient su en leur temps susciter des réactions plus chaleureuses de ma part. L’année précédente, après une communion de quelques heures, le silence avait fini par s'installer quand nous lui avions avoué que nous ne souhaitions plus reproduire l'intimité créée le soir de notre rencontre.
Mes coups d'œil sans espoir et un tracklisting mièvre avaient fini par tarir mes aspirations à danser mécaniquement et j'avais accueilli le petit geste de L. invitant à le rejoindre avec un soulagement manifeste.
Il me signala l'arrivée du beau blond que nous avions reluqué (avec un certain retour de sa part) dans un bar une heure plus tôt. Sans complexe, je le suivis d'un pas décidé lorsqu'il rejoignit les toilettes. Je m'installai à ses côtés sans la moindre envie de l’imiter dans sa démarche. La mienne cherchait à établir le contact. Il dut percevoir ma présence mais ne détourna pas la tête. Je le fixai longuement dans l'espoir qu'il relève la tête ne serait-ce qu'un instant pour pouvoir lui sourire et engager une conversation. Mais sa timidité lui avait intimé de conserver la tête basse. Il s’éclipsa bientôt sans détour dans les profondeurs de la boîte. Ses épais muscles brachiaux censés me renseigner sur sa personnalité affirmée m’avaient manifestement trompé et l'approche directe de mon irruption dans son intimité m'avait peut-être, sans doute, disqualifié à ses yeux.
Déçu mais nullement désemparé, je retrouvai L. dans une pièce intermédiaire séparant la main room de l'étage. Il flirtait dans l'atmosphère une sensation que d'autres jolies têtes viendraient se réfugier dans ce cocon de chair humaine sexuellement compatible. L'une d'entre elles s'arrêta sur la chaise voisine. Rarement la jeunesse et la solitude se retrouvaient de pair dans ce lieu. La proximité miraculeuse de cette combinaison n'imposait plus qu'une évidence: l'aborder. Quelques années plus tôt, j'aurais hésité longuement, trituré mon esprit pour me pousser vers l'allant, avec pour seul résultat l'âcre sueur du stress né d'une cogitation interminable suivie d'un raidissement devant le départ définitif de la silhouette étrangère à tout jamais. La timidité au placard, la témérité en étendard, je ne devais pas tarder à m'avancer vers lui.
Un sourire slovène répondit à mon initiative. Matteo livrait à ce monde qui lui était inconnu des yeux pétillants d'une candeur sans âge. Je compris rapidement que son anglais assez basique risquait de réduire les possibilités de discussion. Bientôt les silences se multiplieraient et nos chemins se sépareraient. Le lien devait se créer autrement. Il fallait attaquer, le tenter, le temps T, en engageant un sujet plus graveleux, une main sur son genou.
T + 2 minutes, je l'embrassais. T + 5, L m'imitait. T + 10, nous visitions un bref instant la dark-room. T + 30, nous étions réunis dans notre chambre d'hôtel. J'avais laissé L. et Matteo traverser le hall avant de les rejoindre quelques minutes plus tard dans la chambre, non sans une montée d’adrénaline. Alors que j’appuyais sur le bouton de l'ascenseur, le réceptionniste, français, m'avait adressé une mise en garde à laquelle je ne m’attendais plus "vous direz à votre ami que je les ai laissés entrer exceptionnellement. Et cela reste entre nous car j'en ai refusé d'autres ce soir." Je m'étais éclipsé la queue entre les jambes, pris sur le vif comme un petit enfant ensuite réprimandé par une autorité morale.
T+2 heures, Matteo inscrivait d'une écriture soignée son adresse e-mail sur un bout de papier qui me servira ensuite de marque-page pour on bouquin pendant le reste du séjour.
Quelques lettres sur un feuillet de 5 cm sur 2 qui s'échappe toujours un peu plus de ma vue et de ma main. L'hypothétique suivi régulier de notre relation ou l’idée encore plus farfelue de braver les pistes enneigées de Maribor ne peuvent effacer l’impression que c'est notre histoire qui s'envole en quelques secondes.
Le sentiment léger et soyeux d'une telle rencontre ne semble pouvoir persister que par la réussite de l'épreuve ultérieure, prolonger ce contact dans le temps, dans une manière d'atténuer la brutalité du désir-objet qu'a pu représenter son corps à nos yeux.
En brisant malencontreusement la chaîne des réactions postérieures, je romps cette étape de transfiguration de l'approche sexuelle en une aventure humaine supérieure (qui n'aurait par ailleurs pu l'être sans sa dimension charnelle préalable).
L'évaporation dans les airs de ce lien de proximité virtuelle tutoie la surface de ma couche de sentimentalité en la fissurant. En l’espace d’un instant, une indicible part d'éternité s'est dissoute dans le ciel.
10 septembre 2006
Une idée déjà ressassée : parler des vacances pour les prolonger. Bien que dans le même temps se dispute l’évidence qu’elles ne se racontent pas. L’outrance de la vie ibizienne tout autant que des réactions polémiques qu’elle suscite devrait m’inciter à les conserver comme un jardin secret. Les mots et le sélection des souvenirs rendent difficilement compte de la pluralité des émotions ressenties dont l’agréable arrière-goût ne peut qu’être violé par des remarques, silences ou impressions extérieures.
Etonnerais-je quelqu’un en signalant que je suis devenu au cours de ces 12 jours un vrai clubbeur qui s’ignore dans sa vie bruxelloise et retrouve de sa verve à l’étranger ?
N’offenserai-je pas tout un chacun en regrettant dès mon retour le côté glamour de certaines soirées et des gens en général, à l’image de ces très sexy italiens hétéros-chochottes ?
Impressionnerais-je quelqu’un en relatant les recherches protéiformes de mes désirs de séduction, la nouveauté résidant sans doute dans une dimension parasexuelle, à l’instar de la participation momentanée à ce jeu de drague initié par une pulpeuse italienne, danseuse topless à Londres (la satisfaction narcissique cachant ainsi mieux l’échec d’un rapprochement avec son très beau meilleur ami gay, désespérément non sexuel) ?
Intéresserais-je quelqu’un en confiant que mes réserves en vigueur sur le plan sexuel depuis de long mois ont volé en éclat - sans tomber toutefois dans d’hasardeux comportements à risque ?
Rassurerais-je le moindre lecteur en évoquant un échange de mails à l’issue de chacun de ces contacts?
Rencontres sexuelles ou non, directes ou seulement visuelles, ces chemins qui se percutent remplissent d’un doux souvenir, parfois éphémère, la mémoire des vacances. Enfermé dans les contraintes ennuyeuses et stressantes du train-train journalier, je respire en ces lieux la brise de liberté dont le souffle sur les tempes convoque autant le bonheur du dépaysement qu’un sentiment de pure détente. Je dépasse mes réticences et mes limites sans menacer mon éthique personnelle, je profite des dons de la nature et de mes propres constructions au cours des années pour frôler de temps à autre les arcanes de la plénitude - en concédant avoir succombé de temps à autre à l’excès de vagabondage et aux sirènes performatives, déjà vite oubliées sur le plan des souvenirs.
J‘ai consommé cette drogue existentielle, j’ai plongé dans un mirage mais ce grand saut constitue le terreau même des dépassements de soi, certes peu intellectuels mais furieusement sensitifs, ni meilleurs ni moins bons, juste en phase avec sa propre légèreté.
En écrivant ces mots, je romps ma démarche bloguienne d’une mélancolie fine à partager, je l’atomise et l’expédie un peu plus dans le cul-de sac de sa banalité confidentielle. Je n’écris souvent que par dépit. Je devrais me taire.





