26 février 2006
L'écho des vacances
- Derniers préparatifs tendus en vue du départ vers les Canaries. L. ne trouve pas les clefs de notre appart bruxellois. Pas si grave en soi puisque d’autres cieux nous attendent les prochains jours si ce n’est qu’il les a probablement oubliées sur la porte de l’immeuble… Durant de longues minutes, j’entrevois l’appartement délesté de tout ce qui l’habille à notre retour. 30 minutes d’énervement et l’heure du départ qui se rapproche. Et pour seule solution demander au voisin de changer notre jeu de clés en notre absence. La première marche de l’escalier à peine montée, les clés apparaissent, mises de côté visiblement. Nous pouvons partir l’esprit libre…
- Réflexion dans l'avion : je n'aime pas les vieux, leurs gestes lents et maladroits, leur façon de manger indélicate, leur côté sans-gêne "je suis vieux et j'ai tous les droits". Certes la vieillesse est la seule chose que l’être humain a trouvée pour vivre longtemps mais rien ne nous oblige d’y souscrire (réflexion qui manque de noblesse j’en suis conscient).
- Première journée sur place fade avec un ciel couvert et une douleur musculaire consécutive aux tensions de la veille.
- Tiens, « Junior Soprano » (ou son sosie ?) est encore présent cette année à l’hôtel.
- Le lendemain, le soleil parvient enfin à percer les nuages. Ceux-ci finissent même par disparaître. Quelle joie cette chaleur sur la peau !
- Le soir, avant de prendre un verre au centre commercial converti en grande surface d’établissements gays après 22.00, nous regardons les compétitions de patinage artistique à la télé. Les patineurs masculins sont plutôt mignons, qu’ils se nomment Kevin, Jeffrey ou Brian. Ou encore cet inconnu avec une bosse pas possible dans sa combinaison moulante, à laquelle le moindre pédé normalement constitué n’a pas pu échapper. Enfin pas à nous en tout cas…
- Lorsque, le 4è jour, le soleil disparaît en début d'après-midi nous privant de l’initiative de rejoindre la plage et obligeant à nous prélasser sur un banc, je profite de cette détente optimale comme rarement et réalise que je suis désormais totalement entré dans ces vacances.
- La mascotte de l’hôtel pourrait être ce jeune couple hétéro anglais, 20 ans à peine. A la piscine, elle dévoile une poitrine opulente qui doit faire frémir son jeune et charmant compagnon, une casquette blanche vissée sur la tête et un diamant à chaque oreille. Un visage un peu dur mais sexy qui s’affine le soir au resto avec sa coiffure de sortie. Il affiche une chevalière impressionnante à un de ses doigts et semble s'exprimer avec une aisance de classe qui éclaircit implicitement l’étonnement de pouvoir se rendre en vacances sans être encore au travail. Sa copine adopte une tenue vestimentaire typique de la jeunesse anglaise actuelle, dans l'esprit de la génération Spice girl, avec la jupe (très) courte et tous les apparats du sexy clinquant. Les anglais semblent avoir délesté l’élégance raffinée des dandys pour adopter un style plus directement sexuel qui manque singulièrement aux continentaux.
Je les retrouve le lendemain sur la terrasse de la piscine, encore très complices. Leur bonheur simple irradie l'espace et attise la jalousie de la table voisine où une jeune allemande les dévisage, pleine sans doute de souvenirs de ce temps (5 ans tout au plus) qui la sépare de ces premiers moments euphoriques. La veille, à la table voisine de l’autre, elle et son partenaire ne se sont pas adressés la moindre parole.
Un peu plus loin, un garçon, à peine plus jeune, attend pour payer le repas avec son petit frère, leur mère ayant quitté la table quelque temps plus tôt. Son visage impassible, jeune mais déjà masculin, son attitude réservée lui confèrent un air anormalement sérieux pour son âge. Il prend continuellement garde à son frère, semblant endosser le rôle du père absent.
Leur situation familiale particulière accélère son expérience de la responsabilité paternelle alors qu’il semble à des années lumière de la maturité de pouvoir entreprendre une relation amoureuse à l’image de celle de son joli concurrent anglais dans l'attention de mes regards scrutateurs.
