Mo's blog

Des choses à dire...

25 janvier 2005

Une touche d'élégance

On cherche toujours à contrôler son image en société. On tente de se faire une idée de la façon dont les gens nous perçoivent. Et pourtant, au bout du compte, on ne maîtrise rien.

La preuve: la semaine, mon mec et moi avons rencontré - en toute amitié comme on dit - un mec sympa avec qui on avait eu quelques très maigres discussions sur internet depuis 3 à 4 ans et que l'on avait croisé lors de quelques soirées sans jamais lui parler.

Après cette rencontre, je lui parle sur msn. Il se dit ravi de notre rencontre et me dit (je retranscris quelques échanges):

- "J'ai été très étonné de voir un son sortir de ton corps, bien foutu en plus"

- "Pardon? Tu croyais que j'étais un con absolu?"

- "Euh...je savais pas qu'en plus t'étais cultivé"

- "Dis donc, moi qui croyais faire sérieux, j'ai donc l'air d'un con quand on me connaît pas"

- "lol, désolé mon grand".

Le silence est parfois mieux que tout commentaire...

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12 janvier 2005

Jeunesse éternelle

Difficile pour mon docteur de faire un autre diagnostic que celui de « spasmophilie » (ou un autre terme de genre) quand je présente tant de symptomes aux 4 coins de mon corps (il n’y a quasiment que ma bite et mes pieds qui ne se plaignent pas).
Mon médecin me dit que le temps devrait m’aider à être plus serein et ainsi à être moins malade.
Que lui en sachant qu’il serait médecin généraliste et fonderait une famille, cela l’a aidé à se stabiliser et se sentir cool. Il n’a pas tort mais il y a des mais.
- Je suis gay et fonder une famille au delà du couple (si tant est que je le veuille) n’est pas encore possible.
- Que fait-il du doute dans tout cela ? Il y a dans son parcours une sorte de conservatisme social qui ne me sied guère : le traditionnel couplet (très hétéro) « bon job (ou autrement dit « reconnaissance professionnelle ») et une famille (reconnaissance sociale) ».
Je ne m’y retrouve ni dans l’un, ni dans l’autre. J’ai l’impression de chercher (et mon bf aussi je pense) l’intense en permanence d’autant qu’il y a comme une échéance qui nous dit que le temps est compté. Ce qui est vrai d’une certaine manière : en l’occurrence le temps d’une certaine tranche de vie – la jeunesse - est déjà largement entamé. Le corps vieillit et le fait ressentir, la fatigue aussi et on ne peut plus prétendre jouer le jeune premier éternellement (enfin encore un peu mais jusque quand ?)
Finalement , moi qui n’ai pas vraiment eu d’adolescence (en tout cas pas celle que l’on rêve, celle des premiers émois amoureux, sexuels, de la séduction, de la grande gueule naïve), j’ai cherché à la récupérer depuis que je mène ma vie de gay (je suis moins sérieux, plus sorteur, plus séducteur, plus baiseur- bon je partais de rien dans ce domaine). Vu que je m’y suis mis tard, cela ne me fait que 7 ans et je ne peux encore envisager d’y mettre fin. J’aime cette jeunesse, la vie et les gens qui l’accompagnent. Mais le problème, c’est que je n’en ai plus la candeur, la naïveté. J’ai déjà les angoisses de la crise de la trentaine.
Alors peut-être que mon docteur a raison d’une certaine manière. Je dois trouver une sérénité mais cela peut-il se faire dans cette dualité ? Ne dois-je pas renoncer à ce stade que mon mental n’accepte plus tout-à-fait (il me dit sans doute de ralentir, d’accepter l’inéluctable vieillissement alors que la jeunesse file, fonce sans réfléchir, profite des choses à 100 à l’heure) ?
Je ne me sens pas encore prêt à lâcher cette jeunesse sans doute parce que je ne peux lui substituer un modèle qui lui soit aussi excitant. Pour moi, c’est comme s’il n’y avait plus de vie après la jeunesse.
Peut-être que la voie à suivre à l’avenir sera d’assurer la succession progressive de ma jeunesse. Pour ne pas mourir avec elle.

