23 janvier 2006
Un petit tour au festival gay de Bruxelles
Le 20ème festival du film gay de Bruxelles s’est clôturé ce week-end.
Une édition qui ne restera pas parmi mes souvenirs les plus inoubliables de l’année. Ceux qui ont rejoint, au moins une fois, les travées du Botanique ces 10 derniers jours comprendront aisément les réserves vis-à-vis de cet événement. Des ennuis réguliers dans les projections, des places mises en vente tardivement, une sélection de film sans le moindre appréciation cinéphilique.
Le festival semble en outre irrémédiablement figé. C’est le rendez-vous d’une vieille garde qui revient chaque année comme d’autres allument leur télé en début d’après-midi pour regarder Derrick. Ce manque de renouvellement peine à séduire les jeunes, grands absents de cette manifestation.
Peut-être certains d’entre eux préfèrent-ils la version alternative, le Pink Screen en mai.
Le festival est également davantage un rendez-vous institutionnel et associatif, un mouvement beaucoup plus développé en Flandre qu’en Wallonie ou à Bruxelles.
A moins que tout simplement les jeunes ne se reconnaissent pas dans les manifestations de culture gay (au contraire des sorties étiquetées gay).
Par ailleurs, y a-t-il un intérêt à se pencher sur l’état d’un cinéma dit gay pendant plusieurs jours ? Quand c’est moins la qualité du film que son sujet qui prime, il ne faut pas s’étonner de voir apparaître un sous-cinéma gay dont le succès sera limité à sa diffusion ou non dans les festivals internationaux sans aucune portée au-delà.
Chaque année, je sélectionne de moins en moins de films. Et le compteur s’est limité au chiffre 3 en 2006.
« 20 cms ». L’histoire d’un transexuel , Marietta, gêné par ces 20 cms qui en font fantasmer beaucoup et qui souhaite ardemment les faire disparaître pour se sentir enfin femme à part entière.
Un film inégal, qui a tendance à en faire trop, principalement dans des petites scènes musicales, nombreuses et trop longues, ne se greffant jamais dans l’histoire et coupant sans cesse le rythme d’un récit qui apparaît au final décousu. Si l’on fait abstraction de ce défaut, on peut suivre avec plaisir cette histoire à la fois drôle et dramatique, fort attachante grâce essentiellement à l’actrice principale, Monica Cervera, formidable, qui tient le film à bout de bras et diffuse un air de gaieté dans ce joli film minoritaire. A voir aussi pour le générique de début et de fin du film: Adamo chantant en espagnol!
Deux jours plus tard, rendez-vous pris avec Madame H. Nous pensions avoir droit à son nouveau spectacle, nous avons été bernés : il s’agissait seulement d’un film qui tourne autour de son personnage : « the sex of Madame H ». Si son spectacle précédent s'avérait assez drôle dans sa volonté de remettre en cause les représentations de la sexualité, en fidèle élève du mouvement queer, le film - avant tout celui de deux réalisateurs gays - ne présente pas le moindre intérêt.
Lors de la présentation, Madame H. a bien osé parler de film expérimental pour prévenir par avance le téléspectateur désemparé. Mais ce genre de terme est surtout utilisé pour rejeter toute idée de critique. A part quelques moments drôles finalement très rares, nous avons dû supporter durant une heure des pitreries ni drôles, ni intéressantes. Quand on aborde un sujet comme la sexualité, il convient tout de même d'y mettre un minimum de forme pour convaincre. Le film se termine au contraire sur une impression persistance de mauvais goût. Voir Madame H sous toutes les coutures, c'est comme imaginer regarder Christine Bravo dans un film porno… On peut parler de tout mais quant à tout montrer, sans le moindre recul, ni la moindre élégance de représentation, il y a un pas malheureusement franchi par des petits branleurs.
La mode du « queer » balancée à toutes les sauces devient parfois assez énervante. Comme s’il suffisait de se revendiquer « queer » pour faire « genre ». Ce mot semble devenu synonyme d’alternatif, sans la moindre profondeur, ni même parfois l'authenticité liée au concept originel.
Le dernier film devait constituer pour moi le moment le plus attendu avec la diffusion « d’Odete » du réalisateur du magnifique « O Fantasma ». J’avais rarement vu un film saisir aussi bien le désir. En choisissant des acteurs non professionnels, J.P. Rodrigues parvenait à dégager une authenticité remarquable. Un vrai auteur qui n’avait pas peur de désarçonner son public dans sa dernière partie plus difficile d’accès.
J’avais déjà loupé « Odete » quelques mois plutôt lors d’une séance unique et comme le film n’est pas sorti en Belgique (le sera-t-il un jour ?), cette séance s’imposait à mon programme. Mais voilà que j‘apprends que la match de foot de mon équipe favorite a été déplacé à la même heure. Et comme chez moi, supporter mon équipe prime sur (presque) tout…
Sans le vouloir, j’ai remplacé cette dernière séance par un film regardé en DVD ce vendredi : « Crustacés et coquillages » et de Ducastel et Martineau. Le souffle de l’été rempli de joie de vivre, de légèreté et d’humour. De la poésie aussi comme cette magnifique scène à la gare entre Mathieu (Jacques Bonnaffé) et Beatrix (Valeria Bruni-Tedeschi, trop belle et émouvante comme à chaque fois). Le rythme joyeux et vagabond de la ballade en vélo de Beatrix est interrompu par la sonnerie de son Gsm . Elle se rend à la gare où quelqu’un l’y attend. Lorsqu’elle l’aperçoit, le temps se suspend et une onde de sensualité irrésistible se dégage sans même que les corps ne se touchent. L’amant peut faire irruption dans l’histoire.
Je n’ai pu m’empêcher de filmer cette splendide scène avec mon appareil-photo et vous la mettre à disposition ci-dessous. Même si le temps limité ne peut clairement saisir la discontinuité de cette scène dans la structure narrative du film, elle contient néanmoins suffisamment de force pour éprouver un peu de bonheur pendant 40 secondes. A vous faire aimer le cinéma à tout jamais….
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