- En contrebas, les transats près de la piscine sont squattés par le troisième âge allemand au ventre bedonnant. L'archétype du tourisme teuton exaspérant mais aussi rassurant. Leur bonhomie singulière, leur simplicité naturelle laissent le champs libre à toutes les extravagances dont peuvent faire preuve ailleurs les nombreux gays de l'endroit. La cohabitation harmonieuse des 2 principales clientèles de Gran Canaria ne serait sans doute pas possible sans leur concours.
- Fin de semaine, l’heure des premières sorties en boîte du séjour. Dès notre arrivée, nous sommes abordés par Mauro, un joli danseur portugais de 20 ans, au torse nu aguicheur, présent sur l’île pendant 6 mois. Il ne faudrait pas déployer de grand effort pour le ramener dans notre chambre mais une certaine appréhension prend encore le dessus. Ma méfiance sera confirmée lorsqu’il nous parlera plus tard de drogue (non pas que les substances illicites me gênent en tant que telles mais elles favorisent sans doute un relapse dans les pratiques sexuelles que ma minimisation des risques ne peut tolérer).
- Le lendemain, nous retrouvons Mauro qui, avec une élégance touchante, s’excuse pour son attitude un peu « stone » de la veille. La faune fournit peu d’occasion de drague. La star de l’endroit, comme partout ailleurs sans doute, reste Madonna avec des diffusions répétées de « Hung up » et « Sorry » au cours de la soirée.
- Je me rends compte définitivement de l’importance du goût du beau chez moi (à approfondir)
- La veille de notre départ, je parviens à vaincre mes craintes en accueillant dans notre chambre Antonio aperçu sur le net et rencontré à la plage. Il aura fallu attendre 4 mois.
- Je m'habituerais facilement à vivre régulièrement dans ce climat. Ou plutôt je supporte de moins en moins le nôtre. Est-ce spécifiquement lui ou les possibilités de l'endroit qui me poussent à regretter notre départ?
- A l’aéroport, les destinations sont reprises avec leur température du jour. Devinez où il fait le plus froid…
23 février 2006
En parler ou pas
Mettre les vacances derrière soi ne figure sans doute pas parmi les événements les plus agréables au cours d’une vie. Mais à moins de gagner à l'Euro-Millions, ce passage demeure inévitable.
J'exagère d'ailleurs la portée de cette période transitoire: nous conservons à notre retour une multitude de fragments pour en perpétuer encore la sensation: la chaleur sur la peau, le sentiment d'un relâchement total avec une évacuation de la fatigue mentale passée et des accus rechargés et bien entendu une foule de souvenirs.
Tout changement d'environnement donne matière à de nouvelles expériences de vie et de comportement, à une approche différenciée du monde, à une confrontation plus intime avec le vécu des gens. Des histoires se jouent sous nos yeux si nous jetons un regard un tant soit peu attentif autour de nous.
Une fenêtre sur le monde.
Les souvenirs reviennent en mémoire sous forme de flashs épisodiques qui s'incarnent essentiellement au travers de visages aux reflets particuliers: attirants, étonnants, troublants. Nous partageons des instants de vie dont la portée ne dépasse sans doute guère notre propre imagination, relativisant ainsi l’intérêt de les aborder ici.
Peut-être faut-il déjà que je tire un trait pour passer à autre chose. Les jours prochains viendront apporter une réponse au travers de la diffusion de billets et réflexions diverses ou au contraire par un silence définitif sur ceux-ci.
Qu'importe, je profite pour ma part encore de mon bronzage, seule preuve tangible que tout n’est pas totalement fini…
12 février 2006
Vacances
J'y aspirais depuis la nouvelle année. Je m'étais fixé cette perspective pour me donner du moral.
J'y suis enfin (ou presque) bien que je ne m'en rende pas encore compte avec le temps maussade de ce dimanche.
Demain, direction le soleil (?) pour une semaine de vacances. Ouf!