Posté par Morrissey à 20:58 - Me, myself and I - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 janvier 2005

Conversation d’un soir de traffic

O: Tu ne me témoignes jamais d’intérêt : savoir comment ma journée s’est passée,…
G : Tu sais, le boulot…
O : Tu n’as jamais un petit geste, une caresse…
G : (silence) Tu as raison. Ces gestes sont devenus étrangers chez moi. Avec notre continuelle relation de pouvoir.
O : Pourtant avec N., tu l’exprimais cette tendresse.
G : Lui, il se livrait totalement, sans arrière-pensée. Un tel geste n’était pour lui ni concession, ni faiblesse. Juste un partage, un échange où seul compte l'instant. Pas un enjeu comme avec toi.
O: Tu cherches à te dédouaner...
G: Non, ouvre les yeux. Tu as souffert dans tes relations passées. Au moment où tu livrais tes sentiments à tes ex-copains, ils t’avouaient qu’ils en aimaient un autre. Tu as associé l’expression de tes sentiments à une faiblesse à l'origine de leur réaction. Comme si en leur déclarant ouvertement ton amour, en le manifestant, tu leur avais donné l’impression que tu leur étaient acquis et c’est la raison pour laquelle ils se sont désintéressés de toi. Pour toi, seule la distance permet aujourd’hui de rester désirable...
O: Tu parles de moi mais c'est toi qui n'exprimes rien...
G: J'ai dû m'habituer à ton mode de fonctionnement, m'adapter à cette relation de pouvoir pour donner une chance à notre couple. J'ai beaucoup souffert au début de notre relation et j'ai dû me protéger. Et je dois toujours t'en vouloir pour les blessures que tu m'as infligées. Je suis resté avec toi mais pour rester en phase avec moi-même, j'ai dû lâcher quelque chose envers toi, j'ai sacrifié ma tendresse à ton égard.
O: Mais quitte-moi…
G: Toujours les grands mots, noirs ou blancs.
Je n'ai pas envie que l'absence de tendresse finisse par épuiser notre amour.
Car lui, il est toujours présent, j'en suis sûr. Tu sais que l'on compte l'un pour l'autre. Quand on est loin l'un de l'autre, on se manque. Quand on entrevoit la séparation (quelque soit la forme: la rupture, la mort), on se rend compte alors de l'amour qu'on se porte. On est prêt à tout pour défendre l'autre lorsque l'environnement extérieur devient hostile. Avec toi, j'ai l'impression de mieux braver les difficultés de la vie quotidienne. Sans doute pas encore assez : quand les événements extérieurs m'insécurisent, j’aimerais retrouver à la maison la paix, le réconfort. Pas tout le temps une lutte de pouvoir. Je ne cherche pas l'effusion béate des sentiments qui ne nous correspond pas mais simplement des gestes qui permettent de se sentir moins seul.
On ne sera jamais des romantiques (Dieu merci) mais souviens-toi, au début de notre relation, de cette chanson de Jay Jay Johanson "I fantasize of you". Avant de te rencontrer, je l'imaginais bien pour l'ouverture de mon mariage (je sais, j'avais de drôles d'idées à l'époque). Pas une chanson romantico-poubelle, juste un zeste de sensualité. Tu t’en souviens?

