28 septembre 2005
Femme en politique
Après l'échec de la gauche aux dernières élections (mais avec la politique pratiquée par Schroeder pouvait-il en être autrement?) et malgré le succès très relatif de la droite (une chute vertigineuse dans la dernière ligne droite avant le vote), voilà donc Angela Merkel chancelière allemande.
On peut se montrer satisfait de voir une femme arriver à la tête de la nation la plus peuplée d'Europe. Une éventualité qui ne semble pas encore réalisable en France, au vu de la façon dont la gent féminine est traitée dès lors qu'elle se rapproche des rênes du pouvoir. De même, la féminisation enclenchée en Belgique n'a pas encore effacé toute forme de machisme, ni permis l'arrivée d'un premier ministre de sexe féminin (quoique le n°2 du gouvernement actuel est une femme au pouvoir non négligeable).
Cette nomination n'est pas une première (on se rappelera essentiellement du long règne de la "dame de fer", il y a déjà maintenant 20 ans de cela) mais m'amène à me demander quand nous pourrons voir une femme progressiste à la tête d'une nation européenne?
Il semble aujourd'hui que pour accéder au pouvoir, la femme doive effacer sa sensibilité particulière (c'est du moins ce qui est suggéré comme argument en faveur de l'apparition des femmes dans le champ politique, par delà l'idée pure de parité) pour se révéler gestionnaire redoutable et faire preuve d'un certain conservatisme de façon à ne pas donner l'impression de remettre en cause l'ordre social. Il n'est d'ailleurs pas étonnant de constater que la femme la plus présidentiable en France soit Ségolène Royal.
Alors la véritable révolution, c'est pour quand?
23 septembre 2005
Vacances infinies
Ibiza, paradis des vacanciers. L'île concentre en son sein les arguments intrinsèques d'une destination estivale enchanteresse : le soleil, les plages, son ambiance chaleureuse et décontractée.
Par dessus tout, elle incarne un monde en soi: la fête au sens absolu et quasi définitif du terme, la danse effrénée sous les rythmes endiablés de la house ou de l'électro/techno, la disparition de toute inhibition au profit d'une détente profonde au sein d'une atmosphère aux résidus post-hippies.
Un microcosme spécifique dont l'intégration ne se révèle pas automatique, à l'instar de mes deux séjours précédents sur l'île : trop de retenue, une hésitation à franchir des portes inconnues. Certes on ne recense aucune restriction (si ce n’est monétaire) à l'entrée des plages ou des boîtes - contrairement à certaines destinations chics - mais une certaine sélection implicite s'opère, fondée sur un état d'esprit: un sens de la légèreté et du défoulement, une auto-assurance quant à son physique devant le parterre de corps semi-dénudés attractifs, une coolitude affirmée.
Franchir le pas cette année. Au diable la fatigue du voyage qui a puisé une partie de mon énergie, la sensation de devoir plonger la tête la première dès notre arrivée prime sur toute autre considération. Discrètement, je m'immisce au sein de cette scène finalement assez abordable. Au fil des heures, des jours, le corps finit par se détacher de sa propre enveloppe pour vibrer aux sons des mix des meilleurs DJs. Le miracle du mythe ibizien n'apparaît plus telle une vulgaire carte postale télévisuelle mais se vit de l’intérieur de manière irrésistible.
Pris dans un tourbillon de beats harmonieux et de visages épanouis, je me mets à évoluer avec plus d'assise dans cet hyper-monde peuplé de filles et garçons plus beaux les uns que les autres, aux corps tannés parfaitement dessinés, à l'allure joyeuse et aux sourires authentiques.
Ibiza, miroir de la jeunesse éternelle. Sur les pistes ou sur les plages - où les cris d'enfant font figure d'exception, l'insouciance se respire à chaque déhanchement lascif. Le projet d'un foyer familial élargi (par le biais d'une adoption) se met à échouer aux portes d'un horizon devenu si lointain.
Soudain doté d’un relâchement tant espéré durant ma jeunesse, j’accède enfin à ce monde longtemps étranger. Je prends conscience de devenir aux yeux d’autrui un élément du décor à mon tour.
