Mo's blog

Des choses à dire...

10 janvier 2006

Intérieur

Parmi les défis d’une vie de couple, celui de parvenir à préserver son individualité propre – principalement aux yeux des autres - s’avère sans doute le plus difficile à relever. A fortiori au sein d’un couple fusionnel et dont le partenaire affiche une personnalité séductrice, dévorant les relations sociales comme un lion face à sa proie.

Bien des frustrations m’ont accompagné lors des premiers soubresauts de ma relation avec L.

Le temps a permis d’atténuer les désagréments initiaux sans pour autant régler la question. Laquelle déborde bien entendu le cadre du couple pour rejoindre la nature des complexes humains : la difficulté à transmettre une image publique de soi à sa convenance, le manque récurrent de confiance en son être intérieur ou son physique.

Une enveloppe charnelle qui dans une période faste d’appréciation de soi, joue un rôle de catalyseur de bien-être, se transforme, une fois le doute réapparu, en ennemi intime capable de miner tout épanouissement.

Je déteste la pâleur de mon visage émacié en hiver, ses traits qui semblent trahir à la face du monde un désarroi intérieur et j’envie cette peau mate aux invitations torrides.

Je marche, je danse dans un corps déglingué que l’harmonie a lâchement abandonné. Pourrais-je encore atteindre la poésie de la démarche aérienne de ce garçon?

Pourquoi mes vêtements ne forment-il pas une deuxième peau comme sur lui?

J’ai souffert et souffre encore lorsqu’un garçon regarde davantage L., le reconnaît en premier en rue ou en boîte ou parvient à nouer un contact plus intime, plus spontané avec lui. Pourquoi ne m’appelles-tu pas moi aussi ?

Quand la frustration de ne pouvoir donner la pleine mesure de mon être physique ou spirituel fait jour, je me réfugie, soulagé, dans mon blog, cet endroit où je n’ai pas à craindre mon apparence, à l’abri du monde extérieur et de ses attaques récurrentes bien que souvent non intentionnelles.

Dans ces moments de retraite intérieure, l’écriture se révèle ma religion, elle sauve mon âme, mes états d’âme, elle rend certaines épreuves moins vaines. Par des mots, mon existence prend sens. Je dévoile ma seule et véritable identité, authentique, à prendre ou à laisser. J’adresse ma part de sentimentalité cachée à un autre, inconnu. Je suis cet anonyme qui affiche une image pixelisée, la mienne par honnêteté, mais dont je me débarrasserais volontiers.

Certes je suis virtuel mais j’existe. Je suis virtuel mais je m’offre nu, sans artifice.

Quand la vieillesse flétrit nos corps et la mort la décompose, dans ce mouvement irréversible vers la dématérialisation, l’être n’a d’autre choix que de se recroqueviller vers un dernier rempart, sa part intérieure, celle ici partagée depuis quelques temps et pour quelques temps encore, avant d’elle-même se tarir au gré des sentiments fanés d’une vie qui ne vaudra plus la peine d’être racontée ou ne pourra plus l’être car elle aura simplement disparu.

Il subsistera alors juste la trace invisible d’avoir frôlé à l’une ou l’autre occasion quelques âmes sensibles.

Posté par Morrissey à 19:28 - Me, myself and I - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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