"Every night I go to sleep and begin to dream,
the story of my dream has got the same old theme:
it’s you, baby it’s you
Turn off the light
Sit down on the coach
Pour me a whiskey too
Take off your dress, I help you with that
I fantasize on you
The scents of your skin gets to my head
As the smoke from your cigarette do
With monk in the speakers and love in your eyes
I fantasize of you
I know I’m only dreaming
Of spending my life with you
But somehow I’m still believing
It all one day come true
The ice in my glass makes my lips so cold
As I kiss you from top to toe
You beg me to stop
But I know you want more
I fantasize of you"

Après tout ce temps, l'heure des fantasmes est révolue mais quelques mots font encore écho.
Tout est encore possible (ça a même commencé)

Posté par Morrissey à 09:17 - Une vie à deux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 janvier 2005

La mort en 2005

Une année nouvelle. Des vœux. De bonne santé. De la poudre aux yeux. La grande faucheuse ignore ces petites attentions. Elle attend son heure. Elle ne patiente guère.
Après Michaël, le winner; Alain, le freak.

Je l’ai connu comme accompagnateur au basket. Son frère jouait dans le club dont s’occupait mon père. Même après son départ, Alain a continué à suivre l’équipe. Grand, lourd, Alain n’incarnait pas ce bénévole plein de dynamisme, toujours en action mais plutôt ce qu’on appelle un « pilier de comptoir ». Son comportement lymphatique énervait régulièrement les adultes qui lui reprochaient sa mollesse, son ébriété.
Il trouvait davantage grâce auprès des adolescents, moins moralisateurs que leurs aînés.
Le ton posé, la voix douce, il m’est toujours apparu très affable. Qualité qui l’a naturellement conduit vers la profession d’éducateur.
J’éprouvais de la tendresse à son égard. Nous ne parlions généralement pas de basket. Mais de tout et de rien. De foot (lui aussi supportait la même équipe que moi), de télé, de musique.
Je ne peux dissocier son image de celle de Gainsbourg, son idole. A moins qu’il ne s’agisse de Gainsbarre. Le mec avec la clope au bec, une bouteille d’alcool dans les veines, que les médias s’arrachaient à l’époque. Ce « beautiful freak » auquel il pouvait s’identifier, positivement.

Je n’ai jamais vu Alain au bras d’une fille. Je me demande même s’il n’a jamais fait l’effort d’en séduire une. Alors que chacun cherche, à l’aube de la trentaine, à se caser (la vie de couple, cette reconnaissance sociale), à construire ou aménager un territoire personnel, Alain semblait avoir renoncé à ce parcours. Il avait accepté son statut. Il vivait toujours chez sa mère. Pas en ermite, comme un vieux garçon. Le plus souvent dehors, à la recherche d’un contact social, d’un peu de tendresse au détour d’un regard, d’une phrase.
Ses plus fidèles alliés, la cigarette et l’alcool, lui tenaient compagnie.
Ceux-ci, associés à une obésité, constituent un cocktail explosif pour le cœur.
Le sien était usé. En attente d’une transplantation. Pour l’accueillir dans les meilleures conditions ou pour survivre tout simplement, il avait suivi un régime drastique.

Mais l’attente est devenue trop longue, incertaine. La vie sobre nous confronte sans fard à notre image, crue, impitoyable, parfois insupportable.
Les cigarettes roulées, la bonne bouffe et le genièvre ont réinvesti son quotidien.
Hospitalisé depuis fin novembre, son cœur n’aura battu que quelques heures en 2005.

Cela faisait 7 ans que je n’avais plus de nouvelles d’Alain. Bizarrement, il y a une dizaine de jours, peut-être un mois, son visage m’est subitement réapparu un matin. Je me suis demandé ce qu’il était devenu. Je devais questionner mes parents à ce sujet. J’ai oublié. Si le jeu du hasard ne nous désarmait pas à chaque fois, je serais tenté de parler de prémonitions.