Dans ce tableau, les fantômes de l'amant idéal se faufilent jusqu'à l'hôtel où se mêlent quelques bombes sexuelles aux traits évoquant un Matt Dillon jeune ou un Justin Timberlake espagnols, sans parler de ce beau blond qui nous observe avec une attention insistante.
Cette "petite pute"– terme employé sur un ton volontiers provocateur et amusé - que tu envisages pour la fin de la soirée prend rapidement la forme d'un jeune mec aux déhanchements sexys et provocateurs qui se prolongeront sans grande difficulté ailleurs.
Ces espaces d'insouciance au sein desquels je me baignais seulement dans les marges par le passé, sont devenus le théâtre de mes journées. J'y consume mon énergie, rempli de cet espoir fou et sans cesse réactivé que la fête ne s'arrête jamais. Le temps qui s’écoule me renforce dans l'idée que chaque seconde j’intègre un peu davantage cette famille. Sur la pointe des pieds j'ai cogné une porte qui s'est entrouverte, je peux aujourd'hui m'en délecter à l'infini.
Mon corps, ce traître. Victime d’un traitement intensif auquel il n'est pas habitué, il finit par exprimer la transformation radicale, trop soudaine de mon quotidien.
J'étais venu humer l'air méditerranéen, m'emplir de sa chaleur avec une touche de sortie et de drague. L'esprit de la fête, de la danse, de la musique insolente a envahi mon existence dès mon arrivée, chamboulant tous les programmes (si tant est qu'il y en ait eu un).
Si la fatigue du corps a trouvé son point de chute une nouvelle fois (satanée gorge, dans son rôle préféré de fée carabosse), elle n'a pas encore intimé à mon esprit d'en faire autant. J'attends dans le désespoir l'amélioration qui me permettra de repartir de plus belle.
Elle arrivera bientôt, accompagnée du goût amer, du constat terrible que je n'épouserai jamais vraiment les contours de ce monde. Retombé sur terre, je dois me résoudre à admettre que les icônes fantasmagoriques se révèlent bel et bien hétéros, même cet allemand qui ne cherchait qu’une simple compagnie amicale (mais où va le monde si les hétéros se mettent à utiliser des codes gays ?).
Le miracle ibizien ne m'appartient pas encore, peut-être brisé par ma répugnance à déroger d'une ligne de conduite peu commune en cet endroit: l'abstinence en substances illicites.
L'expérience livre ses limites. Sans en enlever la satisfaction de l’avoir vécue , au point de vouloir la recommencer. L’année prochaine, cet horizon si lointain…
"Tout est gris dehors"
Nous voilà revenu depuis 10 jours d'Ibiza - après un crochet parisien le week-end dernier.
Tiens à ce propos, nous sommes sortis pour la première fois à Paris alors que nous nous y rendons certainement 3 à 4 fois par an depuis plus de 5 ans. Le contexte familial de la visite nous détourne souvent de cette perspective. Ma belle-famille nous gave tellement de nourriture que la seule énergie restante à l'issue du repas est celle de nous traîner dans le lit.
La présence depuis peu d'un ami sur place a modifié la donne. C'est décidé: sortie prévue le samedi soir. Un peu par hasard, sur base d'un flyer et d'un certain "on-dit", nous voilà à la scène Bastille pour la soirée "Eyes Need Sugar". Un public pas super jeune, ni top beau, une ambiance un peu molle (quand on vient d'Ibiza, ça manque de sourires et de joie de danser) dans un espace restreint et surchauffé. Voilà pour le négatif (lourd le constat vous me direz). Ceci dit, la musique électro était fort sympa et on s'est plutôt bien amusés au final. Dans ce "sauna", on a même pu évacuer la majorité des calories du repas du soir. Bref du positif, non?
En rentrant, un des amis a voulu passer par le carrousel du Louvre. Juste le temps de prendre froid et de se taper (à défaut d'autre chose) un bon rhume. Merci Fifi!
Une fois revenu à Bruxelles, c'est une autre réalité qui s'impose: la fin des vacances.
Avec un seul sentiment dominant: beurk! Tout paraît si sombre et froid ici. Tout semble si sérieux et ennuyeux au boulot.