10 février 2006
A titre d'exemple
La porte s’ouvre. Dans l’embrasure, je reconnais A..et sa bonhomie joyeuse. La curiosité conduit à porter rapidement mon attention vers la personne qui l’accompagne, son amoureux depuis 7 mois, V.
La jeunesse de ses traits m’explose à la figure. La vision conjointe de ces jolis minois me rappelle la différence d’âge qui nous sépare. Une dizaine d’années et tout son lot de références générationnelles exclusives.
Je remarque instantanément son nez proéminent aux évocations forcément sexuelles et, plus raisonnablement, l’intelligence de son regard. Je suis parcouru à plusieurs reprises par l’étrange impression de me retrouver face à une de nos connaissances au même prénom, en plus jeune. Que ce soit au travers de son visage, des intonations de sa voix, d’une certaine rigueur morale présumée infaillible, sa silhouette se superpose, l’espace de quelques milli-secondes, avec celle de cet ami à la base de ma rencontre avec L. et aux liens distendus depuis quelques temps.
J’observe désormais A. Son visage alterne, selon les angles de vision, entre la fraîcheur du portrait adolescent et une maturité adulte qui lui sied particulièrement bien. Il est tout simplement beau et je suis persuadé que l’âge n’aura aucune prise sur cette évidence. Cette vérité ne lui saute cependant pas encore aux yeux et sans doute d’ailleurs est-ce mieux ainsi.
Je reste absorbé par l’éclat de ses magnifiques yeux bleus, pétillants à souhait. Une flamme de vie vibre dans ce regard. De la douceur aussi, sentiment amplifié par sa voix délicatement posée, en contraste total avec son attitude lorsqu’il foule une boîte de nuit. Il se transforme alors en danseur invétéré, comme libéré de chaînes qui ne semblent pourtant pas traîner à ses pieds. Deux pôles dans un même ensemble. Assumer l’un comme l’autre me rassure, je ressens volontiers une méfiance, parfois même un malaise, face aux blocs monolithiques.
Nos discussions tournent naturellement autour du couple, nous constituons une forme de longévité qui force le respect et l’attention.
Je me retrouve quelque peu dans V. qui ne possède pas l’expérience de la vie de couple de A.. Il affiche une forme de protestantisme que j’affectionnais au départ de notre relation. Leur plus gros conflit porte sur le joint dont est friand A. et qu’il veut lui interdire pour des raisons de santé. Je me rappelle que j’avais moi-même posé le débat de la cigarette à l’époque. Nous nous efforçons de lui expliquer qu’une partie de la liberté et du plaisir individuel ne peut être soustraite à la subjectivité personnelle au nom du compromis de la vie du couple.
Nous abordons également la réaction des parents face à notre coming-out à la demande de V. qui doit visiblement accumuler les expériences pour avancer sur ce sujet auprès des siens.
Au détour de nos conversations, je m’étonne de l’intérêt assez accessoire que porte apparemment V. pour le sexe. Je garde un souvenir tellement vivace de la puissante énergie sexuelle déployée par A. il y a un an. A trois reprises, nous étions parvenus à créer une osmose sexuelle inédite jusqu’alors et peut-être à jamais, à la fois forte et remplie d’une confiance réciproque propice à toute forme d’audace et de libération des sens.
Je garde précieusement ces photos instantanées, tirées parfois de petits films, où brille une étincelle dans ses yeux, qui exprime mieux que n’importe quel acteur porno le désir, le plaisir le bien-être de la fusion des corps.
La fin de soirée approche. 6 mois se sont écoulés depuis notre dernière rencontre, chaste. Je suis heureux de revoir A., je l’accueillerais dans mon lit sans la moindre question malgré toutes mes réticences actuelles. Il est de ces liens sensuels qui paraissent si naturels, si simples que rien ne pourrait les arrêter. Durant ces 6 mois, bien des opportunités de rencontre ont dû se présenter mais qu’il ne convenait pas de matérialiser en l’absence de V.