Certains décès apparaissent plus déchirants, plus « populaires» que d’autres car soudains, idiots, injustes.
Je suis persuadé qu’aux yeux des gens (et j’en ai eu la confirmation au travers des dires de ma mère) c’est moins la vitesse que la fatalité qui a emporté la vie de Michaël tandis que c’est la faiblesse d’Alain qui lui fut fatale.
On cherche souvent à justifier un décès, voire à en rendre le défunt responsable pour mieux accepter en soi cette disparition ou l’idée de la mort en général. Comme un moyen de s’arracher à la fatalité de l’inéluctable.
Jusqu’au jour où l’indicible se produit, les justifications n’ont plus de sens.
L’être humain est faible ou finit par le devenir un jour ou l’autre : que ce soit dans son mental, dans ses vices, dans son corps, dans son incapacité à anticiper le danger. Et c’est cette fragilité qui le condamnera à mort, inévitablement.

A moins qu’il ne s’agisse du diable, tous les morts méritent un hommage…

Posté par Morrissey à 23:04 - C'est arrivé un jour... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"Michaël" (une vie antérieure - Appendice)

Ca et là, dans mes souvenirs d'enfance, d'adolescence, Michaël s'est retrouvé en bonne place.

J'ai déjà abordé notre parcours identique, notre amitié impossible vu nos caractères antagonistes (moi l’intraverti, lui l’extraverti, le boute-en-train). Je le respectais comme adversaire et l'admirais pour son assurance, son insouciance.
Je l'ai trouvé mignon dès le premier regard et je l'ai toujours considéré ainsi par la suite. Je me souviens qu'à 15 ans, lors d'un match de sélection provinciale, il se promenait fièrement à poil dans les douches et les vestiaires. La nature l'avait bien pourvu. A cette époque, mon retard de puberté me complexait. Michaël incarnait à mes yeux un certain idéal physique. Ce jour-là, à l’aube de ma sexualité balbutiante, il m'avait excité. Le désir, ou l’envie de ce que l'on n'est pas (ou n'a pas).

Les années ont passé. Notre passion pour le basket s'est progressivement effilochée, lui sans doute encore plus vite que moi. Nos rencontres en adversaires sur les terrains se sont raréfiées. A moins que ce ne soit la saveur de nos rivalités d'adolescents qui avait disparu.
Nous nous croisions le plus souvent par hasard, en spectateurs d'un autre match de basket. L'occasion de nous adresser un petit bonjour. Sans plus. Nul besoin de prendre de nos nouvelles : le "milieu" du basket s’en chargeait. Tous les faits, des plus saillants aux plus anodins, se propageaient à la vitesse de l’éclair.

J'ai ensuite quitté ma ville « biologique ». Il est l'un des rares joueurs que j'ai rencontrés par la suite, ne serait-ce que par hasard. Ironiquement, c'était à chaque fois dans un stade de football, pour assister au match de notre équipe favorite. L'année dernière, dans les tribunes, il est passé devant moi et m'a fait la bise pour me saluer. J'avais perdu de vue cette coutume sportive (adolescente) de s'embrasser quand on se connaît un minimum. Nous nous sommes contentés de ce geste. Il n’y avait rien à dire de plus. Nous n'avions pas encore atteint l'âge de ressasser nos souvenirs.

J'ai reçu ensuite quelques nouvelles le concernant par l'intermédiaire de mes parents qui venaient de renouer un contact plus étroit avec les siens. Il travaillait au Luxembourg, il était toujours célibataire. Sa mère était devenue quasiment aveugle depuis sa chimiothérapie pour soigner un cancer du sein. Des rayons mal dirigés, une erreur médicale jamais reconnue.

Il y a un peu plus d'un mois, j'avais à nouveau aperçu sa silhouette aux alentours du stade avant un match.

Dimanche 3 janvier 2004. Un conducteur perd le contrôle de son véhicule sur la chaussée. La voiture percute un arbre. Le chauffeur et son passager sont éjectés. Ils décèdent instantanément.

Fin de parcours. Il s'appelait Michaël. Il allait fêter ses 31 ans dans quelques jours.

Posté par Morrissey à 14:33 - Une vie antérieure (récit d'adolescence) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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