Une connaissance d'Ibiza nous écrit qu'il se languit déjà de l'île. Nous aussi.
Certains découvrent l'endroit et n'en repartent pas. Je les comprends. Telle n'est pourtant pas ma destinée. Mais la philosophie de l'endroit me conviendrait si bien : une vie légère et animée dans un climat chaud. Tout un décalage avec mon quotidien. Concomitamment (ça n'existe pas?), L. et moi avons ressenti ce sentiment d'ennui et d'absence de fun dans notre vie. Comme si nous devions apporter des changements. L'audace nous empêchera sans doute d'approfondir cette idée. Il faut probablement attendre que le souvenir s'efface, que de nouveaux bons moments resurgissent pour ressentir le côté agréable de la vie bruxelloise.
En parler comme nous l'avons fait entre nous, comme je le fais ici aide sans doute.
Mais Dieu qu'il est difficile de retrouver le rythme. Dans sa vie ou dans son blog. Je me demande d'ailleurs quelle orientation lui donner, quelle fréquence lui accorder, quel intérêt lui est porté.
La fatigue pousse à la morosité. Il est temps d’aller se reposer..
04 septembre 2005
Dîner de famille (part 2)
Dimanche. Le Jour J est arrivé. Celui d’une renaissance au sein d’un tableau familial dans lequel mes traits figuraient en pointillé depuis quelques temps. En l’espace d’une après-midi, 8 ans d’indifférence s’effaceront dans les mirages de l’apparence que, sans rancune, je cautionnerai. Ma participation se justifie déjà par le retour d’une certaine convenance familiale mais répond surtout à cet objectif d’ordre « politique » que je me suis fixé. Quelle que soit leur opinion sur mon orientation sexuelle, ma présence, ma personnalité, mon attitude s’imposeront à eux. Ils ne pourront ignorer dans leur chair, leur esprit (conscient ou non) cette rencontre, ni le caractère résolument humain, « normal » (pour utiliser leur vocabulaire) qui s’en dégagera. Je n’attends rien de ce dîner. Ni le positif, ni le négatif. Je sais juste qu’il doit avoir lieu.
En imaginant les visages qui me scruteront au premier coup d’œil, je m’interroge quant à l’impact de l’épreuve du temps sur le physique des membres de la famille. Je pense aussi à l’ambiance des dîners d’autrefois qui demeurera sans doute au rang des souvenirs, tant d’événements s’étant déroulé depuis. La seule certitude est l’absence de rôle à jouer dans ce théâtre vivant. Je réapparais, 8 ans plus tard, l’esprit libre, tel un homme neuf. Tout ce temps me dédouane d’une obligation quelconque.
Si j’appréhendais quelque peu les premiers moments de ces « retrouvailles », le destin a voulu me faciliter la tâche. Le marathon de Bruxelles bloque en ce dimanche une grande partie de la ville, nous obligeant à des détours imprévus. Nous arrivons, L. et moi, avec plus d’une heure de retard à la maison de mon oncle. Ce contretemps nous préservera des regards gênés et interrogateurs lors de l’apéritif.
Je suis accueilli par ma filleule et son petit frère, suivi par Dominique et ses enfants. Ces visages amicaux distillent instantanément un baume bienvenu avant que je ne poursuive, plus léger, le tour des salutations. La courtoisie est de rigueur lors de ces premiers échanges. Sans plus. Seule ma marraine Gabrielle m’offre une accolade prolongée, heureuse visiblement de me revoir. Parmi toute l’assemblée adulte, elle est indéniablement celle dont la transformation physique est la plus perceptible. Son vieillissement manifeste ne m’étonne cependant pas, eu égard aux souffrances endurées ces dernières années (problèmes de santé, séparation avec Max). Brusquement, la ressemblance avec Françoise Sagan m’apparaît au grand jour. Ce petit corps menu, ce visage creusé par des sillons suggérant les drames d’une vie, la voix rocailleuse façonnée par un usage immodéré de tabac. La surprise réside à vrai dire surtout dans son évolution comportementale. Son côté réservé et inquiet semble avoir cédé la place à un esprit rêveur plus baba-cool, doté d’un enthousiasme et d’une liberté apparemment salvatrice. Comme si les mauvais coups subis (notamment son divorce) lui avaient permis de sortir de l’ombre, d’extraire sa vraie nature tapie longtemps durant derrière un mur intérieur indestructible. J’ai parfois du mal à comprendre que certaines philosophies personnelles puissent s’incarner au travers de daubes telles que « savoir aimer » de Florent Pagny mais j’en accepte le résultat : dédier son existence au bonheur de ses proches (surtout ses petits-enfants) paraît indubitablement lui réussir.
