Mo's blog

Des choses à dire...

30 janvier 2006

Quand le blog nous dépasse...

La première interrogation qui s’impose en débutant un blog réside sans doute dans l’orientation que nous souhaitons lui donner.
Dans mon cas, je m’étais fixé pour objectif premier de combler une de mes frustrations, celle de voir mes réflexions sur le monde, la politique,… se perdre dans les limbes du néant sans possibilité de les exposer et de les confronter.
Quelques semaines plus tard, j’en découvris une autre facette, le moyen de se libérer du poids de ses états d’âme. Le déclic décisif se produisit plus tard en parvenant à exprimer une souffrance récente que je n’avais partagée qu’avec une ou deux personnes et que j’avais besoin d’expulser en m’ouvrant à un autre, quel qu’il soit. Il m’avait néanmoins fallu du temps pour oser l’aborder, pour m’autoriser à braver mes interdits. Parler de moi, de mes blessures cachées me paraissait à la fois inconvenant, insolent d’impudeur et totalement égocentrique, comme si en mettant en scène mon existence par l’écriture, je me conférais une certaine importance, considérant que ma vie valait la peine d’être racontée. Mes confidences constituaient un outrage à la pudeur et la modestie qui me furent inculquées par mon éducation.

Peu à peu, mon blog prit une tournure que je ne pouvais envisager au départ. Replonger dans mon passé, parler de certaines aventures personnelles dans un souci d’écriture plus nourri.
Dans ce modèle d’expression, je me suis progressivement rendu compte de la difficulté de courir plusieurs lièvres à la fois. J’ai mis en veilleuse mes pensées sur le monde et la politique qui s’articulaient soudain difficilement avec l’approche peu à peu définie. Je me voyais mal devenir un inlassable militant de gauche alors que je tendais par ailleurs à aborder de sujets plus universels. Et puis force est de constater que bien des gens développent nettement mieux que moi ces thématiques.

Au fil du temps, je me suis donc concentré sur une approche presque psychanalytique de moi-même, sous forme de bilan de mon passé, du plus ancien au plus récent.
En travaillant ainsi en amont, j’ai poussé récemment ma réflexion jusqu’à envisager ma pré-existence. J’avais marqué peu d’attention pour mon histoire familiale jusqu’il y a peu. Peut-être l’avais-je quelque peu dénigrée. Je suis finalement allé au-delà de ce préjugé en m’intéressant d’abord au point de vue purement factuelle des événements familiaux, ce concours de destinées qui me permet au final de rédiger ces mots.

En entreprenant cette démarche, je me suis rendu compte de la vérité de l’adage « mieux vaut tard que jamais ». Avec un arbre généalogique comme point de départ, j’ai rapidement dû concéder la perte d’informations utiles, envolées au décès d’un grand oncle il y a plus d’un an de cela. Je ne pouvais plus attendre d’interroger ma grand-mère qui n’est plus toute jeune et demeure ma dernière mine d’informations sur des générations aujourd’hui disparues (ou presque). Vendredi, je me suis donc rendu chez elle pour recueillir certains renseignements qui me serviront ultérieurement pour l’un ou l’autre article sur le sujet.

Si je m’attendais à pouvoir illustrer certains propos par quelques photos, j’ai été surpris par leur abondance, découvrant non sans fierté des portraits soulignant une élégance que je n’avais jamais alors imaginée dans cet univers familial.

papa

Je ne m’attendais pas non plus à  trouver des clichés de mon père lors de sa jeunesse, dont beaucoup ne ressemblent pas à son image d’aujourd’hui. Je découvre ses yeux en amande qu’il cachera bientôt par des lunettes.
Je ne l’avais jamais vu à cet âge, aussi bizarre que cela puisse paraître. Mes parents n’ont d’ailleurs jamais été très friands de cet outil. Il y a sans doute un côté démystifiant dans la démarche de montrer une image de soi, enfant ou adolescent, auprès de ses enfants ; une sorte de dévoilement qui a amené sans doute mes parents à rester discrets. Je l’ai déjà exprimé ici : découvrir la jeune personne cachée derrière l’adulte révèle pas mal de choses sur celle-ci. Le passé illumine le présent en quelque sorte.

Lors de la discussion avec ma grand-mère, au-delà des histoires qu’elle m’a racontées, toute une foule de détails ont saisi mon attention.
Le mélange des appellations quand on devient parents par exemple. J’ai compris fort tard dans la conversation que quand elle parlait de « papa », elle désignait tout autant son père que son mari…
Dans le récit d’histoires vaguement connues jusqu’alors, découvrir certains détails que mon propre père ne connaissait pas (à propos d’éléments pas si anodins que cela, comme la façon dont mes grands-parents se sont connus).

Dans cet écheveau d’histoire familiale à démêler, j’apprends beaucoup des non-dits, des ignorances qui trahissent tout autant les relations entretenues entre les individus qu’une certaine approche philosophique personnelle (au sens de la façon de concevoir la vie - la sienne et celle de ses proches).

Quand j’interroge mon père sur son passé, je perçois une différence d’intonation dans sa voix. Je ressens cette gêne qui ne lui ressemble pas, aguerri par des années de communications professorales. Il s’en tient souvent aux mêmes souvenirs, cachant au fonds de lui toute une série d’autres, consciemment ou inconsciemment. La pudeur élevée au rang de valeur ne peut pas s’effacer sous les salves de questions indiscrètes.

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Dimanche matin. Réveil brutal. Dans ma tête trotte encore le souvenir de mon dernier rêve interrompu.

Dans un lit familier, je me redresse. Le reflet du soleil envahit la pièce, les rideaux sont grand ouverts. Une luminosité de fin de matinée. L. est à mes côtés. J’aperçois deux chemisiers sur la garde-robe blanche qui me fait face. Ceux de ma mère. Je ne peux réprimer mes larmes. L. se réveille et vient m’entourer de son affection. Ce lit que nous occupons est celui de mes parents, cruellement absents. Nous avons pris place en tête de liste des générations prochaines à rendre l’âme.

Je me lève. Le soleil, tout aussi présent que dans mon rêve, m’apparaît bien moins pesant. A chaque période suffit sa peine. La journée s’annonce radieuse…

Posté par Morrissey à 14:32 - Histoire de Famille - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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