Au moment de rejoindre mon lit, l’empreinte de ces dernières heures se mêle aux émotions glanées il y a un an comme si ces retrouvailles prolongeaient la splendeur des souvenirs passés. Le cœur léger, comblé par tant d’allégresse, le corps débarrassé des ondes négatives pour n’exprimer qu’une seule et généreuse tension, je m’abandonne au paradis des songes voluptueux.
08 février 2006
A View in a Room
03 février 2006
Une caricature de la liberté d'expression?
Depuis le début de la semaine, la polémique ne cesse d'enfler: les caricatures de Mahomet secouent l'actualité avec de multiples retombées (touchant même un proche).
Sans doute faut-il encore le répéter une bonne fois pour en être quitte (là j'ai des doutes tout de même): oui, la liberté d'expression est inaliénable dans le cadre présent de dérision de la religion.
Si nos démocraties doivent condamner les propos qui incitent à la haine, à la violence, à la discrimination envers les minorités (c'est bel et bien un impératif pour qu'elles puissent continuer à exister), il ne faut pas pour autant tomber dans un excès qui conduit à la censure. D'autant plus quand il s'agit d'une question comme la religion qui relève, dans nos sociétés laïques, de la sphère purement privée. Rien n'empêche donc de la railler pour ceux qui ne partagent cette croyance.
Evidemment il s'agit toujours idéalement d'y mettre la manière et force est de reconnaître que la provocation de certains dessins (on pense forcément à Mahomet avec un turban surmonté d'une bombe) semblait tout-à-fait inutile car réductrice (dans un raccourci islam-terrorisme), ni drôle, ni subtile.
Il n'empêche, la question de fonds a changé de socle. Si certaines réactions musulmanes peuvent se comprendre quand elles ont trait à ce dessin particulier, les autres qui concernent la simple question de la représentation du prophète démontrent un dangereux glissement organisé par les organisations islamistes.
Si dans les sociétés arabes dont la vie politique et publique demeure influencée par la religion (mais aussi la censure et pas forcément des fondamentalistes), l'image du prophète et du Dieu ne peut ne pas être représentée, il paraît tout-à-fait inconcevable de demander à une société laïque d'observer cette même réserve.
Cette affaire mise en épingle et fomentée par les groupes islamistes (les dessins incriminés ont été publiés il y a plusieurs mois il faut le rappeler) démontre à souhait le radicalisme que souhaite instaurer une fraction intégriste dont le discours cherche à jouer sur la confusion et l'émotionnel pour prendre une place toujours plus importante au sein de la vie politique. Car là est bien le risque, le peuple musulman peu informé va y voir une offense à l'islam alors que le sujet dans sa globalité se situe bien ailleurs, en fait dans des conceptions différentes du système de philosophie politique.
Et malheureusement force est de constater qu'à nouveau les seules voix qui se font entendre au sein du monde musulman sont à nouveau celles des plus radicaux.
Même Dalil Boubakeur, le recteur modéré de la mosquée de Paris, s’est trompé en ne parvenant pas expliciter un pont de vue clair et différencié sur le sujet (oui à la liberté d'expression, non aux dessins réducteurs et inutilement polémistes). Il est tombé les pieds joints dans le piège lancé par les intégristes qui dictent de plus en plus l’orientation du discours de la communauté musulmane.
Dans ce contexte dichotomique, la seule réaction qui s'avère aujourd'hui possible face au concert de protestations teintée ça et là d'une violence verbale (à Gaza principalemennt) et économique (boycotts, tiens vont-ils s’étendre à tous les pays qui ont diffusé les dessins, bientôt il n’y aura plus d’importations dans ces pays…) est de marquer sa solidarité pour défendre la liberté d'expression, notamment en publiant les dessins incriminés.
Jamais le choc des civilisations cher à Huntington n'aura été aussi fortement ressenti et ce suite à des dessins pour l'essentiel médiocres et sans grande importance factuelle.
Et même les plus pacificateurs se voient obligés de prendre position dans un camp.
Si je me range volontiers dans une approche constructive et optimiste, tout ceci n'annonce tout de même rien de bon...
01 février 2006
Freeze
Avant la fonte des glaces
Ice-skating on the lake
La déprime du promeneur