Je l’observe en train d’allumer une clope à l’abri du regard de ses proches (fumer lui est interdit en raison d’une carotide bouchée) pendant qu’elle me confie son bonheur de me voir épanoui dans la voie que je me suis tracée. Il est remarquable de constater que ceux qui disposent d’une certaine d’ouverture d’esprit dans un univers qui tend à en manquer ont besoin d’affirmer de but en blanc leur soutien. Mon orientation sexuelle est désormais inscrite en moi de manière si naturelle que la démarche m’apparaît sur le moment un rien lourdingue. J’imagine pouvoir parler de vraie normalisation lorsque ma vie de couple sera abordée avec indifférence quant au sexe de mon conjoint. Cette initiative a toutefois et incontestablement le mérite d’exister, les autres membres de la famille feignant d’ignorer ma vie privée tout au long de la journée.
Le repas se déroule dans une ambiance calme et sereine. Point de Max, le polémiste-né, pour oser une incursion dans des discussions politiques ou tout autre sujet propice au débat. Le choix d’un cadre domestique ainsi que la présence de nombreux jeunes enfants jouent sans doute aussi un rôle prépondérant dans cette atmosphère légère mais un brin morne. Le reste de l’après-midi est consacré au sport sous un soleil bienvenu en cette fin d’été maussade. Pendant plus de deux heures, nous nous dépensons sans compter lors d’un match de foot (quel bonheur personnel de rejouer un sport « ballon », je maudis cette génération trentenaire dont l’imagination se limite le plus souvent au fitness et au « spinning »), tentant de suivre le rythme imposé par le fils de ma cousine Béatrice Stef. Avec sa sœur aînée So, ils forment d’ailleurs un bien joli duo. Elle, 16 ans, jolie jeune fille de 1m75 dont les yeux verts insaisissables et romantiques font irrésistiblement tourner la tête aux garçons de son âge (réalité dont elle doit être consciente). Moins élancé que sa soeur, Stef présente déjà un beau gabarit pour son jeune âge (14 ans). Un profil de footballeur italien (origine paternelle oblige) avec de magnifiques grands yeux bleus qui ressortent avec éclat d’un visage que traversent des cheveux en bataille aux extrémités légèrement bouclées. Un photogénique mélange entre le modèle skater et une pub Tommy Hilfiger jeune. Sa timidité typiquement adolescente laisse échapper de temps à autre un sourire contenu, censé cacher un de ces appareils dentaires cauchemardesques comme pour bien des garçons et des filles de son âge.
Le dîner de famille s’achève finalement sur une sensation globalement agréable. Sans doute, quelques années plus tôt, aurais-je ressenti un certain malaise dans la confrontation avec ces regards empreints de questions et de préjugés, qui auraient alimenté des doutes quant à ma propre acceptation. L’indifférence qui gouverne désormais mes pensées à ce sujet me rend incontestablement plus fort. J’ai bien constaté la froideur et la gêne de Nora (la femme de mon oncle), la distance maintenue par Henri (mari de ma cousine Béa) lui qui me charriait volontiers à l’époque (a-t-il peur pour son fils ?). Pour le reste, la courtoisie de façade a fonctionné à plein. Je n’ai rencontré que sourires et mots polis. Cette sympathie n’a toutefois pas effacé un arrière-goût un peu amer devant la tiédeur générale affichée à l’égard de L. (qui ne s’est pas privé d’en faire de même de son côté). Sans doute incarne-t-il la matérialisation concrète d’une sexualité qu’il faut mettre à distance. Une frontière indépassable visiblement. A l’image de ces mots adressés par Gabrielle à son petit-fils, me concernant : « il n’est pas venu les autres années car il était en vacances »…





